En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

Les Habits du Vin

Vin & Spiritueux

Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 12:09
Le vin ne peut se tenir droit tout seul ; sans contenant, il s’étale et se perd. Versé de la cuve dans le pichet, la bouteille puis le verre, il se boit. Dans les cinq cas, cuve, tonneau, pichet, bouteille et verre, il est liquide. Dans le Ier cas, il se fait, dans le second il s’élève, dans le troisième il se verse, dans la quatrième il peut se déplacer et enfin franchit un pas important quand le verre rempli est prêt à boire. A chaque fois le vin possède de nouvelles frontières.
 
Alors après les frontières fiscales du vin, maintenant ce sont les physiques ? Oui ! Et pourquoi ? Parce qu’il est vraiment important de voir toutes les barrières qui nous enferment. Ah, je croyais qu’on parlait du vin. Mais oui, on peut en parler directement, on peut aussi le faire avec une de nos projections, le vin. Le vin se comprend quand on le boit, quand on le voit, quand on en parle et qu’on essaie de voir ce qui l’enserre, le structure, le bride ou l’épanouit. 
 
La frontière la plus fréquente est celle du béton de la cuve, que l’on peut parfois apercevoir à vue d’œil pour les plus anciennes (Chai du Bois Mozé), mais qui sont maintenant le plus souvent enterrées en sous-sol, comme cela se passe dans les installations les plus avancées en coopérative pour des cuves de grand volume (Cave des Vignerons de Sancerre) ou chez les négociants qui travaillent avec la Grande Distribution sous marque distributeur. Ce béton ne permet pas d’associer ses qualités très réelles d’usage à une politique d’image sauf dans le cas ou l’installation est ancienne et n’est donc plus utilisée. C’est le cas au Domaine de la Cognardière au Pallet (44) dont le chai de 1904 a conservé ses cuves placées de part et d’autre d’un étroit passage. Il est maintenant devenu un lieu dédié à l’oeno-tourisme.   
 
Actuellement ces installations souterraines sont doublées en surface par des cuves inox placées le plus souvent dans de véritables halls aux allures de cathédrale. L’inox a cette brillance contemporaine d’allure futuriste. Lors des visites dans les installations de la Cave des Vignerons de Saumur par exemple, les touristes sont toujours impressionnés par la puissance qui se dégagent de ces grandes cuves. Comme si ces volumes impressionnants de vin avaient besoin d’une enveloppe aussi forte, dure, lisse et sans prise. La fibre de verre est aussi très présente mais on voit rarement ces cuves. Elle est intéressante parce qu’elle laisse deviner le vin rouge à l’intérieur. On perçoit aussi la chaleur du vin qui se fait. Mais on n’en parle pas. On touche là à la distance qui s’établit entre la réalité d’un processus de vinification très encadré par les process techniques et les exigences réglementaires et la puissance des images et de l’imaginaire.   
 
Béton, inox, fibre de verre ne communiquent peu ou pas. En France au moins parce que dans les Nouveaux Pays Producteurs de vin, si au moins pour l’inox présenté sous des allures de d’une station de lancement de fusée spatiale. Par contre le bois, si. Le bois dont je parle est celui du tonneau qui prend des noms diverses, foudre, muid…Il est une invention gauloise utilisée au départ pour la bière et très rapidement pour le vin quand les Romains en comprirent les avantages lors du stockage et du transport. On retrouve encore des amphores préservées en Méditerranée. On ne trouve plus de tonneau du début du Ier millénaire. Par contre, on revoit maintenant à nouveau dans les caves de tuffeau des tonneaux alignés que le vigneron couve avec amour et patience. L’alliance entre le vin et le bois est éminemment porteuse aussi bien en terme de réalité sensorielle que d’image. Les touristes et amateurs de vin y sont vraiment très sensibles quand ils entrent dans les chais. Il y a toujours un « Oh » d’émerveillement, le même que celui qui s’exprime quand on voit un trésor. Et le geste est toujours le même. Il faut à chacun toucher le tonneau plein pour s’assurer que ce que voit l’œil est vrai, comme si le bout des doigts était muni d’œil en plus de leurs terminaisons nerveuses.   
 
