En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 18:43
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Vous avez devant vous le projet de couverture prévue par France, ma fille cadette, pour mon précédent ouvrage sur le vin, le Vin aussi est affaire de femmes (Cheminements). La sculpture est de Miranda Roux, une des vigneronnes que vous rencontrez dans l'ouvrage, qui est aussu artiste.  Cette Vendangeuse est une terre cuite de 14 cm de haut plongée dans du vin rouge tannique après cuisson pour donner une légère couleur rosée, comme on le faisait à Rome, il y a quelques millénaires.   
Cette vendangeuse vous souhaite une belle année, de beaux fruits, de belles vendanges et de bonnes ventes avec de bons clients.      
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 16:43
Actuellement la transparence est certainement une des tendances puissantes de l’innovation en matière de représentation. Dans le billet précédent sorti sur le blog (Art + Dentelle + Broderie et habillage de la bouteille de vin), j’ai dégagé l’hypothèse que la transparence est le rapport entre la sensorialité d’un objet ou d’une création artistique et la capacité de l’imaginaire à voir et à se projeter dedans. C’était mieux dit que ça, mais l’idée y est.
 
La Tour du New York Times
J’ai frémi de plaisir quand j’ai trouvé dans Le Monde2 les mots qui tournent dans ma tête depuis plusieurs mois. Ces mots sont ceux de Renzo Piano, architecte, petits-fils et fils d’architecte, italien né à Gênes et doté d’une forte culture latine humaniste. Il conçoit partout dans le monde à Tokyo, Atlanta, Tahiti, Rome, Paris…des grandes structures de vie et de travail au service des oeuvres de l’esprit comme des bibliothèques, des galeries d’art, des musées, le Centre Beaubourg et Jean Marie Tibaou…Il aménage des places et édifie des immeubles, comme La Maison Hermès à Tokyo ou la nouvelle Tour du New York Times à New York forcément. En point commun, une volonté très forte de dire des choses directement sans détour, ce qui va avoir pour conséquence d’être compris partout puisqu’il met toute sa force de création à se fondre à sa façon le plus intimement possible dans le site, dans la ville. Pour cela il a un secret, en dehors d’une capacité étonnante à générer de la valeur et du sens.
 
Ses objectifs de départ : la réduction de la dépense d’énergie en Ier et la transparence en second pour un immeuble de 52 étages, s’élevant à 228 m de haut + 100 m d’antenne, situé dans la 8ème rue, face à la grande gare routière de Manhattan par laquelle passent 1,5m. de voyageurs/jour. La transparence est son second secret. L’immeuble est revêtu d’une parure de lames horizontales en céramique extrudée de façon à jouer avec la lumière qui change selon l’heure du jour et de la nuit, selon les saisons et le temps qu’il fait. On pourrait presque imaginer aussi selon l’humeur de ceux qui y travaillent et qui y viennent, tellement le projet a été conçu autour du cœur éditorial du journal.  
 
Ecoutez ses mots prononcés lors de l’interview faite au moment de l’inauguration de l’immeuble le 20.11.2007:
-    La première étincelle de culture, c’est de     rendre les gens curieux.
-        Légèreté et transparence ne sont pas une formule académique mais la mission du projet dans la cité… en italien, citta et civilta, ville et civilisation ont la même racine comme en français.
-        L’amour de la légèreté, cette attraction fatale… Pour moi, c’est le début d’un langage : essayer de mettre de l’air dans le bâtiment et faire voler les choses. 
-       Je me méfie des constantes…Je refuse le style en tant que griffe pour se faire connaître. Si je devais enseigner quelque chose, ce serait le goût de la liberté.
-        Le jour où j’ai présenté les esquisses, j’avais déjà le prototype de cette baguette de céramique qui habille la tour et va vibrer avec la lumière.   
 
 
La Bouteille de Vin 
Il ne s’agit pas de comparer une tour de 328m de haut avec une bouteille de 29,8cm (bourguignonne 75cl), 32, 4 (Muscadet 75,6) et 34,6 (italienne haute 50cl). Il s’agit de voir les points de ressemblance entre ces volumes, l’un en céramique et verre et l’autre en verre, qui abritent l’un des hommes et des femmes et l’autre du vin qui est le fruit du travail des hommes et des femmes. La transparence qui a guidé l’architecte est aussi au cœur de la recherche concernant l’habillage de la bouteille de vin, le Ier en partant de ceux qui travaillent au journal, les autres en partant du vin qui est vivant.
 
