En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 10:55

Ce sont les Romains qui ont conquis ce petit village en –58 av JC fondé par les Gaulois, par lesquels  commence l’histoire officielle de cette petite ville. Elle compte aujourd’hui 11 000 habitants, dans une vallée, bien irriguée par l’eau de la rivière La Charentonne qui se divise en plusieurs bras et que rejoint son petit affluent au cours rapide, le Cosnier.  Au point de jonction dans la vallée, à l’endroit le plus resserré, là où se trouvait le gué,  se situe Bernay la bien nommée. Son nom d’origine celte signifie en effet « passage sur le marais, la prairie humide ». Une eau qui est à la fois un lien entre les gens au cours des siècles et une frontière. Il est frappant aussi, à regarder les cartes, de voir combien la ville ressemble à un îlot dans une campagne environnante dénuée d’autres villes capables de lui faire concurrence dans ce bas du département de l’Eure.  

 Bernay, Carte du Centre

Un lieu choisi

Dans la ville, il est d’autres frontières, comme celles que marque depuis le XIXè siècle le chemin de fer dont l’empreinte est très forte. La gare se trouve au sud de la vieille ville. L’emprise ferroviaire forme une véritable barrière qui masque le développement de la ville au sud. Coté centre ville, un large boulevard, qui longe le chemin de fer, donne une empreinte urbaine bourgeoise là où vraisemblablement il devait y avoir des fortifications accordées par décision du roi François Ier en 1540.  

 

Ce centre très resserré garde de sa longue histoire  une forte imbrication. Tout est près de tout, avec une grande mixité fonctionnelle, sociétale et sociale. Les maisons se mettent près des monuments, là où il y a de la place. La ville du Moyen-Age était déjà une ville dense où l’espace était rare. La particularité de Bernay porte en effet sur une très forte proximité entre les différents types d’édifices. On reconnaît par exemple la partie de la ville retravaillée lors de l’arrivée du chemin de fer à son caractère ‘bourgeois’. Les monuments historiques, très nombreux, sont de grand développement, qui dépassent fortement la taille de la ville d’aujourd’hui. Ce sont des bâtiments d’importance destinés à des puissants de haut niveau, au nombre desquels l’Eglise tenait une très grande place. En histoire, il ne saurait y avoir de hasard.

 Bernay, Place de la République, Abbaye

La concentration

C’est la première chose qui frappe celui qui arrive à Bernay, cette concentration héritée de l’histoire d’une ville ancienne en un lieu très contraint par la nature. La seconde est l’importance de l’Eglise en lien avec la Noblesse. Six monuments religieux d’importance s’offrent à la visite.   Le troisième élément qui surprend vraiment porte sur la vitalité des commerces du centre-ville, qui est une des facettes de la vitalité économique de la ville. On y compte environ 300 commerces, 150 artisans et 200 PME-PMI et tout ça, à 150 kilomètres de Paris. Bernay est  suffisamment proche de la capitale pour attirer les Parisiens et suffisamment lointaine pour éviter la cannibalisation totale.

Bernay, Rue Gambetta, Musée 

Les rues de Bernay

Dans le centre ancien (en rose sur la carte), il existe un véritable maillage entre les différents bras d’eau  qui adoptent des cours parallèles avec des coudes brusques à 90° et le jeu des rues qui filent globalement du sud-ouest vers le nord-est avec des rues qui les croisent pour joindre les deux coteaux. Rien, sauf exception, ni les rives, ni les rues bien sûr ne sont vraiment droites ni continues. Il n’y a pas eu ici de Baron Haussmann, même si l’urbanisme rationaliste du XIXè siècle a permis de fluidifier la circulation des fiacres et des transports hippomobiles dans les rues passantes. On repère vite très vite celles-ci, non à leur largeur mais à leur dynamisme commercial actuel et au nombre de voitures dont les conducteurs cherchent une place de stationnement juste devant le magasin où ils veulent aller.

 

Parmi les voies positionnées d’Ouest en Est, la rue du Général de Gaule est prolongée par la rue Thiers pour prendre le nom du Général Leclerc enfin. Au sud de cette longue rue, parmi les rues transversales mais pas forcément traversantes, il convient de citer la rue Auguste Le Prévost, la rue de la Victoire, la rue Gambetta  et la rue Lobrot qui permettent de rejoindre le centre du centre. Seuls deux « civils » ont l’honneur de donner leur nom à une rue, Auguste Le Prévost et (Eugène Edouard) Lobrott qui a la plus longue des rues. Par contre, au-dessus des rues De Gaulle-Thiers-Leclerc, le schéma des rues semble plus ancien, moins retravaillé au XIXè siècle. Les rues portent presque toutes des noms de personnes du lieu.  

