Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les couleurs de la nuit > Entre projection, rétroaction & émotion > 2

24 Mai 2015, 19:45pm

Publié par Elisabeth Poulain

Sortie de Paris la nuit, Les Champs Elysées, à dominantes or, rouge et argent, Cl. Elisabeth Poulain

Sortie de Paris la nuit, Les Champs Elysées, à dominantes or, rouge et argent, Cl. Elisabeth Poulain

Le titre. Il est un peu ou franchement compliqué, mais c’est ce que j’ai trouvé au plus juste de ce que je veux dire. Pour une fois, j’ai préféré faire un autre billet sur les couleurs de la nuit. Le premier était plus ciblé sur les ambiances en télescopage, même si cela se discute  forcément. Il manque pourtant dans ce titre un élément important, qui est le dedans-dehors. J’ai préféré cette formule de projection, qui vient du dedans, avec en corollaire la rétroaction, qui agit en retour, avec et entre les deux, toujours le lien de l’émotion.

Les trois acteurs, qui tournent en cercle, quel qu’en soit le point d’entrée, sont forcément la nuit prise dans sa globalité d’univers enveloppant, l’habitacle clos constitué par la voiture chaude et accueillante comme un cocon protecteur et la personne qui vibre à ses émotions en percevant la réalité par les vitres.    

La nuit et sa perception. Il ne s’agit pas ici de faire appel à différents courants de pensée, dont certaines lignes de force courent au niveau mondial, avec en ancrage l’appel à l’inconscient et la peur des démons et de la mort. Ni de faire une étude symbolique sur les forces de la nuit  dans différentes cultures, en s’étonnant quand même de voir que même notre copain Wikipedia sèche sur le sujet. Beaucoup plus simplement, il s’agit de faire parler des photos prises forcément la nuit, en photographiant la nuit, sans flash, mais avec des sources extérieures de lumière d’origine humaine, en excluant la lune et les étoiles qui – elles – font partie du monde.

Les séquences de temps de la photo aléatoire. C’est la dénomination que j’ai utilisée dans le précédent billet pour désigner ce type de prise de vue en mouvement où on appuie sur un bouton, avec un décalage impressionnant dans le temps entre le repérage par l’œil, la décision de faire la photo et l’appui sur la bonne touche. Entre les trois actions s’écoulent le temps, avec en plus la certitude que l’appareil voit des choses que l’œil ne perçoit pas  et réciproquement. La part d’autonomie de l’appareil est phénoménale. On peut aussi ajouter aussi prosaïquement qu’il y a loin entre la vue, le cerveau, le corps, la main et le doigt, malgré toutes les bonnes résolutions d’être plus concentrée,  pour aller plus vite...                                                                        

La ville la nuit. Plus l’espace public est emblématique de l’image d’une capitale, telle que Paris, plus l’éclairage la nuit sera fort, diversifié, vivant et joyeux. C’est le cas des Champs-Elysées qui fait l’objet de la plus grande attention des autorités administratives et des grandes marques de prestige présentes sur une des plus belles avenues du monde. Une des conséquences est le foisonnement des sources de lumière, des formes de la lumière et des couleurs, avec une tendance et ceci partout dans le monde pour le toujours « plus », surtout quand s'ajoutent les drapeaux cette nuit-là de l'Etat de Singapour et de la France. Les dominantes sont le jaune des lampadaires et le rouge des feux arrière des voitures.

                                                                        *

Le tunnel or jaune est maintenant à citer, en guise de transition entre l'exubérance des Champs-Elysées et l’épurement de l’autoroute. On quitte un monde multicolore pour aborder le monde fort de la nuit, avec l’immersion dans le tube tout or de la coque du tunnel qui englobe la voiture. C'est une nouvelle étape qui s'annonce, sans transition, la re-naissance à soi pour soi.  

 

Sortie de Paris la nuit, le tunnel tout or vers la Normandie, Cl. Elisabeth Poulain

Sortie de Paris la nuit, le tunnel tout or vers la Normandie, Cl. Elisabeth Poulain

A l’opposé, la campagne par définition est une espace non éclairé, encore à peu près préservé des projections de lumière la nuit, sauf à l’approche des villes ou d’installations éclairées pour des raisons de sécurité. En allant vite et pour me limiter à trois composantes –une des caractéristiques de ce billet-, reste à citer le cas des autoroutes qui en France, ne sont pas éclairées. Ce n’est pas le cas en Belgique par exemple. Il n’en demeure pas moins que les phares des voitures constituent une source intéressante de lumière pour faire des photos et ce d’autant plus que les peintures au sol sont réverbérées par leur éclairage localisé. Sur l’autoroute, il ne s'agit pas de parler de nature par opposition à la ville. C'est un autre espace, un quasi hors-sol, où l'on vit bien protégé par et dans sa voiture.