La bouteille est posée sur une table. Elle n’est pas ancrée dans le sol et pourtant elle aussi a un prolongement vers ce qui ne se voit pas. Certaines bouteilles ont une assise si lourde qu’elles donnent l’impression de se prolonger par en dessous. D’autres au contraire s’élancent en hauteur et pousse le regard à chercher le point de fuite au-dessus en hauteur. Dans ces cas là, ce sont les formes, les proportions et la ligne qui comptent. Comme une forme de jeu à trois entre la bouteille, celui qui regarde et l’environnement de la bouteille. Quand certains évoquent la belle nappe blanche sur laquelle poser la bouteille haute très haute, comme Paul Buisse de Montrichard pour un Touraine Sauvignon avec une petite étiquette fine graphique blanche, grise et noire haut placée, ils pensent plus en terme de vision globale qu’en terme de décoration, même si l’accord entre le vin, la bouteille, les mets et la table comptent beaucoup. On boit avec ses yeux, on mange tout autant avec ses yeux, pas à la place mais avant et on garde le souvenir qui nourrit l’imaginaire. La bouteille peut être cette étincelle de culture. 
 
La bouteille est un volume habité. Comme pour la tour, l’œil volète autour et dans la bouteille, comme s’il pouvait voir l’invisible au cœur de la bouteille, A la recherche des messages que la bouteille émet en langue des signes. Et c’est là que la main aide à voir : c’est une différence avec la tour. La bouteille est à la taille de la main qui aide l’œil à voir. En cherchant à voir ce qui est dedans, le geste premier est de saisir la bouteille pour voir en arrière par un mouvement circulaire. Voir devant et derrière, c’est voir dedans.
 
La légèreté dont parle Renzo Piano, est fonction de l’air et du mouvement et tous trois sont tout à fait applicables à la bouteille. La vibration avec la lumière aussi, surtout quand on se rappelle que la bouteille est en verre. Certes chacun fait la différence entre un verre naturellement brillant, un verre satiné, un verre en relief qui va accrocher le regard ; on connaît aussi le jeu des différentes courbures face à la lumière. Les photographes spécialisés dans la bouteille (très difficile à prendre) arrivent à créer un imaginaire incroyablement fort en jouant sur ces trois éléments : une bouteille, une atmosphère et une lumière.   Mais on ne sait que peu encore jouer sur la brillance de ce matériau. Certains ont sauté le pas, comme Pierre Chainier d’Amboise avec une bouteille à 10 facettes pour un Vouvray Chenin Blanc qui est une véritable réussite. Elle franchit avec brio les trois obstacles que sont la transition du fond de la bouteille avec l’amorce des facettes, le passage inverse au départ du col vers le haut et surtout la décision de ne pas laisser de surface plane pour l’étiquette. La transparence légère du verre contribue évidemment à l’effet lumière mais n’est pas Ier. C’est le concept même de la bouteille qui prédomine. L’étiquette est taillée en forme de diamant.   
 
La légèreté et la transparence ne sont pas l’apanage de la bouteille mais aussi des pièces de habillage qui vont modifier l’équilibre de la bouteille et ses rapports avec son environnement. L’étiquette peut donner cette impression. Quand on sait que 80% et + des vignerons, négociants et coopérateurs évoquent d’eux-mêmes la volonté d’avoir une étiquette sobre et élégante, épurée et élégante… on conçoit la force de ce besoin d’allègement. La transparence est une réponse à ce sentiment qu’il faut émettre quelque chose autrement. C’est ce que fait aussi Patrice Monmousseau avec une de ses dernières créations « zéro » par Bouvet Ladubay, un Saumur extra brut sans adjonction de liqueur de dosage : la petite étiquette ovale métallisée renvoie le regard vers la bague aux armes de BL sur le col de la bouteille noire et argent et la date 1851. L’équilibre de la bouteille classique pour les vins à bulles s’en trouve modifiée et la perception tend vers plus de légèreté et curieusement de force, comme si on avait enlevé du superflu.
 
