En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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1001 façons de manger

Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /Juil /2010 10:54

S’arrêter au bord de Loire, pour se restaurer de façon simple, chaleureuse et bonne, sans se ruiner, face à des paysages d’une très grande beauté, au soleil du début de l’été, quand la Loire a encore beaucoup d’eau, est un vrai plaisir, plus rare qu’on ne le pense. Chacun sait combien il est difficile de trouver « LE » bon endroit réunissant toutes ces conditions d’apparente simplicité, au moment où on le veut, proche de l’eau pour une fois accessible, sans souci pour garer sa voiture. Pour l’ombre, il y a déjà des places sous les arbres, mais pas toutes. Soyez un peu patient. 

La guinguette ‘Les Tourbillons’ 

La Possonniere, le port, la guinguette Aux Tourbillons

 

Il doit bien sûr y avoir un jeu de mots. Chacun sait que la Loire n’est jamais sage, sous ses aspects de grande beauté. L’eau y est toujours vivante, allante, tourbillonnante, avec un fort courant dans le chenal  et des effets de contre-courant sur les bords. Ces fameux tourbillons s’appellent alors des « marmites » qui n’ont rien de particulièrement sympathiques pour les kayakistes. Ce peuvent être aussi les tourbillons de la vie et plus sûrement ceux de la danse, qu’on y pratique les vendredis et samedis soirs à la Possonnière. Les Tourbillons est le nom de la guinguette qui se trouve là depuis 1998, sept ans avant l’aménagement du port.

 

Encore une preuve que rien ne vaut un restaurant pour tester du pouvoir d’attractivité d’un endroit. Certains penseraient plutôt à d’abord tracer le cadre et ensuite implanter la guinguette. La municipalité de La Possonnière a choisi avec raison de faire l’inverse.    

 

Une histoire, un rêve, une rencontre

Il La Possonniere, le port, la guinguette Aux Tourbillonsest vrai que cette guinguette est l’histoire d’une rencontre et d’un rêve d’enfance. La rencontre s’est faite avec la municipalité, quand Elisabeth Kret, dite Babé, restauratrice, a trouvé l’endroit, avec sa cousine, Hélène Grimault. Toutes deux ont cherché pendant un an, un endroit près de la Loire,  qui corresponde à leurs rêves d’enfant, pour y créer une guinguette, avec l'aide de la mairie et de leur équipe. 

 

Cela fait 13 ans déjà que Babé Kret et Hélène Grimault ont ouvert ce restaurant qui fait une cuisine « bistrot » avec des produits locaux et des vins de Loire bien sûr, ceux de cette Loire si proche. « En 13 ans, me dit Babé, les gens qui viennent n’ont pas changé. Ils sont sympas, détendus.  Ce sont des couples, des gens seuls, des familles, de tous les âges… Tout est fait pour les accueillir de la façon la plus naturelle, afin qu’ils se sentent bien, tout simplement. Il n’y a, chez nous, ni congélateur, ni micro-onde. Ce qui explique, et c’est écrit sur les menus qui font office de set de table, qu’ils vont devoir un peu attendre que le plat se fasse, sous leurs yeux» dans la toute petite cuisine très fonctionnelle, ouverte, forcément, sur la terrasse et la Loire.

   

L’équipe

Les Tourbillons sont une double affaire d’équipe, entre les deux cousines d’abord, et avec l’équipe des cinq personnes qui chaque jour font tourner la guinguette. Outre Babé qui veille à tout, il y a Perrine à la cuisine, Delphine, Emilie et Anthony en terrasse, car on ne peut pas dire en salle. Il n'y en a pas. Le choix d’une cuisine élaborée avec des produits frais fait aussi que Babé a tissé autour d’elle un double réseau de producteurs locaux et de vignerons proches. La cuisine reflète cLa Possonniere, le port, la guinguette Aux Tourbillonset ancrage local.  

               

La carte

Elle est tri-partite, avec à gauche, ce qui est « à manger », au milieu les vins « à déguster » et à droite, les autres boissons « à boire ».

 

. Petite faim, visez les tartines au fromage, avec une tartine gabarre, une salade, une soupette froide (courgettes + crème crue + curry), des rillettes Angèle au maquereau fumé…  

. Adeptes de l’assiette, vous choisirez la Morice (avec andouillettes + frites + salade + tomate…), l’Angevine (avec rillauds + sauce cyriloise + frites + salade + tomate), la Chalonnaise avec des filets de canard marinées aux épices ++…

. Si la saison et l’arrivage vous sont favorables, une friture d’anguilles sauvages avec l’accompagnement. 

 

Tous les producteurs sont cités sur la carte avec Plumejeau de La Pommeray, L’Anguille argentée de Montjean sur Loire, La Boulangerie Bressin de La Possonnière, le Gaec de La Thau à Montjean sur Loire, la Charcuterie Bertaud de Chalonnes, les Légumes Fièvre de Saint-Georges et le Gaec de la Blanchetière de Belligné.

