En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

Les Habits du Vin

Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 12:37

C’est une publicité pour une voiture Renault Laguna, une grosse berline très à la mode au début du 3ème millénaire, que je vous propose aujourd’hui pour jouer sur un air de nostalgie. Non pas pour la voiture qui est actuellement le Ier « objet publicitaire » – avec les montres – pour les hommes, avec comme ressort la puissance, le fait seul au monde maître de l’univers... Ce doit être une conséquence directe de notre lutte à tous contre le réchauffement climatique ! Si ce n’est la puissance, c’est donc l’humour qui nous manque fortement en ce moment. La question est alors de savoir comment introduire une touche d’humour, un peu ou franchement sophistiqué compréhensible par tous et de nature à ne pas dévaloriser ni la marque, ni le futur usager. La réponse est : c’est un vrai mur en situation, avec quelques petites choses en plus.  

Pub-Renault-Laguna-estate-Geo-12-2002-DSC06009

. Pour cela, il faut commencer par réunir les ingrédients. La voiture d’abord à citer en premier. Elle est d’un blanc-bleu métallisé - c’est une « Renault Laguna Estate, 2.2 dCi. 150 ch, même à l’arrêt –parfaitement assorti à la couleur du ciel. Il vous faut ensuite trouver le décor ad hoc. Et ça, ça ne va pas être le plus facile.

. Pour la pierre à avoir avec soi, il vous faudra en trouver une quasiment blanche avec de l’ocre doux, surtout avec une forme arrondie pour ne pas être agressive et être suffisamment grosse pour être visible sur un visuel de deux pages du magazine GEO, à la meilleure place en page 2 et 3, juste après la couverture. 

. Le mur très spécial. D’abord, il est ocre rouge-rouge, impossible – à mon avis- à trouver autre part que sur la Côte d’Azur, en hommage aux carrières d’ocre de Roussillon. Peut-être aussi est-ce une référence à l’appel du soleil  et à un art de vivre dédié aux loisirs dans une voiture puissante. Le mur est très structuré avec des pilastres saillants à intervalles réguliers, une bordure haute pour terminer les panneaux. On distingue un poteau  d’entrée avec un médaillon qui soutient une grille fine en fer forgée. Le haut du mur laisse apercevoir un palmier et la grille des cyprès, qui sont autant de références à l’univers du midi méditerranéen.

. La pente. C’est là où les choses se corsent. Pour le traducteur automatique, je précise que  ça devient franchement d’une forte intensité.  Parce que tout le visuel repose sur cette pente vraiment forte qu’il n’est pas rare de trouver sur les coteaux pentus de la Côte d’Azur, avec vue directe sur la mer méditerranée. Une pente que la Renault Laguna se fera un plaisir d’avaler, sans souci, grâce à sa puissance. En effet « de la 1re à la –è, à chaque changement de rapport, vous ressentez la poussée franche du nouveau moteur diesel à injection directe équipée d’un turbo à géométrie variable. Cliquez, choisissez, rêvez sur www.renault.fr »

Pub-Renault-Laguna-estate-Geo-12-2002-DSC06009

. Et la pierre alors, où faut-il la mettre ? Patience, n’oubliez pas qu’il a fallu la porter celle-là. Maintenant il vous faut la placer juste en avant de la roue avant gauche. Je répète, gauche, et pas droite car alors on ne la verrait pas. Quant à celui qui la mettrait bêtement derrière le pneu, comme on faisait il n’y a pas encore si longtemps, au cas où freins lâcheraient, il aura une tapette sur les mains pour bêtise caractérisée, ou une pénalité supplémentaire au prochain MONOPOLY familial…Une voiture neuve aussi sophistiquée et puissante ne saurait avoir besoin de doubler ses freins qui ne sauraient faillir! C’est là que réside l’humour. Ceci dit, il vaudra mieux l’enlever pour partir facilement… 

Et comment pouvez-vous être sûre qu’il s’agit d’un « vrai » mur ? On le voit à la jonction entre le bas du mur qui est un peu dégradé avec le bitume tout neuf.  