La transparence dans ces exemples s’appuie sur la lumière qui oblige l’œil à regarder autrement, en provoquant cette fameuse étincelle de curiosité qui est le début d’une aventure et d’une rencontre, placée sous le signe de la liberté, entre un vin dans un verre et vous.
 
Pour poursuivre le chemin
-        Le Monde, www.lemonde.fr/web/article
-        Renzo Piano, www.rpbw.com
-        Paul Buisse, Montrichard, 02 54 32 00 01, www.paul-buisse.com
-        Pierre Chainier, Amboise, 02 47 307 307, www.pierrechainier.com

       -       Bouvet-Ladubay, Saumur, 02 41 83 83 83, www.bouvet-ladubay.fr      

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 17:02
Ce n’est pas facile d’être Jean Baumard du Domaine des Baumard à Rochefort sur Loire. Il en a eu la charge pendant 37 ans. C’est lui qui l’a véritablement constitué. Depuis 1987, Florent, son fils, l’a rejoint avant de lui succéder. Jean a vinifié jusqu’en 1994. Maintenant, quand on prononce Baumard, il est deux noms qui viennent à l’esprit, Florent aux commandes et Jean en retrait mais toujours présent aux côtés de son fils. Par les hasards de la vie et par tempérament, il poursuit une des missions qui ont guidé sa vie de vigneron.
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Le temps est tout autant son ami qu’une dimension de la vie à ne jamais oublier. La lignée vigneronne des Baumard remonte en 1634 par la branche maternelle. Elle compte plus de millésimes que de jours dans l’année : 369. J’ai passé ma vie, dit-il, à acheter de la terre, depuis le jour où j’ai repris le domaine. Et depuis lors, Jean n’a cessé de le défendre au nom des valeurs qui sont les siennes. Parce qu’il y a le temps, il y a la terre tout autant que le domaine et il y a les valeurs. Ce sont les trois composantes constitutives de l’engagement de vie de Jean Baumard.
 
C'est cet attachement au travail en profondeur du vigneron qui a conduit très vite Jean Baumard à prendre des responsabilités dans la représentation des vignerons d’Anjou. Selon lui, il appartient à chacun d’assumer tant ses responsabilités individuelles au niveau d’un domaine que collectives face à une administration dévoreuse du peu de liberté qui reste au vigneron qui est quand même celui qui connaît le mieux la vigne et le vin. Président de la Fédération viticole d’Anjou pendant deux mandats consécutifs, il a assumé toutes les responsabilités collectives au plus haut niveau qui pèsent sur le vigneron.
 
Pour tenter de savoir ce qui est important à ses yeux, les valeurs qui comptent pour lui, il faut se plonger dans son premier livre, Un grand vin du monde, Le Quarts de Chaume, publié en avril 2007 pour laisser trace dans l’optique de la transmission et éviter le phénomène du chaînon manquant dans la longue trame de l’histoire. Le lecteur y trouve les 10 valeurs de Jean Baumard traduites en action et reflétées par ses mots.
 
-        1. Travailler la vigne tout en sachant innover, sans la figer ni l’abîmer. Utiliser par exemple les nouvelles pratiques culturales découvertes à Bordeaux en expérimentant en Loire un nouveau mode de conduite en VHL (Vigne Haute et Large) avec un écartement de 3 mètres entre 2 rangs et créer ce faisant un « nouveau vignoble…qui est un système global, une véritable philosophie écologique, avant l’heure, de la culture de la vigne. »
 
-         2. Enseigner à l’Ecole supérieure d’Agriculture et de Viticulture d’Angers jusqu’en 1971 quand l’Ecole a perdu sa spécialisation en viticulture. A 25 ans, il a commencé à y donner des cours de viticulture et d’œnologie à des jeunes dont certains étaient plus âgés que lui. Il a un vrai sourire quand il évoque cette période : je n’avais peur de rien, je faisais mon cours à fond, avec passion et ça marchait bien. J’ai eu M. Honoré comme étudiant. Vous le connaissez, il est devenu directeur de l’Ecole.
 