 Bernay, Rue Thiers

Visiblement le long passé historique de Bernay ne se reflète pas dans le nom des rues très passantes du centre, à quelques exceptions telles que la rue de la Geole (la prison), le Passage de la Cohue pour aller au tribunal, la rue Judith de Bretagne ou la rue Guillaume le Conquérant... L’accent est mis sur le XIXè et le XXè siècle et la célébration des victoires alors que le paysage urbain parle lui de vieilles maisons à ossature bois dont certaines ont plusieurs siècles et de grands édifices dont certains ont plus de 1 000 ans, particulièrement les abbayes et leurs dépendances.

 

La présence religieuse

Son importance est impressionnante au point que lorsque le pouvoir civil cherche à loger ses différents services, il utilise des anciens édifices religieux, tels que le l’Abbaye de Bernay (XVIIè) pour la Mairie et le Tribunal, le Logis abbatial (XVIè) pour le Musée municipal…

 

Le monument le plus prestigieux est l’Eglise abbatiale Notre-Dame fondée au XIè siècle  sur l’ordre de Judith de Bretagne, l’épouse de Richard II, Duc de Normandie.  C’est à partir de cette époque que date vraiment l’essor de la ville. L’Eglise Sainte-Croix du XIVè et XVè siècle offre aussi la particularité de présenter des éléments religieux (maître-hôtel, pierres tombales, statues des apôtres…) qui appartenaient  avant la Révolution de 1789 à la prestigieuse Abbaye du Bec Hellouin proche. A voir également le Couvent des Cordeliers.

 Berbay, Gaston Folloppe,

L’essor économique

Les moines bénédictins, qui fondèrent l’abbaye, impulsèrent le développement économique, avec de grands travaux hydrauliques pour réguler les cours d’eau, construire des moulins, aménager des pêcheries, favoriser le travail de la terre et a mise en exploitation de ses productions. Grâce à la paix rétablie, ils favorisèrent l’essor de la production agricole dans les nombreux domaines qu’ils possédaient dans les des 21 paroisses  rattachées à l’abbaye. L’artisanat se développa en lien avec l’essor des foires et des marchés qui attiraient les marchands de toutes sortes.  L’abbaye et ses nombreuses dépendances s’enrichirent d’autant.  Bien calée dans la paix, protégé par les moines, Bernay sut développer sa dimension industrieuse, particulièrement dans les produits de cette terre très riche, le blé, le  drap, le cuir…Au cours des siècles suivants, la ville connut par contre, comme beaucoup d’autres, des périodes très troublées telles que la Guerre de 100 ans, la rivalité entre les couronnes d’Angleterre et la France, plusieurs épisodes de la peste noire et bien sûr l’occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale.

 Bernay, le Cosnier, rive et lavoir

Les maisons

C’est au brouillard que la ville doit d’avoir pu conserver en son centre historique un riche patrimoine des maisons anciennes à pans de bois lors des bombardements canadiens qui permirent de libérer la Normandie. Ces maisons souvent petites se pressent les unes contre les autres pour être au plus près de la lumière et de l’eau. Elles font montre d’une diversité et d’une inventivité étonnante tout en présentant des caractères communs. Elles font le bonheur des amoureux des vieilles pierres qui s’attachent à leur redonner belle apparence. Elles se serrent tellement qu’elles couvrent les passages étroits pour joindre les maisons construites en arrière des rues. C’est ainsi que j’ai vu pour la première fois de ma vie un passage public doté d’un parquet à larges lames de bois bien cirées, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une entrée de maison. La différence est que la porte reste ouverte, au moins le jour, et que tout le monde peut y entrer.

Bernay, le Cosnier, promenade 

L’accès à l’eau

D’autres passages étroits , telles que l’Allée Badin et l’Allée Gertrude, permettent de rejoindre l’eau vive du Cosnier qui le rend si attirant. C’était l’objectif de ma ballade : chercher l’eau pour voir comment se fait la rencontre entre la terre et l’eau de deux rivières. Le résultat est franchement réussi. C’est un plaisir que de se balader le long du ruisseau ou de regarder du haut des ponts pour mieux l’admirer. Une promenade aménagée le long de la Charentonne en plein centre permet de voir d’anciens lavoirs proches de l’eau.

