En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 15:52

 

C’est toujours un exercice difficile que de faire un double accrochage d'oeuvres de peintres vivants à la carrière longue. Surtout quand on a affaire à une véritable star de la peinture, à dimension très humaine qui transcende les frontières et les continents, face à un compatriote par la culture, de la même génération, moins connu. Quand j’évoque la notoriété, je parle bien sûr de celle qui est perceptible par ceux qui n’y connaissent pas grand chose en matière d’art contemporain, ou disons-le de façon plus douce, qui s’y connaissent moins que d’autres.

  Zao Wou-Ki, choix d'affiche Jean-Pierre ArnaudChu Teh-Chun huile, choix d'affiche Jean-Pierre Arnaud

Ces deux peintres, nés tous les deux en 1920, ont fait leurs études dans la même Ecole des Beaux Arts, celle de Hangzhou en Chine. Ils ont connu la France à des dates différentes après des débuts dans la peinture différents. Zao Wou-Ki est parti très vite en 1948 à Paris où il intègre un groupe d’artistes qui deviendront des amis. Chu Teh-Chun part  en 1955, après déjà une double carrière dans la peinture, comme enseignant à l’Ecole qui l’avait formé et en tant que peintre poursuivant ses proches recherches.

 

Laissons là le parallèle car, en réalité et chacun le sait, les chemins solitaires qu’empruntent les artistes sont toujours et pourtant peuplés de rencontres. Rien ne dit que les deux se sont rencontrés, après leur formation à Hangzhou. Le contraire aurait été bien surprenant. Le monde de la peinture est si petit, les réseaux si actifs, la connexion quasi-instantanée…

 

Le choix du Commissaire de l’exposition, Jean-Pierre Arnaud, a été de rester au plus près des œuvres pour les laisser s’exprimer, tant elles ont à dire, dans unZao Wou-Ki, Jean-Pierre Arnaud espace intime, accueillant, comme le serait la maison de quelqu’un qui aime bien les gens. Cette proximité avec les œuvres est certainement ce qui ressort en premier. Il est vrai que les gouaches, les aquarelles, les eaux-fortes, les lithographies et sérigraphies présentées ont en point commun de porter la légèreté du papier (à quelques exceptions) et de faire ressortir, si telle est la volonté du peintre, la couleur, le trait en spontanéité. Au point de plénitude érigée en cohérence, qu’on se surprend à se demander ce qu’il y avait sur les murs de l’Institut Confucius avant l’exposition.

 

La seule certitude qu’il est possible d’avoir est Zao Wou-Ki & Chu Teh-Chun, Ombres & Lumièresqu’Ombres & Lumières, le nom de l’exposition choisi par Jean-Pierre Arnaud, va manquer sur les murs de l’Institut Confucius dés la fermeture en cette fin de journée du 11 décembre 2010. Un second accrochage va avoir lieu en janvier cette fois-ci à l’Espace culturel de l’Université, avec le plaisir de re-découvrir ces créations dans un autre lieu, plus vaste, différent, dans une autre ambiance. Avant de repartir cette fois-là chez leurs propriétaires respectifs, des amateurs d’art et des galliéristes qui ont accepté de s’en séparer quelques semaines, le temps pour nous de pouvoir les découvrir grâce à eux.

 

Chu Teh-Chun, livre et portraitIl y en a des bonnes fées qui veillent sur le berceau de cette expo ! En nombre et qualité, au point que je choisis tout à fait volontairement de ne citer que ceux qui ont directement rendu possible cette exposition : les deux artistes bien sûr, les propriétaires des œuvres, des anonymes ou Bernard Jagot, collectionneur et  ancien galliériste d’art à Saint-Nazaire qui a exposé par deux fois des œuvres de Chu Teh-Chun, la Galerie Raymond Dreyfus de Paris pour des œuvres de Zao Wou-Ki…  

Pour suivre le chemin

. A lire absolument, le remarquable livret de l’exposition réalisé par Jean-Pierre Arnaud, co-préfacé par Olivia Tambou, la présidente de l’Institut Confucius, adjointe aux Relations Internationale d’Angers. Vous y trouverez une présentation sensible et une biographie très précise des deux créateurs.

. Juste pour information, les biographies Zao Wou-Ki, livre et portraitprésentées sur Wikipedia sont vraiment à compléter, avec 3,5 pages pour Zao Wou-Ki et 1,5 pages pour Chu Teh-Chun. On reste sur sa faim, surtout quand on vient de lire le livret!  