Quoi qu’il en soit de la sensualité du bois, la principale frontière est celle du verre de la bouteille et du verre à boire. C’est le verre qui fait le vin. Remplacer le verre à boire par du plastique et vous verrez que le vin a un autre goût, pas seulement de plastique mais par sa forme inadaptée à l’optimisation de la dégustation, l’épaisseur du plastique sur les lèvres et l’image du plastique associée au vin. Montrez le vin dans une poche plastique et la magie s’enfuit. C’est vrai que les ventes d’outres à vin continuent à se développer. Ce sont ces parallélépipèdes rectangles en carton protégeant une poche plastique à fermeture hermétique dans lequel est logé le vin. Ils ne sont pas destinés à être vus mais bus, après transfert du vin dans un pichet, une carafe ou directement dans le verre. Ces contenants sont utiles, en particulier en restauration ou pour des usages familiaux, mais ils ne sont pas créateurs d’image positive autonome. Celle-ci résulte de la conjonction de l’image du vigneron renforcée par celle de la bouteille. On en revient donc au verre.
 
Le verre porte des couleurs variées. Transparent, il prend la couleur du vin, plus généralement il est vert foncé ou maintenant souvent feuilles mortes. Il prend parfois d’autres teintes, bleue la couleur de l’été ou noire toute l’année en association avec des formes élancées (Bleu en Muscadet, sur un design réalisé par un styliste anglais) ou théâtrales (Paul Buisse pour des Touraine). Quant au verre à boire, il est griffé INAO, c’est celui qui est utilisée en France pour la dégustation. On trouve parfois mais de plus en plus rarement le verre à pied Anjou à garder comme un objet de collection pour sa ligne.  
 
Le verre est froid et le vin est chaud par nature. L’alliance entre les deux se fait sous la médiation du papier de l’étiquette. Parfois, la bouteille est enveloppée dans un papier léger au nom du vigneron et ou du domaine. Le tout est placé dans un carton de 3, 6 ou 12 bouteilles, à plat ou debout. Pour garder le lien, le carton est de qualité, avec ses caractéristiques de logeabilité, d’isothermie et de média facile à imprimer. Mais ce n’est pas un carton à boire, un gobelet, comme on a rejeté tout à l’heure le plastique.
 
Le métal ne figure sur la bouteille que pour la plaque du muselet qui coiffe le haut de la bouteille de vin à bulle. On ne trouve pas encore de vin dans une bouteille en métal. Par contre les Anglais font déjà des boites boissons vin. Difficile de dire si l’essai est vraiment confirmé. Comme celui de bouteille plastique bleue en 35cl pour du rosé pour le marché néerlandais. Quant au pichet dont j'ai parlé au début, il n'est plus guère utilisé. Il y en avait en poterie. tout comme il existait des bouteilles de grés qu'on a retrouvé récemment enfouis dans la terre à Chinon.
 
En réalité, tous les matériaux que j’ai cités, se retrouvent sur la bouteille, soit en réel soit en ressemblance. Il y a des étiquettes couleur béton, terre ou grès, du papier kraft d’emballage ou si léger qu’il ressemble à du papier de soie, des étiquettes en carton qui s’accroche et ne se colle plus. Le métal est utilisé pour l’étiquette, en étain ou façon inox brillant. Sans parler des métaux à chaud qui font briller lettres et figues des étiquettes. En sens inverse, le verre est mis en valeur par des habillages si minimalistes qu’on ne voit plus de la bouteille que sa ligne, sans savoir ce qu’il y a dedans. Un rêve d’évanescence si fort que le vin s’efface devant la bouteille. Le trouble alors est réel. Que boit-on?  
 
Et le risque des rapprochements de matières accentue l’interchangeabilité des packagings entre eux. La bouteille de verre pour le vin, oui. Pour le plastique, ça gêne. Par contre pour l’huile, non ; l’huile d’olive non plus. Quand elle devient qualitative, l’huile est logée dans une bouteille de verre. Pour accentuer sa montée qualitative, l’huile d’olive adopte la même démarche que le vin : origine, appellation, segmentation identique, des packaging qui se rapprochent de plus en plus du vin et des prix plus élevés que ceux du vin haut de gamme. Pour l’instant, le vin n’a pas franchi la barrière de la forme carrée de la bouteille d’huile. Mais jusqu’à quand ? On connaît déjà le vin en bouteille à forme de carafe ou de bouteille de limonade à bouchon de porcelaine. Clairement on est dans l’entrée de gamme, vendu à l’approche de la belle saison comme des vins d’été qui peut aussi être un débouché intéressant pour faire découvrir le vin sous un aspect ludique et sans se prendre la tête.   
 
