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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Village de Roussillon > Ses rues, ses places au fil de la balade

16 Mars 2015, 15:35pm

Publié par Elisabeth Poulain

Du village de Roussillon, qui compte parmi l’un des plus beaux de France, on peut célébrer les couleurs fabuleuses de ses célèbres gisements d’ocre, ses paysages avec des vues d’une grande amplitude sur le Lubéron environnant, le charme  de ses vieilles maisons aux teintes qui varient avec le temps qu’il fait et/ou qui passe…

On peut aussi citer un chercheur qui y a vécu un an pour mieux comprendre par un exemple de terrain le fonctionnement et la culture d’un village français. Il s’agit de Laurence Wylie, un anthropologue américain célèbre, professeur à Harvard, qui fit paraître son étude à la suite de sa recherche en immersion au village avec sa femme et leurs deux enfants.

C’était en 1950-51. Les choses ont bien changé depuis lors sous l’influence d’une civilisation clairement tournée vers les loisirs, - avec en particulier la manne du tourisme - et du plaisir de découvrir à son tour de grands et beaux paysages en couleurs. Les célébrités qui ont attaché leur nom au village appartenaient pour la grande part au show-biz.

Roussillon, l'approche du village, Cl. Elisabeth PoulainRoussillon, l'approche du village, Cl. Elisabeth PoulainRoussillon, l'approche du village, Cl. Elisabeth Poulain

Roussillon, l'approche du village, Cl. Elisabeth Poulain

Au mois de mai 2014, par un soleil radieux, une lumière incomparable et une fraîcheur encore printanière, les touristes sont déjà là suffisamment nombreux pour donner de la vie au village mais pas de trop. Il n’y a nulle presse, ni gêne, seulement le plaisir d’être ensemble à découvrir un village très touristique avant d’y déjeuner et de poursuivre ensuite la découverte par les carrières d’ocre. Toutes les catégories de touristes sont ici présentes, avec une prépondérance peut-être de deux catégories les jeunes parents avec leurs jeunes enfants et des seniors actifs. Le village au total compte 1300 habitants, qui tous n’habitent certainement pas en haut de la colline.

Quant aux touristes, leur balade commence par la place d’accueil dotée d’une carte, après avoir garé la voiture. A gauche, l’office du tourisme renseigne les arrivants et la pharmacie en ces premiers beaux jours vend plus de crème solaire que de médicaments. Puis c’est aussitôt, l’entrée en montant dans la vieille ville où seuls les piétons peuvent accéder aux ruelles, aux marches et aux quelques places où se rejoignent des rues, des passages, des ruelles datant d’une époque qui ne connaissait ni les normes, ni l’uniformisation. Seule commandait la nécessité de l’usage, avec beaucoup d’ingéniosité, pour contourner un rocher, passer sous une maison, descendre ou monter en laissant de la place à des chariots…

Village de Roussillon, première approche, Cl. Elisabeth PoulainVillage de Roussillon, première approche, Cl. Elisabeth PoulainVillage de Roussillon, première approche, Cl. Elisabeth Poulain

Village de Roussillon, première approche, Cl. Elisabeth Poulain

A Roussillon en ce joli mois de mai, seuls les touristes sont repérables, du fait même qu’il n’y a qu’eux dans les rues, sur les placettes... On les distingue à leur attitude corporelle, leur nez en l’air, les yeux en activité continue, l’appareil photo autour du cou, quand il est au repos, ce qui est rare pour certains. Ils marchent en groupe, réduit à deux personnes le plus souvent, en famille avec des enfants ou plus rarement à cette époque de l’année en groupe arrivé en car. Le mot d’ordre du passé est donc à l’adaptation au site, qui concerne aussi bien les maisons, les couleurs, les styles, les ouvertures perçant les murs pour ouvrir portes, fenêtres ou petites devantures commerciales.

Plusieurs restaurants accueillent les touristes qui ont un petit creux ou une grande soif, avec bien sûr toutes les boutiques de souvenirs provençaux. Heureusement en cette fin du mois de mai, il n’y a presse, ni surdose. Par contre, il serait déjà difficile de distinguer les habitants habitant – ceux qui y habitent vraiment - de ceux qui accueillent les visiteurs. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours pensé qu’il faut aussi aller découvrir un endroit l’hiver, quand souffle la bise ou tombe la pluie.

Village de Roussillon, marche dans le village, CL. Elisabeth PoulainVillage de Roussillon, marche dans le village, CL. Elisabeth PoulainVillage de Roussillon, marche dans le village, CL. Elisabeth Poulain

Village de Roussillon, marche dans le village, CL. Elisabeth Poulain

A Roussillon, peu de visiteurs ont le plan du village en main. La taille réduite du village peut expliquer cela. Deux stratégies se dessinent alors en suivant les fluxs.

. Il y a ceux qui veulent d’abord voir les grands paysages vers l’arrière où on peut découvrir les monts du Vaucluse quand le ciel est très clair et avant apercevoir sur sa droite les premières falaises d’ocre. La découverte du nord du Lubéron fait un tilt au cœur, tant l’amplitude est fascinante, avec une nature qui semble si vraie, si présente au point qu’elle éclipse toute présence de ville, de route, de fumée…

. Il y a le courant dominant qui tourne tout de suite à gauche pour emprunter en montant « la grande rue », qui est en fait toute petite et très étroite. Le cœur du village se trouve à l’église, non loin de la mairie, avec à chaque fois une place qui indique qu’il y a là un bâtiment à fonction officielle. Entre les restaurants et ces bâtiments, on a vite fait le tour. C’est alors le moment de chercher la vue à l’opposé du grand paysage. Vous emprunterez alors forcément la rue de l’Arcade, qui est une très courte ruelle, qui vous fera déboucher dans la rue des Bourgades.

Roussillon, Balade dans les rues et ruelles, Cl. Elisabeth PoulainRoussillon, Balade dans les rues et ruelles, Cl. Elisabeth Poulain
Roussillon, Balade dans les rues et ruelles, Cl. Elisabeth Poulain

Roussillon, Balade dans les rues et ruelles, Cl. Elisabeth Poulain

Et on se promet, la prochaine fois, de refaire la balade autrement, par exemple avec le plan du village à la main, pour voir les choses autrement, avec de vraies personnes, qui habitent sur place. Pour sortir de ce véritable quartier réservé et quasiment entièrement tourné vers le tourisme, pour aller voir comment vivent vraiment les Roussillonnais alentour. Ils sont en 2012 plus de 1300, après avoir été plus de 1500 après 1860. En 1978, il y avait 1097 habitants selon la Ière édition du guide Michelin que j’ai sous les yeux.

C’est dire que malgré le tourisme lié au titre de « Plus beau village de France », malgré l’effet-mode qui joue sur les couleurs, le village n’a pas encore retrouvé sa population de 1860, au temps du début de l’essor de l’industrie de l’ocre…C’est vraiment étonnant. Tout comme le sont aujourd’hui les effets induits par le tourisme lié à des titres touristiques où tout est fait ou refait pour plaire aux touristes. Comme dans des villages de théâtre où on se voit sur scène dans le regard des autres…

Roussillon, Balade, marches et portes, Cl. Elisabeth Poulain
Roussillon, Balade, marches et portes, Cl. Elisabeth PoulainRoussillon, Balade, marches et portes, Cl. Elisabeth Poulain

Roussillon, Balade, marches et portes, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre les chemins, franchement au pluriel 

. Voir le site de la mairie, avec une belle animation sur le village http://otroussillon.pagesperso-orange.fr/animations/beffroi/index.htm  ainsi que sur les carrières d’ocre http://roussillon-en-provence.fr/mediatheque_hiver.php  du site, des ouvriers des carrières et des (vrais) habitants d’avant l’époque du grand tourisme…

. Egalement sur http://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr/roussillon-0  et retrouver des photos du village en page 10 http://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr/galerie-photos-plus-beaux-village-de-france-vignette?page=10  

. Voir la puissance de l’industrie de l’ocre sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l'ocre_en_pays_d'Apt  

. Toujours wikipedia sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Roussillon_(Vaucluse) qui cite le nom des personnalités dont le nom est attaché à la commune.

. Parmi celles-ci, il y a cet anthropologue, sociologue américain, Laurence Wylie, passionné par la société française, au point de vouloir la comprendre à travers le village et ses habitants … en venant y vivre avec sa femme et leurs enfants, pendant un an de 1950 à 1951. C’est à Roussillon en Provence qu’il a passé sa première année sabbatique pour comprendre la mentalité paysanne française de l’intérieur. Le titre de la recherche « Village in the Vaucluze », « Un village en Vaucluse » qu’il nomma Peyranne dans sa recherche.

Cet homme caustique et plein d’humour était « professeur des civilisations » à Harvard, à retrouver dans http://www.nytimes.com/1995/07/26/obituaries/laurence-wylie-85-scholar-and-seeker-of-the-french-soul.html  

Avec une analyse par un chercheur français sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1957_num_7_4_392446_t1_0951_0000_001  

Et une interview filmée par l’INA sur http://www.ina.fr/video/CPF86642021  dans laquelle Laurence Wylie explique qu’il a renouvelé cette approche dans le même cadre scientifique, cette fois-ci en Anjou, à Chanzeaux au sud d’Angers, sept ans après, mais cette fois-ci avec une forte équipe d'étudiants chercheurs !

Et c’est comme cela, que l’on saute d’un village de mineurs d’ocre, Roussillon en Vaucluse en France, à Harvard l’université la plus riche du monde dans l’Etat du Massachusetts aux Etats-Unis à Chanzeaux en Anjou, près d'Angers, en France!

. Si le sujet de l’influence du tourisme sur le changement au village vous intéresse, lisez l’interview de Laurence Wylie faite en 1988, 38 ans après son séjour, concernant le bouleversement profond de Roussillon, sur http://terrain.revues.org/3312, son livre n’ayant été publié en français qu’ en 1987.

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