 

. L’Institut Confucius fêtait son premier anniversaire avec cette exposition, une idée d'Aude Hazard, la responsable de l'Institut qui vient de démissionner.

 

. Les partenaires de l’exposition sont la municipalité d’Angers, la Maison de l’Europe, le Conseil régional des Pays de Loire, HANBAN à Pékin, la Municipalité de Yantai, Angers Loire Métropole, le Conseil général du Maine et Loire, la CCI de Maine et Loire, l’Université d’Angers, l’Université catholique de l’Ouest, l’Université de Ludong, l’Université de Yantai, Paristech Arts et Métiers d’Angers, l’ESSCA et les Bibliothèques d’Angers, qui ont prêté les nombreux ouvrages  consacrés à ces deux peintres et surtout à Zao Wou-Ki.

. Photos EP pour celles prises à l’Institut et celles des affiches, avec mes remerciements  à Jean-Pierre Arnaud.                

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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 10:00

BXL-ADM 441

 

 

C'est la nuit, quand on s'apprête à s'endormir et que se libèrent des images qui vont vous accompagner dans votre sommeil. Le miracle est que vous retrouvez le matin venu cette image d'un vélo de rêve qui file dans la nuit.

 

Pour suivre le chemin

. Il suffit de rêver.

. Photo EP

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Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 11:02

 

C’est une tendance profonde de  ces dernières années, annoncée il y a plusieurs décades, comme souvent par des artistes précurseurs. C’est ce à quoi j’ai pensé Regard, Face aveugle, Raoul Ubacdevant une lithographie de Raoul Ubac, un artiste belge protéiforme, comme je les aime, qui se joue des frontières sans  s’embarrasser de cette maladie très actuelle du positionnement marketing de l’artiste en vue de mieux cibler ses acheteurs et vice et versa.  

L’absence

Ah, ces visages vides, sans yeux parfois ou au regard absent. Ils sont là et pourtant non. L’œil de l’autre ne fait pas de barrage au votre, comme une absence qui se joue de vous pour entrer plus facilement en vous. Une absence que vous percevez très fortement, comme une menace. Tant de volonté de dire le vide ne peut être un hasard. Ce n’est tout simplement pas possible. Voici quelques exemples pour vous montrer la richesse foisonnante de ce dire sans être vu pour mieux voir.  

Sa force

Avec Raoul Ubac (1910-1985), on pourrait dire qu’on ne prenait pas grand risque à faire une grande exposition d’un artiste pédagogue expérimentateur, toujours en recherche d’une nouvelle inRegard, Ecorché vif, Christophe Louerglinovation… Si je devais le définir, je dirais que c’est un traceur de lignes. La récente exposition qui lui a été consacrée dans les anciennes écuries des Ardoisières de Trélazé (49) tout près de la Loire a bien, par moments, une force d’impact qui secoue au profond de soi.  

Un jeu de déclinaison

Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Ce sont les organisateurs de l’expo de Trélazé. Ils ont fait appel à un jeune artiste photographe Christophe Louergli, belge comme Ubac pour rester dans une certaine cohérence d’appartenance culturelle. A chaque lithographie d’Ubac, située de mémoire curieusement à gauche, ils avaient placé une photographie récente d’un format quasiment équivalent en partie droite. On retrouve cette disposition spatiale dans le catalogue « Exposition du Centenaire, Trélazé, Villevêque, Anjou 2010 » pour La « Face aveugle » de Raoul Ubac qui dialogue avec l’« Ecorché vif » de Christophe Louergli, alors que ce devrait être le contraire. 

L’encre « Face  aveugle »

Raoul Ubac a réalisé cette encre en 1962 (photo n° 1). Il l’a ensuite tiré sur papier en 1972. Ses titres sont à l’égal du personnage, ils sont descriptifs sans  recherche d’effet : « Bout de champ, Sillons d’ocre, La Marelle…et beaucoup de Rythmes creux, pleins »  ». « Face aveugle » constitue une exception en ce sens que c’est une de ses rares représentations humaines. C’est la dénomination qui colle le mieux à ce que veut montrer ce graphiste qui a dédié une grande partie de sa vie à trouver du sens dans la ligne, en tant que mouvement, continuation, rupture...  Cette encre était incroyablement « moderne » pour employer un terme qui n’était pas désuet dans les années 60. L’important, ce sont les plis de ce visage qui s’inscrivent dans une dorsale centrale qui forme l’ossature d’une forme. Un visage traité comme un champ travaillé, raviné  et labouré depuis des Regard, Bouillie de béton torturé, coll.privéesiècles et qui ne révèlerait ses fondations profondes que vu d’avion, de haut.  

