En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

Les Habits du Vin

Vin & Spiritueux

Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /Jan /2008 12:24
Vraiment pas, alors que je suis en train de travailler pour vous. Pour moi aussi évidemment. Je suis en train de faire les finitions de ma recherche sur l’habillage de la bouteille de vin de Loire (HBV) que j’ai commencée, il y a quelque temps. Je suis tellement dedans, jusqu’au cou, que je ne sais plus vraiment quand j’ai vraiment plongé dedans, comme Astérix dans son chaudron ou comme Elisabeth dans le vin de Loire. Uniquement dans les vins de Loire ? Et vous ne parlez que de la bouteille ? Pas du vin qui est dedans? Si bien sûr, du vigneron aussi puisque toute la recherche est fondée sur le fait que le vin a forcément un géniteur, le vigneron, et un porteur, la bouteille. J’analyse la cohérence qui existe entre l’Homme, le Vin et la Bouteille   
 
Et pourquoi la Loire? Parce que c’est la région de France qui est la plus riche de sa diversité, d’innovation et de jeunesse, mêlée à autant d’histoire, de culture et de recherche. C’est aussi la plus grande et celle qui a un excellent ratio qualité/prix. C’est un vignoble ouvert à ceux qui s’y installent, accueillant aux amateurs de vin de toutes catégories sociales et qui se développe à l’export. Ca bouge en Loire.
 
Et ca, c’est passionnant. Ceci dit, il est vrai que je n’ai pas beaucoup de temps pour bavarder,   surtout que le Salon des Vins de Loire va s’ouvrir dans quelques jours et qu’il me reste des milliers de choses à faire. Relire le manuscrit, vérifier que tout est OK et résoudre toutes les difficultés qui se posent toujours. J’ai l’impression que je fais de la dentelle pour alléger le manuscrit et trouver le mot encore plus juste que celui qui est juste-juste. Je sais que je suis difficile à suivre quand je commence comme ça. Mais ça fait du bien de le dire. 
 
Je comprends bien aussi que mes histoires d’anguille à manger (sur le papier) et de lapin à chasser (de chez moi) vous semblent bien déconnectées de vos préoccupations viti-vinicoles. Il faut comprendre que moi, ça me permet de penser à autre chose qu’au pouvoir de communication par la bouteille (de vin, fusse-telle de Loire). Chez moi, il y a plein de bouteilles, près de mon bureau, de l’ordi, sous des meubles. Ca me fait rire de les voir. Je devrais évidemment les enlever dès que je n’an ai plus besoin mais il y a en a certaines que j’ai du mal à ranger.  Alors oui, ce n’est vraiment pas bien de bouder. Est-ce que je boude moi ?
 
Pour suivre le chemin
www.salondesvinsdeloire.com              
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Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /Jan /2008 12:45
L’image culturelle d’un pays est étonnante. On a toujours tendance à arrêter le temps et à simplifier les façons de vivre dans un pays, non seulement nous les étrangers mais les nationaux également. Cette impression ne m’a pas quittée lorsque je lisais l’ouvrage d’Eva Joly dont j’ai parlé dans le Ier billet consacré à la Norvège sous le titre Différences culturelles Norvège, France. A aucun moment me semble-t-il l’auteur évoque le changement de civilisation qui révolutionne la vie en Norvège, du à une richesse sans précédent venant des forages pétroliers en mer. La mer qui a toujours été la mère nourricière de la Norvège. Ouvrez un livre de cuisine norvégien ; vous y trouvez 80% de recettes de poisson et 20% de recettes de viande de porc essentiellement.
 