-        3. Rencontrer, lire, réfléchir et être à l’affût des innovations dans le monde du vin : il a été un des premiers par exemple à utiliser l’acier inoxydable pour le matériel vinaire en 1960 (pompe, filtre, raccord) ou à sélectionner en 1966 un pressoir pneumatique (licence Wilmes) employé à cette époque à Angers par Cointreau, comme Florent est le Ier à utiliser la capsule à vis.     
 
-        4. Aller au bout de ce qu’on peut faire dans une démarche à long terme, en pratiquant la carte de la liberté de faire et d’entreprendre : le professionnel engagé physiquement et financièrement sur le terroir a toutes les chances d’être le mieux placé pour faire progresser la valorisation de son espace par une innovation.
 
-        5. Protéger la terre et la vigne qui sont fragiles par nature. La terre ne se renouvelle pas et n’est ni remplaçable ni déplaçable. Certes la fumure permet de l’enrichir, comme l’enherbement, s’il est bien conçu, évite le ruissellement des eaux de pluie qui emporte tout. Parfois aussi, il faut savoir donner du temps à la terre. C’est ce que Jean Baumard a fait pour la parcelle de Quarts de Chaume qu’il a mise en jachère pendant 15 ans pour lui permettre de retrouver sa respiration. Quant à la vigne, elle fait l’objet depuis plusieurs années déjà d’une attaque de ce qu’on appelle « les maladies du bois » si forte qu’elle constitue une menace d’une foudroyance assimilable au phylloxéra qui provoqua en son temps une diminution de 300 000 à 500 000 hectares de vigne. 
 
-        6. Respecter l’ancrage dans le temps d’un lieu, de l’histoire et de la légitimité de la transmission par la propriété et par le travail. Le terroir du Quarts de Chaume a plus de 1 000 ans : durant tout ce temps, il a du se présenter sous différents styles et de multiples robes. Il a du s’adapter à son temps. A cause de cela, par la permanence du plaisir et de l’intérêt qu’il a procuré, il est encore présent aujourd’hui.  
 
-        7. Garder aux mots le sens qu’ils ont. Jean Baumard connaît parfaitement la valeur par exemple du terme de ténement* associé à Chaumes. Il consacre une bonne part de son livre à démontrer que le Quarts de Chaume dont l’aire d’appellation constitue le tènement de Chaume ne peut reconnaître que le nom de Chaume seul sera attribué à un terroir différent. 
 
-        8. Défendre ses idées. Pour ce faire, Jean Baumard n’hésite pas à traduire l’INAO devant le Conseil d’Etat, une Ire fois en 2003 après la parution au JO d’une nouvelle AOC Chaume Ier cru des Coteaux du Layon. Puis une seconde fois en 2007 après la publication au JO d’un nouveau décret avalisant une nouvelle AOC Chaume cette fois-ci qui renforce encore le risque de confusion et de perte d’identité du Quarts de Chaume. Entre-temps, le Ier décret avait été annulé par le CE en 2005 sur la base de l’argumentation de Jean Baumard et du syndicat des producteurs de Quarts de Chaume. 
 
-        9. Assumer les risques. Comme on l’imagine, la chose est plus facile à lire qu’à vivre, surtout quand on a été un grand responsable syndical. Ecrire permet de faire la part des choses. 
 
-        10. Goûter, toujours et encore, en conservant le plaisir de découvrir l’évolution d’un vin depuis son plus jeune âge jusque dans sa plénitude. Au cours de notre rencontre, Jean Baumard m’a fait découvrir un Quarts de Chaume 1990. Fermant les yeux pour mieux savourer en gardant le vin en bouche, après avoir admiré la belle couleur dorée, il m’a décrit, avec ses mots, la richesse ondoyante de ce velours très épais en bouche et dont la douceur n’est pas massive. Ce vin a obtenu une notation de 96 sur 100 dans le magazine américain Wine Spectator. Nous l’avons goûté dans un grand verre selon l’axiome en vertu duquel les petits verres sont faits pour les petits vins, avec un buvant très fin et non coupant, dans un verre en verre ou en cristal, mais pas coloré. Pouvoir admirer la robe et la couleur du vin fait partie de la dégustation. On boit aussi avec ses yeux. 
 