Les recherches d’idées actuelles sont très riches. Elles montrent que le vin est un univers en marche, qui bouge sans cesse et se remet en question pour aller à la rencontre des amateurs de vin. Elles sont aussi parfois dérangeantes car certaines surfent sur le risque de banalisation. Le vin n’est pas une boisson comme une autre, si non, ce n’est plus du vin. Un problème de frontières et d’identité.
 
Pour suivre le chemin
-        Les frontières fiscales du vin (1) et le risque de sur-complexité administrative, sur ce blog
 
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /Jan /2008 12:24
Vraiment pas, alors que je suis en train de travailler pour vous. Pour moi aussi évidemment. Je suis en train de faire les finitions de ma recherche sur l’habillage de la bouteille de vin de Loire (HBV) que j’ai commencée, il y a quelque temps. Je suis tellement dedans, jusqu’au cou, que je ne sais plus vraiment quand j’ai vraiment plongé dedans, comme Astérix dans son chaudron ou comme Elisabeth dans le vin de Loire. Uniquement dans les vins de Loire ? Et vous ne parlez que de la bouteille ? Pas du vin qui est dedans? Si bien sûr, du vigneron aussi puisque toute la recherche est fondée sur le fait que le vin a forcément un géniteur, le vigneron, et un porteur, la bouteille. J’analyse la cohérence qui existe entre l’Homme, le Vin et la Bouteille   
 
Et pourquoi la Loire? Parce que c’est la région de France qui est la plus riche de sa diversité, d’innovation et de jeunesse, mêlée à autant d’histoire, de culture et de recherche. C’est aussi la plus grande et celle qui a un excellent ratio qualité/prix. C’est un vignoble ouvert à ceux qui s’y installent, accueillant aux amateurs de vin de toutes catégories sociales et qui se développe à l’export. Ca bouge en Loire.
 
Et ca, c’est passionnant. Ceci dit, il est vrai que je n’ai pas beaucoup de temps pour bavarder,   surtout que le Salon des Vins de Loire va s’ouvrir dans quelques jours et qu’il me reste des milliers de choses à faire. Relire le manuscrit, vérifier que tout est OK et résoudre toutes les difficultés qui se posent toujours. J’ai l’impression que je fais de la dentelle pour alléger le manuscrit et trouver le mot encore plus juste que celui qui est juste-juste. Je sais que je suis difficile à suivre quand je commence comme ça. Mais ça fait du bien de le dire. 
 
Je comprends bien aussi que mes histoires d’anguille à manger (sur le papier) et de lapin à chasser (de chez moi) vous semblent bien déconnectées de vos préoccupations viti-vinicoles. Il faut comprendre que moi, ça me permet de penser à autre chose qu’au pouvoir de communication par la bouteille (de vin, fusse-telle de Loire). Chez moi, il y a plein de bouteilles, près de mon bureau, de l’ordi, sous des meubles. Ca me fait rire de les voir. Je devrais évidemment les enlever dès que je n’an ai plus besoin mais il y a en a certaines que j’ai du mal à ranger.  Alors oui, ce n’est vraiment pas bien de bouder. Est-ce que je boude moi ?
 
Pour suivre le chemin
www.salondesvinsdeloire.com              
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /Jan /2008 12:45
L’image culturelle d’un pays est étonnante. On a toujours tendance à arrêter le temps et à simplifier les façons de vivre dans un pays, non seulement nous les étrangers mais les nationaux également. Cette impression ne m’a pas quittée lorsque je lisais l’ouvrage d’Eva Joly dont j’ai parlé dans le Ier billet consacré à la Norvège sous le titre Différences culturelles Norvège, France. A aucun moment me semble-t-il l’auteur évoque le changement de civilisation qui révolutionne la vie en Norvège, du à une richesse sans précédent venant des forages pétroliers en mer. La mer qui a toujours été la mère nourricière de la Norvège. Ouvrez un livre de cuisine norvégien ; vous y trouvez 80% de recettes de poisson et 20% de recettes de viande de porc essentiellement.
 
Cette mer est devenue une mer d’abondance qui fait de la Norvège le second pays le plus riche d’Europe, après le Luxembourg il est vrai. Et cette richesse est vécue différemment. Elle est récente et elle survient dans un pays pauvre aux conditions de vie dures et à la morale austère qui ne devait compter que sur ses propres forces pour survivre. Clairement le pays ne pouvait attendre d’autre salut qu’en implorant la grâce de Dieu et en unissant ses forces contre l’adversité, le froid, le vent glacé qui vient du pôle, la tempête et le temps si long, si long que l’aquavit est une façon d’attendre le retour de la douceur. La richesse du pétrole bouleverse les façons de vivre et fait presque des Norvégiens des Européens comme les autres. A une différence près, ils ont refusé d’entrer dans l’Union européenne après un référendum aux résultats très clairs. Pauvres les Norvégiens n’ont demandé ni reçu l’aide de personne, riches, pourquoi fallait-il partager cette manne dont ils ont été si longtemps privée? C’est pourquoi, nous Européens des 27, nous n’avons pas les statistiques de la Norvège. Par contre la Norvège s’ouvre et dans les deux sens.    
 