Cette mer est devenue une mer d’abondance qui fait de la Norvège le second pays le plus riche d’Europe, après le Luxembourg il est vrai. Et cette richesse est vécue différemment. Elle est récente et elle survient dans un pays pauvre aux conditions de vie dures et à la morale austère qui ne devait compter que sur ses propres forces pour survivre. Clairement le pays ne pouvait attendre d’autre salut qu’en implorant la grâce de Dieu et en unissant ses forces contre l’adversité, le froid, le vent glacé qui vient du pôle, la tempête et le temps si long, si long que l’aquavit est une façon d’attendre le retour de la douceur. La richesse du pétrole bouleverse les façons de vivre et fait presque des Norvégiens des Européens comme les autres. A une différence près, ils ont refusé d’entrer dans l’Union européenne après un référendum aux résultats très clairs. Pauvres les Norvégiens n’ont demandé ni reçu l’aide de personne, riches, pourquoi fallait-il partager cette manne dont ils ont été si longtemps privée? C’est pourquoi, nous Européens des 27, nous n’avons pas les statistiques de la Norvège. Par contre la Norvège s’ouvre et dans les deux sens.    
 
De jeunes diplômés français partent travailler en Norvège attirés par des salaires impressionnants qui s’expliquent par un coût de la vie très élevé. Vous connaissez le meilleur indicateur, le prix de vente d’un Mc Do de base partout dans le monde : 5,25 E. La peur de ces jeunes en partant : affronter le froid et des modes de vie différents. Le commentaire général après quelques mois : on s’y fait à condition de vraiment bosser. La tchatche n’est pas d’usage, sous peine de s’entendre dire « Ah, ces Français !» Pas bon du tout. Le revenu par habitant atteint 40 000 E.
 
Dans l’autre sens, l’UE vers la Norvège, les modes de vie s’uniformisent, que ce soit au niveau de l’habillement que des façons de manger et de boire. Le vin est de plus en plus apprécié au point que les Missions Economiques françaises conseillent aux vignerons de s’y intéresser. On connaît peu nos produits là-bas, leurs achats en France ne dépassent pas 4%. Les vins ont meilleur cote mais c’est à double sens. La notoriété et la qualité ne sont pas mis en cause, mais comme toujours nous avons la réputation de n’avoir que des vins chers. Ce qui est faux. En plus si cela était le cas, dans un pays cher, vous pourriez penser que la relation serait équilibrée. Un repas moyen (plat + dessert sans boisson) coûte quand même 40 E. Inutile de vous dire qu’à midi, on mange des sandwichs. Notre réputation nous dessert fortement et ce sont nos voisins qui l'emportent, l’Allemagne est en tête pour les vins blancs et l’Italie pour les rouges. Pour la France, ce sont les vins de Chablis, Champagne et du Rhône qui ont la cote. Le Val de Loire est peu présent avec 2 800hl de blanc, 180 hl de mousseux et 6hl pour le rouge. 
 
La bonne nouvelle, c’est que les Norvégiens sont plus sensibles aux douceurs de la table et à la dégustation de vin. Ils acceptent de payer plus cher un vin de qualité mais leur Ier réflexe est quand même de serrer les prix. La hausse de consommation fait rêver en France : elle atteint + 93% en quelques 10 ans, à tempérer tout de suite par le chiffre annuel de consommation qui est de 2,5 litres. "Peut mieux faire" pour les deux parties, vignerons français et amateurs norvégiens!
 
En attendant que le marché se déploie, des voisins suédois se lancent dans une aventure un peu folle et jolie tout autant, créer un vignoble pour faire du vin suédois. Ils sont 3 ou 4 vignerons à conduire des vignobles commerciaux. Les difficultés sont grandes, à commencer par la géographie, le climat, l’Etat qui a un peu de mal à donner les autorisations et comme partout la difficulté à vendre. L’aventure n’est possible que dans le sud et à Gotland. Pour la commercialisation, la seule façon est de ne surtout pas chercher à entrer dans le système du monopole d’Etat (Systembolaget) et d’ouvrir restaurant et chambres d’hôtes sur place. Cette formule rencontre un franc succès touristique. Une aventure à suivre.
 
