Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

La Culture du Numérique > L’art du télescopage Espace-Temps « live »

14 Mai 2015, 10:33am

Publié par Elisabeth Poulain

Le soleil, l'ombre, l'homme et le temps, Bruxelles-Ixelles, Cl. Elisabeth Poulain

Le soleil, l'ombre, l'homme et le temps, Bruxelles-Ixelles, Cl. Elisabeth Poulain

En majuscules ressortent les mots importants de ce titre qui sont le numérique à qui sont associés le terme de culture et d’un rapport espace-temps modifié. Reste le mot de télescopage, "qui se produit en même temps », qui  inclut déjà le temps dans sa composition et sa définition, selon Larousse. D’autres sites voient plutôt dans le télescopage l’action « d’entrer en contact, de se heurter et de s’interpénétrer… ». Et ce qui est bien avec le numérique est que tout cela - et plus - est vrai, à commencer par la culture et le « live » qui indique que c’est un temps vivant, celui d’aujourd’hui, un temps anglo-saxon.  

Le numérique et la culture. Le lien entre eux deux est très fort. Le numérique entre dans le grand espace de la culture tout en générant une nouvelle culture, sa culture. A la différence en principe du numérique « qui concerne les nombres », la culture est un mot qui couvre tout, les nombres y compris. Après vérification sur le net, il semblerait qu’il conviendrait plutôt de vous parler de la culture du digital (doigt) et non pas du numérique (nombres). Tout le monde est d’accord par contre sur la portée globale de cette culture du numérique. Il s’agit bien d’une vision d’ensemble qui tend à montrer le changement impacté par le numérique au sens plus que large, au sens mondial, dans tous les aspects de la pensée et donc sur la culture en général.

Le temps sous nos pieds, cl. Elisabeth Poulain

Le temps sous nos pieds, cl. Elisabeth Poulain

Les raisons d’être du télescopage. Imaginez qu’à un moment de l’histoire, de notre histoire, nous puissions vivre à un instant « t » un grand nombre de séquences temps du passé du monde sans quitter son espace personnel. Enoncé de cette façon, ceci serait proprement inconcevable pour des esprits cartésiens puisque le temps ne revient jamais en arrière. Le déroulé du temps va toujours d’hier à demain, en passant par aujourd’hui, certes avec des vitesses différentes. Des accélérations à certains moments sont qualifiées de « crise » après coup, pour bien montrer le chambardement du changement, qui est attaché à un lieu nommé. On pourrait ainsi parler du Temps des Pyramides au Moyen-Orient, du Temps des Grandes Découvertes européennes, des conquêtes coloniales par ces mêmes nations européennes, de la Grande Muraille de Chine…

Cette vision de l’histoire du monde reste tout à fait valable, à ceci près que s’y superpose maintenant une autre dimension, celle du numérique. Le temps d’hier, celui d’une région du monde, avait pour caractéristique d’appartenir à la catégorie des temps longs. Depuis la naissance de l’humanité, des civilisations ont existé qui ont duré des milliers d’années pour certaines, sans contact apparemment avec d’autres cultures, le plus souvent sans que cela bouleverse nos propres visions de l’histoire, que l’on continue à découvrir, avec un étonnement mêlé d’admiration. Ces séquences longues ont cohabité plus ou moins paisiblement avec des accélérations étonnantes de l’histoire.

C’est le cas actuellement, du moins est-ce le début d’une période dense de changement accéléré dans toutes les parties du monde, qui renforce les relations entre les différents pays, avec en conséquence des impacts notables sur les liens de toute sorte à tous les niveaux financiers, économiques, styles de vie, touristiques, échanges de savoirs, recherche…

L'arbre coupé, les effets du temps, Cl. Elisabeth PoulainL'arbre coupé, les effets du temps, Cl. Elisabeth PoulainL'arbre coupé, les effets du temps, Cl. Elisabeth Poulain

L'arbre coupé, les effets du temps, Cl. Elisabeth Poulain

La compétition exacerbée entre les différents acteurs économiques au sens large au niveau mondial à tous les niveaux explique cela. Je me souviens ainsi d’un politique d’une grande ville promettant à ses administrés d'interdire le travail de nuit, alors que ce travail de nuit est absolument indispensable au bon déroulé du jour - approvisionnement de toutes sortes - sans oublier les questions fondamentales de la sécurité, de la santé et des … connexions. Quand certains dorment, les autres travaillent. Et si les premiers ne répondent pas ou avec retard à des demandes économiques, des propositions commerciales venant d’ailleurs… d’autres le feront à leur place. Vous êtes là ou non, simple isnt’it ! C’est du pur et bon système binaire.

Pour les 24 h de nos journées et de nos nuits, notre monde est partagé en autant de fuseaux horaires, une façon de donner du corps au temps, une façon de le localiser. Une façon imparfaite aussi puisqu’il faut la compléter par la nécessite de nommer différemment les heures du jour par différence avec celles du soir pour connaître le moment où on se situe. Une façon de penser le temps qui n’est pas forcément dépassée, mais qui n’est plus la seule dans une grande part des secteurs de la vie en société, l’économie, la culture et la formation comprises, au niveau mondial.