   

A déguster les vins des vignerons du coin

La Possonniere, le port, la guinguette Aux TourbillonsOn y retrouve, au verre pour certains, en demi-bouteille et à la bouteille, des vins de vignerons bien connus. Citons en rouge David Lecomte de Passavant, Les copains d’abord avec le Groslot des Ménard (Rablay sur Layon), Alain Boré du Fresche  à la Pommeraye, les Frères Richou de Mozé sur Louet pour un Anjou-Village Brissac et un vin un peu ‘rare’ en Anjou le Cheverny rouge de Philippe Tessier.

 

En blanc,  un Pinot gris de Alain Boré, un Muscadet Sèvre et Maine sur Lie de Chistophe Maillard du Pallet, des Anjou blancs secs de David Lecomte et Patrick Baudoin, un Saumur blanc de Guillaume Reynouard et deux Savennières, celui de Sylvie Termeau (Moulin de Chauvigné situé sur la rive gauche, au dessus de Chalonnes) et Madame Laroche (Domaine aux Moines).

 La Possonniere, le port, la guinguette Aux Tourbillons

En rosé, deux Rosé de Loire  de Sylvie Termeau et de Jean-Marc Renaud (Château de la Franchaie, le seul vigneron de La Possonnière) et le Cabernet d’Anjou de David Lecomte.

 

Bien sûr, la carte ne saurait oublier, en moelleux, le Coteaux du Layon de Sylvie Termeau et l’Anjou Côteaux de la Loire d’Alain Boré, en Crémant et Crémant rosé, ceux du Château de Passavant.

   

Un paysage global

Récapitulons : devant vous, autour de vous, la Loire, dans un endroit à la fois intime et d’une très grand amplitude, entouré de personnes aimables, avec des vacanciers détendus, en train de manger non pas du pain banal, mais du pain de la Possonnière juste derrière vous dans le village, avec un rosé de la Loire de Sylvie Termeau, dont la vigne est en face sur l’autre rive sur le coteau, près de son moulin, mangeant de l’anguille de Montjean, un peu plus loin sur la rive gauche…Un véritable tour de Loire, assis-e sur chaise et tout ça, rien qu’en allant à la guinguette de Babé, Hélène et leur équipe…Vous pouvez tout aussi bien choisir de rester sur cette rive droite, en mangeant du fromage de chèvre et un Savennières.

 

Pour suivre le chemin

. Lire le précédent billet qui porte sur le cadre tout à fait exceptionnel du petit port de la Possonnière, dont le nom n’a rien à voir avec le poisson, mais avec le posson, une mesure de vin  qui contenait 180 litres de vin. On retrouve ce terme en amont dans la Vallée de la Loire ; on parle de poinçon à Blois (228 litres), en Touraine (230 à 250 litres)…

Admirer la Loire au port de La Possonnière (49), France 

La Possonniere, le port, coté Loire, avec bateau et kayak

 

. A La Possonnière, prendre le chemin du camping, garer  la voiture au parking en face et faire les quelques mètres restant à pied, vous y serez : 02 41 72 66 66

. Les coordonnées de tous les producteurs sont portées sur la carte qui sert de set de table.

. La Guinguette est référencée dans divers ouvrages et sites, à voir dans le Guide du Routard, Géoguide, le Petit Fûté… sur Facebook aussi

http://www.facebook.com/group.php?gid=95866065097

. Photos EP, à retrouver dans l’album photo Rives de ville

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 20:32

L’origine

Faut-il dans le titre préciser que le reblochon est forcément de Savoie ? Peut être pas en France, mais comme nous ne sommes pas tous fins connaisseurs des fromages français, je préfère le dire d’emblée de jeu. Ca fait un choc quand on voit son blog écrit en chinois, russe ou une autre langue bien lointaine de notre univers culturel français.

 

La langue du fromage

Aujourd’hui, nous parlons la langue du fromage, celle qui se sent et se goûte, tout autant qu’elle s’écrit, se lit, se dessine et se voit. C’est là où je veux en venir. Imaginez-vous, vous êtes étranger, vous ne connaissez rien ou très peu de la France, si ce n’est qu’on appelle parfois les Français « les fromages qui puent » et vous vous demandez bien pourquoi, un pays peut se vanter de ses fromages dans des conditions pareilles. En regardant bien cet emballage, vous allez apprendre beaucoup de choses sur ce paysage fromager alpestre.

 

La composition du packaging

Reblochon de Savoie, Verdannet, EmballageDevant vous, vous avez grand carré de papier fin, blanc, assez solide pour tenir et protéger le fromage. Au centre, un cercle noir qui constitue le cadre qui va recouvrir le dessus du fromage. La partie noire recouvre les côtés du fromage. La couleur fait ressortir le paysage qui constitue l’attrait majeur de ce packaging très sophistiqué et chargé. Il y en a des choses à voir dessus.  

Le paysage proprement dit

Par devant, légèrement à gauche, le clocher d’ardoises de l’église  à trois niveaux, dont celui du milieu est ajouré. A ses pieds, les toits de tuiles rouges des maisons et des fermes dans les arbres. Plus loin dans une prairie arrondie, quatre vaches broutent l’herbe, deux par deux de chaque côté du clocher. En bas, dans l’arrondi inversé du dessin, des sapins en hauteur et plus bas prés des habitations des arbres feuillus entourant les bâtiments. Tout le reste, approximativement 60% est consacré aux montagnes blanches-bleutées et au ciel qui les prolonge.  