Ses conseils pour terminer l’entretien :
-        Prenez le temps de goûter lentement. Trente minutes de conversation avec un bon vin de Quarts de Chaume suffisent habituellement, si le vin n’est pas muet et vos convives participent au dialogue. 
-        Apprenez à compter les caudalies, ces unités de temps fondées sur la seconde qui représentent le temps pendant lequel vous pouvez percevoir les saveurs du vin en bouche sans l’avaler. Entre 13 et 20 caudalies, vous êtes un bon dégustateur capable d’apprécier ce qu’on appelle le degré de rémanence du vin. 
-        Buvez le vin quand vous en avez envie et n’écoutez pas trop les autres. C’est ce que vous sentez, vous, qui est important.
 
* Précisions:
-        L’Observatoire mis en place en 2003 indique, pour le chenin d’Anjou, que les parcelles témoin sont atteintes à 100% et connaissent une progression de 7% des ceps touchés, en lien avec l’âge des vignes, le compactage des sols et la vigueur du porte-greffe. (Vigneron du Val de Loire n° 269) 
 
-        Selon Jean Baumard, un tènement recouvre 2 réalités car il a 2 dimensions :
. la Ire est géographique : réunion de propriétés contigües pour le Robert et ensemble
de propriétés qui se touchent pour le CNRS ;
. la seconde est historique : terre qu’on tient d’un fief pour le Robert et terre tenue d’un seigneur moyennant le paiement d’une redevance pour le CNRS.     
 
Pour poursuivre le chemin
-        Le site du domaine www.baumard.fr
-        L’ouvrage de Jean Baumard, Un grand vin du Monde, le Quarts de Chaume, en vente au domaine et sur le site 
Le Vigneron du Val de Loire, bi-mensuel des Fédérations viticoles de l'Anjou et de la Touraine, 73 rue Plantagenêt, 49024 Angers cedex, 02 41 88 60 57         vigneronduvaldeloire@wanadoo.fr
-        Rochefort en Loire http://fr.wikipedia.org/wiki/Rochefort-sur-Loire
 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Dimanche 25 novembre 2007 7 25 /11 /Nov /2007 17:36
sdrtfknhPETIGT.jpg Ce sont deux mondes qui se regardent, se tournent autour, se sourient, s’attirent et s’apprécient de plus en plus.

La Chine d’abord. Il ne pourrait en être autrement, même pour nous Français qui nous disons toujours le centre du monde du vin. Le Grand Pei (en écriture phonétique) ne peut être que devant, le Ier en tête. Historiquement d’ailleurs, la Chine se définit comme le centre du monde. C’est l’Empire du Milieu. Quiconque l’oublie ne pourra s’étonner un jour de recevoir un coup de bâton en retour. Parce que le Chinois a la mémoire longue. Il compte en millénaire et en centaine d’années. Il ne pardonnera jamais la colonisation de la Chine par les puissances européennes ou la présences des missionnaires américains, au cours du XIX pour les Ières et du XX siècle pour les seconds. Par contre, il sait attendre d’être fort pour le faire savoir : malheur à celui qui ne verrait que la modernité de l’attitude actuelle. Il y a le Grand Pei et le reste du monde. C’est ainsi que la Ministre en charge de la Normalisation en République de Chine lors d’une conférence en français devant des élèves ingénieurs à Angers a décrit son pays : un grand pays, doublé d’une énergie sans commune mesure avec ce que nous pouvons imaginer, qui a une vision à très long terme et qui est capable d’accepter de traiter avec les Occidentaux, tant qu’il en a besoin. Pour arriver à tenir ses objectifs, il se donnera les moyens d’y parvenir en un temps record, quitte à forcer la marche et à laisser ceux qui ne peuvent suivre sur le bord de la route, qu’ils soient chinois ou d'autre nationalité. Les jeunes diplômés français travaillant pour des entreprises chinoises l’apprennent vite. 
 