Pour suivre le chemin

. Pour Renault, voir http://www.renault.fr/, sur son histoire http://www.renault.fr/decouvrez-renault/histoire-culture/histoire-renault/

. Pour la Laguna, http://www.renault.fr/promotions/promotions-vehicules-particuliers/?ORIGIN=liens-commerciaux&CAMPAIGN=promo_laguna_go_pro_ord_def-exact&utm_campaign=promo_laguna_go_pro_ord_def-exact&utm_medium=cpc&utm_source=google&utm_content=promo_laguna_generique_def-exact&utm_term=laguna#products/laguna

. Pourquoi « Laguna », mystère et boule de gomme, surtout après avoir lu la définition assortie d’un croquis, avec une référence à Venise http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/lagune/64348  

. Géo, n° 286, décembre 2002, sur www.geomagazine.fr , un n° spécial « Vins autour du monde »

. Pour Roussillon en Provence, voir  http://roussillon-en-provence.fr/  qui fait partie des plus beaux villages de France sur http://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr/carte-des-plus-beaux-villages-de-France    

. Photo Elisabeth Poulain, avec mes excuses pour le rendu du rouge beaucoup trop rouge ici et pas assez ocre...

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Style de vie
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Samedi 13 décembre 2014 6 13 /12 /Déc /2014 17:31

          

En Belgique, Koksijde - Coxyde en français - est une station balnéaire du sud du littoral  située juste au- dessus de De Panne en flamand, La Panne pour nous autres au sud de la frontière qui sépare la Belgique de la France.  La station est très fréquentée l’été, franchement moins l’hiver tant le vent aime le sable de ses dunes qu’il fait voler malgré la présence des braves oyats, ces grandes graminées traçantes qui  ont le mérite de fixer les dunes, tant qu’il y a du vent. Une franche nécessité surtout quand il n’existe pas de digue en hauteur légère où marcher pour voir la mer.  

Voici trois photos d’hiver  et trois ambiances différentes. En commun, elles ont plusieurs traits notables. Elles ont été prises l’hiver, quand il y a peu de monde dehors et dedans. Elles ont été tirées en sepia, cette couleur ocre-clair qui renforce l’aspect hors du temps d’une photo. Ce choix est particulièrement intéressant pour montrer ces grands paysages dunaires de bord de mer, dont les constructions ont déjà vieillies. Datant de 1970 environ, elles ont été aussi quasiment toutes construites en même temps, ce qui accentue leur impact sur le paysage.

Coxyde-Plage-immeuble, Mer-du-Nord-Belgique-DSC06006

. Le Ier cliché  a été saisi contrairement à l’habitude des photographes de bord de mer qui placent les immeubles sur le côté droit du cliché et en hauteur, avec le soleil pour faire briller les façades face à la mer. Cette photo fait doublement l’inverse. Elle a été prise au milieu de la dune, avec la barre dense d’immeubles sur la gauche et le soleil qui éclaire l’autre façade, côté terre. C’est ainsi que les immeubles projettent leurs propres ombres sur la dune, comme s’ils voulaient la  manger pour montrer qui est le plus fort. Une autre conséquence aussi est que les promeneurs relativement nombreux marchent en bas au soleil sur la plage près de l’eau, là où on sent le mieux la mer et où on sent le soleil. Les abords des immeubles ne semblent pas non plus forcément très attirants, si non les gens marcheraient en haut. On aperçoit le prolongement de la côte dans le fond avec des immeubles encore.

Coxyde-Plage-Mer-du-Nord-Belgique-DSC06007

. Le cliché n°2 est plus étonnant. Il n’y a plus de ligne claire entre le construit, la dune et la plage. On retrouve cette fois une disposition plus classique, avec les habitations dans le fond à droite et en haut. Ce qui frappe cette fois-ci est la présence forte de l’espace dunaire  presque plat, mi-plage, mi-dune, où on voit des promeneurs marcher en groupe. Des immeubles plus récents sont disséminés dans le fond sans ligne d’ordre apparent entre eux. A leur proximité des maisons dont certaines de bonne taille se déploient autour, sans qu’on puisse percevoir le plan de leur implantation. L’intéressant est le rapport étrange entre l’espace du sable en première tranche horizontale en bas, le ciel très limpide en haut  qui répond au sable, avec entre les deux, un composite non-ordonné de dunes comme mitées par des  constructions.

