C’est un sujet qui relève aujourd’hui de l’archéologie urbaine. Les cimetières et les
sépultures qui y sont abritées ont fait l’objet au cours des millénaires d’un soin particulier qui est un des marqueurs de notre civilisation. La connaissance de notre société passe par ces lieux
qui ont toujours un caractère particulier, celle de conserver la mémoire de ceux qui sont décédés.
La situation à Angers
C’est un très intéressant opuscule non paginé (16 pages) qui est une production du
Service d’Archéologie de la Ville d’Angers. Il a été réalisé à l’occasion d’une exposition célébrant le 30è anniversaire du jumelage entre Angers (France) - Haarlem (Pays-bas) - Osnabrück
(Allemagne) lors d’une exposition sur ce thème en 1994. Son intitulé « Espace de vie, Espace des morts, Etat des lieux des Antiquités à nos jours ».
Les grandes phases historiques
Les archéologues contemporains vont utiliser le terme de
nécropole pour viser la période allant du Ier jusqu’au Xe siècle. Ensuite ils parleront de lieux
d’inhumation pour désigner les cimetières installés près des églises. Il y en avait 40 au XIIIè siècle. Rive droite de la
Maine, intra muros, le plus grand cimetière était proche de l’Hôpital Saint-Jean, le Grenier Saint-Jean aujourd’hui, suivi ensuite de celui de la Place de la Paix et d’un petit cimetière joint à
une chapelle proche des remparts, toujours dans ce quartier. Dans les faubourgs toujours en rive droite de La Maine, hors des murs de la Cité, un petit cimetière jouxtait la chapelle Saint-Lazare
et celle de Saint-Jacques. Entre les deux, deux cimetières figuraient à Saint-Nicolas près de son église, qui était située entre la rue Saint-Jacques et la rue de la Meignanne
actuelles.
---) Dans les villes, sous nos pas et sans que nous le sachions, il y a eu au cours du passé des cimetières.
La multiplication des lieux d’inhumation
Elle se poursuivit au cours des siècles suivants, le
phénomène se développant presque naturellement là où il avait de la place. C’est ainsi qu’un ‘sanitat’ avait été implanté pour les pestiférés loin de la ville protégée par des
remparts, dans ce qui est aujourd’hui le Lac de Maine, en 1603 ; les protestants étaient regroupés
dans la Doutre dans un cimetière près de Saint-Laurent en 1599.
---) Le cimetière n'était pas un lieu de rassemblement. Même dans la mort, on gardait da différence.
Le regroupement des cimetières
Il précéda l’édit royal de 1776 qui enjoignit de procéder à une remise en ordre afin de gagner
de la place et de limiter les problèmes d’hygiène. Il y eut à
Angers de profondes modifications de l’implantation des différents cimetières, afin d’opérer ce qui était déjà de l’aménagement
territorial avant la lettre. Dans la Doutre (rive droite de la rivière Maine), on peut distinguer deux périodes :
- au XVIIè
siècle, le cimetière de Saint-Jacques rejoignit celui la Doutre au Grenier Saint-Jean,
- puis au
XVIIIè siècle, les trois implantations de la Doutre furent déménagées au tout nouveau cimetière extra-muros de Guinefolle en 1786 en bordure de ce qui est maintenant le boulevard
Clémenceau. Cinq années plus tard, ce fut le tour de celui de Saint-Jacques
---) La ville, au fil du temps, est toujours en recherche d'espace. Elle rationnalise son espace, en essayant de gagner de la place.
La nouvelle implantation depuis 1848
Moins d’un siècle plus tard, il apparut qu’il fallait à nouveau pousser les murs.
Cette fois-ci le regroupement se fit selon les axes géographiques, à l’Est, à Saint-Léonard et à l’Ouest. Le grand cimetière de l’Ouest fut créé entre la rue de la Meignanne, qui prit le nom de
rue du Silence, et la rue de La Bruyère qui fait suite à la rue Chef de Ville. Guinefolle disparut et nulle trace apparente ne subsiste aujourd’hui de ce qui fut un grand cimetière, même s’il ne
le fut que peu de temps.