Pour nous Occidentaux, il y a quatre Chine, celle que nous avons encore en tête avec Tintin et Peyrefitte (Quand la Chine s’éveillera…), celle que nous voyons et dont nous lisons les exploits, celle qui nous intéresse parce qu’elle est riche, plus riche que nous et l’autre que nous ne voulons pas voir. La Chine riche regroupe plus de 300 000 millions d’habitants qui sont situés sur la côte littorale. Ces Chinois là n’appartiennent pas tous à la classe supérieure. Une classe moyenne émerge qui dispose d’un pouvoir d’achat supérieur à ce dont nous disposons, nous, en France, d’appartement neuf dans des quartiers nouveaux, surgis de terre, comme on le disait de Parly 2 dans les années 60. Mais chez eux, ce n’est pas comme chez nous. Les dimensions changent, la vitalité explose, la consommation est devenue une évidence à un point que nous ne pouvons ni comprendre ni suivre. Nous qui sommes encore nostalgiques d’une tradition que nous situons avant 1960. En Chine, tout va plus vite, plus loin, plus tout, quitte à avoir 2 jobs pour permettre aux enfants de faire des études supérieures et avoir une meilleure vie dans cette vie là. Pour pouvoir répondre à cette demande d’un nouveau type, il faut aux entreprises occidentales une carrure exceptionnelle.
 
Un exemple qui se situe dans le domaine de la beauté. L’Oréal, n° 1 mondial, s’est implantée en Chine il y a quelques décades, tablant sur le boom de la consommation des produits cosmétiques en Chine et partant de là en Asie et dans le monde. Dès le début de sa présence sur place, la stratégie a été d’être chinoise en Chine et de recruter sur place les jeunes diplômés. Des grands shows ont été organisés, «  à l’américaine » pour recruter les meilleurs sur la base d’un discours très « carré, dirigé sur l’action : we are the best et we want the best of you ». Des tests de toutes sortes ont permis de sélectionner les plus rapides, les plus adaptables et les plus performants. Une semaine de stage de découverte du Monde selon l’Oréal permet de transformer un-e jeune Chinois-e en un cadre envoyé-e d’abord aux EUAN pour peaufiner son adaptabilité et s’imprégner de la culture américaine. Avec deux arguments très forts : la rémunération à l’identique, que vous soyez en Chine, à New York ou à Paris et la transformation physique de la personne en une star, en une semaine. Il fallait voir le désarroi de parents assistant à la transformation de leur fille ou garçon en un jeune mutant, portant des vêtements de mode, un maquillage sophistiqué, ayant appris une nouvelle façon de se mouvoir et une nouvelle façon de s’exprimer.   
 
Le monde du vin. Dans ce pays qui nous dépasse, le vin jouit d’un prestige sans pareil. Le bien vivre ne peut se concevoir sans le raffinement et le plaisir que donne le vin, le bien manger aussi surtout en Chine parce que le Grand Pei dit avoir la meilleure cuisine du monde, ex-aequo avec la France mais avec un le handicap de ne pas avoir de culture du vin. La France dispose de deux atouts maîtres dans le domaine du vin, des crus parmi les plus prestigieux au monde et un savoir-faire d’une richesse sans pareil, que ce soit dans le domaine variétal, la conduite de la culture de la vigne, la maîtrise de la technologie et les différentes vinifications. Il existe une raison supplémentaire qui conforte les deux autres, à savoir une légitimité séculaire assise sur une culture reconnue pour son raffinement et sa complexité dans le monde entier. Cette raison là est à elle seule une motivation qui explique la volonté de la Chine de devenir un grand acteur du vin dans le monde. Elle a des atouts indéniables dans ce domaine comme dans d’autres, à commencer par l’existence d’une volonté politique au Ier bout de la chaîne et d’une diaspora spécialisée dans la distribution dans le monde entier. Mais il n’y a pas que ça.
             
Mais pourquoi le vin ? Et pas plutôt le cognac, comme cela est encore le cas lors des grands banquets prestigieux qui marquent l’ascension sociale des hommes. Ces banquets qui créent une communauté de fait pendant plusieurs heures rythmées par l’abondance des plats, le choc des saveurs, l’ingestion de cognac pour faire passer le tout en une version chinoise du trou normand, périodiquement du début jusqu’à la fin du repas. Avec des pauses aussi le temps de fumer une cigarette. Le vin intrigue la Chine par l’importance que nous lui attachons, comme symbole de haute culture, de réussite et d’argent. Le cognac est toujours une valeur sûre en Chine comme aux Etats Unis parmi les rappeurs et les boxeurs. Mais le vin apporte quelque chose en plus, le raffinement. La satisfaction de ce besoin là ne peut être accomplie que par le vin. Il y a un objectif à atteindre, 2008, l’année des Jeux olympiques, l’année de la consécration de l’avènement de la Chine au plan mondial. Cette Chine qui n’arrête pas de monter les marches du podium parce qu’elle a la compétition dans le sang.
 