Coxyde-Plage-Mer-du-Nord-Belgique-DSC06008

. La photo n°3 est franchement surprenante de par sa composition et par son absence d’explication. Le lieu d’abord, cette fois-ci nous sommes vraiment sur la plage très plate, encore sur le sable sec, avec une mer très calme marquée par de très petites vagues qui éclatent au bord. Tout au fond du cliché, sur la ligne d’horizon, on aperçoit un gros bateau blanc dont je ne sais s’il part ou s’il arrive. Le ciel est franchement limpide comme pour les autres clichés d’ailleurs. En premier plan se situe la plage marquée par des traces variables d’empreintes de pas en fonction du vent. Et puis il y a toujours en horizontale, une grande ombre, peut-être celle d’une tour, qui barre inégalement toute la photo. Ce jour-là, il n’y avait pas de vent. Par contre, il y en avait eu récemment, preuve en est les petits tas de sable que l’on voit en arrière des poteaux.

Les poteaux qui semblent tracer une zone de délimitation transversalement à la plage, avec en plus un panneau que l’on voit de la mer assorti d’une barre verticale pour accroitre sa visibilité. Deux autres poteaux différents écartés, un qui est dans la zone mouillée à gauche et l’autre plus fin et plus en retrait, prolongent cette double barrière simple vers la mer. Par ailleurs dans la même ligne transversale à la plage, on peut distinguer deux sortes de poteaux. Celle que l’on voit le mieux est celle de droite. Il y a d’abord les poteaux dont deux sont renforcés par un demi-poteau enfoncé en bais dans le sable. Ils sont joints entre eux par deux lignes de fil de fer simple. Plus loin vers le sable humide, quand la plage s’abaisse, cette clôture se transforme avec d’autres poteaux  plus petits reliés  entre eux par un grillage (?) léger. Est-ce un chenal pour permettre par exemple de descendre de la terre des bateaux de secours en mer ? On dirait une frontière, marque l'empreinte de la ville sur la plage.

 Pour suivre le chemin  

. Explorer la carte qui vous permet de franchir d’un clic la frontière et de découvrir la linéarité de cette longue côte sur http://www.lesdunesdeflandre.fr/carte 

. Vous rendre d’abord sur le site un peu maigrelet de la mairie http://visiteur.koksijde.be/brochure_info

. Un site sur les visites des scolaires en groupe, avec des photos intéressantes des dunes, du moulin, des pêcheurs à la crevette… qui vous renvoie sur le site précédent   http://www.schoolreis.be/koksijdefr.html

. A Coxyde, il n'y a pas que la mer. Voir l’histoire très mouvementée de l’Abbaye des Dunes, fondée par les moines en 1107 qui n'ont jamais cessé de travailler la terre, en particulier dans leur lutte contre les invasions d’eau de la mer  http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_des_Dunes  

. Découvrir surtout la Grange dimière qui faisait partie de l’Abbaye des Dunes, située près de Bruges,  dont les ruines ont fait l’objet de recherches archéologiques intéressantes, à admirer sur http://www.chateaubelgique.com/2012/06/grange-dimiere-ter-doest.html ainsi que sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_des_Dunes  

. Photos avec mes remerciements à Claire Poulain pour les trois clichés de la côte à Coxyde un jour de grand vent et d’autres à découvrir pour voir la foule l’été sur la plage sur  http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1452702/2012/06/12/Cinq-mois-avec-sursis-pour-avoir-seme-la-pagaille-sur-la-plage-a-Coxyde.dhtml  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Architecture-Urbanisme
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Vendredi 12 décembre 2014 5 12 /12 /Déc /2014 15:53

Voici deux caravanes anglaises telles qu’elles ont été présentées dans des publicités conçues pour le salon européen de la caravane qui s’est tenu à Villepinte au nord de  Paris en 1966.  

Pub caravan Paladin- 

La caravane Paladin. Le visuel a choisi le jeu du noir et de la couleur pour faire ressortir la stylisation graphique de l’arrière de la caravane.  En 1966, ce choix était franchement audacieux. C’est une application d’un principe romain datant de l’Antiquité connu mondialement grâce aux trois mots que sont « pars pro toto » qui signifie « la partie pour le tout ». Ce n’est en aucun cas un détail puisque le choix a porté  sur la partie à vivre, avec ses quatre fenêtres dotées chacune de ses rideaux « bonne femme » attachés par un ruban. C’est là que se trouve le cœur vivant de la caravane, celui qui va décider de l’achat pour le bien-être de la famille réunie.