 

La photographie ‘Ecorché vif »

Christophe Louergli  a  photographié cet  « Ecorché vif » en 2009 au Château de Ratilly dans l’Yonne (France). Cet écorcé (photo n° 2), qui a d’ailleurs gardé son écorce, est né de l’impact d’un coup de hache extrêmement violent sur un tronc d’arbre. L’ossature du bois a façonné ce visage  à l’oeil de Cyclope, dans laquelle la construction autour de ce  point focal tient une grande place, avec là aussi une ligne faciale saillante mais plus douce, en raison de l’arrondi du haut du visage, qui retombe comme des cheveux de chaque côté du visage.  

Un début de déclinaison

En suivant ce jeu, je propose un autre échange visuel entre la « Bouillie de béton torturé à la pupille enfoncée », collection privée et le « Chevalier en armure au parapluie » de Saudou.  

La sculpture  « Bouillie de béton torturé à laRegard, Bouillie de béton torturé, coll.privée pupille enfoncée »

Je n’ai pas gardé en mémoire l’origine de cette sculpture (photo n° 3). Je ne connais pas sa date de réalisation. Je ne sais si elle résulte de la volonté d’un artiste qui travaille le béton armé, ce serait une hypothèse crédible ou si elle résulte du hasard, ce que j’ai du mal à concevoir. Peut être est-ce un travail d’étudiant ? En tout cas, elle fait partie de ces trésors que vous conservez. Ce visage torturé à coup de barre de fer qui forme un visage en faisant ressortir les yeux en partie basse m’est étrangement familier et réconfortant. J’ai même découvert en le prenant en photo qu’il avait une pupille réactive, la gauche. Et je ne sais pourquoi, j’ai l’impression que cette pupille unique me fait de l’œil.

 

Le dessin de presse « Chevalier en armure au parapluie »

Regard, Saudou, Chevalier en armure au parapluieSaudou (j’espère que je ne me trompe pas sur son nom) a créé un superbe dessin qui  a été publié dans Le Monde le 8 mai 2010 dans un article de Pierre le Hir « le principe de précaution est-il en danger ? ». Son chevalier invisible est entièrement revêtu d’une armure, avec gantelets, heaume intégral et parapluie assorti. Non seulement le dessin est incroyablement expressif mais il est bourré d’humour. Le parapluie blindé et riveté est à hurler de rire. 

 

L’amusant aussi est que Raoul Ubac, cette fois-ci le photographe qu’il a été aussi, était fasciné par l’armure et surtout par le casque. Cela en 1937 !  

Pour suivre le chemin

. Lire la biographie de Raoul Ubac sur Wikipedia    http://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Ubac

. Sur l’exposition de Trélazé, voir http://www.ubac-anjou2010.fr/

. Sur Christophe Louergli, voir son site  http://louerglichristophe.artblog.fret sur mon blog, lire le billet où je parle déjà de ce photographe, dont les oeuvres vous peremettent de vous rincer l'oeil de tant d'intrusion publicitaire

 La saturation visuelle par la publicité > Un jeu culturel pour réagir

 

. J’avais pensé à vous présenter un des nombreux portraits sans regard de Josep Grau-Garrigua pour finir ce billet. Mais à ouvrir un des ouvrages consacrés au peintre, je me suis aperçue que c’est un thème récurrent chez lui. Il n’est donc pas question de vous en montrer un en passant. Patience, donc.  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 12:22

Oui, parce qu’il a été le seul, à prendre ce coin de ruelle, Passage de la Censerie, qui mène à la Place de la Laiterie, devant l’Abbaye du Ronceray à Angers, pour en faire l’élément principal de sa composition. L’artiste y a apposé sa double création son signe, sa signature rouge, à la typographie remarquable, à un endroit, que seuls des yeux comme les siens peuvent voir. Des yeux un peu tristes, qui vont bien avec son pif rouge, le seul élément de couleur, avec sa signature en rouge. Si non, c’est toujours du noir-pochoir (encore plus noir, du coup) sur du papier blanc.    

 

Blog 2010.07.10 019

Le mur de la ruelle                       

Il y a là, un très vieux mur, une porte qui n’a plus de Blog 2010.07.10 026porte que le nom, avec une couleur verte fondue dans le gris vieux d’un mur qui n’a pas vu ni maçon ni peintre depuis des décades. La magie de l’endroit tient en son caractère non-visible et pourtant totalement accessible. Seuls ceux qui se rendent à l’exposition qui se tient à l’Abbaye de la Ronceray peuvent le voir, en sortant de l’exposition et à condition bien sûr de continuer à garder les yeux ouverts pour continuer à voir.  