De jeunes diplômés français partent travailler en Norvège attirés par des salaires impressionnants qui s’expliquent par un coût de la vie très élevé. Vous connaissez le meilleur indicateur, le prix de vente d’un Mc Do de base partout dans le monde : 5,25 E. La peur de ces jeunes en partant : affronter le froid et des modes de vie différents. Le commentaire général après quelques mois : on s’y fait à condition de vraiment bosser. La tchatche n’est pas d’usage, sous peine de s’entendre dire « Ah, ces Français !» Pas bon du tout. Le revenu par habitant atteint 40 000 E.
 
Dans l’autre sens, l’UE vers la Norvège, les modes de vie s’uniformisent, que ce soit au niveau de l’habillement que des façons de manger et de boire. Le vin est de plus en plus apprécié au point que les Missions Economiques françaises conseillent aux vignerons de s’y intéresser. On connaît peu nos produits là-bas, leurs achats en France ne dépassent pas 4%. Les vins ont meilleur cote mais c’est à double sens. La notoriété et la qualité ne sont pas mis en cause, mais comme toujours nous avons la réputation de n’avoir que des vins chers. Ce qui est faux. En plus si cela était le cas, dans un pays cher, vous pourriez penser que la relation serait équilibrée. Un repas moyen (plat + dessert sans boisson) coûte quand même 40 E. Inutile de vous dire qu’à midi, on mange des sandwichs. Notre réputation nous dessert fortement et ce sont nos voisins qui l'emportent, l’Allemagne est en tête pour les vins blancs et l’Italie pour les rouges. Pour la France, ce sont les vins de Chablis, Champagne et du Rhône qui ont la cote. Le Val de Loire est peu présent avec 2 800hl de blanc, 180 hl de mousseux et 6hl pour le rouge. 
 
La bonne nouvelle, c’est que les Norvégiens sont plus sensibles aux douceurs de la table et à la dégustation de vin. Ils acceptent de payer plus cher un vin de qualité mais leur Ier réflexe est quand même de serrer les prix. La hausse de consommation fait rêver en France : elle atteint + 93% en quelques 10 ans, à tempérer tout de suite par le chiffre annuel de consommation qui est de 2,5 litres. "Peut mieux faire" pour les deux parties, vignerons français et amateurs norvégiens!
 
En attendant que le marché se déploie, des voisins suédois se lancent dans une aventure un peu folle et jolie tout autant, créer un vignoble pour faire du vin suédois. Ils sont 3 ou 4 vignerons à conduire des vignobles commerciaux. Les difficultés sont grandes, à commencer par la géographie, le climat, l’Etat qui a un peu de mal à donner les autorisations et comme partout la difficulté à vendre. L’aventure n’est possible que dans le sud et à Gotland. Pour la commercialisation, la seule façon est de ne surtout pas chercher à entrer dans le système du monopole d’Etat (Systembolaget) et d’ouvrir restaurant et chambres d’hôtes sur place. Cette formule rencontre un franc succès touristique. Une aventure à suivre.
 
Pour suivre le chemin :
www.vinmonopolet.no, très intéressant parce que le monopole en charge de la distribution du vin en Norvège vous indique les vins qu’il recherche pour le second semestre 2008 : pour la France, quasiment que des vins du Sud (Cahors, Bergerac, Pécharmant, Pécherenc, Corse, Gascogne, Irouleguy, Fronton…et un seul Anjou 100% chenin avec moins de 6gr de sucre/l, bio de préférence.
www.sweden.se
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 18:43
couverture-copie-1.jpg
Vous avez devant vous le projet de couverture prévue par France, ma fille cadette, pour mon précédent ouvrage sur le vin, le Vin aussi est affaire de femmes (Cheminements). La sculpture est de Miranda Roux, une des vigneronnes que vous rencontrez dans l'ouvrage, qui est aussu artiste.  Cette Vendangeuse est une terre cuite de 14 cm de haut plongée dans du vin rouge tannique après cuisson pour donner une légère couleur rosée, comme on le faisait à Rome, il y a quelques millénaires.   
Cette vendangeuse vous souhaite une belle année, de beaux fruits, de belles vendanges et de bonnes ventes avec de bons clients.      
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 16:43
Actuellement la transparence est certainement une des tendances puissantes de l’innovation en matière de représentation. Dans le billet précédent sorti sur le blog (Art + Dentelle + Broderie et habillage de la bouteille de vin), j’ai dégagé l’hypothèse que la transparence est le rapport entre la sensorialité d’un objet ou d’une création artistique et la capacité de l’imaginaire à voir et à se projeter dedans. C’était mieux dit que ça, mais l’idée y est.
 
