En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 19:11

C’est une nouvelle série qui commence. J’avais  dans l’idée de débuter par « ‘Marcher’, qu’ils disent », ce sera ‘Manger’, qu’ils disent d’abord. Un verbe à l’infinitif pour bien montrer l’injonction et « qu’ils disent » parce que c’est ce que j’entends tous les jours à la radio, dans la rue, ce que je lis dans mon journal ou à l’écran :  vous devez manger cinq fruits et légumes par jour, vous devez marcher 30 minutes chaque jour…Vous devez, vous devez, vous devez… .» Etonnez-vous que votre tête enfle chaque jour un peu, beaucoup, énormément . 

2012 Brusselicious, Plaquette                                                                                                                                            

.2012,  l’année de la gastronomie à Bruxelles. C’est le concept choisi par la Région de Bruxelles-Capitale pour attirer les touristes venant de tous pays et animer de l’intérieur l’agglomération bruxelloise qui forme la troisième composante de l’Etat belge. C’est tout autant une grande opération touristique  à effet international, européen  et national qu’une belle politique de communication institutionnelle qui s’inscrit dans une vision dynamique de marketing territorial large. L’’idée centrale est que  Bruxelles est au moins pendant un an la capitale mondiale de la nourriture et de la gastronomie.

Cinq niveaux d’acteurs et/ou d’organismes peuvent être distingués. Une association a d’abord été créée pour regrouper tous les professionnels volontaires intéressés - les restaurateurs, les patrons de bar en lien avec les producteurs de Champagne ainsi que les producteurs de différentes spécialisations gourmandes tels que chocolatier, brasseur...,  participant à l’opération « 2012 Bruselicious ».  En face d’eux, les écoliers et étudiants pour lesquels une grande exposition pédagogique est conçue et surtout, surtout tous les amateurs et curieux qui pendant toute l’année 2012 vont être les véritables vedettes d’une opération à la fois ambitieuse, originale et innovante.

2012 Brusselicious, Dégustation de vin, Plaquette

. 1. « Brusselicious 2012 » organisé par La Région de Bruxelles Capitale. C’est une très grosse opération évènementielle annuelle menée par la Région de Bruxelles-Capitale, présentée sous forme d’un dépliant très attirant. La version française que j’ai sous les yeux a choisi, pour représenter la gastronomie de la ville des choux de Bruxelles dans un cornet grande taille de frites, la version flamande un cornet de moules. Au-dessus, sur deux lignes, « VisitBrussels, Sized for Events », en dessous la mention en deux lignes« Brusselicious, 2012 Année gourmande » puis « www.brusselicious.be »

Une fois dépliée, la page intérieure est composée de deux grandes parties. Les deux colonnes dépliées à gauche précisent les opérations valables toutes l’année. Quatre propositions sont faites, avec à chaque fois innovation et liberté de choisir :

. en haut, des menus Brusselicious avec à chaque saison trois ingrédients bruxellois – des choux de bruxelles par exemple- pour les trois services des menus des restaurants adhérant au programme et des bars qui proposent une dégustation de trois champagnes avant de choisir sa préférée qui vous sera servie ;

. en bas, un cycle de 24 films tous axés sur la gastronomie –tiens, coucou, revoilà le mot- à raison de 2 par mois, suivie à la fin de la projection d’une dégustation en lien avec le film. Un repas complet se déroule sur l’année. Cerise sur le gâteau, des films à public familial sont programmés le samedi après-midi. En grande photo pour faire le lien entre le champagne et le cinéma une photo d’un bar avec cinq hommes et une femme assis-e-s.

. « A table ! » présente les grandes lignes de l’expo présentée plus bas. En photo, des macarons de toutes les couleurs. 

2012 Brusselicious, Gâteaux de Noël, Plaquette

Les quatre autres colonnes sont consacrées à la description des programmations spéciales de 6 mois choisis pour rythmer l’année 2012: mars, avril, mai, juin, septembre et novembre ; chaque mois se caractérisant par une série variable d’évènements déterminés :

. Mars : Etape bruxelloise de l’Omnivore Food Festival au Heysel / Concours gastronomique du Bocuse d’Or / les artistes s’emparent des icônes bruxelloises de la nourriture,                                                                                                            

. Avril : Chasse  aux œufs / Tenue de Belgovino, le salon belge du vin / Challenge Black Russian Cocktail (vodka + liqueur de café),

. Mai : Tea World Rendez-Vous / Parcours Brusselicious dans les Musées,

. Juin : Pique-Nique chaque dimanche dans un des parcs de la ville / Culinaria Summer, avec des menus composés par quatre chefs étoilés / Brussels Wine Week / Dinner in the Sky, sur une plate-forme à 40 mètres du sol, en 4 lieux de la ville, avec aussi des grands chefs étoilés aux commandes,

. Septembre : Week End de la Bière Belge / Brusselicious Festival, avec une centaine de pavillons et les plats emblématiques des grands restaurants / Goûter Bruxelles à tendance Slow Food, avec plus de 100 activités, 70 restaurants dans 19 communes,  

. Novembre : Semaine du Chocolat / Brussels Beer Challenge en sa première édition pour sélectionner les meilleures bières du monde / Festival des Fritkots (= friteries), avec un plan pour sélectionner les meilleurs dans les 19 communes de la région de Bruxelles. 

2012 Brusselicious, Tram de Luxe pour dîner,

La page externe qui inclut en première colonne les deux couvertures avec choux de Bruxelles d’un côté et rose flashy de l’autre, est très différente dans sa présentation. Il s’agit là de montrer l’envergure évènementielle de la découverte de la Région de Bruxelles dans sa version Bruselicious avec trois balades gourmandes axées sur le sucré, le best-of de Bruxelles et la belgitude des choses et des produits créés spécialement pour l’année (des chocolats et de la bière). Toute l’année sont proposés des repas gastronomiques sur réservation dans un tram design de couleur blanche qui permettent de découvrir la ville autrement.   C’est certainement la proposition la plus innovante du programme. 

. 2. L’exposition «  A table. Du champ à l’assiette » à Tour & Taxis. Cette exposition a été conçue par tempora s.a., une agence belge de création d’expositions  pour faire découvrir de façon pédagogique la complexité de l’acte de manger décomposée en cinq séquences, à savoir « cultiver, transformer, manger, imaginer », savourer pour « gastronomie » dans le texte.