Bernay, Ruelle aux Près, La Charentonne, lavoir

Près du Cosnier, des jeunes discutaient musique. Une vieille dame m’a dit combien elle appréciait la promenade le long des rives et les points de vue aménagés près du pont rue Gaston Follope. Des jeunes filles plus en aval déjeunaient au bord de la rivière joliment aménagée en square pendant que des lycéens mangeaient un sandwich  Place Haslemere du nom de la ville anglaise fondée en 1221 dans le Surrey avec laquelle Bernay est jumelée.  On retrouve l’Angleterre. 

 

Un vrai plaisir que cette belle ballade dans l’histoire, près de l'eau du Cosnier surtout et des gens d'aujourd'hui. Pour ne pas éveiller la jalousie de la Charentonne, la dernière photo sera pour elle!   

Bernay, La Charentonne, vue du pont de la rue de la Charentonne

 

Pour suivre le chemin

. Découvrir l’histoire si chahutée de Bernay sur un site intéressant

http://www.bernay.net/berhis.htm

. La ville est maintenant « ville d’art et d’histoire » sur

http://haute-normandie.france3.fr/info/bernay-devient-ville-d-art-et-d-histoire-69488811.html 

. L’histoire de la ville en version courte telle qu’elle est transmise maintenant

http://www.tourisme.fr/office-de-tourisme/bernay.htm?item_sommaire=3

http://www.france-horizons.com/Normandie/27-Eure/Bernay/fr/histoire-bernay.html

. Le grand savant, historien et député de l’Eure, Auguste Le Prévost, voir

http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Le_Pr%C3%A9vost

. Photos EP; découvrir d'autres photos de la ville dans l'album "Villes moyennes et petites" sur ce blog. 

 

Un blogueur de Bernay, "Le Citadin" me signale trois blogs sur Bernay. Voir son commentaire ci dessous. Ce sont 

http://jetecrisdebernay.blogspot.com  

http://bernay-ici-et-la-over-blog.com

et son propre blog http://unevillemaville.blogspot.com

 

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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 16:58

 

Une Nana est une femme qui a quelque chose de plus qu’une femme. Je vous passe la dimension littéraire et l’histoire. Actuellement, une nana est plutôt jeune, marrante, un peu piquante, une façon codée pour dire qu’elle pense et qu’elle s’exprime; elle est franchement décalée parfois, un peu déjantée quand elle en fait de trop. C'est une femme qui bouge, qui s’engage, quitte à faire des erreurs ou dire des bêtises. En trois mots, c’est quelqu’un de sympathique. Quant à son look, je n’ai pas d’idée particulière, Desclozeaux si, par contre, il en a plusieurs, des idées!    

     

Desclozeaux  

Jean-Pierre,  de son prénom par lequel on ne l’appelle jamais quand on ne le connaît pas, est un affichiste, illustrateur, dessinateur qui travaille beaucoup pour la presse. Les lecteurs l’ont  connu au Nouvel Observateur, à Télérama... Depuis plusieurs années, il réalise chaque semaine un dessin pour la chronique « Saveurs » que tient Jean-Claude Ribaut pour Le Monde. Il est de ces artistes qui, avec leur crayon, voient là où d’autres ne sentent rien. Passionné d’art postal, il vous transforme une enveloppe en une scène magique où il il dessine  deux nanas, avec de gros têtons pointés en l'air, à l'arrière d'un bateau que conduit Jean-Pierre avec sa grosse tête tampon....  

    jDesclozeaux- Art postal-Le Monde Blog 

Ses Nanas

L’artiste les aime épanouies, tous leurs sens et leurs papilles en éveil, avec un air franchement canaille irrésistible de mangeuses d’homme. A elles, on ne parle pas de menus à la « Weight Watchers », où tout se calcule et s’additionne pour ne pas franchir le nombre de calories sous peine de culpabiliser des journées et des nuits entières. Ces Nanas là, on les voit presque toujours de profil pour mieux apprécier leurs rondeurs. Bonnes fesses haut placées, gros seins en pointe d’obus, long pif de préférence rouge pour mieux sentir le vin rouge forcément, elles ont une  bouche à avaler un boa tout cru ou équivalent. 

 Desclozeaux, Nicolas 2005, Les Petites Récoltes,Nana

Elles ont des longs cheveux jaunes comme une moumoute à double rotondité, une en bas pour équilibrer des fameuses loloches de l’autre côté et une en haut du crâne pour équilibrer encore, tant c’est nécessaire, cette grosse paire de lolos extra. Elles portent toujours des robes ultra-sexy, courtes, très décolletées, qui montrent leur baguette de jambes avec au bout des talons de 10 cm en plus, des trucs à se casser la margoulette, à se dandiner le troufignon pour trouver l’équilibre. Mais il s’en fout, l’artiste ! C’est comme ça qu’il les aime.