La Tour du New York Times
J’ai frémi de plaisir quand j’ai trouvé dans Le Monde2 les mots qui tournent dans ma tête depuis plusieurs mois. Ces mots sont ceux de Renzo Piano, architecte, petits-fils et fils d’architecte, italien né à Gênes et doté d’une forte culture latine humaniste. Il conçoit partout dans le monde à Tokyo, Atlanta, Tahiti, Rome, Paris…des grandes structures de vie et de travail au service des oeuvres de l’esprit comme des bibliothèques, des galeries d’art, des musées, le Centre Beaubourg et Jean Marie Tibaou…Il aménage des places et édifie des immeubles, comme La Maison Hermès à Tokyo ou la nouvelle Tour du New York Times à New York forcément. En point commun, une volonté très forte de dire des choses directement sans détour, ce qui va avoir pour conséquence d’être compris partout puisqu’il met toute sa force de création à se fondre à sa façon le plus intimement possible dans le site, dans la ville. Pour cela il a un secret, en dehors d’une capacité étonnante à générer de la valeur et du sens.
 
Ses objectifs de départ : la réduction de la dépense d’énergie en Ier et la transparence en second pour un immeuble de 52 étages, s’élevant à 228 m de haut + 100 m d’antenne, situé dans la 8ème rue, face à la grande gare routière de Manhattan par laquelle passent 1,5m. de voyageurs/jour. La transparence est son second secret. L’immeuble est revêtu d’une parure de lames horizontales en céramique extrudée de façon à jouer avec la lumière qui change selon l’heure du jour et de la nuit, selon les saisons et le temps qu’il fait. On pourrait presque imaginer aussi selon l’humeur de ceux qui y travaillent et qui y viennent, tellement le projet a été conçu autour du cœur éditorial du journal.  
 
Ecoutez ses mots prononcés lors de l’interview faite au moment de l’inauguration de l’immeuble le 20.11.2007:
-    La première étincelle de culture, c’est de     rendre les gens curieux.
-        Légèreté et transparence ne sont pas une formule académique mais la mission du projet dans la cité… en italien, citta et civilta, ville et civilisation ont la même racine comme en français.
-        L’amour de la légèreté, cette attraction fatale… Pour moi, c’est le début d’un langage : essayer de mettre de l’air dans le bâtiment et faire voler les choses. 
-       Je me méfie des constantes…Je refuse le style en tant que griffe pour se faire connaître. Si je devais enseigner quelque chose, ce serait le goût de la liberté.
-        Le jour où j’ai présenté les esquisses, j’avais déjà le prototype de cette baguette de céramique qui habille la tour et va vibrer avec la lumière.   
 
 
La Bouteille de Vin 
Il ne s’agit pas de comparer une tour de 328m de haut avec une bouteille de 29,8cm (bourguignonne 75cl), 32, 4 (Muscadet 75,6) et 34,6 (italienne haute 50cl). Il s’agit de voir les points de ressemblance entre ces volumes, l’un en céramique et verre et l’autre en verre, qui abritent l’un des hommes et des femmes et l’autre du vin qui est le fruit du travail des hommes et des femmes. La transparence qui a guidé l’architecte est aussi au cœur de la recherche concernant l’habillage de la bouteille de vin, le Ier en partant de ceux qui travaillent au journal, les autres en partant du vin qui est vivant.
 