Les mentions

Elles se situent en partie supérieure blanche légèrement grisée du cercle. Il y a beaucoup de choses à lire. En partant du centre du dessin, la signature Verdannet attire l’œil, avec son grand V qui s’échappe du sommet du clocher et sa fausse écriture manuscrite, à la façon d’une signature un tantinet ampoulée.

 

Au-dessus, figurent plusieurs éléments  importants, Reblochon de Savoie, Verdannet, Emballagetous en vert, couleur de l’herbe tendre, dans des typographies différenciées :

. en grandes majuscules, l’appellation du fromage d’abord : Reblochon de Savoie

. en majuscules, plus hautes et plus fines : Fermier

. en caractères plus petit, sans majuscules, légèrement penchés ‘façon manuscrites légères’ : au lait cru.  

L’apport des mentions en noir

Celles-ci sont relativement peu nombreuses sur le dessus, pour laisser parler le paysage. On découvre en haut, sous la mention du nom du fromage, en majuscules fines « Appellation d’origine contrôlée. A droite, au milieu du dessin, le poids ‘450g’.  

L’équilibre

A gauche, un macaron vert foncé, porte la mention de Reblochon fermier, avec en plus écrite en rond en blanc sur fond vert, l’explication ‘fabrication traditionnelle dans les fermes de Savoie », avec en plus une vache blanche. Les trois éléments ; ce macaron vert, la signature et le poids sont sur la même ligne.  

Le blason de la Savoie

Il figure en haut dans les places d’honneur, en plein centre, entre Reblochon de Savoie  et Fermier. La croix blanche sur fond rouge éclate sur le fond noir.  

L’encadrement

Cette croix oblige l’œil qui regarde l’emballage Reblochon de Savoie, Verdannet, Emballagemise à plat à repérer toutes les autres croix ; il y en a 3 autres sur le côté et quatre petites associées à Verdannet Fromager (une nouvelle précision, pour bien nous expliquer qui est Verdannet pour scander l’espace circulaire. Mais ce n’est pas tout. Au dessus-du N de Reblochon, situé au milieu, un autre macaron se détache en blanc sur le fond noir. Cette fois-ci, c’est l’appellation d’origine protégée  (européenne), qui est un logo officiel de l’Union européenne (UE), qui se sur-ajoute à la mention française de l’AOC mais sans logo). 

 

Il faut encore signaler deux figures, l’une est le logo vert avec la double flèche qui vise le recyclage (logo UE), à gauche de l’AOP, et le logo européen concernant l’entreprise qui effectue l’emballage FR 74-128-50 CE.  

Le double encadré circulaire

Ce double encadré sépare la partie figurative représentée par le paysage au-dessus des parois noires sur le côté. Près du paysage, une couronne de fleurs jaunes sur fond vert termine le dessin. Un peu plus loin, en retrait, court un texte très long :

 

Ingrédients : lait de vache cru et entier, sel, ferments lactiques, caséine, présure et colorants de croûte, rocou. Affiné par Verdannet Fromager . 165, Route des Bègues – 74250 Fillinges- Haute-Savoie . Marque déposée.  

Que reste-il encore ?

CIDIL, carte de France des fromagesIl  y a d’abord le nom du Cabinet qui a conçu le packaging :  Emballage Vuattoux, Thonon 04 50 71 00 06 ainsi qu’une nouvelle mention réglementaire obligatoire sur le papier dans un encadré positionné en bas à droite, verticalement:

« Papier, qualité pure pâte, fibres longues, sans traitement WS. Conforme aux normes de la C.E. concerant les matériaux pour contact alimentaire. Sa composition plastique rentre dans la liste des monomers. Homologuées par la directive du 26 février 1990 de la commisiion C.E.E. Corncernant les matériaux et articles en contact direct avec les aliments. Passe au congélateur, au micro-onde  et est recyclable ».

Le bilan

Le résultat est globalement réussi. On comprend bien que l’objectif de Verdannet est de montrer une nature préservée, hors d’atteinte de la dimension industrielle et de la distribution en grande surface. Comme très souvent aussi, on ne voit aucun habitant ni vie humaine, à l’exception des maisons, ni camion, ni route… La question de la surcharge se pose néanmoins. Un début de réponse  est que la vente de ce fromage se fait en grande surface, comme Leclerc ici.    

Pour suivre le chemin

. Filer en Haute-Savoie pour goûter le reblochon Au coeur de la France des 1000 fromagesdans son terroir d’origine, en buvant un vin de Savoie. Un site recommande en dernier choix de choisir aussi un vin de Loire, mais sans précision supplémentaire. Donc ce sera le Vin de Savoie, sans précision non plus. Dommage.

. Verdannet, qui met en avant son côté fermier, est une coopérative qualitative en charge de l’affinagen du conditionnement et de la distribution sous son nom.  