Actuellement, le temps du numérique s’envisage plutôt dans l’instantanéité, que l’on se place à l’émission, la transmission ou à la réception des messages pour des raisons cumulatives. En effet, nous sommes tout autant acteurs, transmetteurs et récepteurs de ces échanges. Les mails agaçants que l’on reçoit des autres sont aussi ceux que nous envoyons à des moments qui n’agréent pas forcément aux autres. Le temps des autres et les nôtres sont par définition différents. Les raisons sont très diverses et cumulatives. Nommons l’incapacité ou le manque d’intérêt de se focaliser sur l’heure ou le lieu d’émission ou d’envoi du message, la non-concordance des temps entre les nôtres en France et ceux d’autres émetteurs et/ou récepteurs, quel qu’en soit l’ordre, la distinction entre les différents temps qui par le passé ont rythmé nos vies, le moment de l’envoi et celui du message. Le fait d’envoyer un message ne signifie pas qu’il sera lu. Le fait aussi qu’un certain respect des heures d’arrivée aux destinataires ne sera pas observé par d’autres, qui prennent alors un temps d’avance dans la course au temps.

Frontières sur pelouse, en forêt, Cl. Elisabeth PoulainFrontières sur pelouse, en forêt, Cl. Elisabeth PoulainFrontières sur pelouse, en forêt, Cl. Elisabeth Poulain

Frontières sur pelouse, en forêt, Cl. Elisabeth Poulain

A ces évidences, il faut ajouter les visions culturelles des temps qui diffèrent selon les pays et les… cultures. Le temps par définition se savoure à l’aune de la culture propre à chaque zone géographique et /ou culturelle. La civilisation du temps des Latins est encore pour une petite partie basée sur le « carpe diem », la jouissance de chaque jour. Celle des Anglo-Saxons est plus tonique, plus active, avec des horaires de travail plus ouverts que les nôtres. D’autres cultures actuellement sont en cours de façonnage d’un modèle encore plus ancré dans l’action au regard de l’urgence vitale du développement, qui pourrait rappeler le grand bond en avant du XVIIIe et XIXe siècle européen. Rappelez-vous « Germinal », un des romans les plus connus de Zola.

La culture du temps est, selon les cas et la force de l’urgence, plus extensible, souple, plus interprétable selon les pays. Elle découle aussi bien sûr de la structure de la société, des rapports entre les différentes classes sociales entre elles et des frontières existant entre les différentes activités des différents acteurs de la société. Cette variabilité extrême se cumule avec le brouillage des frontières entre les fonctionnalités des temps. La vieille distinction entre le temps du travail et celui du repos, auquel s’ajoute le temps du transport, a déjà volé en éclat même si nous continuons à nous baser sur les deux premiers fondamentaux qui ont modelé notre vision de la société. Les raisons viennent de la notion même de travail, de sa rémunération ou non, des acteurs –on pense travail pour certains quand ça ne l’est pas pour d’autres -, de la quasi-impossibilité de distinguer le travail pour soi du travail rémunéré, l’information de la communication… et de la gravissime question du phénomène du « sans-emploi ».

La superposition des temps –hier-aujourd’hui-demain- a toujours existé grâce au pouvoir de l’esprit, de la réflexion, de la connaissance, du rêve, de la création...en même temps et sans ordre dominant. Le phénomène s’est accru avec une pression étonnante provenant maintenant du télescopage des espaces. Et cela en grande partie du fait de l’emprise numérique.

Télescopage de temps, 14 juillet, le vin aussi est affaire de femmes, 40e anniv. alunissage, Cl. Elisabeth PoulainTélescopage de temps, 14 juillet, le vin aussi est affaire de femmes, 40e anniv. alunissage, Cl. Elisabeth PoulainTélescopage de temps, 14 juillet, le vin aussi est affaire de femmes, 40e anniv. alunissage, Cl. Elisabeth Poulain

Télescopage de temps, 14 juillet, le vin aussi est affaire de femmes, 40e anniv. alunissage, Cl. Elisabeth Poulain

L’espace. La « conquête » de la Lune avait fait rêver en son temps. On préfère maintenant d’ailleurs avec raison parler d’exploration spatiale, sans volonté hégémonique, en application du principe de prudence. Conquiert-t-on jamais un espace ? C’est une vraie question dont la réponse est probablement négative ; on ne domine jamais l’espace, à l’instar du temps qu’on ne peut jamais forcer. Christophe Colomb a pu découvrir l’Amérique, même si cette vision de l’histoire est fallacieuse. D’autres que lui sont arrivés pour la première fois sur le continent nord-américain, par le détroit de Behring. Attribuer la découverte à un valeureux Européen a satisfait les nations européennes, les esprits de l’époque.

