Ce sont les Romains qui ont conquis ce petit village en –58 av JC fondé par les Gaulois, par lesquels commence l’histoire officielle de cette petite ville. Elle compte aujourd’hui 11 000 habitants, dans une vallée, bien irriguée par l’eau de la rivière La Charentonne qui se divise en plusieurs bras et que rejoint son petit affluent au cours rapide, le Cosnier. Au point de jonction dans la vallée, à l’endroit le plus resserré, là où se trouvait le gué, se situe Bernay la bien nommée. Son nom d’origine celte signifie en effet « passage sur le marais, la prairie humide ». Une eau qui est à la fois un lien entre les gens au cours des siècles et une frontière. Il est frappant aussi, à regarder les cartes, de voir combien la ville ressemble à un îlot dans une campagne environnante dénuée d’autres villes capables de lui faire concurrence dans ce bas du département de l’Eure.
Un lieu choisi
Dans la ville, il est d’autres frontières, comme celles que marque depuis le XIXè siècle le chemin de fer dont l’empreinte est très forte. La gare se trouve au sud de la vieille ville. L’emprise ferroviaire forme une véritable barrière qui masque le développement de la ville au sud. Coté centre ville, un large boulevard, qui longe le chemin de fer, donne une empreinte urbaine bourgeoise là où vraisemblablement il devait y avoir des fortifications accordées par décision du roi François Ier en 1540.
Ce centre très resserré garde de sa longue histoire une forte imbrication. Tout est près de tout, avec une grande mixité fonctionnelle, sociétale et sociale. Les maisons se mettent près des monuments, là où il y a de la place. La ville du Moyen-Age était déjà une ville dense où l’espace était rare. La particularité de Bernay porte en effet sur une très forte proximité entre les différents types d’édifices. On reconnaît par exemple la partie de la ville retravaillée lors de l’arrivée du chemin de fer à son caractère ‘bourgeois’. Les monuments historiques, très nombreux, sont de grand développement, qui dépassent fortement la taille de la ville d’aujourd’hui. Ce sont des bâtiments d’importance destinés à des puissants de haut niveau, au nombre desquels l’Eglise tenait une très grande place. En histoire, il ne saurait y avoir de hasard.
La concentration
C’est la première chose qui frappe celui qui arrive à Bernay, cette concentration héritée de l’histoire d’une ville ancienne en un lieu très contraint par la nature. La seconde est l’importance de l’Eglise en lien avec la Noblesse. Six monuments religieux d’importance s’offrent à la visite. Le troisième élément qui surprend vraiment porte sur la vitalité des commerces du centre-ville, qui est une des facettes de la vitalité économique de la ville. On y compte environ 300 commerces, 150 artisans et 200 PME-PMI et tout ça, à 150 kilomètres de Paris. Bernay est suffisamment proche de la capitale pour attirer les Parisiens et suffisamment lointaine pour éviter la cannibalisation totale.
Les rues de Bernay
Dans le centre ancien (en rose sur la carte), il existe un véritable maillage entre les différents bras d’eau qui adoptent des cours parallèles avec des coudes brusques à 90° et le jeu des rues qui filent globalement du sud-ouest vers le nord-est avec des rues qui les croisent pour joindre les deux coteaux. Rien, sauf exception, ni les rives, ni les rues bien sûr ne sont vraiment droites ni continues. Il n’y a pas eu ici de Baron Haussmann, même si l’urbanisme rationaliste du XIXè siècle a permis de fluidifier la circulation des fiacres et des transports hippomobiles dans les rues passantes. On repère vite très vite celles-ci, non à leur largeur mais à leur dynamisme commercial actuel et au nombre de voitures dont les conducteurs cherchent une place de stationnement juste devant le magasin où ils veulent aller.
Parmi les voies positionnées d’Ouest en Est, la rue du Général de Gaule est prolongée par la rue Thiers pour prendre le nom du Général Leclerc enfin. Au sud de cette longue rue, parmi les rues transversales mais pas forcément traversantes, il convient de citer la rue Auguste Le Prévost, la rue de la Victoire, la rue Gambetta et la rue Lobrot qui permettent de rejoindre le centre du centre. Seuls deux « civils » ont l’honneur de donner leur nom à une rue, Auguste Le Prévost et (Eugène Edouard) Lobrott qui a la plus longue des rues. Par contre, au-dessus des rues De Gaulle-Thiers-Leclerc, le schéma des rues semble plus ancien, moins retravaillé au XIXè siècle. Les rues portent presque toutes des noms de personnes du lieu.
Visiblement le long passé historique de Bernay ne se reflète pas dans le nom des rues très passantes du centre, à quelques exceptions telles que la rue de la Geole (la prison), le Passage de la Cohue pour aller au tribunal, la rue Judith de Bretagne ou la rue Guillaume le Conquérant... L’accent est mis sur le XIXè et le XXè siècle et la célébration des victoires alors que le paysage urbain parle lui de vieilles maisons à ossature bois dont certaines ont plusieurs siècles et de grands édifices dont certains ont plus de 1 000 ans, particulièrement les abbayes et leurs dépendances.