2012 Expo, A table, Du Champ à l'assiette

Toutes les facettes de l’acte de mangervont être utilisées tout à tour sous un aspect de « pédagogie ludique ». Citons les expositions, des films, des ateliers de cuisine et/ou de dégustation, des présentations par des « grands cuisiniers » et l’appel à des artistes qui ne disent jamais non. Le positionnement d’une telle focalisation part de ce qui se passe du « champ à l’assiette » -  pour reprendre un concept utilisé par des publicitaires français en 2005 pour vanter « le bien manger » aux enfants et aux étudiants essentiellement -  jusqu’à la remise d’une recette de cuisine belge. La démonstration pédagogique se fonde sur un constat non contestable : d’un côté la faim existe, les émeutes des pauvres n’ont jamais cessé et de l’autre en pays dits riches la malbouffe cause des ravages plus ou moins visibles ; on meurt de plus en plus de déséquilibres alimentaires, avec de fortes surcharges pondérales ou des anorexies morbides. Mais ça, c’est marqué en page 5 du A4 plié en trois, l’endroit le moins visible du dépliant. Ce que l’oeil retient est la croqueuse du monde.

Le visuel de la plaquette montre en effet une jeune femme blanche et très jolie, dont on ne voit que la jolie bouche rouge et les dents blanches s’apprêter à avaler le monde qui se tient au bout d’une fourchette. Cette photo se veut rieuse à l’image de la jeune dame, nouvelle Eve des temps modernes. Elle est encore tristement vraie alors que des pays à fort taux de dénutrition, où la famine existe encore vraiment, continuent à produire des aliments d’extra-luxe pour des pays riches, sans pouvoir assurer leur propre auto-suffisance alimentaire. Il y a ce que disent les quelques  mots pour soulager notre bonne conscience, les mots très nombreux pour dire le plaisir infini et jamais satisfait de manger dans une sociologie du toujours plus et le visuel qui montre une vision quasiment « coloniale » des relations internationales alimentaires complètement dépassées ou qui devraient l’être. 

2012 Bruxelles, Expo Sweet Candy, Evere, Musée Moulin et de l'Alimentation                                                                                                                                                                       

3.  L’Expo « Sweet Candy » au Musée bruxellois du Moulin et de l’Alimentation. Elle présente « une histoire sucrée de la confiserie » jusqu’au 31.08.2012. Son activité n’est pas seulement centrée sur le sucré mais c’est le thème très large que le musée a choisi pour cette année gourmande même si le lien n’est pas fait. Le choix vient essentiellement du choix de l’enfant en visiteur privilégié. En visite familiale, il ne paie pas de droit d’entrée jusqu’à 12 ans.  Au menu des activités sucrées, des visites gourmandes, des démonstrations à thème selon les catégories de bonbons (guimauve, caramels, nougat, sucettes) et des ateliers pour gourmands créatifs ou des stages sur l’histoire des bonbons. Il existe aussi des conférences comme celle que fait  Pierre Leclerc (Université Libre de Belgique) sur Lancelot de Casteau et les premiers traités de confiserie à la Renaissance. Un des prochains évènements annoncés aura lieu les 17 et 18 septembre prochain à Evere lors des Journées du Patrimoine au Moulin. 

Quelques mots pour finir. Peut-être parce que justement on a pris conscience que l’accès à la nourriture demeure un idéal non assuré dans le monde pour des millions d’êtres humains, la gastronomie reste peut être encore plus que par un passé récent une valeur sûre du bien-être en société. Bien manger est toujours présenté comme un luxe accessible du et la sortie au restaurant demeure la première activité culturelle, en particulier des Français. Au vu de cette année 2012 de la gastronomie, les Belges à mon avis doivent partager cet engouement gastronomique.  

Friterie, Place Flagey, Bruxelles

Pour suivre le chemin

 . La grande exposition a lieu encore quelques jours, jusqu’au 6 juin 2012 à Tour & Taxis à Bruxelles, à voir sur  www.expo-a-table.be; le dossier de presse est à consulter sur  http://www.foiredelibramont.be/wm-media/news/atable_fr.pdf

. Retrouver l’agence « tempora s.a. » sur http://www.expo-terra.be/nous-contacter/qui-sommes-nous.html

. Voyer le programme des activités du Musée bruxellois du moulin et de l’Alimentation sur www.moulindedevere.be

. Découvrer Lancelot de Casteau  sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Lancelot_de_Casteau où les plats sucrés appartiennent au quatrième service.

. Photos EP à partir des plaquettes + Friterie Place Flagey. Je confirme que les frites y sont vraiment exceptionnelles.  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 15:12

Plusieurs sortes de renaissance. Au premier sens du terme, il s’agit bien d’une naissance nouvelle qu’indique le préfixe de « re », comme dans renouvellement, revitalisation… Au sens historique, le mot prend  une majuscule, pour désigner une grande période de l’histoire de l’Europe, la Renaissance, qui s’est traduite en Italie, en France … par une véritable explosion des savoirs et des arts, un certain style de vie hédoniste « à l’italienne », une véritable ouverture sur le monde, la naissance d’une certaine idée européenne et la croyance très contemporaine que tout devenait possible à l’Homme. Le titre de ce billet met l’accent sur l’appartenance de ce château à cette longue période de l’histoire de France. Il indique aussi qu’il y a effectivement une nouvelle mise en lumière, une nouvelle vie donnée à ce château à la longue vie. 

Blog 2011.09.2011 rose Rouen 113

. 1. Une vraie renaissance, c’en est une, une belle et nouvelle vie offerte à un château qui ne demandait que cela, plongé qu’il a été dans les tremblements de l’histoire qui ont failli le voir sombrer, disparaître pierre par pierre. Il a servi à tout, à la défense, au plaisir comme à la peine.  Il a servi à beaucoup de personnes, qui l’ont par exemple utilisé comme une carrière de pierres, avec des pierres toutes prêtes à l’emploi, lors des périodes de déshérence, quand plus personne ne s’en souciait.  

 

Ses souterrains ont été utilisés comme cavier pour entreposer les vivres comme il en était l’usage. En d’autres temps, ils servirent aussi de geôle, maison carcérale, prison pour enfants, lieu de détention, maison psychiatrique…Puis ce fut l’oubli, en une forme de déni étonnant, comme s’il était possible de gommer d’un trait une histoire qui commença  lors de la longue lutte qui opposa le Royaume de France et le Royaume d’Angleterre, avec entre eux, la Normandie en Duché anglais. 