Alors tout en commençant à planter de la vigne il y a plus de 30 ans, elle a aussi regardé chez elle sur son immense territoire, si par hasard il n’y avait pas de vigne. Et oui, gagné. C’est le vin de Duan en région autonome de Zhuang, province de Guanzi en Chine du Sud dans les montagnes, produit avec le raisin de vignes sauvages. Le cépage est du Mao (qui signifie poil), comme les nombreux poils noirs et drus qui poussent sur les tiges. Le vin est un liquoreux, qui titre entre 9 et 12° après avoir été élevé 3 ans en cuve. Sa production est confidentielle (1 500 ha en 2001) et son prix est inaccessible pour la population locale. L’argument de vente est double ; bon pour la beauté et la santé, il ne fait « aucun mal, ni au crâne, ni ailleurs. »  François Boucher termine son article (le n° 19 de la série Un été dans les vignes, La Tribune, 24.08.01) sur cet élixir de beauté, qui est aussi le titre, par ces mots : «  le vin de Duan ne s’exporte presque pas : un peu à Taiwan, un peu à Hong Kong. C’est tout. A l’heure de la mondialisation, il est malgré tout réconfortant de trouver un produit qui, la nature refusant de se soumettre, résiste à une diffusion planétaire. » 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /Nov /2007 17:57
05.jpg  Il en a fallu du temps pour qu’on prononce devant moi le mot abhorré de buveur d’étiquette. La Ière fois je me suis demandée, avec le sens puissant d’analyse que l’on me connaît, qu’est-ce qu’un buveur d’étiquette ? J’ai compris la seconde fois, en décryptant les mimiques dégoûtées de mon interlocuteur. Mais c’était drôle quand même car il venait de m’expliquer toute l’importance qu’il attachait à ses étiquettes qu’il faisait lui-même. Tout juste autorisait-il une maquettiste à professionnaliser ses idées. Je n’ai absolument pas réussi à lui faire comprendre qu’il avait en fait la même attitude que ce buveur d’étiquette dont il dénonçait l’attitude. Tout comme lui, il comprenait la valeur de ce langage sans paroles qu’est une étiquette, quel que soit le produit. Et la Ière fois, la réflexion venait d’un néo-vigneron encore plus intransigeant parce qu’il débutait dans la profession et n’avait pas encore un nom. Maintenant au bout d’une dizaine d’années, il a changé d’attitude.  
 
Se moque-t-on de quel qu’un qui a plaisir à s’acheter une montre noire bien sûr Chanel J12 GMT, une cravate de Dior, un stylo coordonné à son briquet Dupont, des lunettes Ray Ban et du parfum Prada, sans parler d’une Volvo S40 métallisée argent ? J’avoue : j’ai Le Monde Styles Classe Affaires (19.10. 07) sous les yeux. Zut, il manque à mon homme des chaussures Crockett & Jones, un costume dunhill (sans majuscule mais avec des la partie droite du d, du h et des 2 l en hauteur) et peut être un pull à col roulé Canali, ceci pour éviter la chemise que je déteste absolument surtout quand elle se ferme avec une cravate. Je déteste les cravates. Ca a un coté endimanché pas possible; les hommes devraient faire la grève de la cravate, tout comme nous celle des courses tant qu’on nous traite de ménagère. « Maman, il n’y a rien à manger dans le réfrigérateur. Demande à ton Papa, mon chéri, c’est sa semaine de courses ». Ne nous égarons pas, et revenons à nos buveurs d’étiquettes. Tout le monde l’est dans le monde du luxe, la vie de tous les jours et dans celui du vin.
 