. En vente chez Leclerc, Carrefour, au prix Leclerc de 15,99 E/kg pour 484 grammes. Le fromage n’a pas duré longtemps. Il était très bon.

 

. Lire un superbe ouvrage de croquis, « Carnets de voyage, Au cœur de la France des 1 000 fromages », avec des dessins de Jean-Marc Navello, Editions Ouest-France, 2003, fait à la demande du CIDIL (centre d’information et de documentation de l’industrie laitière, je présume). Malheureusement, le reblochon est un peu zappé, mais c’est bon pour d’autres fromages !

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Mardi 4 mai 2010 2 04 /05 /Mai /2010 16:46

Il faut bien ça pour accepter comme un must de manger simple, sain et pas cher: aller au Japon et/ou lire Le Monde. L’un et/ou l’autre sont absolument nécessaires pour Conf-Etiquette-JP-Robinot-2008.11-020.jpgsavoir comment faire. C’est Philippe Pons, le journaliste du Monde en poste à Tokyo,  qui a débusqué la perle rare, le chercheur du genre Tournesol, qui se fait l’apologue de la déconstruction culinaire. Son analyse est si bien faite que le site officiel Japon Infos reprend son article du 16 août 2008 in extenso. Malheureusement, le livre n’a trouvé ni éditeur, ni traducteur en France. C’est d’autant plus dommage, que cette nouvelle aventure alimentaire se présente en deux tomes.

 

. Le Ier paru en 2007, qui a pour titre «  Les Japonais qui laissent pourrir leurs aliments  dans le réfrigérateur », dénonce ce gâchis.

. Le 2ème tome, paru en 2008  sous le titre « Les Japonais qui ne font pas pourrir leurs aliments dans le réfrigérateur », est un livre de recettes. Les deux ouvrages font l’objet de l’interview parue sous le titre « Samouraï d’une cuisine du pauvre ».  

Le titre

Il est volontairement provocateur au Japon et en France. Il est amusant de constater que Philippe Pons s’est bien gardé de faire le parallèle avec ce qui se passe en France. Il s’agit pourtant du même phénomène. On sent bien ici aussi la différence d’attitude selon que l’on a connu la guerre ou pas. Beaucoup des premiers ont en général un certain respect face à ce qui touche à la nourriture ; les seconds sont pour la plupart dans une démarche plus teintée de « jetable ».

 

Quoi qu’il en soit de cette segmentation simpliste, qui peut se vanter de n’avoir jamais du jeter des yaourts à une date limite de vente largement dépassée ou des légumes achetés en trop grande quantité et non-préparés à leur état de fraîcheur ? Qui, personne, sauf ceux qui ne font jamais les courses ni la cuisine. Ceux –là vous jurent, la main sur le cœur que non, ils ne voient, cela n’arrive jamais chez eux. D’ailleurs, ils ont été élevés comme ça…Passons.  

 

La cible

L’auteur japonais interpelle directement les Japonais enJapon, Tokyo, bol de nouilles visant le contenu de leur réfrigérateur. Il n’a pas cité la société de consommation ou la façon de faire la cuisine. Jinnosutke Uotsuka réintègre la façon de se nourrir dans un style de vie global et c’est bien ça qui est intéressant. Manger et plus largement l’attitude face à la nourriture sont directement en lien avec la vision de la société et la place de l’homme et de la femme dedans. Focaliser la démarche à la crise pour les lecteurs du Monde est aussi réducteur que trompeur, comme si, sans la crise, il n’y aurait eu ni livre, ni réflexion philosophique préalable. L’auteur en est à son 40è ouvrage ; il croit en la vertu pédagogique de l’écrit fondé sur une vraie pratique de vie. On peut lui faire confiance sur sa cohérence.  

 

Sa dénonciation du gâchis

L’attitude face à la nourriture en pays d’abondance est semblable dans le monde entier avec des différences culturelles. La valeur symbolique des aliments diffère bien sûr d’un groupe de pays à l’autre (le riz en Asie, le pain en France, le sucre aux Etats-Unis…). Par contre l’abondance provoque toujours cette attitude méprisante ou négligente pour ce qui finalement n’a plus ou pas d’importance.

 

Je me souviendrais toujours de cette scène du film de Hitchcock « La main au collet » (1955)  rediffusé il n’y a pas longtemps. L’on y voit la mère de Grâce Kelly dans le film, Jessie Royce Landis, dans sa chambre d’un grand hôtel, de la Côte d’Azur, écraser sa cigarette dans un œuf au plat, celui qu’on vient de lui apporter pour son petit déjeuner, faute de cendrier. Ca m’avait choqué d’une façon incroyable et ce n’était qu’un œuf ! 

 

La mauvaise utilisation du réfrigérateur

2008-09-divers-et-paysages-003.JPGC’est bien la première fois que je vois une dénonciation du réfrigérateur, en tant qu’armoire de stockage de trop de nourriture. C’est le point intéressant nouveau. L’auteur impute ce sur-stockage et donc le phénomène du sur-achat par la peur de manquer à la suite du traumatisme de la guerre pendant laquelle des Japonais ont connu la faim.