---) La ville sait maintenant pratiquer l'art de l'aménagement urbain. Nous sommes entrées dans l'ère 'moderne'.
Les découvertes funéraires
Du fait de l’externalisation du cimetière par rapport à La Doutre, le centre ancien intra-muros
situé en rive droite de la Maine, il n’y a guère de monuments très anciens dans les cimetières situés dans anciens faubourgs. Par contre dans la Doutre, au Grenier Saint-Jean, sous des dalles
funéraires ont été découverts des sarcophages qui reposent sur la terre mais sans en être recouverts.
Rive gauche, les recherches ont donné plus de résultats, en particulier les fondations
d’un monument funéraire ancien rue Delaage (Ier siècle), une nécropole sous la Place Leclerc en plein centre, une sépulture en coffre de schiste
du milieu du IVè siècle sous l’Office de Tourisme, une nécropole en sarcophages ou en coffres contenant une urne funéraire sous l’Eglise Saint-Martin, un caveau
avec son squelette sous l’Abbaye Toussaint…
---) La recherche archéologique s'est emparée de ce nouveau territoire, le sous-sol de nos
villes et met en lumière la diversité des situations.
Le vocabulaire du dernier lien à la terre
Ce qui frappe en premier lieu, c’est la richesse du vocabulaire qui recouvre le phénomène. La seconde remarque qu’il est possible de
formuler est que si les termes sont nombreux, ils manquent pourtant de précision :
- la
tombe, qui vient du latin ‘tumulus’ est creusée dans la terre, là où la personne décédée va être enterrée, ce qui signifie littéralement
mise en terre. Le terme a tendance à viser dans notre langage actuel la dernière adresse du défunt. On dit « je vais fleurir la tombe » ;
- le
caveau est associé dans le langage courant à la famille. On dit « c’est le caveau familial ». On en trouve, à Angers, dans
les deux grands cimetières que sont ceux de l'Est et de l'Ouest, qui sont gérés par le service des espaces verts ;
- la
sépulture, directement traduit du latin ‘sepultura’, est le lieu où le corps est inhumé. On
dira « c’est sa dernière sépulture » ;
- l’inhumation, un mot qui vient du latin ‘in humus’, signifie littéralement ‘mettre dans la terre’. On
demandera « Irez-vous à l’inhumation » pour désigner la cérémonie, conformément aux usages ;
- la
fosse est le terme technique du trou qui va devoir être fait. Mais ce terme n’est pas utilisé dans le langage courant en raison de son côté trop précis et très négatif en France. On en parle dans un seul cas, c’est celui de la fosse
commune, où reposent les corps sans
indication extérieure de l’identité de la personne qui l’a porté. C’est socialement parlant
l’horreur puisque aucune cérémonie n’est concevable ;
- le
monument funéraire désigne la partie supérieure de la tombe. Plus il était grand, beau, riche, plus il avait tendance à ressembler à un
temple grec, une chapelle ou à un petit château, plus la personne était hiérarchiquement haut placée dans la société. Actuellement la tendance est à plus de sobriété ;
- quand
cette construction est d’importance, on parlera de mausolée, du nom de Mausole, un satrape qui vécut en 377-353 en Grèce. Son tombeau fut de si grandes dimensions qu’il légua son
nom à la postérité. Il n’y a guère d’exemple actuel. Par contre, il existe dans des pays ayant cultivé la culture du chef plus que la démocratie. Un exemple célèbre est celui de Mao Zedong à
Pékin, très visité par les Chinois et les touristes ;
- le
tumulus est le terme latin et maintenant français dérivé du grec ‘tombos’ dont dérive le terme de tombe. Il désigne un lieu très
particulier de terre et ou de pierres érigées au-dessus d’une sépulture dont l’installation a été faite au 4 ou 5 millénaire avant notre ère. Il en est de remarquables très récemment
découverts dans l’Ouest de la France, comme celui de Dissignac près de Saint-Nazaire ;
- le
dolmen est un ensemble de pierres érigées portant une pierre horizontale désignée sous le nom de table. Ce sont, supposent les
historiens, des monuments funéraires à sépultures collectives. Il en existe de très nombreux dans la partie ouest de la France, certains très connus et mis en valeur, d’autres très peu. Celui de
Miré dans le Haut-Anjou est coincé entre une clôture et une petite route, face à une petite maison. Il doit dater du Vè millénaire avant notre ère.