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Une logique de temps qui passe. C’est une logique fondée sur le temps qui va, s’en va et puis revient autrement. On construit, on ajoute, on détruit, on sauve, on édifie dessus ou à côté, on laisse se dégrader, on sauvegarde, on renforce, on réaménage, on ré-ouvre… Tant les différentes composantes de cet ensemble bâti que le parc appartenant au château ont fait l’objet au cours des siècles de très  nombreux agrandissements, ajouts, modifications en vue de l’embellir ou destructions et réductions. C’est un château qui n’a jamais cessé d’être modifié, arrangé, agrandi, tout en connaissant entre chaque nouveau propriétaire ou occupant des fortunes glorieuses ou difficiles  – la vie du château est émaillée de ruines et de travaux de consolidation - avant d’assurer une fonction d’enfermement non prévue au départ, pour renaître maintenant dans le cadre d’une nouvelle vie apaisée, orientée vers l’accueil des touristes, amateurs de ce riche patrimoine de cette partie de la Vallée de la Seine en Normandie, marquée  par Giverny en amont de la Seine et Château-Gaillard et Rouen en aval. 

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. 2. En Normandie, face aux Anglais, un château défensif. Comme Château-Gaillard, situé non loin de là, le Château de Gaillon – car il existe un village, celui de Gaillon au pied du château, alors que Château Gaillard est situé dans la commune des Andelys - le second a eu aussi pour objectif de défendre le Royaume de France contre l’ennemi anglais. Pour remplir cet objectif militaire, le château fut édifié en haut d’une paroi rocheuse très pentue sur une ancienne motte féodale (en rouge sur la carte ci dessus) qui permettait d’avoir une large vue sur la vallée de la Seine en contrebas. De ce château dans cette première période, on n’a retrouvé, lors de fouilles faites en 1975 que deux vieilles tours et un escalier datant du XIe siècle. Sa première vocation fut donc défensive. La trêve de 1194 conclue entre les deux Etats confirma l’attachement du château à la couronne de France. 

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Les atouts du site. Ils ont été nombreux, comme le montre le témoignage du préfet Rollant de Chambaudoin du 4 décembre 1809 à l’intention du Ministre de l’Intérieur,  pour choisir Gaillon comme lieu préférentiel d’implantation de la « maison centrale » (une prison centrale) que recherchait le pouvoir.  Le préfet proposa cette « ancienne maison de campagne des archevêques de Rouen ». Une « maison », qui était en réalité un château « bâti sur une éminence, dans une situation agréable », qui « domine la belle vallée de la Seine et la petite ville de Gaillon qui lui est adjacente…Il est adossé à un parc de 400 arpents… d’où découle une source d’eau douce très abondante et très seine (avec cette orthographe dans le texte)... ».

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. 3. Très vite, une résidence d’été pour les hauts dignitaires de l’Eglise. Ce sont les archevêques de Rouen qui ont accepté l’échange proposé par Saint-Louis, roi de France d’en acquérir « la propriété perpétuelle » en 1263 en contrepartie de la cession par eux de viviers et de moulins leur appartenant à Rouen et du versement d’une certaine somme d’argent. Les ecclésiastiques en ont fait alors leur résidence d’été.

 

Le premier archevêque cité, Eudes Rigaud, prend la peine de relever les ruines avant de partir aux croisades (1269). La période de tranquillité relative est à nouveau  brisée par les Anglais. Il faut conforter la défense du château par de nouvelles fortifications (1415), qui n’empêchent pas les Anglais d’en faire le siège. Après la fin des hostilités, ordre est donné par le pouvoir royal français de démolir. On est alors en 1423. L’archevêque s’élève avec force contre la destruction de ce qui est la propriété perpétuelle des évêques de Rouen. Il réussit à sauver la partie résidentielle de l’Aile Est et entreprend de nombreux aménagements du sous-sol avec le percement de nombreuses galeries. A sa suite, le Cardinal d’Estouville pendant 10 ans, (1453-1463) commence lui aussi par sauvegarder les ruines avant d’édifier à son tour une nouvelle partie, l’Hostel Neuf et le Pavillon d’Entrée Sud. A cette époque, on parle du Manoir de Gaillon. 

 

Arrive la grande période Renaissance du Château, sous la direction du Cardinal d’Amboise qui modifie en profondeur le château (1463 à 1510). Il en fait son Palais italien, en symbole de ce nouvel art de vivre ouvert sur les arts et la douceur. A partir de cette époque, Gaillon devient le premier Château Renaissance de France, une étiquette qui lui est depuis resté accrochée. Des gravures attestent du faste des décors surajoutés aux murs du château dans la cour intérieure, à l’allure d’un théâtre  mais aussi à l’intérieur du bâtiment. 

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La vocation hédoniste du palais et de son parc. C’est l’objectif des travaux entrepris au cours du XVIe et XVIIe siècle dans ce qui devient une affaire de plusieurs familles de grande noblesse.  Le neveu de Georges Ier d’Amboise, George II d’Amboise, poursuit les travaux d’embellissement entrepris par son oncle, en particulier dans les jardins. Parmi ceux qui continuent à œuvrer en faveur du château, citons également Charles Ier de Bourbon puis Charles II, suivi par Charles III, tous de Bourbon. 

 

A la fin du XVIIe siècle puis au début du XVIIIe siècle, c’est Jacques Nicolas Colbert, le second fils du Ministre Colbert, qui prend le château en charge. Il fait appel à Jules Hardouin Mansard pour modifier le jardin et construire le pavillon Colbert, un long bâtiment édifié en parallèle au Château, mais sans lien avec lui, en arrière-plan pour marquer la séparation avec la forêt qui occupe le haut de la colline. Il demande également à  André Le Nôtre, le grand jardinier de Versailles, d’intervenir aussi dans le parc. Le 18e siècle voit se poursuivre l’achèvement des jardins hauts et bas, pour créer un cadre paysager de verdure maîtrisé en accord avec la magnificence raffinée d’un château dédié à la douceur de vivre, mais qui manque de symétrie. 

 

L’archevêque Nicolas de Saulx-Tavannes (1759 à 1791) fait détruire la prestigieuse fontaine au centre de la Cour d'honneur, en très mauvais état par défaut d’un manque d'entretien. Le dernier archevêque de Gaillon de 1759 à 1780 est Dominique de La Rochefoucauld. Ce 3e et dernier archevêque de la famille est celui par qui se clôt la longue appartenance du château au Haut-Clergé et les sept siècles  de paix dont il a pu jouir. 

 

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. 4. Sa destruction lors de la période révolutionnaire. C’est la troisième fois que le château voit son existence menacée. Mais cette fois-ci, la décision est réfléchie et volontaire. Il ne  s’agit pas d’une attaque ennemie ou des dommages du temps, mais d’une attaque de l’intérieur. En 1793, des bâtiments sont mis à bas, le pillage est organisé, les pierres sont récupérées pour édifier des maisons ou autres constructions. En 1797, le château est ensuite vendu comme bien national au Citoyen Darcy qui en fait une ruine en l’espace de 10 ans. Des sculptures sont volées ou détruites à tout jamais. Seuls restent des dessins et des plans qui attestent de la magnificence du lieu. Pour sauver partie de ce qui pouvait l’être, des ornements lapidaires sont démantelés et emportés à Paris. 