La visualisation de cette partie à vivre, vraisemblablement l’avant, se présente en un contre-effet en profondeur intéressant. Seules ressortent des amorces de lignes en courbes avec quelques droites en couleur.  Le rose prononcé et le bleu des lignes inachevées font ressortir le slogan écrit en blanc sur fond noir « Life’s a pleasure with a Paladin », avec en dessous la marque inscrite dans un ovale rose.  Un paladin est un chevalier qui suivit Charlemagne à la guerre. Plus tard, on utilisa ce mot pour désigner un chevalier errant. On peut aussi penser que ce terme désigne un petit palais, à la sonorité italienne, que l’on imagine itinérant dès lors qu’on a une caravane. C’est la magie de la publicité. Retenons que  le slogan est très contemporain. Il est axé sur le plaisir. Il n’est plus nécessaire de parler de la vitesse, de la voiture qui tracte, du goût des vacances ou de la joie de se retrouver en famille au plein-air. C’est la vie toute entière qui est un plaisir à consommer en caravane, preuve en est que ce rose associé intimement au bleu sur fond noir a fait disparaître tout le reste. Au plan visuel, c’est une franche réussite, où le noir agrémenté de rose pour la nuit et de bleu pour le jour valorise la caravane et la marque.

Pub caravan-Bailey-Bristol    

La Bailey Caravan 1966. Cette affiche annonce la participation de l’entreprise de caravanes anglaise Bailey à ce salon du caravaning de 1966. Ce doit être la seule publicité où la date de l’évènement figure sur le visuel. C’est dire son importance pour le caravanier anglais, qui vient présenter sa gamme (range).  Le choix de cette entreprise s’est porté sur une caravane blanche en train de rouler tractée par une voiture noire dont on n’aperçoit que l’arrière. Seule l’affiche collée sur la paroi gauche est en couleur. Celle-ci est placée à un endroit stratégique de façon à être vue si la voiture roulait vraiment. Elle a aussi comme intérêt à mettre l’accent sur les fenêtres, d’abord celle placée sur le côté et surtout aussi sur la grande baie panoramique placée à l’avant. Notons que toutes ces fenêtres ont des rideaux.     

L’impression ressentie de vitesse est nouvelle. Il s’agit d’inspirer confiance grâce à la saturation du noir pour faire ressortir le blanc de la carrosserie de la caravane Bailey et la large fenêtre placée à l’avant. C’est une preuve de la solidité de la marque, capable de supporter la vitesse. De la voiture placée à l’avant, on ne voit que quelques lignes plutôt horizontales – avec un effet ligne de fuite qu’on retrouve au sol- et deux verticales à la hauteur du feu arrière, pour bien montrer la rupture avec la voiture qui tracte. Outre l’arrière de la voiture, le sol et l’avant de la  caravane, il reste à citer le ciel qui est moucheté de noir sur fond blanc, avec des lignes de fuite du sol et du ciel qui se rejoignent en avant  hors du visuel et de notre champ visuel. Entre les bras de cette pince se trouve l’annonce du fabricant « 1966, RANGE OF BAILEY CARAVANS » écrites en jaune et rose fuchsia. Le résultat n’est pas forcément beau, par contre il est vraiment efficace du fait du concept global.

Les deux visuels ensemble se parlent de façon étonnante.

Pub caravane PaladinPub caravane Bailey, 1966

Pour suivre le chemin . Retrouver  la série de ces styles de pub –caravanes des années 1960 sur ce blog. Cette série est directement fondée sur une sélection de France Poulain, parue sous le titre « L’Objet caravane, Mémoire graphique des années 1960 » dans « Les Editions de la Direction départementale de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise ».  

Une série qui va bientôt se terminer; il reste encore deux billets à faire, après celui-là. 

. Pour la Paladin, voir une publicité de 1955 parue dans le magazine « The Autocar », dans un site très riche en photos et informations sur les vieilles  caravanes dont certaines sont offertes gratuitement, à condition de venir les chercher  http://vintagecaravansetcie.blogspot.fr/2012_07_01_archive.html  . Pour la Bailey of Bristol, une marque, et l’entreprise qui existe toujours http://www.baileyofbristol.co.uk/caravans/caravan-archive/

. Photos Elisabeth Poulain

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Communication & Marketing
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Mercredi 10 décembre 2014 3 10 /12 /Déc /2014 16:43

 

Avec cette montre d’homme de marque  PATEK PHILIPPE GENEVE, il s’agit de vous montrer dans ce billet comment la marque utilise le ressort de la transmission d’un père à son fils pour montrer la profonde originalité de cette montre. Plus qu’un bel objet qui défie le temps, c’est un témoignage d’amour où le père se voit en reflet dans les yeux de son fils, tout comme celui-ci s’imagine être un jour au moment où lui-même…   

La beauté du positionnement. Il s’agit d’occuper un créneau très particulier dans l’univers du temps, pour se démarquer des concurrents tous placés dans le haut de gamme, en se posant la question suivante : que dit la montre ? Elle indique le temps, pas seulement celui des 24 heures, ni des temps d’ailleurs d’autres fuseaux horaires comme ont choisi de le faire certains concurrents très connus.