 

Pour Nicolas

Jean-Pierre Desclozeaux a fait une série de trois étiquettes de vin dans la série des « Petites Récoltes » chez Nicolas. Pour l’une d’elles, le dessinateur a réalisé la nana que je viens de vous décrire. Je comprends pourquoi elle a une robe blanche - ce n’est certainement pas pour aller à la messe - c’est pour vanter le vin de pays des Collines de la Moure Blanche. Le rouge de ses pommettes, qui en fait s’étend à son décolleté, est là pour attirer l’oeil  du contemplateur sur ce qu’elle fait. Imaginez l’audace qu’elle a ! Avec le talon de sa chaussure gauche, qui est un tire-bouchon, elle s’apprête à ouvrir la bouteille, rien que pour elle, avec un sourire qui lui va jusqu’aux oreilles, comme Julia Roberts mais en blonde. Ah la Diablesse !   

Desclozeaux-Autoportrait-Exposition

Et lui

Pour comprendre les nanas aussi bien, il doit avoir en partage quelques-unes de leurs qualités, la sensibilité, la finesse, la légèreté... Il aime aussi beaucoup les oiseaux légers qui volent autour de lui et se nichent dans sa barbe fleurie tel Charlemagne, les petites fleurs bien sûr,  le vin rouge plus que le blanc d’ailleurs, les mets à boire avec  et après tout ça, la sieste, dont il fait visiblement un art de vivre, surtout quand il tend son hamac en forme de porte-jarretelle noir  sous la Tour Eiffel pour mieux rêver à ce qui se passe en haut.  Jean-Pierre Desclozeaux est un vrai hédoniste.  

 

On voit bien la différence quand il dessine pour lui. Cette fois-ci, il ne s'agit plus de représenter la cliente de Nicolas, cette urbaine avec ses jambes maigrelettes quand même. Ses nanas à lui sont réellement bien chair, avec des tétons qui ont dans ses dessins des bouchons rouges au bout pour bien souligner leur caractère attractif, des fois qu'on ne les verrait pas. Quant à moi, celle que je préfère, c'est la petite poulette qui regarde droit dans les yeux - façon de parler - le grand coq qui veut la dominer. L'artiste a baptisé son dessin "Coq", là où moi, je vois une Nana. On ne se refait pas! 

 Desclozeaux-Coq et Poule

 

 

Pour suivre le chemin

. Voir Wikipedia pour le roman d’Emile Zola et le tableau fameux d’Auguste Renoir http://fr.wikipedia.org/wiki/Nana_(roman)

. Retrouver l’interview de JP Desclozeaux avec des photos de ses enveloppes http://mondephilatelique.blog.lemonde.fr/2011/01/19/jean-pierre-desclozeaux-passionne-dart-postal/

. Découvrir une banque d’images spécialisée dans le dessin de presse  http://www.iconovox.com/

. Admirer la créativité du dessinateur et le dessin de la Tour Eiffel avec le hamac où le dessinateur fait sa sieste sur 

http://mipithi.pagesperso-orange.fr/Cadre_peinture/Page_Desclozeaux/page_famille.htm

. Photos des dessins, avec mes remerciements à l'artiste et aux autres contributeurs, EP pour celle de Nicolas, à voir dans l'album-photos "Genre-Variations" sur ce blog.  

 

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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 13:27

Décryptage

Cécile Duflot, vous la connaissez. C’est la secrétaire nationale des écolos. Théophile Trossat est moins connu. Pourtant son nom est souvent imprimé dans la presse, le Monde en particulier. Ce photographe travaille à Paris et à La Rochelle où s’est tenu le congrès d’Europe Ecologie-Les Verts le 3 juin dernier.

Théophile Trossat, Europe Ecologie-Les Verts, 2011

La photo

En plein centre de la page 9 du Monde, en partie haute - la meilleure place - elle attire d’abord par ses dimensions : 19 cm sur 12,5, puis très vite c'est le jeu des couleurs qui intrigue. Un fond uniformément brun très sombre avec un pointe de rouge, un brun presque flamand, dont l’aplat en contre-champ renforce la présence des six acteurs de la scène.

Les couleurs

La tonalité des vêtements fait ressortir deux personnages qui portent du blanc en chemise ou chemisier. Celle qui éclate au milieu de la composition est Cécile Duflot. Le regard va tourner autour d’elle, comme un crayon attaché par une ficelle qui fait un cercle autour d’un clou.