Pour suivre le chemin :
www.vinmonopolet.no, très intéressant parce que le monopole en charge de la distribution du vin en Norvège vous indique les vins qu’il recherche pour le second semestre 2008 : pour la France, quasiment que des vins du Sud (Cahors, Bergerac, Pécharmant, Pécherenc, Corse, Gascogne, Irouleguy, Fronton…et un seul Anjou 100% chenin avec moins de 6gr de sucre/l, bio de préférence.
www.sweden.se
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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 18:43
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Vous avez devant vous le projet de couverture prévue par France, ma fille cadette, pour mon précédent ouvrage sur le vin, le Vin aussi est affaire de femmes (Cheminements). La sculpture est de Miranda Roux, une des vigneronnes que vous rencontrez dans l'ouvrage, qui est aussu artiste.  Cette Vendangeuse est une terre cuite de 14 cm de haut plongée dans du vin rouge tannique après cuisson pour donner une légère couleur rosée, comme on le faisait à Rome, il y a quelques millénaires.   
Cette vendangeuse vous souhaite une belle année, de beaux fruits, de belles vendanges et de bonnes ventes avec de bons clients.      
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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 16:43
Actuellement la transparence est certainement une des tendances puissantes de l’innovation en matière de représentation. Dans le billet précédent sorti sur le blog (Art + Dentelle + Broderie et habillage de la bouteille de vin), j’ai dégagé l’hypothèse que la transparence est le rapport entre la sensorialité d’un objet ou d’une création artistique et la capacité de l’imaginaire à voir et à se projeter dedans. C’était mieux dit que ça, mais l’idée y est.
 
La Tour du New York Times
J’ai frémi de plaisir quand j’ai trouvé dans Le Monde2 les mots qui tournent dans ma tête depuis plusieurs mois. Ces mots sont ceux de Renzo Piano, architecte, petits-fils et fils d’architecte, italien né à Gênes et doté d’une forte culture latine humaniste. Il conçoit partout dans le monde à Tokyo, Atlanta, Tahiti, Rome, Paris…des grandes structures de vie et de travail au service des oeuvres de l’esprit comme des bibliothèques, des galeries d’art, des musées, le Centre Beaubourg et Jean Marie Tibaou…Il aménage des places et édifie des immeubles, comme La Maison Hermès à Tokyo ou la nouvelle Tour du New York Times à New York forcément. En point commun, une volonté très forte de dire des choses directement sans détour, ce qui va avoir pour conséquence d’être compris partout puisqu’il met toute sa force de création à se fondre à sa façon le plus intimement possible dans le site, dans la ville. Pour cela il a un secret, en dehors d’une capacité étonnante à générer de la valeur et du sens.
 
Ses objectifs de départ : la réduction de la dépense d’énergie en Ier et la transparence en second pour un immeuble de 52 étages, s’élevant à 228 m de haut + 100 m d’antenne, situé dans la 8ème rue, face à la grande gare routière de Manhattan par laquelle passent 1,5m. de voyageurs/jour. La transparence est son second secret. L’immeuble est revêtu d’une parure de lames horizontales en céramique extrudée de façon à jouer avec la lumière qui change selon l’heure du jour et de la nuit, selon les saisons et le temps qu’il fait. On pourrait presque imaginer aussi selon l’humeur de ceux qui y travaillent et qui y viennent, tellement le projet a été conçu autour du cœur éditorial du journal.  
 
Ecoutez ses mots prononcés lors de l’interview faite au moment de l’inauguration de l’immeuble le 20.11.2007:
-    La première étincelle de culture, c’est de     rendre les gens curieux.
-        Légèreté et transparence ne sont pas une formule académique mais la mission du projet dans la cité… en italien, citta et civilta, ville et civilisation ont la même racine comme en français.
-        L’amour de la légèreté, cette attraction fatale… Pour moi, c’est le début d’un langage : essayer de mettre de l’air dans le bâtiment et faire voler les choses. 
-       Je me méfie des constantes…Je refuse le style en tant que griffe pour se faire connaître. Si je devais enseigner quelque chose, ce serait le goût de la liberté.
-        Le jour où j’ai présenté les esquisses, j’avais déjà le prototype de cette baguette de céramique qui habille la tour et va vibrer avec la lumière.   
 