Montre-Patek-Philippe-la-transmission-pub-Beaux-Arts-1999   

L’autre temps de la montre. Il s’agit du temps long qui s’inscrit dans un déroulement de liens de sang qui marquent profondément la mémoire, un des plus importants étant toujours celui d’un père à son fils. Il n’y a pas que dans le vignoble que les vignerons n’engendrent que des fils. Il suffit d’écouter des interviews d’hommes connus à la radio, au point qu’en 2014 ce soit vraiment impressionnant. Le phénomène est bien connu des dessinateurs de presse. Il est vrai que la logique de la transmission d’homme à homme peut s’expliquer aussi par le fait que les montres pour femme sont plus petites pour s’adapter à des poignets plus minces.  

La montre en transmission. Elle est une preuve tangible du lien fort qui unit le père encore jeune à son tout jeune fils qui n’a pas encore le poignet assez large pour la porter. En attendant, les liens de l’amour du père au fils et du fils au père peuvent se constater grâce à des scènes de vie à deux, brillamment mises en lumière par des visuels en noir et blanc comme saisis sur le vif et dans une sobriété chromatique très réussie.

Le père et le fils, le fils et le père.Tous deux sont vraiment beaux. Ils sont saisis dans le duo qu’ils forment, centré sur l’essentiel, le regard qu’ils échangent, le lien qui les unit avec le  temps en partage, mais pas le même bien sûr.

. Le Ier visuel les montre en train de rire saisis par l’objectif dans une rue sur fond noir. Tous deux ont les bras croisés, tous les deux ont t’shirt blanc ou chemise blanche, pantalon noir pour le grand et bermuda au genou tenu avec des bretelles pour le petit garçon aux cheveux blonds. Ils rient vraiment ensemble, le grand penché les bras croisés vers son fils et le tout jeune fait de même tout près de la jambe de son père. Les deux lignes de corps, cintrée vers l’enfant pour le père face à nous et celle du petit regardant son père la tête en arrière forment une ogive, qui s’arrête juste en dessous du bas du bermuda du petit garçon.

Pub Montre-Patek-Philippe-La-transmission-LeMonde2007

. Le second visuel. Père et fils, d’autres que ceux du Ier visuel, sont assis cette fois-ci à une table de café. Le père est penché vers le petit garçon qui est plus âgé. Il est brun cette fois-ci, avec des cheveux mi-longs, un peu plus que ceux de son père. C’est lui cette fois-ci qui parle  tandis que son père l’écoute avec attention. Il s’apprête à tourner le chocolat dans la tasse de l’enfant.

Deux conséquences à cette transmission d’un père à son fils. On ne possède jamais complètement une Patek Philippe. « On en est juste le gardien, pour les générations futures. » Cette première certitude s’assortit d’une autre, qui la complète avec bonheur: « Fondez votre propre tradition ».  On entre alors dans une nouvelle séquence temporelle, celui de la transmission dynastique, à poursuivre ou à commencer comme une nouvelle aventure pour donner une autre densité au temps.           

Le temps dynastique, le temps du noir et blanc, un temps quasiment intemporel. Il est particulièrement bien mis en valeur dans le visuel n° 1 pour la Nautilus Aquanaut, la montre du père qui rit avec son petit garçon, avec seulement du blanc pour le t’shirt du père et la chemise de son fils qui ressort fortement sur le camaïeu très structuré des noirs et des gris. Le visuel n°2 est plus axé sur le blanc et des gris dans le fond qui jouent avec des formes rondes, les têtes des deux personnages, les tasses, le guéridon, la cuillère, et toujours le noir qui sert cette fois-ci à mettre en valeur les profils et la très grande proximité d’une personne qui parle –l’enfant- à celui qui écoute -le père-.  