 

Le Ier tome dénonce cette utilisation dévoyée du réfrigérateur que l’on bourre d’aliments parce qu’on en achète trop. Le gâchis se situe à tous les niveaux, de la supérette qui jette dés que cesse l’heure de validité, au consommateur qui a une mauvaise gestion et préfère acheter tout prêt et cher ce qu’il pourrait conserver et préparer à sa mesure. Selon l’auteur, les Japonais jettent quasiment autant  que ce qui est produit. Au niveau national, ce sont 19 millions de tonnes de nourriture qui sont ainsi volontairement jetées.

 

Cette armoire d’un nouveau type a aussi comme contre-avantage le fait d’inciter les consommateurs à acheter de la nourriture toute prête, pourtant très populaire au Japon. Le différentiel de coût entre les deux étapes est à ses yeux hallucinant (un mot qu’il n’utilise pas) : un bol de riz à réchauffer au micro-onde vaut plus cher qu’un sac de 10kg à stocker en attente d’une utilisation graduelle en fonction des besoins. Sa dénonciation est claire « les riches ont fait de la nourriture un loisir. Et l’on a perdu la fierté du repas simple. »

 

La dJapon au restaurant-Tokyo-2009éclinaison du thème du « repas simple »

Ces deux ouvrages sont la suite d’une démonstration présentée sous des titres différents dans des ouvrages précédents : se contenter de peu à table, vivre avec 9 000 yens par mois, manger des légumes  préparés de façon traditionnelle comme ce qui se faisait avant et pendant la première guerre mondiale.

 

C’est ce que l’auteur fait pour sa part. Il a simplifié sa nourriture. Il mange les légumes et les fruits qu’il a fait sécher pour l’hiver. A cette époque de l’année, il grignote les pommes séchées coupées en rondelles qui pendent au mur. Le poisson qu’il consomme est mangé frais et pour le reste conservé en saumure pendant quelques jours.  Malheureusement, le lecteur français ne connaîtra pas ces recettes et restera sur sa faim.  

 

Ses choix de vie

C’est ce gâchis que dénonce avec constance l’auteur. Il connaît la situation de l’intérieur. Il est fils de traiteur et a étudié l’agronomie. Par ailleurs, il est un fervent adepte du « fais le toi-même » qui est au coeur de sa démarche de vie. Il a un réel goût pour la récupération au point qu’à une époque de sa vie, il a été brocanteur.

 2008-mai-bouteilles-et-divers-043.JPG

Quant à son réfrigérateur, Jinnosuke Uotsuka entretient avec ce dernier des relations limitées au strict nécessaire. On gage aussi qu’il gère extrêmement bien sa vie quotidienne, tout en intégrant un certain « désordre » que met bien en lumière Philippe Pons : des rondelles de pommes sèchent sur les murs, des bocaux de fruits voisinent sur la table avec des vieux livres… Il habite dans le quartier de Meguro  à Tokyo une petite maison qui ne dispose pas du chauffage central. Il lui suffit l’hiver de faire brûler des bûches dans le « irori (un foyer carré dans le sol » et de boire du saké.  

Pour suivre le chemin

. Le titre français n’a réellement aucun sens perceptible à mes yeux. Pourquoi avoir associer les samouraïs à ce récit ? Pourquoi avoir déformé la volonté de l’auteur au point de traduire une cuisine simple, saine et pas cher en une cuisine du pauvre, ce qui est très méprisant et négatif ?

 

. Voir Le Monde, dans sa série de l’été « Best-sellers du monde », 08/15, 16.08.2008

. Lire l’article complet sur

http://www.japoninfos.com/Samourai-d-une-cuisine-du-pauvre.html

. Lire l’article « samouraï » de Wikipedia      

http://fr.wikipedia.org/wiki/Samoura%C3%AF

. et celui concernant le photographe de l’incroyable photo d’un samouraï en 1860, Felice Beato http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Samurai.jpg

 

. Sur les modes de vie au Japon, http://www.japoninfos.com/Tokyo-et-son-mode-de-vie.html

. Et surtout lisez l’excellent blog d’Uchimizu, un français expatrié au Japon depuis plusieurs années. Je vous recommande son article "Manger au Japon" ainsi que "Cadre français au Japon". Il est aussi fan de jeu video. Sa dernière découverte : comment gérer une ville japonaise en étant le chef de la compagnie de train. Ses photos sont époustouflantes.   

http://uchimizu.blogspot.com/2010/05/a9-fabriquez-vous-meme-du-japon-au.html

 

. Sur la déconstruction, voir sur ce blog comment simplifier une recette de pâtes italiennes aux coquilles saint-jacques 

La déconstruction de la cuisine ou la lutte contre la complexité culinaire

 

 

. Photos EP, n° 1 Vin de la Vallée du Loir de Jean-Pierre Robinot "Tokyo la nuit",  haricots rouges germés et 4 bouteille de saké.

. Photo bol de nouilles, Uchimizu, avec mes remerciements

. Photos au restaurant  Collection JDB, avec mes remerciements.   