La composition

L’œil décrypte alors la juxtaposition des personnages, ensemble et chacun, individualisé dans une relation à un autre, en tandem. Dans un espace qui ne doit pas être grand, il y a là sous nos yeux, six personnes en trois binômes qui vivent une vie différente. L’une d'elles est debout, les autres sont assis. Quatre figurent en partie gauche et deux seulement à droite.

Les deux à la chemise blanche assis

Il y a d’abord le binôme des chemises blanches, dont les cheveux bruns se fondent dans le décor. Ils sont assis en partie gauche de la photo en troisième plan. Ils regardent tous deux vers la gauche, l‘une avec un sourire léger, le barbu avec curiosité mais sans plus. Elle joint les mains en hauteur ; lui croise les bras à la hauteur des coudes. Ils ont pour particularité très singulière dans cette scène d’être les seuls dont on voit pleinement le visage. Aucun des deux n’est impliqué, ni n’a de lien avec l’autre. Entre eux, une femme les sépare. Pourtant ils sont liés par ce que leurs yeux regardent vers la gauche plutôt en partie haute. Il s'y passe quelque chose. Un triangle vient de se former.

Les deux à la tête penchée qui réfléchissent

Assis sur un coffre en partie droite, ils forment en partie droite du tableau un second plan. Le premier, d'entre eux, le plus au centre, a une chemise bleue foncée. Sa position corporelle montre qu’il est très attentif. Son voisin proche porte une chemise jaune clair et un gilet. Il se tient le menton et cache sa bouche. Il est très concentré. Les deux ont les yeux baissés. Ils ne se parlent pas. Ils cogitent ensemble. Leur ligne d’épaules crée une oblique montante vers la droite qui ouvre la scène vers la gauche. Mais eux sont bien là, concentrés sur un même sujet.

Les deux autres de la partie gauche en premier plan

Du coup, en bas de cette ligne qui devient descendante vers la gauche, on découvre un homme aux cheveux gris vu de profil. Son regard est dirigé en partie droite au-dessus du tandem en train de discuter. En commun avec l’homme à la chemise bleue, il a des cheveux clairs. En commun avec celui qui se tient le menton, il porte une veste jaune ocre. Cet homme nous fait percevoir la partie gauche. Il est le plus proche de l’objectif et pourtant c’est celui qu’on voit en avant-dernier.

 

C’est aussi lui qui nous emmène à la découverte de la femme en noir qu’on voit de profil en arrière au dessus de lui. Elle est debout et regarde vers la droite à hauteur de ses yeux. C’est la seule à être souriante. Avec l’homme à la veste jaune, elle forme un triangle dont la pointe en partie droite échappe à notre vision. Ils n’ont rien d’autre en commun, à part leur profil droit, que ce regard vers un point extérieur.

Théophile Trossat, Europe Ecologie-Les Verts, 2011

Les deux qu’on ne voit pas

En fait, ils ne sont pas six mais huit. Jusqu’alors on ne les voyait pas. Il a fallu faire tout ce travail d’analyse pour les découvrir.

 

. Derrière Cécile Duflot, il y a une femme habillée d’une chemise noire avec des parements blancs, dont on voit si peu de visage qu’on croirait voir un halo derrière les cheveux de la secrétaire des Verts. C’est l’oreille gauche de la dame en noir qui nous révèle sa présence.

. Devant les deux hommes qui réfléchissent, il y a une femme également en noir. D’elle, on aperçoit un bras avec une veste longue. Elle est assise assez bas devant les deux. Elle parle, c’est au moins ce que dit sa main. On comprend alors pourquoi les deux hommes ont cette attitude penchée vers elle. Ils l’écoutent. Les trois forment un trio, le seul à être présent dans la photo.

La lumière

On pense au Caravage, le maître du clair-obscur, à Le Nain, sans rien de dramatique, avec une grande diversité humaine dans si petit espace. Il y a là la magie de la photo prise au bon moment par le photographe Théophile Trossat, sans mise en scène de sa part, mais avec beaucoup d'intuition. Si je devais lui donner un titre, ce serait "temps d''attente" ou " jeu d'entre-deux avec d'autres plus loin".

 

Pour suivre le chemin

. Le Monde du 5-6 juin 2011

. Voir le site de Théophile Trossat

http://www.theophiletrossat.com/portfolio

. Aller à la Rochelle en dehors de l’été. C’est toujours un endroit qui a conservé sa saveur particulière.