La présence religieuse
Son importance est impressionnante au point que lorsque le pouvoir civil cherche à loger ses différents services, il utilise des anciens édifices religieux, tels que le l’Abbaye de Bernay (XVIIè) pour la Mairie et le Tribunal, le Logis abbatial (XVIè) pour le Musée municipal…
Le monument le plus prestigieux est l’Eglise abbatiale Notre-Dame fondée au XIè siècle sur l’ordre de Judith de Bretagne, l’épouse de Richard II, Duc de Normandie. C’est à partir de cette époque que date vraiment l’essor de la ville. L’Eglise Sainte-Croix du XIVè et XVè siècle offre aussi la particularité de présenter des éléments religieux (maître-hôtel, pierres tombales, statues des apôtres…) qui appartenaient avant la Révolution de 1789 à la prestigieuse Abbaye du Bec Hellouin proche. A voir également le Couvent des Cordeliers.
L’essor économique
Les moines bénédictins, qui fondèrent l’abbaye, impulsèrent le développement économique, avec de grands travaux hydrauliques pour réguler les cours d’eau, construire des moulins, aménager des pêcheries, favoriser le travail de la terre et a mise en exploitation de ses productions. Grâce à la paix rétablie, ils favorisèrent l’essor de la production agricole dans les nombreux domaines qu’ils possédaient dans les des 21 paroisses rattachées à l’abbaye. L’artisanat se développa en lien avec l’essor des foires et des marchés qui attiraient les marchands de toutes sortes. L’abbaye et ses nombreuses dépendances s’enrichirent d’autant. Bien calée dans la paix, protégé par les moines, Bernay sut développer sa dimension industrieuse, particulièrement dans les produits de cette terre très riche, le blé, le drap, le cuir…Au cours des siècles suivants, la ville connut par contre, comme beaucoup d’autres, des périodes très troublées telles que la Guerre de 100 ans, la rivalité entre les couronnes d’Angleterre et la France, plusieurs épisodes de la peste noire et bien sûr l’occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale.
Les maisons
C’est au brouillard que la ville doit d’avoir pu conserver en son centre historique un riche patrimoine des maisons anciennes à pans de bois lors des bombardements canadiens qui permirent de libérer la Normandie. Ces maisons souvent petites se pressent les unes contre les autres pour être au plus près de la lumière et de l’eau. Elles font montre d’une diversité et d’une inventivité étonnante tout en présentant des caractères communs. Elles font le bonheur des amoureux des vieilles pierres qui s’attachent à leur redonner belle apparence. Elles se serrent tellement qu’elles couvrent les passages étroits pour joindre les maisons construites en arrière des rues. C’est ainsi que j’ai vu pour la première fois de ma vie un passage public doté d’un parquet à larges lames de bois bien cirées, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une entrée de maison. La différence est que la porte reste ouverte, au moins le jour, et que tout le monde peut y entrer.
L’accès à l’eau
D’autres passages étroits , telles que l’Allée Badin et l’Allée Gertrude, permettent de rejoindre l’eau vive du Cosnier qui le rend si attirant. C’était l’objectif de ma ballade : chercher l’eau pour voir comment se fait la rencontre entre la terre et l’eau de deux rivières. Le résultat est franchement réussi. C’est un plaisir que de se balader le long du ruisseau ou de regarder du haut des ponts pour mieux l’admirer. Une promenade aménagée le long de la Charentonne en plein centre permet de voir d’anciens lavoirs proches de l’eau.
Près du Cosnier, des jeunes discutaient musique. Une vieille dame m’a dit combien elle appréciait la promenade le long des rives et les points de vue aménagés près du pont rue Gaston Follope. Des jeunes filles plus en aval déjeunaient au bord de la rivière joliment aménagée en square pendant que des lycéens mangeaient un sandwich Place Haslemere du nom de la ville anglaise fondée en 1221 dans le Surrey avec laquelle Bernay est jumelée. On retrouve l’Angleterre.
Un vrai plaisir que cette belle ballade dans l’histoire, près de l'eau du Cosnier surtout et des gens d'aujourd'hui. Pour ne pas éveiller la jalousie de la Charentonne, la dernière photo sera pour elle!
Pour suivre le chemin
. Découvrir l’histoire si chahutée de Bernay sur un site intéressant
http://www.bernay.net/berhis.htm
. La ville est maintenant « ville d’art et d’histoire » sur
http://haute-normandie.france3.fr/info/bernay-devient-ville-d-art-et-d-histoire-69488811.html
. L’histoire de la ville en version courte telle qu’elle est transmise maintenant
http://www.tourisme.fr/office-de-tourisme/bernay.htm?item_sommaire=3
http://www.france-horizons.com/Normandie/27-Eure/Bernay/fr/histoire-bernay.html
. Le grand savant, historien et député de l’Eure, Auguste Le Prévost, voir
http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Le_Pr%C3%A9vost
. Photos EP; découvrir d'autres photos de la ville dans l'album "Villes moyennes et petites" sur ce blog.
Un blogueur de Bernay, "Le Citadin" me signale trois blogs sur Bernay. Voir son commentaire ci dessous. Ce sont
http://jetecrisdebernay.blogspot.com
http://bernay-ici-et-la-over-blog.com
et son propre blog http://unevillemaville.blogspot.com