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 17:29

Jamie Oliver

Commençons par Jamie Oliver. Il est un cuisinier touche à tout, inclassable selon nos standards franco-français. Pour lui, la cuisine est  un moteur formidable pour faire bouger la société. Il a des idées, beaucoup d’énergie et est un très bon communiquant. Il sait tout Amsterdam, quai Java Eiland, vue du Fifteenfaire devant la caméra ou face à des journalistes. Il  a aussi plein d’idées pour améliorer les menus des cantines scolaires ou motiver des  jeunes non insérés dans la société.

 

En résumé Jamie est un Anglais, passionné de cuisine, qui anime ses émissions de télévision, écrit des livres de cuisine, qui a créé et gère une chaîne de restaurants à son nom et qui a décidé de changer les choses. Le marketing n’a pas de secret pour lui. Son nom est une marque, qu’il utilise à bon escient, à son profit, avec toujours chez lui une vraie dimension sociale.  

Les Fifteen

C’est son chiffre fétiche. Les 15 forment une équipe Amsterdam, Fifteen, serveur, 1 des 15de jeunes qui prend en charge le restaurant, partie en cuisine et les autres en salle et /ou au bar. Ils ont été sélectionnés par un jury présidé par Jamie essentiellement sur leur motivation à relever un sacré challenge :  gérer un restaurant de 250 couverts, pouvant accueillir 500 personnes debout pour un cocktail.

Jamie offre à ces jeunes sans formation ni emploi ni espoir de s’en sortir une formation et une expérience professionnelle. Les Fifteen s’engagent pour leur part à devenir aussi professionnels que des pros. Si non, ils portent tort à l’équipe, au restaurant et à Jamie Oliver qui s’engage sur son nom. A la fin de leur contrat et s’ils ont satisfait à toutes les conditions, ils reçoivent un diplôme. 75% d’entre eux continuent à travailler chez Jamie.  

Le Fifteen d’Amsterdam 

Depuis 2004, date de la création du restaurant à Amsterdam, on compte 50 diplômés, avec une nette sur-représentation masculine. L’endroit est bien choisi, sur les quais d’Amsterdam au nord de la ville, dans un quartier entièrement réhabilité. Le fond de la grande salle couverte de tôle ondulée reproduit un mur taggué, de l’Art Street  pour vous mettre dans l’ambiance.  

La cuisine

Hors de la cuisine italienne, point de salut. Tout ici est si italien qu’il faudrait un double Amsterdam, Fifteen, vue sur l'assiettedictionnaire de cuisine italienne traduite en français pour comprendre. Mais comme l’annonce la carte, tout est frais, régional et à base d’ « sustainable produced ingredients ».   Les prix n’ont pas vraiment de caractère social : disons le franchement, c’est cher.

 

Pour 3 E, vous aurez le pain, du « Stone baked sourdough bread from Remco’s Bakery served wih our very own extra-virgin olive oil from Sicily ». Ou des “Oven roasted Nicola Potatoe with sea salt and rosemary”. Peut être est-il possible de ne commander que cela ? Le vin forcément italien n’est pas indiqué, ni le prix du café. La carafe d’eau est très design : pleine ou vide, elle coûte 9,50!

 

Pour 46 E, vAmsterdam, vue sur la salleous aurez le choix entre un des 3 Antipasti (9,50), un des 3 First (qui pour vous sera un « Second ») à 12E, un des 4 Main (19,50E) et  des 2 desserts (6E). Pour comprendre la carte qui est en anglais pour tout le monde, il n'y a que deux possibilités, soit se faire expliquer ce que vous aurez dans l'assiette par une des 15, soit acheter au préalable le livre de Jamie sur la cuisine italienne: Jamie's Italy (32,50E).   

La salle

La salle n’était pas pleine, il s’en fallait, mais quand même bien remplie, avec des Néerlandais, sans touristes rares en hiver. Visiblement les gens étaient contents ; l’attente entre les plats ne les gênait pas. La diversité était grande avec des jeunes assemblés en grande tablée, des couples, des familles. Ils semblaient très sensibles au fait que les serveurs venaient longuement leur parler en leur présentant les plats. 

 

Pour suivre le chemin

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Photos EP

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 17:41

 

Vous le savez bien évidemment : à force de manger tous les jours plus qu’à notre faSalade fraicheim, il est indispensable actuellement de ‘faire compliqué pour faire raffiné’. Je sais bien que je devrais dire pour ‘devenir raffiné’. Mais ça non plus, ça ne marche pas parce qu’on est ou naît raffiné dans notre culture. On ne le devient pas. Donc pour l’être (raffiné), il vous suffit de rendre compliquée une recette simple et pour cela d’ajouter les ingrédients aux ingrédients, en multipliant les saveurs dans l’espoir de créer du nouveau pour des palais saturés. Notre époque a certains airs de la cour de Louis XIV où l’indispensable vital était d’afficher LE code d’appartenance social à l’honneur perceptible par les autres.