Quant au lieu qui accueille ces dernières demeures, les archéologues distinguent plusieurs
situations :
- la
nécropole antique à forte densité d’enfouissement. Dans l’Antiquité, c’était au sens propre une ville de morts, en langage d’aujourd’hui
un vaste lieu de sépulture selon le Petit Larousse ;
- plus tard
le cimetière implanté près de l’église ; chaque lieu saint avait ainsi son cimetière, ce qui ne manqua pas de causer des problèmes au fil du temps, de la raréfaction de
l’espace et de la densification des villes ;
- puis
le cimetière du XIXé siècle créé le plus loin possible du centre de la ville dans ce qui était déjà de l’aménagement du territoire. Afin de libérer de la place dans le centre et
optimiser la gestion et l’entretien de ces lieux qui sont maintenant le plus souvent confiés aux services municipaux des espaces verts et des jardins. Le cimetière vient directement du latin 'coemeterium’ qui est lui-même d’origine grecque : il désigne un lieu de repos où sont regroupés ce qui reste des morts.
---) La très grande richesse de ce vocabulaire et en même temps son imprécision selon que l'on vise le dessous, le dessus,
la surface, l'emplacement, la pierre ou non qui va être utilisée montre combien le fait de parler de la mort et du mort est un sujet délicat, encore aujourd'hui dans notre société qui
fait de la jeunesse éternelle un "must' !
Les caveaux, en forme de dernière maison aux allures de chapelle
Déjà en cette fin du XIXè siècle et au début su suivant, les familles bourgeoises firent ériger de
véritables maisons de plein pied avec porte et fenêtre, souvent située dans le mur opposé à la porte vitrée en partie supérieur et dotée d’un ouvrage de ferronnerie d’art. La petite
fenêtre du fond est parfois un vitrail, ce qui accentue la ressemblance avec une petite chapelle avec une croix au fronton au dessus de la porte,
comme celles qui ont été érigées à des carrefours, près d’un lieu considéré comme sacré par des paroissiens aisés.
---) le lien avec le sacré est très visible parfois, comme cette
petite maison-chapelle funéraire, qui porte fièrement sa croix et protège ainsi les membres enterres de cette famille, qui garde ainsi 'pignon' sur
rue.
Pour suivre le chemin
. Ce billet s’inscrit dans ma recherche sur les petites maisons, sans idée préconçue au départ. C’est ainsi que i’ai pu voir
un sarcophage de schiste noir lors de ma visite du chantier de fouilles du Temple de Mithra près du château d’Angers. Par ailleurs j’ai trouvé un opuscule sur
les cimetières e à la Bibliothèque Saint-Nicolas, Rive droite de la Maine, à Angers. Je cherchais un ouvrage
sur le thème des petites maisons sans trouver d’études particulières. Beaucoup de ces habitats ont été détruits à Angers en raison de leur insalubrité, dans le quartier Saint-Nicolas (Rive droite
dans la Doutre), Saint-Michel et port Ligny (Rive gauche).
L’idée d’assimiler la tombe à la dernière maison vient aussi de certains monuments anciens qui cherchent à ressembler à des
maisons de très petites tailles. Les déménagements des cimetières urbains expliquent qu’il n’existe pas de monuments très anciens, en particulier à Angers. Ceux qui ressemblent à de petites chapelles datent essentiellement du XIX et du début du XXè
siècle.
Photos EP