 
La Bouteille de Vin 
Il ne s’agit pas de comparer une tour de 328m de haut avec une bouteille de 29,8cm (bourguignonne 75cl), 32, 4 (Muscadet 75,6) et 34,6 (italienne haute 50cl). Il s’agit de voir les points de ressemblance entre ces volumes, l’un en céramique et verre et l’autre en verre, qui abritent l’un des hommes et des femmes et l’autre du vin qui est le fruit du travail des hommes et des femmes. La transparence qui a guidé l’architecte est aussi au cœur de la recherche concernant l’habillage de la bouteille de vin, le Ier en partant de ceux qui travaillent au journal, les autres en partant du vin qui est vivant.
 
La bouteille est posée sur une table. Elle n’est pas ancrée dans le sol et pourtant elle aussi a un prolongement vers ce qui ne se voit pas. Certaines bouteilles ont une assise si lourde qu’elles donnent l’impression de se prolonger par en dessous. D’autres au contraire s’élancent en hauteur et pousse le regard à chercher le point de fuite au-dessus en hauteur. Dans ces cas là, ce sont les formes, les proportions et la ligne qui comptent. Comme une forme de jeu à trois entre la bouteille, celui qui regarde et l’environnement de la bouteille. Quand certains évoquent la belle nappe blanche sur laquelle poser la bouteille haute très haute, comme Paul Buisse de Montrichard pour un Touraine Sauvignon avec une petite étiquette fine graphique blanche, grise et noire haut placée, ils pensent plus en terme de vision globale qu’en terme de décoration, même si l’accord entre le vin, la bouteille, les mets et la table comptent beaucoup. On boit avec ses yeux, on mange tout autant avec ses yeux, pas à la place mais avant et on garde le souvenir qui nourrit l’imaginaire. La bouteille peut être cette étincelle de culture. 
 
La bouteille est un volume habité. Comme pour la tour, l’œil volète autour et dans la bouteille, comme s’il pouvait voir l’invisible au cœur de la bouteille, A la recherche des messages que la bouteille émet en langue des signes. Et c’est là que la main aide à voir : c’est une différence avec la tour. La bouteille est à la taille de la main qui aide l’œil à voir. En cherchant à voir ce qui est dedans, le geste premier est de saisir la bouteille pour voir en arrière par un mouvement circulaire. Voir devant et derrière, c’est voir dedans.
 
La légèreté dont parle Renzo Piano, est fonction de l’air et du mouvement et tous trois sont tout à fait applicables à la bouteille. La vibration avec la lumière aussi, surtout quand on se rappelle que la bouteille est en verre. Certes chacun fait la différence entre un verre naturellement brillant, un verre satiné, un verre en relief qui va accrocher le regard ; on connaît aussi le jeu des différentes courbures face à la lumière. Les photographes spécialisés dans la bouteille (très difficile à prendre) arrivent à créer un imaginaire incroyablement fort en jouant sur ces trois éléments : une bouteille, une atmosphère et une lumière.   Mais on ne sait que peu encore jouer sur la brillance de ce matériau. Certains ont sauté le pas, comme Pierre Chainier d’Amboise avec une bouteille à 10 facettes pour un Vouvray Chenin Blanc qui est une véritable réussite. Elle franchit avec brio les trois obstacles que sont la transition du fond de la bouteille avec l’amorce des facettes, le passage inverse au départ du col vers le haut et surtout la décision de ne pas laisser de surface plane pour l’étiquette. La transparence légère du verre contribue évidemment à l’effet lumière mais n’est pas Ier. C’est le concept même de la bouteille qui prédomine. L’étiquette est taillée en forme de diamant.   
 