Et la montre ? Elle est dans les deux cas placée en dessous de la scène animée, cette fois-ci c’est elle qui se détache en noir sur le fond blanc. Pour le Ier visuel, elle est exactement située en dessous du père, c’est le temps du père. Pour le second visuel, elle est située sous la tasse placée entre les deux personnages ; son bracelet déborde déjà sur le visuel, avec l’heure (10h) qui indique le temps du père et les minutes (08mn) déjà orientées vers le fils, c’est le temps du successeur à venir.  Et la montre elle-même est située entre les deux !

Du bel ouvrage vraiment, qui montre en plus quelquechose d'essentiel, à savoir que la transmission ne se fait jamais à sens unique, du plus grand vers le plus petit, mais aussi dans l'autre sens qui commence tôt !    

Montre-Patek-Philippe-Beaux-Arts-1999-DSC06002

Pour suivre le chemin, après avoir laissé passer le temps

. Le Ier visuel – Nautilus Aquanaut - forme la page 4 de couverture de Beaux-Arts magazine, n°182, juillet 1999.  

. Le visuel n°2 –modèle inspiré du Calatrava Patek des années 1930 – figure en page 15 du Supplément au Monde « Watch your Time Spécial Montres », Edition européenne du 4 avril 2008. Il figurait aussi en anglais cette fois-ci  en page 4 de couv. d’Intelligent Life, The Economist, Winter 2007

. Consulter le site de la marque https://www.patek.com/contents/default/fr/home.html

. Voir aussi pour le boîtier Calatrava  http://fr.wikipedia.org/wiki/Patek_Philippe

. Photos Elisabeth Poulain  

 

    

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Dimanche 7 décembre 2014 7 07 /12 /Déc /2014 10:56

Aurel d’abord, à lui l’honneur. Normal, il est le créateur, celui qui donne vie à ses personnages, qu’on pourrait presque voir en chair et en os, tant ils ont l’air vrai, au point qu’on pourrait leur taper dans le dos, en disant d’une voix bourrue « allez, ça va allez mieux, respire un grand coup. » Mais pour certains seulement, car tous ne  sont pas forcément sympathiques. Il y en a « des qui …»  sont à éviter absolument de croiser « pour de vrai » comme disent les enfants, tant ils suent la méchanceté aigrie. Oui vraiment.   

Le décor d’abord. Il s’agit d’une cuisine comme on les imagine dans la fin des années 50 revues et corrigées. La cuisine est déjà dotée d’un évier à double bac avec des placards en hauts et en bas sur le côté droit du dessin. La petite table où le couple des vieux parents est attablé pour dîner est placée sous l’unique ampoule qui éclaire toute la scène dans un espace entre cuisine et salle-à-manger.

Aurel-dessin-Boomerang-Kids-LeMonde20140131

Les couleurs & les formes. Elles marchent à l’amble, c’est dire qu’elles vont ensemble, comme si une forme donnait vie à une couleur et l’inverse qui pourrait être aussi vrai. Les couleurs s’inscrivent franchement dans des variantes de marron, marron clair, plus ou moins, enrichi de rose éteint, d’ocre, de vert, de gris. Quant aux formes, elles modifient la couleur avec ces rayures, ces plis dans les tissus, ces lignes dans le carrelage ; sans oublier toutes les structures composées par les horizontales pour les meubles, le plafond, la chaise, le plateau de la table…qui se croisent avec des verticales forcément pour les meubles, le fils entortillé de la lampe…Dans cette structure très composée en dehors du marron, seules deux couleurs ressortent franchement, le rouge du dosseret et du siège de la chaise à gauche et le vert turquoise de la robe de chambre.  De qui, de qui ? Un peu de patience, les voilà.

Les « héros », ceux qui « animent » la scène. C’est franchement une façon de parler pour ceux situés à gauche du dessin. Ce sont les vieux parents assis en train de finir leur dîner. Ils sont comme ancrés  à la table, en faisant partie intégrante du décor, au point d’être comme fossilisés par le temps dans un positionnement des corps relevant de jeux de rôles tenus depuis des décades.

. Le père est devenu meuble parmi des meubles. Les preuves, chez lui tout est maintenant marron, un marron couleur terre avec quelques nuances, des chaussons, au pantalon, au pull, ou presque. L’arrière de sa tête commence d’ailleurs à brunir près des plis de son cou.