. Photo EP à partir de la photo du Monde, avec mes remerciements au photographe.

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Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 10:11

Le rose offre un paradoxe étonnant. Il est très présent dans la nature, comme en témoigne l’abondance des fleurs roses, à commencer par la plus célèbre d’entre elles, la Rose. Le rose par contre est difficile à utiliser dans la publicité ou l’art.  

Il rejoint sur ce point le bleu ciel. Est-ce que cela tient à la faible tonalité de ces couleurs claires ? Ce pourrait être un début d’explication. Notre œil saturé de couleurs, de formes et de profondeurs aurait besoin de couleurs accentuées. Une explication provient peut être aussi d’un sur-emploi de ces deux couleurs dans le domaine symbolique du genre lors de la naissance en France. Encore maintenant, le bleu ciel désigne le garçon, le rose la petite fille, alors même que la couleur a apparemment franchi ce code d’usage. Il en reste pourtant une très forte prégnance mentale.  

Le rose et bleu selon Guy Georget (1911-1992)

Rose et Bleu, Guy Georget, 1966C’est une création de cet artiste qui a été le déclencheur de ce billet. L’affiche (1966) illustre un article de Christine Bard sur le Planning familial, paru sous le titre de « La bataille de la pilule » dans « Têtes Chercheuses » d’automne 2010. On y voit un couple assis sur un banc, un enfant dans les bras. C’est la couleur qui distingue l’homme de la femme. Vous l’avez deviné, elle est rose, lui est bleu. Mais c’est plus compliqué que cela. Sa tête à elle est bleue aussi, tout comme l’enfant entièrement bleu, mais pas comme son père qui n’a de rose que son bras. 

Résumons, quand la femme pense, sa tête est bleue comme son mari et leur enfant. Quand son mari materne l’enfant, son bras à lui est rose pour finir d’envelopper l’enfant. N’oublions pas que l’autre bras de la mère est rose puisque tout est rose chez elle, à part la tête. On comprend  ce qu’a voulu faire Guy Georget, montrer l’universalité de la pensée chez l’homme comme chez la femme et la capacité de l’homme d’exprimer sa part féminine.  

Le malaise ressenti

L’impression négative vient peut-être du déséquilibre de la répartition des couleurs entre la femme et l’homme et aussi de la couleur uniformément bleue de l’enfant. Comme si la femme n’avait pas de cerveau à elle, comme si l’enfant était toujours un garçon, comme ces pères qui ne citent que leur fils quand on les interroge sur leurs enfants. Comme si l’enfant mâle appartenait au père. Cela vient peut-être aussi de cette tonalité mollassonne de rose veinée de coulées blanches associée à un bleu qui manque de tonus sur un fond vert peu appétissant. 

Et tout ça pour faire connaître le planning familial qui a été une véritable ouverture pour la société française. Il est vrai que le sous-titre de l’affiche éclaire la scène d’une manière particulière « Planning familial - Equilibre du couple – Maternité heureuse. » Nous sommes en 1966.  La loi Neuwirth, qui consacre le droit des femmes à la contraception et à l’avortement ne sera aRose, Victor Alimpiev, Pernod Ricard Rapport 2008-2009doptée qu’à la fin de 1997. Ce n’est qu’à partir de ce moment là qu’a été consacré le droit longuement revendiqué par les femmes sur la maîtrise de leur corps. On comprend mieux le trouble ressenti par  cette différenciation entre le rose et le bleu. 

Le rose selon Victor Alimpiev

Curieusement  son rose, celui que cet artiste russe a choisi pour son œuvre « Maintenant essaie de retenir comment s’appelle ce souffle là », est lui aussi non pas veiné de blanc à proprement dit, mais comme le résultat d’une émulsion saisie par la photo de l’artiste qui a retravaillé le bas de la composition avec un effet vague pour structurer l’assise. Voici une composition d’un liquide rose moyen saupoudré d’un nuage de rose plus clair. Le tout forme un ensemble d’ « une extrême finesse et une grande douceur dans une approche méticuleuse, discrète et simple… » selon le commentaire qui accompagne cette création sélectionnée pour faire la couverture du rapport annuel de Pernod Ricard 2008-2009. 

Heureusement, ce rose est un peu plus foncé. Il n’est pas contrecarré par un bleu difficile ni par un vert qui l’est encore plus. Néanmoins, la sélection de ce travail interpelle quelque peu en tant que tel. On n’imagine pas se noyer dans ce rose plat et terne, comme on pourrait se jeter dans l’orange ou danser avec le rouge.  