La légèreté et la transparence ne sont pas l’apanage de la bouteille mais aussi des pièces de habillage qui vont modifier l’équilibre de la bouteille et ses rapports avec son environnement. L’étiquette peut donner cette impression. Quand on sait que 80% et + des vignerons, négociants et coopérateurs évoquent d’eux-mêmes la volonté d’avoir une étiquette sobre et élégante, épurée et élégante… on conçoit la force de ce besoin d’allègement. La transparence est une réponse à ce sentiment qu’il faut émettre quelque chose autrement. C’est ce que fait aussi Patrice Monmousseau avec une de ses dernières créations « zéro » par Bouvet Ladubay, un Saumur extra brut sans adjonction de liqueur de dosage : la petite étiquette ovale métallisée renvoie le regard vers la bague aux armes de BL sur le col de la bouteille noire et argent et la date 1851. L’équilibre de la bouteille classique pour les vins à bulles s’en trouve modifiée et la perception tend vers plus de légèreté et curieusement de force, comme si on avait enlevé du superflu.
 
La transparence dans ces exemples s’appuie sur la lumière qui oblige l’œil à regarder autrement, en provoquant cette fameuse étincelle de curiosité qui est le début d’une aventure et d’une rencontre, placée sous le signe de la liberté, entre un vin dans un verre et vous.
 
Pour poursuivre le chemin
-        Le Monde, www.lemonde.fr/web/article
-        Renzo Piano, www.rpbw.com
-        Paul Buisse, Montrichard, 02 54 32 00 01, www.paul-buisse.com
-        Pierre Chainier, Amboise, 02 47 307 307, www.pierrechainier.com

       -       Bouvet-Ladubay, Saumur, 02 41 83 83 83, www.bouvet-ladubay.fr      

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Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 17:02
Ce n’est pas facile d’être Jean Baumard du Domaine des Baumard à Rochefort sur Loire. Il en a eu la charge pendant 37 ans. C’est lui qui l’a véritablement constitué. Depuis 1987, Florent, son fils, l’a rejoint avant de lui succéder. Jean a vinifié jusqu’en 1994. Maintenant, quand on prononce Baumard, il est deux noms qui viennent à l’esprit, Florent aux commandes et Jean en retrait mais toujours présent aux côtés de son fils. Par les hasards de la vie et par tempérament, il poursuit une des missions qui ont guidé sa vie de vigneron.

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Le temps est tout autant son ami qu’une dimension de la vie à ne jamais oublier. La lignée vigneronne des Baumard remonte en 1634 par la branche maternelle. Elle compte plus de millésimes que de jours dans l’année : 369. J’ai passé ma vie, dit-il, à acheter de la terre, depuis le jour où j’ai repris le domaine. Et depuis lors, Jean n’a cessé de le défendre au nom des valeurs qui sont les siennes. Parce qu’il y a le temps, il y a la terre tout autant que le domaine et il y a les valeurs. Ce sont les trois composantes constitutives de l’engagement de vie de Jean Baumard.
 
C'est cet attachement au travail en profondeur du vigneron qui a conduit très vite Jean Baumard à prendre des responsabilités dans la représentation des vignerons d’Anjou. Selon lui, il appartient à chacun d’assumer tant ses responsabilités individuelles au niveau d’un domaine que ses responsabilités collectives face à une administration dévoreuse du peu de liberté qui reste au vigneron. Celui-ci  est quand même celui qui connaît le mieux la vigne et le vin. Président de la Fédération viticole d’Anjou pendant deux mandats consécutifs, il a assumé toutes les responsabilités collectives au plus haut niveau qui pèsent sur le vigneron.
 
Pour tenter de savoir ce qui est important à ses yeux, les valeurs qui comptent pour lui, il faut se plonger dans son livre, Un grand vin du monde, Le Quarts de Chaume, publié en avril 2007 pour laisser trace dans l’optique de la transmission et éviter le phénomène du chaînon manquant dans la longue trame de l’histoire. Le lecteur y trouve les 10 valeurs de Jean Baumard traduites en action et reflétées par ses mots.
 