Retenons que nos structures mentales fonctionnent et s’en trouvent bien, en pouvant attribuer une cause à un effet, même pluriel-les-s de façon à pouvoir visualiser une traçabilité, avec en fond de raisonnement cette idée que chacun est à sa place dans un monde ordonné. Le navigateur navigue, le roi décide, le sujet obéit, le menuisier façonne…chacun dans son espace dédié, même si le tourisme né au XVIIIe siècle ne s’est vraiment développé qu’au XIX en particulier en France. Les explorateurs par contre ont toujours voulu, su ou du partir à l’aventure.

L’espace d’aujourd’hui est encore modelé sur ces visions figées, même si on ne peut plus guère ignorer qu’il n’existe plus vraiment de frontières ou d’une autre sorte. Les affaires couplées au tourisme ainsi qu’aux autres échanges, ceux qui sont en particulier liés au transfert de connaissances, ont profondément modifiés les relations entre les Etats et les peuples. Etudiant, on va – presque - très naturellement terminer ses études en suivant un Summer Program ou un semestre de fin d’études dans une grande université étrangère, par exemple en Australie. Aller en Allemagne ou en Grande-Bretagne est devenu commun, reproduisant à notre façon actuelle le tour d’Europe que faisait la jeunesse dorée anglaise, avant de commencer à travailler. Pourtant on n’a pas encore acquis le réflexe de penser européen, sauf dans ces domaines de la formation et du tourisme…On retrouve la distinction entre le travail et le loisir que nous avons rencontré avec le temps.

Le temps américain est encore celui qui façonne et inspire notre monde. L’informatique s’écrit en américain et sa culture aussi. C’est encore aussi celui que nous nommons « Le Nouveau Monde » marqué par sa culture pluriethnique, qui a permis à des peuples de cultures différentes d’échanger, de se comprendre et de former une nation, celle qui justement a inventé, mis en route et développé la connaissance et la pratique du numérique. Un domaine de connaissances si prodigieux, si porteur, si emblématique que toutes les nations, la Chine en tête, favorisent la recherche et l’applicabilité des avancées dans tous les domaines de la connaissance, à tous les niveaux de la société. Et nous n’en sommes qu’au début.

Dolmens Ouest France, Gennes, St Lyphard, Saumur, wikipedia, avec remerciements Elisabeth Poulain Dolmens Ouest France, Gennes, St Lyphard, Saumur, wikipedia, avec remerciements Elisabeth Poulain Dolmens Ouest France, Gennes, St Lyphard, Saumur, wikipedia, avec remerciements Elisabeth Poulain

Dolmens Ouest France, Gennes, St Lyphard, Saumur, wikipedia, avec remerciements Elisabeth Poulain

Au plan de la personne physique, les bouleversements sont impressionnants, à commencer par de nouvelles façons de penser le monde, d’apprendre, d’échanger avec une infinité d’autres personnes, de façon directe, en allant à l’essentiel du moment, pour établir un contact d’affaires, partager une information, une émotion, une photo, en se présentant sous son meilleur jour, comme un vendeur de soi, de sa propre image, sous l’influence de l’appartenance à des réseaux.

Une nouvelle culture, la première culture mondiale, se met en place dont nous sommes tous les acteurs plus ou moins actifs, plus ou moins volontaires, plus ou moins enthousiastes, avec des compagnons de route qui ont pour nom « P comme Plaisir de parler de soi », « I comme Inconnu » et « T comme Télescopage ». L’inconnu est partout et le télescopage aussi, qui par différence avec le premier, devient franchement visible. Comme ces touristes occidentaux, très informés grâce à la culture du numérique, qui partent à l’autre bout du monde pour connaître d’autres cultures et d’autres paysages en exigeant les mêmes services de leur ambassade que dans leur pays d’origine.

Avec un tel sujet, il ne peut y avoir de conclusion, seulement une remarque qui porte sur le titre. J’ai parlé de l’espace-temps, un mot double où chacun des composants influence l’autre, l’espace influençant le temps et vice-versa. Ce billet a porté sur la seconde relation, qui est celle du « temps-espace, » comme on ne dit pas en français contrairement à la première. Une façon de montrer que le temps est aussi maintenant un espace en soi et un espace qui couvre le monde. C’est quand même incroyable.

Pour suivre le chemin

. Télescoper, voir le Larousse, le centre national de ressources textuelles et lexicales sur http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/t%C3%A9lescopage/77140  http://www.cnrtl.fr/lexicographie/t%C3%A9lescopage

. La condition ouvrière au XIXe siècle, En France, https://fr.vikidia.org/wiki/Ouvriers_de_l'industrie_au_XIXe_si%C3%A8cle  

. Relire Germinal, ce grand roman de Zola http://fr.wikipedia.org/wiki/Germinal_(roman)  

. En Belgique, plus d’informations sur la condition ouvrière http://www.histoire-des-belges.be/au-fil-du-temps/epoque-contemporaine/evolution-sociale-de-la-belgique/la-classe-ouvriere  

. Photos Elisabeth Poulain & wikipedia

 

Commenter cet article