 

Cette fois-ci, devenu presque une ruine, tout au moins bien dégradé, le château revient dans le giron de l’Etat par décret du 3 décembre 1812 à la suite de son rachat par Napoléon Ier pour 90 000 francs. Il était temps ! Un autre décret cette fois-ci du 3 janvier 1812 avait en effet créé la maison centrale de détention de Gaillon. Commence alors une nouvelle période, celle de l’enfermement à l’ombre, après celle si brillante de la lumière. 

Blog 2011.09.2011 rose Rouen 109

.5. De l'ombre d’une centrale à l’entrainement militaire. 1812 marque le début d’une nouvelle ère. Le nouveau propriétaire, l’Etat, apporte aussi, comme ses prédécesseurs, de nombreuses modifications au bâtiment, à commencer par son nom et ses fonctions. On ne parle plus de château ni de défense contre l’ennemi anglais ou de plaisir de vivre au soleil de Normandie dans un parc superbement aménagé à l’intention de hauts prélats et de leurs invités. En 1812 débute la construction de bâtiments pénitentiaires, à commencer par celui devant accueillir des enfants ou abriter des malades psychiatriques. Plus de 4000 prisonniers y furent hébergés. La Galerie ouverte sur le Val est fermée par des murs à fenêtres hautes afin d’en faire le réfectoire à leur usage.

 

La fonction d’enfermement ne fut pas perdue au cours du XXe siècle, en particulier pendant les deux grandes guerres du XXe siècle. Les nombreuses galeries enterrées furent facilement transformées en geôles dont on ne s’échappait pas. Des témoignages écrits et/ou dessinées figurent encore sur les murs. 

     

Au cours du XXe siècle, le château retrouve par moment sa destination militaire, par laquelle son histoire a commencé. L’armée prend possession de l’ensemble en 1902. Le château et ses dépendances servent alors de caserne au 74e bataillon de ligne, puis pendant la guerre en 1915 d’accueil à une école militaire belge d’infanterie. 

Blog rose Rouen 2011.09.18 187

. 6. La protection par l’Etat au titre de Monument historique. La dimension patrimoniale du château n’échappe pourtant pas à l’Etat, qui fait classer le château en 1862. Son parcours chaotique n’en continue pas moins au cours du XXe siècle. La fin de la première guerre est marquée par la revente du château à un particulier de 1919 à 1939, puis en 1945 une revente à un autre particulier, qui procède à des découpes vendues par petites annonces,  «à vendre boiseries, sculptures.. ». 

 

Conscient qu’il fallait protéger ce qui pouvait l’être encore, une inscription au titre des monuments historiques devient effective en 1961. Elle inclut des parcelles des anciens jardins, la clôture pour partie, ainsi que des vestiges archéologiques. L’Etat, en la personne du Ministre de la Culture, André Malraux, fait l’acquisition de l’ensemble en  1975. Depuis lors, chaque année 350 000 EUR. sont investis pour d’abord sauvegarder et consolider et ensuite aménager un circuit de visite à l’intention des touristes français, anglais comme toujours en Normandie et américains en raison de la proximité avec les jardins de Giverny, qui est une étape incluse par de nombreux tour-opérateurs dans la visite de Paris à leur intention. 

 

Le château est placé depuis cette date sous la protection de l’Etat. L’été 2011 a vu l’ouverture d’une partie du château accessible au public. Le pavillon d’entrée, la cour basse, le vestibule, la chapelle basse, la galerie sur le Val sont désormais ouverts. Ce fut la grande foule et l’émotion de voir revivre son château en voisin. Nombreux ont été les Gaillonnais à avoir eu des membres de leur famille à avoir travaillé au Château. 

 

Blog rose Rouen 2011.09.18 162

D’importants travaux restent à effectuer pour ouvrir plus largement le site, en particulier des jardins mais aussi, peut-être un jour mais pas forcément proche, la découverte de la prison souterraine sous le Château de Gaillon. Il faudra en effet faire auparavant un relevé exhaustif et une étude fine des inscriptions murales.   

    Blog 2011.09.2011 rose Rouen 199 

Pour suivre le chemin

. Voir la fiche de visite et le plan du Château sur http://www.haute-normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/telechargement/ESSENTIEL_INFO_12_chateau_gaillon_visite_grand_public.pdf

. A compléter avec l’historique du Château de Gaillon sur lequel s’appuie ce document sur   http://www.haute-normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/telechargement/ESSENTIEL_INFO_11_chateau_gaillon_historique.pdf

   

. Lire l’étude de Marie-Christiane de La Conté « Quand Gaillon devint prison » dans « Connaissance de l’Eure », n° 58, 4ème trimestre 1985.

. Lire « Le château de Gaillon, Fastes de la Renaissance en Normandie », Musée départemental des Antiquités, Rouen, Exposition du 27.02. au 12. 05. 2008 au musée départemental des Antiquités, Rouen.

. Ainsi que sur la fiche sur le site du Lycée André Malraux de Rouen, avec de belles photos inédites, sur http://lycees.ac-rouen.fr/malraux/gaillon/chateau.html 

. Et toujours, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Gaillon avec des plans superbes.

Blog rose Rouen 2011.09.18 066 

. Photos EP, à voir dans l'album "Eure > Gaillon > Patrimoine

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 12:24

Ces deux publicités de caravane des années 1960  ont réellement peu de chose en commun, à part la caravane bien sûr et la présence de ‘vraies’ personnes.

La « Thompson Caravan ». Comme son nom l’indique, elle est anglaise. Il y a beaucoup de recherche dans ce visuel pourtant si daté grâce à la mise en valeur de la production de l’entreprise productrice, la fierté de ce dernier qui affiche son nom au-dessus du local de vente, qu’on imagine à côté de l’usine dans une zone industrielle qui ne disait pas son nom…  Pas une feuille d’arbre ne traine au sol, ni une mauvaise herbe. Tout est « under control » (sous contrôle). Le fond gris moutarde ou jaune grisé, à votre choix, n’a qu’un objectif, celui de faire ressortir la blancheur parfaite de cette Thomson Caravan. C’est au point de vue de la couleur, une ni-ni, ni une noir et blanc, ni une couleur.

Pub caravane Thompson

Cette caravane anglaise bénéficie déjà d’une évolution notable. Elle dispose d’un toit aérodynamique pour diminuer la résistance de l’air. Bien qu’encore pourvue de fenêtres séparées à l’avant, elle a une porte latérale qui peut s’ouvrir à moitié, pour laisser passer l’air en été. La fenêtre du côté est de taille modeste. Comme ces caravanes du début de la grande époque, les fenêtres de l’endroit à vivre sont placées vers l’avant, vers la voiture qui la tracte.  Elle possède aussi un marchepied qui facilite la montée. Ses dimensions modestes en font une caravane facile à tracter et à placer dans un terrain de camping. Et les rideaux « bonne femme » montrent que la caravane est bien tenue, comme à la maison.

Cette publicité pourtant fait ma joie, tant il y a de décalage entre l’arrière-plan très figé et un peu triste et cette fière et souriante dame en tailleur noir, hauts talons et chapeau qui ressemble à ceux que portaient « Queen Mum », la mère de la reine Elisabeth II. Cette campeuse hyper-chic  ne porte pas de sac à mains, ce qu’elle devrait avoir  normalement pour sortir hors de chez elle, mais une canne de marche à la main gauche pour monter dans sa caravane. On l’imagine  partant crapahuter dans la campagne anglaise !  Il y a pourtant un vrai message de croyance en l’avenir : puisque la caravane devient accessible à tous, les femmes peuvent aussi ressembler à des « duchesses » de la noblesse et partir en vacances en caravane, sans déchoir. Dans une société aussi aristocratiquement structurée que l’est l’Angleterre, cela veut dire quelque chose, qui va dans un sens de plus d’ouverture démocratique.  

Pub caravane Van Car

La « Van Car » de  Van Dooren Caravaning. Voici un autre visuel bien différent, non seulement parce qu’il est belge mais parce qu’on dirait qu’il a une génération d’écart avec le précédent. Il utilise l’orange et le noir pour parler des vacances qui se passent cette fois-ci,  au bord de la mer. Toute la famille est là bien bronzée, orangée devrais-je dire, en maillot de bain. Papa joue au ballon, Fiston vient faire admirer son beau bateau à voile à Maman qui bronze sur une chaise longue près d’un parasol. L’intéressant est maintenant la représentation d’une famille, avec deux actifs, le père avec son ballon et le fils avec son bateau ;  la mère est, elle, occupée à une tâche très difficile, se faire dorer sur une chaise longue. Les trois sont joyeux et souriants.

Mais cette fois-ci, la caravane est située en partie droite du visuel au-dessus du nom de la marque, dans une cartouche de petite taille où l’on voit  la caravane blanche sur fond orange, au-dessus d’une autre cartouche où la marque se détache en blanc sur fond noir. Le design de la caravane est fondé sur la forme ronde. L’aéromodélisme est particulièrement poussé. Son toit est particulièrement travaillé en biais, avec un lanternon qui permet de donner de la lumière en partie haute, à l’endroit où les occupants peuvent se tenir debout en position droite. Visiblement un couple avec un enfant peut y vivre pendant les vacances à la mer. Le positionnement du visuel est différent. Il se fait en mettant en scène les occupants de la caravane, associée directement au cœur des vacances au plaisir du jeu ou du bronzage au soleil.

Van Dooren Caravaning ne s’oublie pas pour autant. Comme pour le précédent, ce modèle est directement fait pour les marchés belges, néerlandais et français. Aartselaar est une ville située près du port d’Anvers, en Belgique.

Caravane, L'Objet Caravane, dessin France Poulain

Pour suivre le chemin

. Thomson Caravan (1908-1982) possède un site de collectionneurs. Je n’ai pas retrouvé la caravane du visuel, antérieur à ceux qui sont présentés. A voir sur  http://www.thomson-caravans.co.uk/

. Van Car aussi a son site de collectionneurs sur lequel on découvre une version postérieure intitulée « Van Car 1 » qui présente un changement appréciable en particulier au niveau du dessin de la grande baie, par rapport au visuel présenté dans ce billet   http://www.bocc.be/FOTOSLEDEN/vancar/vancar.php

. Voir aussi les billets déjà parus dans cette série

Style de Pub > Caravanes > Wima et "A Lire avant vos Vacances"     

Style de Pub > Caravan-e > La Industrial Trailer et la Pierart Sestrière     

Style de Pub Caravane > BlueBird Penthouse vs Pemberton Panorama Range     

Style de Pub Caravanes > L'Aster et la Lucas     

Style de pub Caravane > La Star et la Miami     

Style de Pub > La Blue Bird Caravan     

Styles de pub > Caravane anglaise > Isn't she a beauty?     

Pub caravanes & Co > Un style de vacances > Ma Coquille 01/38     

. Photos EP et dessin de France Poulain pour le recueil des visuels publicitaires qu'elle a constitué à partie de sa collection de livres et d'objets de camping.   Le livret s'intitule "L'objet caravane, Mémoire graphique des années 1960" 

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Style de vie
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 16:35

Le plus célèbres des commissaires de police vénitiens. Tout le monde le connaît. Guido de son prénom, que seuls peuvent utilisés  les membres de sa famille, à commencer par sa femme, ses enfants et ses amis, Guido Brunetti a beau être policier, il n’en est pas moins gourmet pour autant. Tout ça pour dire qu’il adore manger. Il est franchement gourmand et se demande par exemple, s’il ne va pas s’arrêter quelques instants, avant de rejoindre son bureau, commencer sa journée ou couper sa matinée, pour prendre un café très aromatique avec une jolie petite pâtisserie aussi appétissante que goûteuse dans un café où il a ses habitudes.

Italian Author, Donna LeonCommencer une journée comme ça, en allant à pied rejoindre son bureau dans un palais absolument pas fait pour ça, fait partie des plaisirs de la vie. Et quand on est policier, il faut savoir être hédoniste et jouir des petits bonheurs d’un moment pour supporter de vivre au contact de cette terrible vilenie humaine, qui existe à Venise comme ailleurs aussi. Surtout quand on a un chef difficile à supporter même pour quelqu’un de très tolérant comme l’est Guido. C’est une question d’équilibre de vie pour pouvoir résoudre « la question d’honneur » dont parle Donna Leone, une romancière américaine, dans un de ses romans appelé ainsi. Elle est aussi, si non autant vénitienne, que les Vénitiens, qui ont un parler spécial, une cuisine identitaire – la cuisine vénitienne - et une façon de voir le monde particulière. Elle a aussi un tendance très « slow food » qui doit répondre à quelque chose de profond chez elle.  

Le petit déjeuner. Pour en revenir à Guido, ce n’est pas forcément le moment le plus fort de la journée, si ce n’est qu’il le prend avec sa femme Paola.  Il s’apprête à prendre une seconde brioche quand sa femme, professeur d’université – littérature anglaise - au tempérament de feu, explose d’indignation, quand elle lit dans le journal qu’une femme « avoue » avoir été victime d’agression sexuelle. On avoue un crime, mais pas d’être agressée. Avant de partir au bureau, Paola lui demande s’il reviendra déjeuner à la maison. Un autre matin, on apprend qu’il boit un café au petit déjeuner.  Ce jour-là, en réalité, il ne rentre que le soir.

Italian poster, Venezia, travel poster 1920

Un dîner. Tout le monde est à la maison, ses deux enfants Chiara et Raffi, tous les deux lycéens, sont en train de se disputer ; sa femme s’est réfugiée dans son bureau pour ne plus les entendre crier pour une affaire de disques. Guido file dans la cuisine ouvrir une bouteille de Prosecco (un vin blanc à bulles) à la place du Chardonnay que voulait Paola. Fier de lui d’avoir contribué à avoir fait quelque chose pour le repas - « tout travail mérite salaire » - il apporte la bouteille et un verre au séjour. Il se verse un verre, en attendant que Paola l’appelle.

Vingt minutes après, toute la famille passe à table. Paola avait préparé un « risotto di succa » (à la courge) pour commencer avec du gingembre râpé, beaucoup de beurre et du parmesan par-dessus. Ensuite suit « un poulet grillé à la sauge et au vin blanc », qui est si bon que le commissaire en devient lyrique à la grande gêne de ses grands ados. «Vraiment, Papa, tu ne penses qu’à manger » lui assene Chiara. Après un changement d’assiette et de couvert, Guido prend une belle braeburn –une pomme – qu’il croque directement avec une tranche pas si fine que cela de Montesino, tandis que Paola découpe sa pomme après l’avoir pelée, en huit morceaux qu’elle mange avec couteau et fourchette, avec, elle, une fine tranche de ce fromage goûteux. Et le repas se termine pour Guido quand il ouvre une bouteille de Calva ( du Calvados?) pour respecter l’accord à trois entre la pomme, le fromage et l’alcool !  Mais ces agapes du soir sont plutôt rares le soir, sauf s’il y a un ou une invité-e; le moment le plus fort est toujours le déjeuner.

Un  verre de vin sur la terrasse au soleil couché. C’est un geste  de rapprochement que Paola propose à son mari. Ils se sont, non pas disputés, mais ils ont ré-ouvert une discussion qu’ils ont déjà eue par le passé et qui est sensible chez l’un et l’autre. Comme toujours, c’est Paola qui lance la discussion et qui développe un thème qui lui est cher : l’incapacité des hommes à parler vraiment de ce qui les touche au contraire des femmes, plus courageuses dans ce domaine, comme dans d’autres. « Vous ne parlez jamais de ce que vous ressentez, ce que vous redoutez, pas comme le font les femmes ». Guido, d’humeur sombre, ne répond pas. La journée a été dure, trop de vilenie. Alors pour l’apaiser et mettre fin à la tension, Paola lui propose d’aller « siroter un verre de vin sur la terrasse ».

Un verre de grappa, le soir entre hommes.Une autre fois, un soir après le dîner, Guido Brunetti doit aller voir son beau-père pour que celui-ci l’aide à voir plus clair dans une sordide affaire ayant des racines dans l’histoire trooble de Venise lors de la dernière guerre. C’est alors une bouteille de grappa que le comte Orazio Faller pose sur la table avec deux verres devant leur fauteuil. 

Un déjeuner spécial par et pour Paola, exceptionnel pour Guido. Paola lui demande toujours le matin s’il rentre déjeuner. Quand il le peut faire, en précisant que cette fois-ci il sera à l’heure, elle répond qu’en ce cas, elle va préparer quelque chose sinon de spécial, du moins de différent de ce qu’elle aurait fait pour un repas courant. C’est bien le cas ce jour-là. Paola a  acheté « un bar de ligne entier,  préparé avec des artichauts frais, du citron et du romarin … accompagné d’un énorme plat de minuscules pommes de terre rôties » parfumés aussi au romarin. » Une salade d’endives  et des pommes au four complètent ce plantureux déjeuner. La remarque du commissaire  « heureusement que tu dois aller trois matins par semaine à l’Université pour tes cours  et que tu ne peux pas faire ça tous les jours » fut peu appréciée par sa femme qui lui demanda si elle devait prendre cette remarque comme un compliment ! Une bonne question en effet.

Un déjeuner sauté, avec les arômes en substitut. C’est celui que ne peut manger le commissaire parce qu’un de ses amis d’enfance lui demande de le rejoindre d’urgence pour une affaire qui l’est tout autant. Le lieu de rendez-vous est tout ausi inhabituel, c’est un des plus célèbres grands restaurants de Venise. Guido part alors très vite. Il prend quand même le temps de retourner dans la cuisine embrasser sa femme dans les cheveux et, juste avant, de soulever les couvercles et humer, en guise de déjeuner, les savoureuses tagliatelles, avec des aubergines rissolées et de la ricotta râpée qu’il aurait dû savourer. Une fois sur place, il écoute avec attention ce que son copain Marco a à lui dire dans la cuisine du restaurant, refuse ensuite d’y manger parce que Marco aurait alors payé – mais cela n’aurait jamais été évoqué – en expliquant qu’il a déjà déjeuné à la maison.

Italian Antipasto, Flicker Photos Globetrotter 2008 WikiComme Marco insiste, pour lui rendre un service à son tour, Guido lui demande l’impossible : obtenir de «  la Signora Maria, la Grande Chef cuisinière et propriétaire du restaurant, sa recette de la farce qu’elle met dans ses moules » à l’intention de Paola. Et Marco de s’écrier : mais tu sais bien que c’est impossible ! Le délicieux mais là aussi ce n’est pas dit, est que Marco a bien fait appel à lui, pour se protéger d’une façon informelle, non prévue par la loi, à la vénitienne en quelque sorte, contre des agissements véritablement contraires à toute réglementation, d’hommes d’affaires peu scrupuleux.

Ce qui avait frappé le Commissaire en arrivant au restaurant c’est qu’il était plein à craquer de convives et « les tables regorgeaient de plats merveilleux », avec par exemple  « des homards gigantesques …  et un plateau de fruits de mer qui aurait nourri un village du Sri Lanka pendant une semaine.»

Le soir, au dîner. Il se surprend à reprendre en entrée, une deuxième foi des crêpes aux épinards et à la ricotta, à poursuivre avec une poêlée de sauté de lapin, avec des olives et des brisures de noix, un lapin présenté comme du poulet pour une jeune amie invitée par Chiara, un gros mensonge fait sans aucun souci par Paola qui ne voulut pas gâcher le repas.