 

Actuellement c’est toujours ou à nouveau la même chose. Il ne s’agit plus de manger vraiment mais de brouiller les cartes de façon à être perçu comme étant cultivé. Il faut que ce soit relativement facile à faire et long à dire, la cuisine j’entends, celle que l’on fait à la maison. Et pour cela, utiliser beaucoup de mots pour que vous ayez l’impression d’en avoir plein la bouche. C’est bien pourquoi, on vous envoie dans certains restaurants un jeune homme vous réciter la liste des composants de ce que vous avez mangé, enrichie des 1000 et 1 façons dont le chef les a cuisinées. Drôlement intellectuel comme procédé, quand même. 


Le test du raffinement avec les Pâtes Marinara

C’est une recette que j’ai trouvée dans « L’esprit grand ouvert », le magazine de la Région des Pays de Loire qui est bien fait. Il s’occupe de tout pour nous: prôner le design et l’innovation en pays rural, réaménager la Loire entre La Pointe et La Possonnière, rappeler le naufrage de l’Erika, faire une piqûre de rappel pour la culture…et toujours manger. On pourrait s’attendre à trouver dans cette revue régionale une ancienne recette remise à la mode des confins de la Mayenne ou du Saumurois. Mais non, c’est une recette qui n’a d’italienne que le nom. Peut être en signe d’ouverture ? 


Le choix de cette recette

Elle présente plusieurs avantages :

. elle est simple selon les standards actuels,Coquille Saint-Jacques en vrac

. ne nécessite que 14 ingrédients ( !) pour 4 personnes,

. n’utilise pas ou peu de légumes sauf de façon homéopathique et/ou décorative(tomates, olive, basilic, citron) ;

. elle utilise les  pâtes, la nourriture universelle si on veut plaire aux palais juvéniles

. avec la touche italienne, là aussi à vocation mondiale.

. Enfin elle a comme avantage de pouvoir  se préparer un peu l’avance et se garder au chaud pour attendre les invités et non pas l’inverse.

= Elle a aussi un autre intérêt à mes yeux : c’est qu’elle est très facile à simplifier, ce qui signifie qu’elle est artificiellement compliquée. Ouf

 

Les ingrédients

La version ‘restaurant’ prévoit 250 g de pennes bio, 200g de thon, autant de saumon, 4 gambas et 4 grosses Saint-Jacques, 10 tomates, 4 jaunes d’œuf, 1 citron, 2 gousses d’ail, du basilic, un morceau de parmesan, de l’huile d’olive bio, du sel et du poivre. 

 

La préparation

Vous faîtes cuire les pâtes à l’eau et dés qu’elles sont prêtes al dente, vous les sortez de l’eau. Pendant le temps de la cuisson, vous épluchez les tomates et  enlevez les pépins.  Vous mettez les morceaux de poisson, les Saint-Jacques et les gambas que vous avez pris soin de décortiquer avant à dorer dans une poêle huilée. Vous ajoutez après quelques instants les tomates et l’ail. Après une dizaine de minutes de cuisson à feu doux, vous ajoutez les pâtes à la préparation. Vous répartissez le mélange dans des assiettes creuses. Dessus vous versez les jaunes d’œuf battus, vous ajoutez les copeaux de parmesan, avec les feuilles de basilic et des rondelles de citron.

 

La complexification par la multiplication

Pour rendre une recette plus sélective, - en matière de pub, on dirait qui vous ressemble plus - il suffit de multiplier les ingrédients. Ici, par exemple la recette aurait gardé son sens avec une seule sorte de poisson, Non, il y en a deux plus les gambas et surtout les Saint-Jacques qui sont le seul élément cher - dans nos esprits - de la préparation.  4 pour 1. Et ça va continuer comme ça tout le temps.

 

La base d’huile d’olive toujours bio bien sûr déjà enrichie par le goût des poissons, des crustacées et des coquillages rissolés avec de l’ail, va être renforcée par les œufs battus, du fromage concentré en goût, sans compter le basilic et le citron.  Le sel et le poivre, qui sont des exhausteurs de goût, vont dynamiser les saveurs. Rappelons qu’il y a Coquille Saint-Jacques détaildéjà naturellement du sel dans le poisson et dans le fromage et que le basilic est aussi naturellement très aromatique. Quant au citron, je n’envois guère l’utilité, si ce n’est en guise de décoration  parce qu’il y a du poisson.     

 

La diversification par l’origine

Faire des pâtes au poisson n’a rien de spécial pour attiser notre imaginaire. Cela devrait ou pourrait d’ailleurs. Comme nous sommes sommés de mieux manger et de manger plus, quoi qu’on en dise (plus de légumes, de produits laitiers, de bonne huile…), il va suffire d’ajouter et de rajouter quitte à surajouter dans une escalade qui n’a pas de fin.  

