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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Un monde de tuyaux > Le Trans-Alaska Pipe-Line, le TAPS

28 Mars 2015, 20:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

TAPS, avec chauffage, Alaska, EUAN, Cliché Lucas Galuzzi, 2005, wikipedia

TAPS, avec chauffage, Alaska, EUAN, Cliché Lucas Galuzzi, 2005, wikipedia

Il s’agit de vous parler aujourd’hui d’une aventure qui en 1985 fit couleur beaucoup d’encre, la traversée nord-sud de l’Alaska du transport par pipe-line du pétrole pompé dans un gisement de l’Arctique proche du Pôle nord. Une des raisons portait tout particulièrement sur l’impact de cette installation de très grande envergure en surface en particulier sur la faune et la flore de la presqu’ile de l’Alaska, qui forme le plus grand Etat des Etats-Unis d’Amérique.

Outre la dimension « Risques », l’inquiétude tenait aussi au gigantisme de cette implantation  et aux conditions climatiques extrêmes. C’est en particulier la raison pour laquelle un site pédagogique continue à être  consultable pour répondre à toutes les questions qui peuvent se poser.

Le titre plus précisément. La problématique étant posée, il s’agit de voir grâce à des photos, les effets visuels repérables dans le paysage de ce qui n’est quand même qu’un gros tuyau, le fameux pipe-line. Induit-il un effet-frontière transversal ?  Peut-on aussi le voir comme un lien entre le sud et le nord ? Comment s’insère-t-il visuellement, avec ses contraintes propres dans un lieu extrêmement difficile. Autant de questions qui se posent.

TAPS, Alaska, passage de la Sagavanirktok River, Cl. Micah Bochard, wikipedia

TAPS, Alaska, passage de la Sagavanirktok River, Cl. Micah Bochard, wikipedia

La frontière en Alaska. Elle existe vraiment et fortement. L’Alaska est le seul Etat américain à n’avoir aucune frontière avec les Etats-Unis. Par contre il en possède une très nette avec le Canada, qui offre la particularité étonnante à nos yeux d’Européens de n’avoir tenu, lors de l’établissement de son tracé, que peu de compte de la réalité géographique. C’est une frontière définie au cordeau sur une carte, en se calant sur le 141° méridien, qui va de la Mer de Beaufort au nord presque jusqu’au Golfe de l’Alaska au sud. La raison en était essentiellement que cet espace était largement inaccessible aux arpenteurs à pied ! Par contre, à voir la carte, on comprend combien la possession de la côte littorale sud a été importante. Ce sont les Etats-Unis qui l’ont emporté face au Canada, qui a perdu son accès nord à la mer sur presque la moitié de la Colombie britannique. Par opposition à cette ligne d’une force rectiligne incroyable, le TAPS, le pipe-line qui traverse l’Alaska cette fois-ci jusqu’en bas, offre un tracé au plus court et au plus droit de ce qu’il a été possible de faire, en fonction des difficultés incroyables du terrain.

Quelques chiffres d’abord. La construction a duré 10 ans (1975-1985) dans une nature « vierge », avec des « étendues sauvages », où il a fallu franchir trois séries de montagnes, environ 1 000 rivières et fleuves, dont le plus grand le Yukon, mesure à l’endroit choisi plus de 1 500 mètres, avec de grandes surface de marais, encore plus délicates à passer, avec en plus des zones sismiques sensibles. C’est la Faille de Denali. Quand vous ajoutez les rampes de chauffage invisibles qui protègent le tuyau contre le gel ainsi que la route qui permet d’accéder en tous points de la ligne des 1264 kilomètres de long, vous comprenez l’ampleur du chantier et de la coupure. Plus que la ligne droite de la frontière politique avec le Canada, il y a maintenant une double ligne médiane qui coupe le territoire en deux, avec des ponts impressionnants, en particulier sur le Yukon, pour le passage du pipe-line et la route.

Le TAPS sur radeau, Alaska, franchissement d'une zone de marais, US Geological Survey Employee, wikipedia

Le TAPS sur radeau, Alaska, franchissement d'une zone de marais, US Geological Survey Employee, wikipedia

Une des conséquences positives pour les autochtones est le développement du tourisme, à partir de la côte sud pour remonter un peu vers le nord. On commence d’ailleurs à trouver de très belles photos sur le net qui en font preuve. On ne parle guère de l’effet-transversal pour dénoncer l’impossibilité à certains endroits pour les animaux de continuer à emprunter leurs sentiers traditionnels, comme les caribous par exemple. Quant aux dangers du transport d’hydrocarbures par le pipeline proprement dit, il y a déjà eu au moins un incident sur terre relaté par la presse. Il fut rapidement maîtrisé. Par contre, il y en eut un autre cette fois-ci en mer à la sortie du port de Valdez qui a connu un retentissement mondial. Il s’agit du naufrage de l’Exxon Valdez le 23 mars 1989, il y a 26 ans à quelques jours près. Le pétrolier éventra sa coque sur des icebergs invisibles alors qu’il était encore dans la zone portuaire. Il était sorti de la route qui lui était impartie. C’est encore maintenant la plus grave marée noire qui a eu lieu dans le monde.

C'est aussi au plan de la symbolique visuelle, une histoire étonnante qui commence par une multitude de tuyaux en Articque qui pompent l'or noir, acheminé ensuite sur plus de 1 000 kms par un seul gros tuyau, dont le contenu repart en citerne ensuite, avant d'être à nouveau transbordé par tuyau dans un pétrolier, qui perd en mer sa cargaison à la suite d'une faute humaine, pour former la première marée noire de l'histoire de l'humanité. Il fallut ensuite enlever à l'eau chaude et à la main les croûtes de pétrole brut rigidifiées, autant qu'il était possible....

Actuellement c’est la rapidité du réchauffement de la planète tout particulièrement aux pôles qui préoccupent les spécialistes. L’ours blanc est de moins en moins présent dans l’Arctique. Et cela devrait réellement nous inquiéter !

Ce billet s’inscrit au début d’une série sur le monde des tuyaux, ceux dans lesquels nous devons tous peu ou prou rentrer pour que fonctionne notre monde, en téléscopage avec des frontières qui existent d'autant plus fortement qu'on croit qu'elles ont tendance à s'effacer.

Valdez, terminal portuaire du TAPS, Joint Pipe-Line Office, wikipedia

Valdez, terminal portuaire du TAPS, Joint Pipe-Line Office, wikipedia

Pour suivre le chemin

. Voir plus spécialement le site gouvernemental américain http://www.blm.gov/ak/st/en/prog/pipeline_monitoring.html  avec de très belles photos

. Le champ pétrolifère de Prudhoe Bay au nord, qui est déjà en diminution depuis 2006 –après ce sera le tour du gaz d’être exploité- à voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Champ_p%C3%A9trolif%C3%A8re_de_Prudhoe_Bay  

. La carte du TAPS, dans un site pédagogique à l’intention des enfants http://www.pbs.org/wgbh/amex/pipeline/map/  

. Le TAPS est très présent sur wikipedia, voir en particulier

- l’oléoduc trans-alaska sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Ol%C3%A9oduc_trans-Alaska  

- sa construction sur http://en.wikipedia.org/wiki/Construction_of_the_Trans-Alaska_Pipeline_System  

. Et vous pouvez même le suivre grâce à http://wiki.openstreetmap.org/wiki/Tag:man_made%3Dpipeline   C'est franchement incroyable!  

. Allez ensuite à Valdez dans le port libre de glace toute l’année, qui héberge deux ports, l’un pour les pêcheurs et l’autre pour les navires pétroliers qui viennent charger le fuel transporté par le TAPS, http://fr.wikipedia.org/wiki/Valdez_(Alaska)  

. Retrouvez le naufrage de l’Exxon Valdez le 23.03.1989 sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Exxon_Valdez  

. Voir aussi le site d’Anchorage sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Anchorage  

. Sur la frontière entre les Etats-Unis et le Canada, Il existe un différend profond entre le Canada et  les Etats-Unis sur la poursuite de la frontière dans l'Articque. Quant à la frontière terrestre,  lire le rapport intéressant des trois membres de la Commission de la Frontière Internationale –CFI – pour comprendre comment ils envisagent le travail qu’ils ont à faire sur http://www.internationalboundarycommission.org/docs/ibc-2009-01-fra.pdf  L’idée principale est qu’il faut dégager une bande de 60 pieds de chaque côté pour bien marquer, protéger la ligne de frontière de toute construction et en faciliter l’accès.

. Photos des contributeurs de wikipedia, avec mille remerciements de ma part. Sans eux, je ne pourrai pas faire certains de mes billets.

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