Rose, Nam Kunn, Fricote, Couverture n° 1, 01.2011

Le rose selon  Nam Kunn

C’est la couleur que ce dessinateur vietnamien, le créateur de la petite mère chagrin au caractère épouvantable, a choisie pour mettre en valeur un hamburger à sa façon à partir d’une pomme verte découpée en lamelles. Entre les tranches vertes acidulées, des cerises avec leur queue, de la chicorée très frisée, de la mousse de tomate nappée d’une tranche de fromage bleuté et en final des crevettes grises en haut prêtes à être saisies sur la couche la plus haute.  La référence française se voit à la couleur tricolore de la paille qui est piquée dans ce hamburger détonnant. Ce dessin illustre la couverture du premier numéro de « Fricote,  L’épicurien urbain ». 

Il y a une telle richesse de couleurs, un graphisme fort et beaucoup d’humour que le rose choisi en fond renforce l’absurdité du dessin si soigneusement réalisé. Le rose, là, a toute sa place. Il a du sens, absurde.  

Le rose selon Olivier Debré (1920-1999)Rose Olivier Debré, Signes-Paysages, Musée Ziem, 2011

Il est un peintre très connu à la longue carrière. Pour annoncer une de ses dernières expositions, il a choisi une œuvre rose foncé dense, vivant, chaud, avec des résurgences de bleu composite en verticale et une coulée orange terne horizontale. Entre les deux, un rose enrichi de rouge et de nuages qui assombrissent  ou éclairent très légèrement la toile. Celle-ci appartient à une série appelée par le peintre « Signes-Paysages . » 

 

C’est un rose dense, vivant et chaud. Il est profond. C’est le seul qui peut prendre le pas sur tout le reste, tout ce qui l’entoure. Il parle.         

 

Pour suivre le chemin

. Christine Bard est Professeure à l’Université d’Angers, chercheuse au Certio, centre de recherche historique de l’Ouest.

. Têtes Chercheuses est le nom du magazine trimestriel fondé par l’Université de Nantes et à laquelle contribuent également des membres de l’Université d’Angers. A découvrir sur www.tetes-chercheuses.fr 

. Voir quelques réalisation de Guy Georget sur Artnet, en particulier une affiche de 1950 sur Air Afrique et une pour des ampoules Philips dans date  http://www.artnet.fr/artists/lotdetailpage.aspx?lot_id=BD4F6A64B7A75A7C2FEC26384C4F0B27

. Une jolie affiche de Georget sur Energol à découvrir sur  http://dieppe.et.sa.region.free.fr/PUBLICITES%201950%20-%201965/imgcol/_00014.htm

. Sur Victor Alimpiev, voir http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/1C169473EBD2EF8CC125726800319111?OpenDocument&sessionM=&L=1&view=

. Retrouver Nam Kunn sur son site http://namkunn.com/  Voilà comment il se présente : « Hello, I am Nam Kunn, graphic designer, illustrator. I live in Paris. I love my mom and to eat Bo Bun”. Son meilleur resto Bo Bun à Paris : Song Heng, 3, rue Volta (Paris III e ). Métro Arts-et-Métiers. Ouvert tous les jours de 12 heures à 16 heures. Petit bo bun : 7,20 E.  01.42.78.31.50. 

. Sur l’oeuvre d’Olivier Debré, voir  le site du galliériste Louis Carré, http://www.louiscarre.fr/artistes/olivier-debre

. Retrouver la toile en rose « Signes-paysages » sur  le site de Sirtin, avec un rose plus clair que celui que j’ai sous les yeux (Maisons et Décors, Méditerranée, janvier 2011)http://www.sirtin.fr/2011/01/16/olivier-debre-au-musee-ziem-signes-paysages/

. Photos EP

 

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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 16:51

Won Seoung Won est une artiste coréenne qui s’exprime par la photographie. Pour parler d’elle, elle parle de l’enfant qu’elle était. Et pour parler de cette enfant, elle recrée sa vision du monde à ce moment là de son développement. Won Seoug Won crée un monde en photographie,  comme d’autres artistes dessinent ou peignent leur réalité.  

 Won Seoung Won-My Age of seven- n° 07- A strange Playgroun

Ses photographies

Ce sont des compositions tout à fait personnelles et réelles à la fois. L’œil de celui qui regarde voit une ‘vraie réalité’, puisque chacun des éléments de l’ensemble est issu d’une sélection de prises de vue qu’elle réalise, dont elle va ensuite opérer un photomontage numérique. Le résultat de ses assemblages est très troublant tant la photographe rend visible ce qui est souvent, parfois, peu visible, difficile à décoder ou caché. 