La bouteille est posée sur une table. Elle n’est pas ancrée dans le sol et pourtant elle aussi a un prolongement vers ce qui ne se voit pas. Certaines bouteilles ont une assise si lourde qu’elles donnent l’impression de se prolonger par en dessous. D’autres au contraire s’élancent en hauteur et pousse le regard à chercher le point de fuite au-dessus en hauteur. Dans ces cas là, ce sont les formes, les proportions et la ligne qui comptent. Comme une forme de jeu à trois entre la bouteille, celui qui regarde et l’environnement de la bouteille. Quand certains évoquent la belle nappe blanche sur laquelle poser la bouteille haute très haute, comme Paul Buisse de Montrichard pour un Touraine Sauvignon avec une petite étiquette fine graphique blanche, grise et noire haut placée, ils pensent plus en terme de vision globale qu’en terme de décoration, même si l’accord entre le vin, la bouteille, les mets et la table comptent beaucoup. On boit avec ses yeux, on mange tout autant avec ses yeux, pas à la place mais avant et on garde le souvenir qui nourrit l’imaginaire. La bouteille peut être cette étincelle de culture. 
 
La bouteille est un volume habité. Comme pour la tour, l’œil volète autour et dans la bouteille, comme s’il pouvait voir l’invisible au cœur de la bouteille, A la recherche des messages que la bouteille émet en langue des signes. Et c’est là que la main aide à voir : c’est une différence avec la tour. La bouteille est à la taille de la main qui aide l’œil à voir. En cherchant à voir ce qui est dedans, le geste premier est de saisir la bouteille pour voir en arrière par un mouvement circulaire. Voir devant et derrière, c’est voir dedans.
 
La légèreté dont parle Renzo Piano, est fonction de l’air et du mouvement et tous trois sont tout à fait applicables à la bouteille. La vibration avec la lumière aussi, surtout quand on se rappelle que la bouteille est en verre. Certes chacun fait la différence entre un verre naturellement brillant, un verre satiné, un verre en relief qui va accrocher le regard ; on connaît aussi le jeu des différentes courbures face à la lumière. Les photographes spécialisés dans la bouteille (très difficile à prendre) arrivent à créer un imaginaire incroyablement fort en jouant sur ces trois éléments : une bouteille, une atmosphère et une lumière.   Mais on ne sait que peu encore jouer sur la brillance de ce matériau. Certains ont sauté le pas, comme Pierre Chainier d’Amboise avec une bouteille à 10 facettes pour un Vouvray Chenin Blanc qui est une véritable réussite. Elle franchit avec brio les trois obstacles que sont la transition du fond de la bouteille avec l’amorce des facettes, le passage inverse au départ du col vers le haut et surtout la décision de ne pas laisser de surface plane pour l’étiquette. La transparence légère du verre contribue évidemment à l’effet lumière mais n’est pas Ier. C’est le concept même de la bouteille qui prédomine. L’étiquette est taillée en forme de diamant.   
 
La légèreté et la transparence ne sont pas l’apanage de la bouteille mais aussi des pièces de habillage qui vont modifier l’équilibre de la bouteille et ses rapports avec son environnement. L’étiquette peut donner cette impression. Quand on sait que 80% et + des vignerons, négociants et coopérateurs évoquent d’eux-mêmes la volonté d’avoir une étiquette sobre et élégante, épurée et élégante… on conçoit la force de ce besoin d’allègement. La transparence est une réponse à ce sentiment qu’il faut émettre quelque chose autrement. C’est ce que fait aussi Patrice Monmousseau avec une de ses dernières créations « zéro » par Bouvet Ladubay, un Saumur extra brut sans adjonction de liqueur de dosage : la petite étiquette ovale métallisée renvoie le regard vers la bague aux armes de BL sur le col de la bouteille noire et argent et la date 1851. L’équilibre de la bouteille classique pour les vins à bulles s’en trouve modifiée et la perception tend vers plus de légèreté et curieusement de force, comme si on avait enlevé du superflu.
 
La transparence dans ces exemples s’appuie sur la lumière qui oblige l’œil à regarder autrement, en provoquant cette fameuse étincelle de curiosité qui est le début d’une aventure et d’une rencontre, placée sous le signe de la liberté, entre un vin dans un verre et vous.
 
Pour poursuivre le chemin
-        Le Monde, www.lemonde.fr/web/article
-        Renzo Piano, www.rpbw.com
-        Paul Buisse, Montrichard, 02 54 32 00 01, www.paul-buisse.com
-        Pierre Chainier, Amboise, 02 47 307 307, www.pierrechainier.com

       -       Bouvet-Ladubay, Saumur, 02 41 83 83 83, www.bouvet-ladubay.fr      

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Images Aléatoires

  • BXL-ADM 847
  • Blog 2010.10.27 111
  • Pub Camel France
  • Frans Masereel, Belgique
  • Zero pointe, vue du dessous
  • Ciel, Croix près du Moulin de la Roche, La Possonnière
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés