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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le bestiaire de la pub > Le brochet et le pêcheur > Le Crédit Lyonnais

18 Avril 2015, 15:07pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le pêcheur et le brochet, le Crédit Lyonnais, Paris-Match 1967, Cl. Elisabeth Poulain

Le pêcheur et le brochet, le Crédit Lyonnais, Paris-Match 1967, Cl. Elisabeth Poulain

Disons le tout d’emblée, le brochet, aussi beau, talentueux et résistant qu’il puisse être, en particulier dans sa lutte contre le méchant pêcheur, n’est pas un familier de l’univers de la publicité. Ce n’est pas à lui qu’on penserait en premier, ni même en 10e position et je dis ça au hasard. Par contre, il joue un rôle certain dans la mise en valeur du pêcheur qui pourra conter sa lutte épique aux copains le soir au coin du feu l’hiver ou l’été à la terrasse d’un bistrot de village abrité sous le grand tilleul de la place.

C’est assurément le choix du Crédit Lyonnais : montrer un client heureux tenant dans ses mains un brochet dont on ne voit que la tête. L’explication du choix du pêcheur et du brochet qui semblent dialoguer tous les deux ensemble, les yeux dans les yeux, tient en ces quelques mots « nous n’y sommes pour rien ». La banque ne vous promet pas de faire d’aussi belles prises – ce serait trop simple- mais par contre de contribuer quelque peu au bonheur du pêcheur, cela oui.

Après enquête auprès de pêcheurs forcément avertis et un petit détour par wikipedia, le plaisir de la pêche au brochet tient plus dans la dimension sportive de ce type de pêche que dans le poisson lui-même. D’abord il faut relâcher le « petit » brochet, celui qui fait moins de 60 cm tout autant que le « gros » qui lui mesure plus de 90 cm. Le pauvre est farci de contaminants de toutes sortes, au point qu’il est déconseillé de manger sa chair.

Entre les deux, si vous avez de la chance, celle qui profite aux clients de la banque, vous pourrez le rapporter à la maison, après vous être fait tirer le portrait tenant fièrement le brochet dans vos mains et les yeux dans les yeux. Il sera alors temps de mettre en pratique la célèbre recette du vrai beurre blanc du pays nantais, qui n’est guère loin de la rivière Maine en Anjou pour déguster ensuite tous réunis autour de la table, un brochet des gourmets.

Les bons conseils du Crédit Lyonnais : « 6 heures du matin…le bon coin, sous les saules : pas de bruit ; la bonne cuillère (que pensez-vous des ondulantes ?) ; un, deux, trois  lancers précis ; une touche brutale… et tout l’art d’amener jusqu’à l’épuisette…Cela, le principal, nous n’y sommes pour rien. Mais ces belles vacances au paradis des prêcheurs de brochet…là, nous y sommes peut-être pour quelque chose… »

C’était une publicité très avant-gardiste, un an avant mai 1968. Ses fondements, un concept, peu de mots, juste ce qu’il faut pour placer l’argumentaire bancaire et une photo intrigante, avec un pêcheur qui ouvre un peu les lèvres, comme le poisson...  

Tête de poisson, Rive de Maine, Cl. Elisabeth Poulain Tête de poisson, Rive de Maine, Cl. Elisabeth Poulain

Tête de poisson, Rive de Maine, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Paris-Match, n° 949 du 17 juin 1967, en double page 116-117, visuel « Publi-Service », photo Rodriguez

. Venir en Anjou particulièrement riche en brochet, figurant dans la liste 2P de la faune piscicole dans le département du Maine et Loire, tout particulièrement en Loire, mais aussi dans La Maine, dans l’Ile Saint-Aubin ainsi que dans les prairies et marais de la Baumette, à retrouver sur http://www.maine-et-loire.gouv.fr/IMG/pdf/inventaire_frayeres_49_liste_detaillee.pdf  

. Ce petit billet est une retombée de ma balade récente dans les prairies de La Baumette et de ma rencontre visuelle avec une tête de poisson bien sèche à terre. J'ai imaginé ensuite que c'était un brochet.

. Photos Elisabeth Poulain

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