A finir de lire « Une question d’honneur » que je me garderai de vous résumer, je ne peux toujours pas vous dire ce que boit le commissaire pour son petit déjeuner, à part son café, ni qui fait les courses et où, à part Paola qui a acheté le poisson. Pour la vaisselle, c’est Paola, avec très rarement son mari qui l’aide à essuyer. Encore plus rarement, les jeunes se proposent pour s’en occuper. Quant au ménage, c’est silence radio, comme s’il était toujours difficile à une américaine de dire qu’on emploie une femme de service.

Italian deli Rome Alexander 2006 Wikipedia

Pour suivre le chemin

. « Une question d’honneur », Donna Leon, Calmann-Lévy, suspense. Voir le site de l’auteur http://www.donnaleon.net/ 

. Il existe un livre de recettes de Brunetti en anglais « Brunetti’s Cookbook », bien que le commissaire ne fasse jamais la cuisine, il se contente de la manger, à voir sur   http://www.groveatlantic.com/#page=isbn9780802119476 ou en français http://www.donnaleon.fr/la-venise-de-brunetti/brunetti-passe-a-table.html, un titre qui me semble plus juste.

. Wikipedia vous donne les informations minimales à connaître sur la composition du repas à l’italienne, avec des « antitpasti (une belle assiette de charcuterie) pour se mettre en appétit, un Primo (des pâtes ou du rissoto en premier plat), un Secundo (de la viande ou du poisson), du Contorno (des légumes) ensuite, un Dolce (dessert) pour finir avec un Espresso et ou de la Liquore (grappa, amoro, limoncello…), http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuisine_italienne  

. Lire le toujours remarquable ouvrage « Europe à la carte, un voyage culinaire », Kulinaria Köneman éditeur, la présentation de la cuisine italienne de Bettina Dürr, p. 517 à 587 , avec des recettes, comme celle de la poularde vénitienne à la sauce tomate, « Polastro in squaquacio ». Recette à venir!  

. Sur l’histoire, lire « la cuisine italienne, histoire d’une culture » de Alberto Capatti, Massimo Montanari , Seuil

. Photos Wikipedia, avec mes remerciements aux contributeurs; je n'ai pas trouvé de photo d'alimentation à Venise, celle-ci est de Rome. 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 10:51

L’homme est un de ces artistes qui regarde toujours devant lui pour continuer à avancer sur le chemin qu’il s’est fixé, en acceptant toujours le hasard, la rencontre, en faisant des tas d’essais pour laisser ses doigts faire autrement, décider pour lui, avec ses yeux aussi toujours en attente, à l’écoute de ses yeux de ce que disent ses mains. Comme un danseur, Il aime la boucle, jouer avec le fil si fin qu’on ne le voit que si on le cherche et pourtant  si solide qu’il sait qu’il peut lui demander beaucoup, comme porter des compositions lourdes de matière et pleines de vide, d’une absence si présente qu’on se demande comment ses œuvres sont faites. Edward Baran fait des boucles sur lui-même, en intégrant à chaque passage des éléments qui vont devenir partie de ses créations, dans une démarche innovante à la fois globale, intégrative et fine. 

Edward Baran, Sous la charpente, Bouchemaine, 2012

Mais avant, pour le licier qu’il est aussi, l’objet de toute son attention est la trame. L’artiste connait particulièrement les lois de la physique de la portance des matières. Il construit sa trame qui formera les fondations de la construction qu’il va ériger au-dessus. Son goût du jeu et de l’aventure va le pousser à perfectionner le ratio entre l’allègement au maximum de la trame, par exemple, avec le renforcement de sa capacité de portance, tout en la montrant en guise d’hommage et de remerciement pour bons et loyaux services rendus. 

Le textile revisité avec du papier et de la colle. On peut regarder les compositions d’Edward Baran, grandes ou petites, de loin, de prés, ou autrement qu’on le ferait pour une peinture. Elles n’en sont pas et pourtant, comme les tableaux, elles s’accrochent au mur. Comme eux en surface, elles portent des peintures sur papier marouflé. Mais à leur différence, elles sont portées par une armure composée d’un fil de chaîne que rencontre un fil de trame de façon alternée. Chaque croisement fait l’objet d’un nœud pour stabiliser ce voile quasiment invisible. Dessus, l’artiste encolle des feuilles de papier déjà marouflé avec beaucoup de colle de façon à assurer la stabilité de l’ensemble.

Edward Baran, Salle du Bas, Rouge, Bouchemaine 2012

La déchirure pour laisser passer l’air et le regard. C’est le papier qui assure la première forme directement perceptible, la densité de la matière et la solidité de l’ensemble. C’est à lui qu’Edward Baran demande de figurer l’épaisseur, de façon à créer cette troisième dimension qu’il recherche, comme une sculpture fine et plate, pour brouiller les frontières. On peut  à la fois voir dessus, voir dessous le mur sur lequel se fait l’accrochage et dedans, dans l’œuvre, car on aperçoit la trame qui forme l’ossature, avec à chaque fois qu’une personne s’approche, ces yeux qui se plissent pour comprendre cet effet de perception nouvelle. On sent qu’il y a un mystère. On sait par ailleurs qu’Edward Baran ne choisit pas la facilité. Certains feraient semblant, en collant par-dessus des petits bouts de papier découpés. Lui prépare une grande pièce de papier marouflé qu’il peint et pose sur l’armature et la laisse s’encoller pour faire corps avec la structure. 

La recherche de l’équilibre par le retrait. C’est à ce moment seulement qu’Edward Baran  va sculpter sa création, en ôtant l’excès de matière, en déchirant, de façon volontaire avec un résultat aléatoire, petits morceaux par petites morceaux, le papier solidifié avec de la colle avec beaucoup de couleurs dessous, en grand peintre, joueur de coloris, qu’il est aussi. Le travail est délicat, car le résultat est toujours inattendu, car cet ensemble a sa vie propre. C’est le papier qui décide. Edward Baran déchire à la main. Pour l’artiste il y a, à ce moment-là précis, un pacte avec la matière. C’est aussi une vraie leçon de vie que de voir plus loin, autrement, en enlevant plutôt qu’en ajoutant toujours plus. Chercher la légèreté pour obtenir l’équilibre de l’œuvre.  Trouver le ton, le temps juste, en détruisant ce qui est, juste ce qu’il faut mais pas de trop, pour obtenir ce qu’il cherche, lui, en composant avec le fil et le papier.

