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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le chien tourneur > Compagnon de travail de l’ouvrier cloutier > Photo

23 Mai 2015, 15:31pm

Publié par Elisabeth Poulain

L'ouvrier cloutier et son chien, Ardennes, carte postale, début XXe siècle, Cl. Elisabeth Poulain

L'ouvrier cloutier et son chien, Ardennes, carte postale, début XXe siècle, Cl. Elisabeth Poulain

Un titre un peu abscons qu’il faut donc décrypter. Ce billet porte sur un chien, sans nom et sans race, qui a bien existé.  Preuve en est qu’il a pu être photographié pour en faire une carte postale. Il est cité en tant qu’ « aide de l’ouvrier ». J’ai préféré dans le titre parler de compagnon, une dénomination très valorisante et porteuse de sens, tant le compagnonnage  a eu et a encore d’importance sous d’autres formes dans l’histoire du monde ouvrier au sens large. De même, la dénomination de chien tourneur n’existe pas non plus. C’était le chien du cloutier tout simplement, avec certainement un petit nom que son maître lui avait donné. Mais on ne le connaîtra jamais. 

Ce chien-là noir au poitrail à la tache blanche ainsi qu’aux pattes avant blanches est de taille moyenne. Il ne peut ni être trop grand, ni trop petit ou avec des pattes trop courtes. En clair, ce ne peut être un saint-bernard ou un teckel…Comme tout compagnon, il est ardent au travail et fidèle. Il sait que son travail est indispensable et ne se pose donc pas de question. Ce n’est pas le rôle attendu d’un chien, seulement d’être travailleur et dur à la peine. Pour ça, il a un bon exemple. Il lui suffit de regarder son maître, une tache plus difficile à faire qu’à dire, comme vous allez vous en apercevoir.

Cette photo du début du XXe siècle, sans année précise malgré la présence d’un timbre, montre les deux compagnons en situation de travail. Ils se tournent le dos. Le chien est situé en bas dans la partie gauche du cliché. Il nous regarde droit dans les yeux. On les voit briller d’étonnement tant la présence du photographe a dû lui paraître bizarre dans un univers aussi ritualisé et axé entièrement vers le travail.

L'échoppe de  l'ouvrier cloutier et son chien, Ardennes, début XXe siècle, Cl. Elisabeth PoulainL'échoppe de  l'ouvrier cloutier et son chien, Ardennes, début XXe siècle, Cl. Elisabeth Poulain

L'échoppe de l'ouvrier cloutier et son chien, Ardennes, début XXe siècle, Cl. Elisabeth Poulain

Son travail, parlons en justement. Le chien marche toute la journée, comme l’ouvrier fabrique des clous, sans compter son temps. Il porte son poids vers l’avant de façon à faire tourner l’avant d’une grande roue revêtue d’un rebord sur lequel il se tient, coincé entre le fond qui est une plaque de métal et les deux barres fixées au bord du rebord qui se croisent en assurant la fixation de l’ensemble. L’objectif est de fournir de l’énergie « pour activer le soufflet de la forge ». C’est la raison pour laquelle il doit avoir la bonne taille, l’endurance et la fidélité à son maître, car tous deux devaient avoir de dures journées, peut-être pas tous les jours, mais quand même.

Le travail de l’ouvrier cloutier consiste, comme son nom l’indique, à fabriquer des clous à la main à l’unité, en utilisant l’énergie que lui procure la roue tournée par un homme ou par un chien. On parle d'une « roue à homme » ou de « roue à chien » comme c’est le cas ici, comme si l'un égalait l'autre. C'est impressionnant dans les deux situations. L’autre cas de figure - plus favorable - est de mettre à profit l’énergie hydraulique mais qui n'est pas toujours possible.

Pour suivre le chemin

. La carte postale est une création « Winling, Charleville. » Elle est revêtue d’un timbre à 5 c. Son titre figure en bas à gauche « Vallée de la Semoy. Le Cloutier – Fabrication de clous à la main. Industrie à peu près complètement disparue. Au fond, un chien, aide de l’ouvrier, tourne une roue pour activer le soufflet de la forge. » Le commentaire est le suivant « Une boutique de cloutier au début du siècle. Aujourd’hui cet artisanat a complètement disparu. »

. Elle est à retrouver en page 36 de l’ouvrage « Ardennes » publié aux Editions Richesse de France, par le Conseil général des Ardennes, avec en plus l'apposition d'un tampon "offert par le Conseil général", 1984.

. On peut voir partie du cliché, datant de 1908, dans l’ouvrage,  à vendre sur le site qui suit sur http://www.delcampe.ch/page/item/id,0194699305,language,F.html  qui indique aussi que la photo montre l'échopppe du cloutier. 

. Le métier de cloutier, à retrouver sur http://www.genealogie.com/v2/genealogie-en-ligne/ancien-metier.asp?id_metier=42, le seul site qui parle en tant que tel de ce métier.   

. Voir l’article sur le compagnonnage sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnonnage  (qui n’inclut pas le cloutier en tant que tel) ainsi que le profil « compagnon » du forgeron http://fr.wikipedia.org/wiki/Forgeron  . On pourrait alors se poser la question s’il s’agit d’un ouvrier (salarié) ou d’un artisan (à son compte), la différence viendrait de son mode de rémunération. L’ouvrage du Conseil général d’Ardennes ainsi que la carte postale citent « l’ouvrier ».

. Voir le Conseil départemental des Ardennes aujourd'hui sur http://www.cd08.fr/ardennes/decouverte/trois-ardennes    

. Cliché Elisabeth Poulain

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