Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Edward Baran, peintre, plasticien > Un jeu en couleurs, forme & papier

2 Avril 2015, 16:23pm

Publié par Elisabeth Poulain

Edward Baran, La naissance de l'Aube, peintures, Cl; Elisabeth PoulainEdward Baran, La naissance de l'Aube, peintures, Cl; Elisabeth PoulainEdward Baran, La naissance de l'Aube, peintures, Cl; Elisabeth Poulain

Edward Baran, La naissance de l'Aube, peintures, Cl; Elisabeth Poulain

Il y a toujours chez Edward Baran une volonté de recherche telle qu’on a peine à définir son travail. Est-ce de la peinture ? Oui certainement, il utilise des pinceaux et de la couleur, comme le fait le peintre qu’il est. Est-il un sculpteur ? Oui certainement. Il aime créer des effets de relief parfois si légers qu’on a du mal à les définir. Qu’est-ce qui est le plus important la bosse, le creux mais est-ce bien un creux ? N’est-ce pas plutôt le « plat » qui du coup interroge ? Il lui suffit pour cela de monter une toute petite hauteur, avec un nœud de ficelle qui a été écrasé à l’arrière du papier si fin, que ce dernier réagit comme s’il avait dû affronter une montagne.

La création est-elle bien une histoire de télescopage ? Avec Edward Baran, la réponse est oui, assurément. Elle interroge, elle nous oblige à regarder autrement en se posant des tas de question mais après seulement après avoir ressenti une émotion réelle. Avec pour cela, un minimalisme certain. Jugez-en ! Sous les yeux, vous avez trois planches de papier d’à peu près 30 cm sur 22. Soit un peu plus que le standard (21 cm x 29,7cm) de la feuille de papier que vous et moi utilisons tous les jours pour écrire, pour ceux qui écrivent encore à la main !

 

Edward Baran, peinture, l'approche de l'eau et les grandes feuilles, Cl. Elisabeth Poulain

Edward Baran, peinture, l'approche de l'eau et les grandes feuilles, Cl. Elisabeth Poulain

Ce sont trois feuilles découpées à la paire de ciseaux par l’artiste dans une feuille grand-format telle qu’on en achète dans des boutiques spécialisées de fournitures pour artistes. J’en ai sous les yeux. Elles ont pour particularité de n’avoir pas de dimensions préétablies par une norme mondiale. Elles sont aussi fabuleuses. Ne croyez pas que je m’égare ou que je digresse. Parler « papier » me fascine. C’est aussi la matière première favorite d’Edward Baran. 

Le papier d’Edward Baran appartient à la double catégorie du papier fin et blanc mais sans outrance. Il n’est nul besoin d’ajouter des tas de molécules chimiques pour lui donner une blancheur Persil, d’autant qu’il ne lui restera guère de blanc une fois qu’Edward sera passé par là. Et même ce blanc résiduel prendra une autre teinte car il sera environné de plusieurs teintes de vert. Il lui faut par contre une certaine tenue une fois mouillé pour ne pas se déchirer.

Le faible grammage de ce papier est fondamental pour la réussite de la composition, ainsi que sa composition réduite à l’essentiel pour que la feuille absorbe bien l’eau. Parce que, c’est ce que j’imagine du moins, le sculpteur EB cette fois-ci va placer sous cette feuille un ensemble d’éléments tels que  trois, quatre  feuilles d’arbres cette fois-ci, quelques tiges  fines de bois et peut être aussi des nœuds de ficelle pour simuler –par exemple -  une chaîne de volcans en Auvergne ou plus modestement quelques collines hautes au bord de la Loire de chaque côté de ses deux rives.   

Edward Baran peinture, Au fil de l'eau, les peitites feuilles, Cl. Elisabeth Poulain

Edward Baran peinture, Au fil de l'eau, les peitites feuilles, Cl. Elisabeth Poulain

La couleur viendra en deux temps avant et après compression. Avant, elle imprègnera et le support qu’on ne verra pas et les éléments naturels peut-être séchés au préalable pour qu’ils jouent mieux leur office de buvards-absorbeurs et dans un deuxième temps de tampons-encreurs. Il y a toujours une prise de risque chez ce metteur en scène, qu’est Edward Baran, stratège de la matière et de ce qu’elle va nous dire placée dans la situation qu’il a choisie. La trilogie du vert végétal. Elle s’exprime en courbes plus ou moins prononcées de trois façons différentes, à trois moments de l’histoire. Ce sont d’abord

. de grandes feuilles vues de très près,

. ensuite de plus petites vues d’en haut et toutes bien rangées du côté droit de la tige

. et enfin d’arbres saisis du ciel dont on ne perçoit plus vraiment que le halo blanc qui les entoure, avec au milieu une tâche plus sombre qu’est le cœur de l’arbre. A l’instar d’un volcan recouvert de neige, vu d’avion.

Dans cet univers végétal, l’eau joue sa propre partition en courbe. Elle apparaît d’abord en bleu clair dans le coin droit de la feuille. C’est « L’approche de l’eau près des grandes feuilles ». Suit « Le fil de l’eau au bas de la rangée de petites feuilles » et pour terminer « La grande rivière entre les collines blanches d’arbres-totems verts ». L’eau est peinte au pinceau d’un bleu ciel épais à la gouache. Et le tout fait des paysages qui s’incrustent dans la rétine et qui restent dans l’esprit pour essayer de comprendre comment ils ont été fait, combien ils disent beaucoup avec si peu de matière. Cette trilogie est une œuvre d’Edward Baran, plasticien, comme il se désigne lui-même dans un texte récent. Une œuvre qu’on pourrait appeler "la naissance de l’aube."

Edward Baran peinture, La grande rivière et les arbres-totems verts, Cl. Elisabeth Poulain

Edward Baran peinture, La grande rivière et les arbres-totems verts, Cl. Elisabeth Poulain

Avec pour finir ce billet, une citation extraite d’un texte écrit par Edward Baran : « J’ai de plus en plus l’impression que le chemin qu’il fallait, je l’ai pris à l’envers. Tant pis, ce chemin m’appartient ». Alors, oui, peintre, sculpteur, plasticien, créateur, inventeur, séducteur de la couleur, inventeur du papier collé sur un fil de trame et déchiré après coup pour laisser passer la fluidité de la vie… « Ainsi je découvre cette image (de) moi-même et c’est ça qui compte, cette image incomplète-unique, acceptée par moi. » Oui tout ça !

Pour suivre le chemin

. Les citations d' Edward Baran figurent entre parenthèses et en italiques. Sa signature en bas à droite pour les n° 2 et 3et à gauche pour la n°1 indique le sens de la présentation.

. Lire sur ce blog http://www.elisabethpoulain.com/article-edward-baran-ou-l-art-de-renouveller-l-art-de-la-boucle-et-du-fil-104792788.html , un billet en date du 8 mai 2012

. Voir aussi l’article paru dans le magazine d’Angers par Yves Boiteau le 17 mars 2013 http://www.angersmag.info/Au-musee-des-Beaux-Arts-Edward-Baran-vous-attend_a7039.html  

. Les dénominations des trois peintures sont de mon fait, ainsi que « la naissance de l’aube. »

. Photos Elisabeth Poulain

Commenter cet article