Sur l'autoroute, la perception de la lumière la nuit est très particulière. Deux cas de figure se détachent, avec en commun la disparition de l'or.

. Les lignes et points d’argent blancs devant soi dans le fond donnent l’impression de conduire l’esprit vers un ailleurs. Comme une méditation avec un retour sur soi-même, quand les deux lignes se rejoignent avec au cœur les phares blancs des voitures d’en face dans le lointain, là où on pourrait être aussi. La force de ces lignes d’argent est fabuleuse sur la concentration et l’épurement de la pensée, qui fonctionne vite, plus vite. Soi avec soi est la dominante majeure, qui explique pourquoi certains adorent rouler la nuit sur l'autoroute, avant de prendre des décisions ou pour apaiser des débats intérieurs. C'était le cas, me semble-t-il de Françoise Sagan, d'un jeune homme aussi faisant un aller-retour Paris-Bordeaux dans la nuit... 

. Les lumières arrière des voitures et des camions qui roulent devant soi, en formant ce que j’appelle des « frisottis de lumière en couleurs », constituent l’autre cas de figure. Ils forment des guirlandes, des traits, des points… multicolores qui trouent la nuit, avec une dimension aléatoire et ludique très forte, du fait de l’impossibilité de prévoir les conduites à la fois le camion devant vous et la voiture dans laquelle vous vous trouvez et que vous ne conduisez pas. C'est alors un rappel du monde de la ville qui vit la nuit que vous venez de quitter, mais un rappel sans outrance, sans dominance, avec une nouvelle dimension artistique parfois, sans dimension de sécurité publique ni de plongée dans un univers de la communication.

Sortie de Paris, l'épurement de la lumière sur l'autoroute, cl. Elisabeth Poulain

Sortie de Paris, l'épurement de la lumière sur l'autoroute, cl. Elisabeth Poulain

                                                                       *

Quelques approches sur l’emploi de projection, rétroaction et émotion sans volonté de chercher de définition scientifique pour ce billet.

. La projection désigne ici un composite forcément culturel où la couleur est synonyme de joie, d’abondance et d’exubérance en mouvement. L’éclairage nocturne de la rue a représenté un facteur vraiment important de la sécurisation des rues des grandes villes en France à la fin du XIXe siècle-début du XXe. La couleur a représenté un pas de plus dans la vision nocture joyeuse de la ville la nuit. La projection est liée à la perception de l’émission positive du message culturel du monde de la couleur.

. La rétroaction désigne l’ensemble du retour de ce que perçoit notre mental associé à des influences fortement ancrées datant de l’enfance qui renvoient aux peurs inconscientes de la nuit. La rétroaction est liée à la manifestation de l’inconscient chez la personne.

. L’émotion regroupe tout ce qui se traduit en sensations diverses et variées qui appartiennent à chacun, sans volonté aucune surtout de généraliser. L’émotion génère des vibrations le plus souvent positives plus ou moins fortes chez celle, celui qui vit ce moment.

                                                                         *    

Pour suivre le chemin, voir si l’envie vous prend le précédent billet sur ce blog, sur le thème,  http://www.elisabethpoulain.com/2015/05/photos-aleatoires-les-couleurs-de-la-nuit-sur-l-autoroute.html

. Lire l’étude de Corinne Bayle, « Pourquoi la nuit », dans « Ateliers du XIXe siècle, la nuit dans la littérature européenne du XIXe siècle », http://etudes-romantiques.ish-lyon.cnrs.fr/wa_files/CorinneBayle.pdf

. L’éclairage de Paris la nuit sur http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89clairage_des_rues_%C3%A0_Paris  

. La signalisation routière au sol http://fr.wikipedia.org/wiki/Peinture_routi%C3%A8re  

. Clichés Elisabeth Poulain, avec une photo in fine de frisottis de lumière en couleur, tendance art contemporain, pour le jeu! 

Les couleurs de l'autoroute la nuit, les frisottis de couleurs de lumière, art contemporain, Cl. Elisabeth Poulain

Les couleurs de l'autoroute la nuit, les frisottis de couleurs de lumière, art contemporain, Cl. Elisabeth Poulain

Commenter cet article