Mimi et son chien

Blog 2010.07.10 023Il y a là Mimi qui vous regarde en attendant que vous le voyez, enfin. Son corps est caché par la porte fermée. Il est patient, Mimi, et son chien qui le connaît bien, en attendant s’occupe à vider ses intestins. Ce n’est pas parce qu’on est un chien d’artiste, vraiment moche et pas beau, qu’on n’a pas des besoins pressants, comme un autre.  

La réaction

Quand en sortant vous avez vu Mimi, grâce aux conseils des deux personnes qui vous ont accueilli à l’entrée, vous vous demandez si vous avez bien regardé les panneaux dans le cloître. Vous faites alors marcheBlog 2010.07.10 006 arrière, repartez vers le cloître exceptionnellement ouvert par décision de l’Ecole des Arts et Métiers, en traversant le fond de l’Abbaye et vous recherchez  les autres Mimi. Il y en a trois en tout.  

Mimi l’homme si triste

C’est son regard avant tout qui vous interpelle, un regard comme lavé par la profondeur d’une souffrance qu’il cache derrière le nez rouge. Il faut dire que j’ai toujours été très sensible à la tristesse infinie des clowns qui m’ont toujours plus donné envie de pleurer que de rire. Devant vous se tient un homme d’une profonde humanité que l’idée d’être exposé dans un cloître généralement fermé au public amuse. Il en profite pour jouer la provocation, ce qu’il n’a pas fait dans la rue.  

Son tryptique pour Angers 

Mimi The Clown MMX 1Mimi The Clown MMX 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mimi The Clown MMX 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a  "Mimi aux Stigmates", puis "Liberté, Egalité, Fraternité" et ma préférée "La Madonne à l’enfant". Une autre couleur apparaît alors, le jaune du halo doré en symbole de sainteté. Visez aussi la longueur du panard droit de MIMI en mère qui donne le biberon.  

 

Pour suivre le chemin

. Mimi The Clown est le nom d’artiste de  Miguel Donvez qui se définit comme un artiste de rue, peintre pochoiriste 

http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Lille/actualite/Secteur_Lille/2009/08/31/article_mimi-the-clown-alias-miguel-donvez-un-mi.shtml

.  Exposition Arttaq Angers

. L'Abbaye du Ronceray et l'Eglise de la Trinité, La Doutre, Angers, voir la plaquette des Munuments historiques.

. Photos EP, à retrouver avec d'autres sur Art and Co sur ce blog.  

 

 

  

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Samedi 3 juillet 2010 6 03 /07 /Juil /2010 09:44

Il faut vraiment les mettre au pluriel, sinon ce ne serait pas exact. Hundertwasser a conçu beaucoup de projets très visionnaires d’habitat. Mais toujours avec cette idée très forte qu’on ne peut être vraiment soi-même que dans un petit espace adapté à la taille, à la main et au pas de l’homme. On est à soi-même sa maison, une idée abondamment développée maintenant par les psychologues et autres ‘savantologues’. Lui était un instinctif à ce point créatif qu’il balayait toutes les écoles, tous les clans et appartenances. Il était lui et cherchait en lui ses réponses de vie.

 

Hundertwasser 1928-2000, Expo Alençon 2001

 

Sans être architecte, il a conçu des immeubles composés de maisons superposées afin que chacun puisse être soi chez soi. Une idée à ce point révolutionnaire qu’on est en train de la reprendre aujourd’hui, au nom de la densification. Permettre à chacun d’habiter une petite maison dans une superposition de maisons à taille humaine a déjà commencé à être mis en application, à Bordeaux par exemple en rive droite, face aux quais des Chartrons.

 

Les ‘maisons’ de Hundertwasser 

La petite maison est une évidence qu’il s’applique à lui-même. En France, près d’Alençon, il a ainsi racheté  La Picaudière, une vieille ferme dénuée du moindre confort : ni ses principes ni ses besoins n’auraient pu l’inciter à être ‘mieux’ logé, même selon les normes de l’époque. Sa vie plus que ‘rustique’ était incompréhensible pour ses voisins paysans. Par contre, il lui a paru essentiel de planter des milliers d’arbres, pour re-créer un état de nature indispensable à la vie. On dit maintenant de lui qu’il a été en France, un des premiers écologistes, un mot alors inconnu.

 

En Nouvelle-Zélande où il vécut plusieurs années, il choisit d’aménager une porcherie, reconverti en un espace multi-fonctionnel. A Venise, c’est la maison du jardinier qui l’abrite lors de son séjour. A chaque fois, se produit une alliance entre l’abri qui l’accueille et le créatif qu’il est : l’homme entre ces deux enveloppes peut alors s’épanouir. Hundertwasser avait l’habitude de dire que la maison était sa troisième enveloppe, venant juste après le vêtement, auquel il n’attachait que très peu d’importance, et bien sûr son corps.

 

Cette peinture                                                                          Hundertwasser 1928-2000, Expo Alençon 2001

Dans cette huile de la Picaudière, baptisée « Tout oreille » qui date de 1997, trois ans avant sa mort (1928-2000), les maisons sont si nombreuses qu’il faut les compter. Bien sûr, au départ, il y a apparemment un immeuble à gauche et une maison au centre en haut. Mais les choses sont beaucoup plus compliquées.

 

L’immeuble

C’est une tour, composée de blocs maisons avec chacun une fenêtre ronde ou rectangulaire.  Le haut de la tour est un visage en bois à chevron inversé aux allures d’un parquet avec un immeuble jaune en guise de chapeau.

 

Le visage-toit-bois

C’est la partie la plus secrète du tableau, la plus compliquée aussi. Ce visage humain a deux yeux et demi et pas d’oreille. Par contre cette partie du visage donne naissance à une maison rose foncée, qui est très structurée, apparemment bien sûr. Parce qu’il n’y a pas de porte, comme dans un rêve, où l’esprit peut rentrer n’importe où. 

 

La maison

Elle est formée par un assemblage de blocs d’habitat avec une bouteille jaune en guise d’ouverture. Les deux seules fenêtres sont bloquées l’une sur l’autre à droite. Son toit rayé rose et ocre, surprend, non pas à cause de la couleur, mais parce que Hundertwasser n’aime pas les toits. Aucun des immeubles qu’il a imaginés et réalisés n’a de toit.

 

Hundertzqsser 

Le jardin labyrinthe

Devant cette maison-bloc-à fenêtre-bouteille, le labyrinthe occupe une place très importante de la toile. C’est même l’élément que l’on découvre en premier. En son cœur, se situe une place carrée qui s’ouvre sur quatre chemins pavés, qui conduisent à gauche vers la tour citée en Ier, en haut vers la maison rose, à droite vers je ne sais où et en bas aussi. Vous avez compris qu'il ne s'agit ni d'un jardin, ni vraiment d'un labyrinthe. C'est beaucoup plus fort.  

 

« Tout oreille »

C’est donc là l’explication, l’homme au cœur de la maison, entre bloc d’habitat et toit, a une oreille non visualisée si ce n’est sous forme d’un demi-oeil; de cette oreille surgit une nouvelle maison qui elle-même donne naissance à un labyrinthe qui lui-même renvoie à la tour qui a un homme pour un chapeau figuré par un immeuble jaune et dont le 3è œil renvoie vers la maison au toit rayé…

 

Non pas ‘tout’ Blog 2010.07.03 130

Si l’histoire se terminait ainsi, le monde serait fini, avec un homme enfermé dans une maison qui sécrète une autre maison qui renvoie à la première…ce serait complètement contraire à ce que croyait Hundertwasser. Pour lui, l'homme était au coeur de l'Univers, pas pour le commander mais pour être en phase, avec les arbres par exemple qui étaient pour lui, une source de vie tout à fait première, directe.

 

Le fleuve-vie

Comme on l’a vu, il manque au tableau la partie droite et la partie basse du labyrinthe. Mais ce n’est pas grave. On n'en a pas besoin pour comprendre. Par contre, je n’ai pas encore parlé du haut du tableau. Sue la moitié de la toile, il s’y trouve un fleuve de lanières blanches et noires, qui à mon sens, coule de gauche à droite. Il passe derrière les épaules et la tête de l’homme-toit au chapeau jaune qui du coup forme un pont. Ce fleuve se poursuit  derrière la maison rose  et continue sa route, après avoir donné au labyrinthe une de ses lanières noires qui fait de la maison rose et du labyrinthe une île.  

 

Pour suivre le chemin

. La Picaudière se situe au sud de Saint-Jean de la Forêt, près de Bellême dans le Perche.

. Cette toile a été choisie comme affiche pour l’exposition organisée à Alençon, 2 juin au 30 septembre 2001, au Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, par l’Institut culturel autrichien  

. Lire le billet « Hunderwasser à la Picaudière de l’Association Guillaume Budé d’Orléans :

http://www.bude-orleans.org/Geolitteraire/Regions/61-Saint-Jean-Hundertwasser.html

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