Edward Baran, Sous la charpente, Détail, Bouchemaine, 2012

Le principe de destruction-création-innovation et la part de la matière. Lors d’une exposition, un visiteur lui a un jour demandé s’il n’avait pas le sentiment de détruire son œuvre en déchirant les interstices entre les nœuds ; cette (auto-)destruction était pour lui difficile à accepter. En réponse, l’artiste lui expliqué qu’il a commencé sa formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie, dans la section de « l’Art textile ».

Pour lui, la matière, la perception, la sensation qu’il en retire sont essentiels, pas seulement dans la création artistique, dans la vie. Créer, c’est sentir la matière, sachant que cette matière devient une Alter Ego, une partenaire associée. C’est à elle qu’il propose. C’est avec elle qu’il compose. Enlever l’excès devient alors une étape nécessaire  à la création, quand on commence à sentir que « ça y est, quelque chose se passe », avec un peu de trop, mais c’est la bonne route, celle qui conduit à la création, en faisant autrement.

Edward Baran, Salle du Bas, Trilogie jaune et noire, Bouchemaine 2012

Avec la matière, la couleur. Dans l’exposition de l’Abbaye de Bouchemaine de 2012, la couleur joue un  rôle essentiel. C’est elle qui tonne le ton. Parfois en jouant sur une seule teinte, dont le créateur multiplie les subtilités des variantes. Dans la salle du bas, on voit par exemple, un découpage de carton rouge collé sur un autre carton, placé en dessous de quelques centimètres, de façon à donner le relief. La force de ce rouge teintée d’orange est si grande, qu’il a fallu à l’artiste créé un autre modèle différent mais cette fois-ci en vert, un vert jeune, acidulé, dans le même matériau, placé à côté, pour l’équilibrer, à moins que ce ne soit l’inverse. Le vert d’abord, le rouge ensuite, ce que je serai tentée de croire dans ce jeu par paire.

L’usage de la couleur, on le sait n’est jamais facile, du fait même de son pouvoir d’attraction. C’est pourquoi, le  coloriste a joué aussi dans une série de trois autres compositions géométriques dissymétriques, avec le jaune qui éclate de vitalité entre le blanc qui éclaire tout et le noir qui joue de son côté. Et un changement d’importance, l’envers est cette fois-ci devenu l’endroit. Les fils de trame noire sont dessus. Ce sont elles qui apportent aussi un autre élément de désordre dans cet univers géométrique jaune et blanc.  

Edward Baran, Salle du Bas, Etiquette de vin, Bouchemaine 2012

La fascination pour le vert, le noir et la dimension. C’est ce qui ressort des deux installations entre le bas de l’abbaye et le haut sous la charpente. En bas, des œuvres de moyennes dimensions faciles à installer sur un mur. En haut, sous la charpente de l’abbaye, la taille majestueuse  devient une composante majeure qui exige du visiteur plusieurs aller-retour en va et vient pour tenter de saisir ce qu’il a devant les yeux et dans les yeux.

Sur le pignon le plus proche du pont qui traverse la Maine, c’est le déséquilibre entre le peu de noir en contraste avec l’importance du vide, ou du passage de l'air, qui domine dans cette œuvre très maîtrisée, qui irradie en hauteur sur le mur en triangle. Edward Baran peut pleinement satisfaire son sens de la composition dirigée avec ce cercle rayonnant dans sa grande pureté symbolique qui éclaire toute la grande salle. En face à face, sur l’autre pignon, se trouve l’œuvre textile suspendue verte de 4m sur 2,5m dont j’ai déjà parlée. Le grand espace qui les sépare est nécessaire à l’équilibre de leur puissance d’expression. 

Edward Baran, Sous la charpente, Bouchemaine, 2012

Le franchissement des frontières, la création du nœud modal et la lumière. Chez Edward Baran, on voit que le Textile fait alliance avec le Papier, grâce au Découpage en forme de façonnage, qui porte à son tour la Peinture qui joue la partition de La Couleur. Le textile est le fil qui devient filet, en fortifiant les points de croisement dans une boucle, qui elle-même enduite de colle porte le papier peint avec de la couleur, déchiré en morceaux qui chacun va vibrer différemment à la lumière, du fait de sa forme singulière, de son emplacement et de son voisinage. Le vide et  l'air qui passe, qui se créé entre les petits papiers peints figure plus que l’absence de papier ou de couleur. Ils deviennent une composante de ce qui est, en disant ce qu’ils ne sont pas, et en magnifiant ce qui les entoure et ceux et celles qui les regardent.

On imagine ce que deviendrait un tel accrochage comme celui qui se situe sous la charpente de l’Abbaye, au second étage, avec cette œuvre de 4 mètres de long sur 2,5m de haut, sur un mur qui serait lui-même éclairé. Déjà là, avec la lumière d’un soleil froid de début d’un printemps à frimas venant de la droite  par la petite fenêtre haute et étroite, on perçoit déjà cette vie, comme un feuillage jeune après la pluie, brillant au peu de lumière, avec une toute petite brise réelle ou  imaginaire. 

C’est Edward Baran, comme un danseur, qui pratique, avec beaucoup d’élégance et de grâce, l’art de la boucle et du fil, en guise de nouvelles frontières d'expression. 

 

Edward Baran, Etiquette de vin à la main, Bouchemaine 2012

 

Pour suivre le chemin

. Edward Baran a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie (Pologne), dans l’Atelier « Peinture et Recherche sur les structures tissées ». Il vit et travaille en France depuis 1966, d’abord à Paris, où il a rencontré Maria, architecte, polonaise comme lui, qui est devenue sa femme. Ensuite, le couple s’est fixé à Mougins sur la Côte d’Azur. C’est là que les tapisseries d’Edward Baran ont commencé à être exposées. A la suite d’un accrochage de ses œuvres à Angers, le Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de cette ville  a contacté l’artiste pour savoir s’il serait intéressé par le poste de professeur « Peinture ». « C’est comme cela que ça s’est passé » explique Maria, qui était d’accord à une condition, c’est qu’ils ne dépassent pas la Loire. Ils se sont donc installés à Blaison en rive gauche de la Loire, dans un moulin, « que Maria a choisi » explique Edward en riant!

Maria Baran, Architecte, Salle du Bas, Bouchemaine

. Cette interview a eu lieu à l’Abbaye de Bouchemaine en Maine et Loire, juste en face de la confluence avec la Loire , le dimanche  22 avril dernier. Photos EP prises ce jour là.  

Edward Baran, Salle du Bas, Bouchemaine 2012

. Voir une brève biographie de l’artiste à l’intention des enseignants dans http://musees.angers.fr/fileadmin/plugin/tx_dcddownloads/ArtContemporain.pdf

.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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