 

La diversification par l’origine va nous faire voyager. Il s’agit de parler une langue culturelle différente de celle de son pays natal, la cuisine régionale n’ayant plus vraiment la côte. Depuis plusieurs décades,  l’Italie  a conquis le monde avec ses recettes qui sentent l’art du farniente au soleil placé sous la triade de l’huile d’olive, du parmesan et du basilic. La prééminence actuelle  de ces trois composants ne cesse d’interroger : que faisions-nous donc avant cette mode du tout-italien dans nos cuisines ? Quoi qu’il en soit de ces interrogations, manger des pâtes italiennes, c’est plus sympa que de manger des pâtes alsaciennes. Tout le monde a envie d’aller en Italie, ce n’est pas forcément le cas pour l’Alsace. Ce sera donc, des pâtes oui, mais des italiennes, si.  

 

La diversification selon le mode de culture et/ou le conditionnement

Le jeu consiste à mettre en lumière certains éléments en laissant les autres dans l’ombre. L’huile d’olive ne peut être que bio, les pennes – on ne parle pas de pâtes bien sûr – aussi ; le basilic est en bouquet, pas séché ; les tomates viennent du marché et le parmesan se râpe en copeaux avec le couteau spécial. Malheur à qui utiliserait du parmesan en poudre ou des tomates en boîte. Par contre, rien n’est dit sur l’origine des autres constituants. Quid des tomates ? Viennent-elles du sud de l’Espagne où les conditions de production sont réellement épouvantables pour les travailleurs émigrés venant d’Afrique et peut être aussi pour les tomates qui en sont la finalité?  

Le silence sur certains constituants

Outre la question des tomates, se pose celle du saumon ? Vient-il d’une ferme d’élevage ? Vraisemblablement, si non, cela serait dit. Mais il arrive un moment où à tous manger du saumon sauvage, il n’y a pas assez de saumon sauvage. C’est la même chose pour les coquilles Saint-Jacques, avec une acuité encore plus forte. Chaque Français sait que les conditions de la pêche de la coquille sont extrêmement réglementées en France. La production est donc très faible et donc la coquille est chère. Sauf qu’il y a coquille et coquille et que toutes sont Coquille Saint-Jacques- Pecten maximusconfondues avec les Pecten maximus ou C-S-J. Mais c’est faux bien que ce soit tout à fait légal. Il y a tellement de sorte de CSJ que même Wikipedia a du mal à suivre. C’est dire que dans un catalogue Carrefour, vous trouvez six produits cuisinés sur onze avec des CSK qui sont soit des:

-        .  Argopecten Purpuratus, origine Pérou ou Chili,

-       . Chlamys Nobilis, origine Vietnam,  

. Plactopecten Magellanicus, origine Canada  (Magellanicus parce qu’originaire au départ du détroit de Magellan, Argentine et Chili),

.    Zigochlamys Patagonica, origine Argentine ou USA, Uruguay aussi...         

 

Remarquez,  je ne suis pas contre. Mais tant qu’à me parler, autant me parler vrai et ne pas employer le vocable de CSJ quand ce n’en est pas. Là, je sens une confusion certaine et volontaire de l’OMC qui a autorisé cette pratique. Je fais aussi amende honorable. J’ai en son temps assez râlé contre les cueilleurs de CSJ de la Baie de Somme parce que eux mêmes râlaient en raison des durées trop courtes de ramassage pour nécessité de préservation de l’espèce.  Ils avaient peut être aussi d’autres raisons de râler,  contre la confusion variétale et juridique.    


L’enrichissement

Au final, la recette est comparable à un gros gâteau multi-couches où les couches sont impossibles à distinguer. Le jeu social consiste alors à isoler un des éléments de saveur pour montrer sa capacité à goûter ce melting-pot. C’est là où se trouve le raffinement : « oh, c’est bon. On sent bien le basilic, les deux goûts de poisson…Et les pennes sont faites pour ça ! Oui » Ou ce que vous voulez, il y en a forcément pour tous les goûts..

Mais si vous faites le compte, comptez un peu ce que vous avez dans le ventre: 
- plusieurs Italie pour les penne, l'huile, le parmesan, de l'Uruguay, de l'Argentine, des Etats-Unis, du Vietnam, du Pérou, du Chili pour la coquille, des côtes africaines pour les gambas (dont j'ai oublié de vous parler d'ailleurs), de l'Ecosse ou de la Norvège pour le saumon, du Brésil pour le thon, de l'Espagne ou de France pour les tomates...et d'autres que j'ignore. Je n'en peux plus, ou plutôt c'est mon ventre qui gargouille devant tant d'apports. Quant à ma tête, elle me crie: ça suffit. 
 

La déconstruction = moins égale plus   

Il vous suffit de simplifier en gardant les pâtes, avec une source de protéines, une de corps gras, un aromate; votre ventre, votre tête et la planète seront satisfaits et vous remercieront! Comme avec la recette des huîtres gratinées au Crémant de Loire où il n’y a que trois ingrédients : les huîtres, le crémant et les jaunes d’œufs. Et en plus, c’est délicieux. Une prochaine fois.  

 

Pour suivre le chemin
. l'esprit grand ouvert, n° 29, nov.déc.2009
 

. Sur la coquille Saint-Jacques

Coquille ou pétoncle :  http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9toncle

. Photo CSJ (Pecten maximus) de Wikipedia, autres EP avec une salade de pâtes en Ier qui n'a rien à voir avec la recette.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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