-        1. Travailler la vigne tout en sachant innover, sans la figer ni l’abîmer. Utiliser par exemple les nouvelles pratiques culturales découvertes à Bordeaux en expérimentant en Loire un nouveau mode de conduite en VHL (Vigne Haute et Large) avec un écartement de 3 mètres entre 2 rangs et créer ce faisant un « nouveau vignoble…qui est un système global, une véritable philosophie écologique, avant l’heure, de la culture de la vigne. »
 
-         2. Enseigner à l’Ecole supérieure d’Agriculture et de Viticulture d’Angers jusqu’en 1971 quand l’Ecole a perdu sa spécialisation en viticulture. A 25 ans, il a commencé à y donner des cours de viticulture et d’œnologie à des jeunes dont certains étaient plus âgés que lui. Il a un vrai sourire quand il évoque cette période : je n’avais peur de rien, je faisais mon cours à fond, avec passion et ça marchait bien. J’ai eu M. Honoré comme étudiant. Vous le connaissez, il est devenu directeur de l’Ecole.
 
-        3. Rencontrer, lire, réfléchir et être à l’affût des innovations dans le monde du vin : il a été un des premiers par exemple à utiliser l’acier inoxydable pour le matériel vinaire en 1960 (pompe, filtre, raccord) ou à sélectionner en 1966 un pressoir pneumatique (licence Wilmes) employé à cette époque à Angers par Cointreau, comme Florent est le Ier à utiliser la capsule à vis.     
 
-        4. Aller au bout de ce qu’on peut faire dans une démarche à long terme, en pratiquant la carte de la liberté de faire et d’entreprendre : le professionnel engagé physiquement et financièrement sur le terroir a toutes les chances d’être le mieux placé pour faire progresser la valorisation de son espace par une innovation.
 
-        5. Protéger la terre et la vigne qui sont fragiles par nature. La terre ne se renouvelle pas et n’est ni remplaçable ni déplaçable. Certes la fumure permet de l’enrichir, comme l’enherbement, s’il est bien conçu, évite le ruissellement des eaux de pluie qui emporte tout. Parfois aussi, il faut savoir donner du temps à la terre. C’est ce que Jean Baumard a fait pour la parcelle de Quarts de Chaume qu’il a mise en jachère pendant 15 ans pour lui permettre de retrouver sa respiration. Quant à la vigne, elle fait l’objet depuis plusieurs années déjà d’une attaque de ce qu’on appelle « les maladies du bois » si forte qu’elle constitue une menace d’une foudroyance assimilable au phylloxéra qui provoqua en son temps une diminution de 300 000 à 500 000 hectares de vigne. 
 
-        6. Respecter l’ancrage dans le temps d’un lieu, de l’histoire et de la légitimité de la transmission par la propriété et par le travail. Le terroir du Quarts de Chaume a plus de 1 000 ans : durant tout ce temps, il a du se présenter sous différents styles et de multiples robes. Il a du s’adapter à son temps. A cause de cela, par la permanence du plaisir et de l’intérêt qu’il a procuré, il est encore présent aujourd’hui.  
 
-        7. Garder aux mots le sens qu’ils ont. Jean Baumard connaît parfaitement la valeur par exemple du terme de ténement* associé à Chaumes. Il consacre une bonne part de son livre à démontrer que le Quarts de Chaume dont l’aire d’appellation constitue le tènement de Chaume ne peut reconnaître que le nom de Chaume seul sera attribué à un terroir différent. 
 
-        8. Défendre ses idées. Pour ce faire, Jean Baumard n’hésite pas à traduire l’INAO devant le Conseil d’Etat, une Ire fois en 2003 après la parution au JO d’une nouvelle AOC Chaume Ier cru des Coteaux du Layon. Puis une seconde fois en 2007 après la publication au JO d’un nouveau décret avalisant une nouvelle AOC Chaume cette fois-ci qui renforce encore le risque de confusion et de perte d’identité du Quarts de Chaume. Entre-temps, le Ier décret avait été annulé par le CE en 2005 sur la base de l’argumentation de Jean Baumard et du syndicat des producteurs de Quarts de Chaume. 
 