La série

Pour nous aider dans notre réception de son œuvre, l’artiste nous offre d’autres clés de compréhension que ses réalisations. Elle situe celles-ci dans un ensemble de 11 photographies rassemblées sous le titre « My Age of Seven ». Chacune des photos a un numéro dans la série et un titre figuratif. Chacune des onze photos a son identité propre ; chacune aussi montre à la fois le monde de l’enfance et la petite fille qui figure dans la scène. Tout dans la photo renvoie à cette enfant, la seule ‘personne’ de la série, qui est en même temps, celle qui recrée son propre monde. Elle est à la fois et la scène entière et dedans et dehors quelques années plus tard.  

Les questions

Les différents lieus doivent être situés en Corée, du moins on l’imagine. Mais l’artiste n’a pas cherché à faire de sa création un hommage à des paysages disparus. Il n’y a pas de nostalgie dedans, mais la volonté de montrer un monde à la fois plein et ouvert, sans chercher à enfermer l’enfant ou celui qui regarde dans  une dimension binaire. On sent plutôt déjà des questions dans ces paysages qui parlent. 

Won-Seoug Won-My Age of Seven n° 11-The Sea in my Mom's Ho

Le lien avec la maison

Seules les deux premières compositions, n° 1 « Oversleeping » et n° 2 « The Chaos Kitchen » montrent la maison du dedans telle que la découvre l’enfant à son lever trop tardif.  Toutes les autres scènes, à l’exception de la n° 3 quand l’enfant prend la décision de casser sa tirelire ( The Help of a Piggy Bank), parlent de maisons, de linge qui sèche dehors au vent, de jardins fleuris, sans jamais montrer de personnes qui habitent le village. Quelques animaux par contre sont présents.  

Des paysages sont inquiétants, comme celui de la n° 4 « Going Out Casually » ou les nuages qui entourent le pêcher en fleur (n° 5 « Seaguls –des mouettes- and a Blossoming Pear Tree ».)

  

La présence de l’eau

Les photos, de la n° 6 jusqu’à la 11, représentent toutes des maisons accrochées sur des pentes plus ou moins douces ou escarpées. Toutes ont un lien avec l’eau partout présente sous des formes diverses. Les tonalités changent,  de la n° 7 très riante ( « A strange Playground ») avec son petit ruisseau où l’enfant joue dans une aire de jeux surdimensionnée, à la n° 11 (Bed-Wetter’s Laundering)  où beaucoup de draps sèchent au vent du fait que ‘les enfants ont fait pipi au lit’ dans la nuit précédente  et à la n° 9 (The Sea in My Mom’s Hometown » réalisée avant les évènements de Fukushima au Japon. La rivière, devenue fleuve, a envahi la vallée. Beaucoup de débris flottent à la surface. Il fait beau. 

  

La prise de distance avec la petite maison

C’est une impression très ténue, celle d’associer des petites maisons par leur taille à l’enfance d’une petite fille, quand elle se revoit de loin devenue femme. Tout est devenu petit, comme nous en avons tous fait l’expérience. Les souvenirs d’un lieu, d’un espace, d’une maison emplissent tellement son volume que ses dimensions réelles en sortent un peu écrasées. La maison n’a pas changé, mais soi oui…On a vécu tant d’autres choses depuis.  

Won Seoung Won-My Age of Seven-n° 11-Wetter's Laundering-P

Le lien originel à l’eau

La présence de l’eau est une façon pour la petite fille devenue femme de comprendre le monde. Elle montre comment la petite fille ressent le départ de sa mère, explique le rôle de la mère qui perd « les eaux », le liquide amniotique qui protège et nourrit l’enfant dans son ventre. C’est aussi la mère qui lave le linge des enfants. C’est l’eau qui emporte la saleté. 

 

C’est aussi l’eau qui rit, près de laquelle on joue enfant, qui chasse les nuages et le froid, l’eau qui fait pousser les arbres, fleurir les pêchers, grandir les massifs, verdir les coteaux et vallées. L’eau qui apporte la vie au sein et près des petites maisons.         

Pour suivre le chemin allant vers Won Seoung Won

. Vous rendre sur le site de la Galerie ParisBeijing où vous retrouverez la série de Won Seoung Won

http://www.parisbeijingphotogallery.com/main/fr/wonseoungwonworks.asp

. Photos de la Galerie ParisBeijing, qui m’a très aimablement autorisé  à les reproduire, avec mes remerciements. Voir la série des petites maisons sur ce blog

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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