. La mère. Elle est la méchante, celle qui reste vivante par ses paroles qui tuent, aussi bien que des flèches lancées plein cœur. Son visage est déformé par l’âge, elle n’a plus d’yeux, mangés par d’énormes lunettes qui lui donnent l’air d’une aveugle, ce qu’elle est aussi. Elle a gardé ses cheveux frisés grâce à une permanente qu’elle doit faire faire une fois l’an. Littéralement, elle ne voit plus; elle regarde devant elle. Clairement, pour elle, le temps s’est arrêté. C’est elle qui est au centre, comme la méchanceté domine toujours la bonté, l’altruisme…dans les rapports aux autres.

Devant elle, passe un homme fatigué, déjà chauve. C’est leur fils. Comme elle, il a des lunettes. Comme son père, il est déjà chauve, lui a gardé une petite touffe près des oreilles pour trois cheveux sur la tête de son père. Il en a aussi les couleurs, marron pour le manteau, le pantalon, ocre pour son écharpe, du même ocre que le pull-over de son papa. Le rouge – seul lien avec le père - arrive aussi en marqueur identitaire, cette fois d’un rouge acajou plus foncé pour l’élégante serviette qu’il tient à sa main gauche, assortie à ses chaussures.

Un peu de blanc, une non-couleur qui va de pair avec le noir, c’est ce que ce quadra ou quinqua a en commun avec sa mère. Dire qu’ils partagent le blanc serait fallacieux. Chez lui, les lunettes sont blanches. Il voit et ne dit rien à haute voix. Il pense et ne dit rien. Sa mère au contraire, elle, ne voit plus – et c’est elle qui prononce des mots qui tuent. Ses paroles assassines s’inscrivent en noir écrits en blanc sur un gros nuage blanc en forme de quadrilatère, au- dessus de la tête du père. Au-dessus de sa tête à elle, la sorcière, il y a l’ampoule de la lumière !   

Aurel-dessin-Boomerang-Kids-LeMonde20140131

Non-dialogue d’elle à lui. Pour elle en gros caractères d’imprimerie                                = C’EST A CET AGE-LA QUE TU RENTRES ?, ce qui donne avec les accents « C’est à cet âge-là que tu rentres ? »Et lui de ne pas répondre en le pensant mais en disant rien= GNA, GNA, GNA.  Et c’est ça qui est terrible, il n’ose pas lui dire qu’elle n’a pas le droit de lui parler ainsi comme s’il avait encore 15 ans, quand elle guettait l’heure à laquelle il rentrait après une soirée chez des copains et qu’à chaque fois, il s’entendait dire « C’est à cette heure que tu rentres ! », comme s’il avait commis un crime, en arrivant 3 minutes après l’heure de rentrée fixée.

Le temps. A l’époque de ses 15 ans, il habitait encore chez ses parents. Maintenant à 40 ou 50 ans, il est à nouveau obligé d’entendre cette méchanceté qui tue, tout autant que le fait de devoir habiter à nouveau  chez ses parents, par manque de travail…  

"Avec le temps, oui, tout s’en va." Et de se réciter le poème chanté par Léo Ferré en 1970, Avec le temps, va, tout s'en va/ On oublie le visage et l'on oublie la voix/ Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller/ Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien… Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu…//Alors vraiment/ Avec le temps on n'aime plus..." 

Et tout ça, cette force, dans ce dessin d'Aurel qui fait 14cm de largeur sur 14,2. C'est impressionnant d'intelligence, de finesse en complète osmose avec le dessin, les couleurs...  

Pour suivre le chemin

. Dessin d’Aurel paru dans Le Monde en date du 9.01.2014, dans un article de Catherine Rollot avec le titre « Enquête sur les ‘boomerang kids’, ces adultes contraints de retourner chez leurs parents »  http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/30/enquete-sur-ces-adultes-contraints-de-retourner-chez-leurs-parents_4356826_3224.html

. Voir le site du dessinateur   http://www.lesitedaurel.com/

. https://fr.news.yahoo.com/photos/cartoons-1312219063-slideshow/

. http://fr.wikipedia.org/wiki/Aurel_(dessinateur)

. Léo Ferré, retrouvez les paroles de sa chanson sur http://www.avecletemps.org/

. Photo Elisabeth Poulain, à partir du dessin-papier paru dans le quotidien et reproduit avec l’autorisation du dessinateur, avec mes remerciements . La photo est à retrouver dans l'album "Genre-Variations"

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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