-        9. Assumer les risques. Comme on l’imagine, la chose est plus facile à lire qu’à vivre, surtout quand on a été un grand responsable syndical. Ecrire permet de faire la part des choses. 
 
-        10. Goûter, toujours et encore, en conservant le plaisir de découvrir l’évolution d’un vin depuis son plus jeune âge jusque dans sa plénitude. Au cours de notre rencontre, Jean Baumard m’a fait découvrir un Quarts de Chaume 1990. Fermant les yeux pour mieux savourer en gardant le vin en bouche, après avoir admiré la belle couleur dorée, il m’a décrit, avec ses mots, la richesse ondoyante de ce velours très épais en bouche et dont la douceur n’est pas massive.

     Ce vin a obtenu une notation de 96 sur 100 dans le magazine américain Wine Spectator. Nous l’avons goûté dans un grand verre selon l’axiome en vertu duquel les petits verres sont faits pour les petits vins, avec un buvant très fin et non coupant, dans un verre en verre ou en cristal etsurtout  pas coloré. Pouvoir admirer la robe et la couleur du vin fait partie de la dégustation. On boit aussi avec ses yeux. 
 
Ses conseils pour terminer l’entretien :
-        Prenez le temps de goûter lentement. Trente minutes de conversation avec un bon vin de Quarts de Chaume suffisent habituellement, si le vin n’est pas muet et vos convives participent au dialogue. 
-        Apprenez à compter les caudalies, ces unités de temps fondées sur la seconde qui représentent le temps pendant lequel vous pouvez percevoir les saveurs du vin en bouche sans l’avaler. Entre 13 et 20 caudalies, vous êtes un bon dégustateur capable d’apprécier ce qu’on appelle le degré de rémanence du vin. 
-        Buvez le vin quand vous en avez envie et n’écoutez pas trop les autres. C’est ce que vous sentez, vous, qui est important.
 
* Précisions
-        L’Observatoire mis en place en 2003 indique, pour le chenin d’Anjou, que les parcelles témoin sont atteintes à 100% et connaissent une progression de 7% des ceps touchés, en lien avec l’âge des vignes, le compactage des sols et la vigueur du porte-greffe. (Vigneron du Val de Loire n° 269) 
 
-        Selon Jean Baumard, un tènement recouvre 2 réalités car il a deux dimensions :
. la Ire est géographique : réunion de propriétés contigües pour le Robert et ensemble
de propriétés qui se touchent pour le CNRS ;
. la seconde est historique : terre qu’on tient d’un fief pour le Robert et terre tenue d’un seigneur moyennant le paiement d’une redevance pour le CNRS.     
 
Pour suivre le chemin qui mène à Rochefort sur Loire
-        Le site du domaine www.baumard.fr
-        L’ouvrage de Jean Baumard, Un grand vin du Monde, le Quarts de Chaume, en vente au domaine et sur le site 
Le Vigneron du Val de Loire, bi-mensuel des Fédérations viticoles de l'Anjou et de la Touraine, 73 rue Plantagenêt, 49024 Angers cedex, 02 41 88 60 57         vigneronduvaldeloire@wanadoo.fr
-        Rochefort en Loire http://fr.wikipedia.org/wiki/Rochefort-sur-Loire
 

 

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Images Aléatoires

  • Abbaye de Fontevraud
  • Château de Gaillon, Allée conduisant à l'entrée, Vue sur les toits
  • 2013-02-01 Grenier saint-Jean 139
  • Guillaume Reynouard, le Puy Notre Dame
  • Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-7-La-Seine
  • F. Grether, Concertation, Berges de Maine, Angers, 20110118
 
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