Rappelons très basiquement que l’étiquette a d’abord un rôle d’information. Elle peut aussi en avoir d’autres. En quoi le fait d’apprécier une étiquette serait-il une faute de goût ou une preuve de non-culture du vin ? En quoi, je me le demande ? N’avons nous pas besoin qu’on nous parle ? Comme s’il fallait continuer à distinguer le dedans du dehors, en créant un faux antagonisme entre ce qui est un. Les Japonais le savent bien : dans le cadeau, il ne peut y avoir de distinction entre contenu, contenant et enveloppe du contenant. Tout est dans un. Un est tout. Nous n’y pensons que lorsqu’on nous parle design mais les enfants l’ont compris avant nous. N’avez vous jamais vu l’histoire du camion de pompier offert en cadeau à l’enfant qui monte à grand peine dans le carton du camion et qui commence à faire « pin-pon, pin-pon ».
 
Le vin est une boisson porteuse de sens contenue dans une bouteille porteuse de sens revêtue d’une étiquette et des autres pièces de l’habillement de la bouteille qui toutes apportent du sens. Quand le sens se multiplie en synergie à partir du travail d’un homme qui s’engage tout entier dans ce jeu à 3 entre la nature, la vigne et lui, comment peut-on volontairement casser ne serait-ce qu’en pensée, le lien qui va de l’homme au vin dans le verre que va boire l’amateur grâce à la bouteille qu’il vient d’acheter. Cette fameuse bouteille qui protége le vin et porte ses habits.
 
Nous sommes à 70% des visuels. Notre culture, notre enseignement sont basés sur la vue et la mémoire visuelle. Il est tout à fait naturel que notre vue soit utilisée en Ier lorsqu’il nous faut choisir une bouteille plutôt qu’une autre. Mais par contre celle-ci ne nous est utile lors de la dégustation que pour apprécier la couleur et les larmes du vin sur le verre. Et c’est là où des expériences récentes sont éclairantes. Faites goûter un vin blanc ou un rouge dans un verre noir et très peu de personnes arriveront à deviner la couleur du vin. L’œil commande plus vite au cerveau que l’odorat. C’est la thèse défendue par Frédéric Brochet lors de son doctorat sur la dégustation à Bordeaux. Il a en outre créé un superbe domaine dénommé « Ampelidae » en grec pour faire connaître les vins contemporains du Haut Poitou et de la Vienne: le S (pour Sauvignon), le K (Cabernet-Sauvignon), PN 1328 (Pinot noir) …Pour Frédéric Brochet, l’image du vin fait partie intégrante de la qualité du vin. Ce n’est pas forcément compris dans cette partie du haut Poitou où l’on fait encore la distinction entre le « vrai » vin et le vin « avec marketing ». Lui veut dépasser ce clivage réducteur. Et pour cela, il travaille tout autant l’équilibre (entre alcool et tannin, selon G&M 2007) que la présentation en bouteille haute et droite avec une étiquette basse, blanche et épurée au design graphique fort. 
 
Alors oui, nous buvons d’abord le vin avec nos yeux, avant que notre main se tende pour saisir la bouteille. L’œil, la main sont des outils d’anticipation du plaisir de boire, avant d’acheter. Oh oui, revendiquons l’honneur d’être des buveurs d’étiquettes. Arrêtons de faire de la discrimination entre le bon vin et la vilaine séduction, comme si on en était encore au temps d’Adam et d’Eve quand celle-ci croqua la pomme défendue. Posons-nous la question du pourquoi un bon vin n’aurait pas un habillage en cohérence avec ce qu’il est, qui donne du sens en plus, pas en moins évidemment? 

Et si vous voulez changer, soyez plus exigeants et demandez aux professionnels du vin plus de sens à l'ensemble bouteille + étiquette + autres pièces de l'habillement du vin. Ne vous contentez plus d'une fausse séduction bas de gamme et n'acceptez ni l'insulte ni le mépris.  
 
3 pistes pour poursuivre le chemin :
G&M 2007, en regrettant que l’équipe ne mette plus une étiquette par domaine pour gagner de la place et diminuer le prix
article de Florence Kennel dans le point du 02/09.04 n0 1668, page 144, Spécial Vins 2004

http://www.lepoint.fr/vins

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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