Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Styles de Vie > Le mur entre tendances, usages & architecture

5 Mai 2015, 10:26am

Publié par Elisabeth Poulain

Traces d'une construction sur un mur latéral d'une maison, Cl. Elisabeth Poulain

Traces d'une construction sur un mur latéral d'une maison, Cl. Elisabeth Poulain

Un titre tout à fait imparfait, tant le mur devient si compliqué à décrypter dans ses évolutions aussi diverses et parfois contradictoires, qu’il interroge vraiment. Un mur reste-t-il encore un mur ? Chacun sait pourtant ce qu’est-ce un mur. Est-ce encore si vrai ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

Un mur est une construction humaine destinée à séparer deux espaces. On trouve ainsi des murs qui distinguent l’espace privé de l’espace public, des murs intérieurs dans un espace construit  avec des murs pour séparer les fonctionnalités. Quand on évoque un mur vu de l’extérieur, on imagine soit un mur plein, soit  un mur avec des ouvertures, telles que des portes et des fenêtres. Quand on est à l’intérieur, de l’autre côté du mur de séparation avec l’espace public, les murs peuvent aussi être  ceux de la maison et de ses dépendances, tout en n’oubliant pas des murs mitoyens avec le ou les voisins…

Dans des temps reculés, l’élévation d’un mur entre les habitacles dédiés aux humains, par différence avec ceux des animaux, a représenté une réelle avancée, dès lors qu’il fut possible de chauffer l’espace de  la famille, sans chercher à bénéficier de la chaleur émise par les animaux.  Vint ensuite le foisonnement des murs intérieurs pour dédier un espace, peut être pas à chacun mais à des groupes identifiés, les invités, les parents, les enfants, les serviteurs... Avec maintenant le grand espace difficile à vivre et dans lequel chacun va essayer de se créer son coin à lui. Pourtant la distinction reste toujours fondamentale partout dans le monde entre les murs de prestige, d’apparat, des murs fonctionnels, des murs de service, avec encore aujourd’hui des abysses proprement abyssales entre l'avant et l’arrière…     

Le mur peut aussi simplement être un élément de séparation comme l’est le mur de clôture entre le jardin et la rue par exemple. Il peut aussi être une partie d’un ensemble construit plus complexe d’une maison, d’un immeuble ou d’un simple appentis…En commun, il possède sa verticalité qui rencontre le sol à l’horizontal le plus souvent s’il s’agit d’un logement ; en dehors, il s’adapte au sol sur lequel il est implanté.

Murs de couvent, ville ancienne, Angers, Cl. Elisabeth PoulainMurs de couvent, ville ancienne, Angers, Cl. Elisabeth PoulainMurs de couvent, ville ancienne, Angers, Cl. Elisabeth Poulain

Murs de couvent, ville ancienne, Angers, Cl. Elisabeth Poulain

Le plus souvent aujourd'hui en France, le mur est monté en parpaings qui sont ensuite recouverts de ciment, auquel cas on n’en parle pas, sauf s’il présente quelque chose de spécial, comme une couleur particulière de peinture et/ou incrustation d’éléments de décoration. Il pouvait être aussi fait de pierre de la région pour garder l’identité régionale, de briques en Normandie et dans le Nord par exemple. La brique garde le plus souvent sa couleur rouge d’origine ; elle peut aussi être peinte en blanc quand il s’agit de mur intérieur d’ancien entrepôt. Parfois, le maçon a dessiné des motifs géométriques en utilisant des briques de couleurs différentes pour rythmer le mur. Pour l’intérieur, c’est le plâtre (placoplatre) qui est le plus souvent choisi ; il sera ensuite, au goût des occupants, peint, encollé de papier, tendu de tissus, ou revêtu d’un autre matériau…

Deux cas particuliers sont à citer, qui sont le mur de torchis et le mur de paille. Le torchis a beaucoup été utilisé dans des zones rurales, comme la Normandie où il existait de la terre d’argile, des branchages et de la paille à foison. Au fil du temps, des pierres de silex renforcèrent le remplissage. Le mur de paille est maintenant diffusé plutôt en milieu rural, dès lors que la place ne manque pas. Il est en effet gourmand d’espace pour assurer une bonne isolation. S’il offre peu d’inspiration aux publicitaires, il est intéressant à la campagne du fait de de la proximité de la ressource et de ses valeurs écologiques.

Il y a aussi ces structures recouverts de panneaux de métal, un usage hier encore réservé aux hangars des zones industrielles ou à la campagne, qui commence à investir des immeubles de bureaux et demain des résidences. Certains étudiants connaissent déjà ces conteneurs aux parois de tôles de métal renforcées utilisées comme des boîtes à vivre. C’est une réalité, au Havre en France par exemple, sans qu’on puisse dire que cet exemple ait été beaucoup suivi. Par contre, on va rencontrer le métal abondamment utilisé en tant que structure d’immeuble ou de construction haute.

S’il existe biens des murs de brique de verre, à la mode dans les années 1960, il n’y a pas de mur de verre proprement dit. On parlera alors d’une façade de verre, symbole de la transparence et de l’ouverture. La portance de l’ensemble est assurée cette fois-ci par une structure métallique qui parait s’effacer à la vue tant ses fines dimensions semblent adaptées aux parois vitrées. Du mur, il ne reste que des lignes verticales, horizontales et un jeu de parois vitrées, parfois elles-mêmes cachées par des plaques de métal en guise de pare-soleils. Ces grands espaces verticaux peuvent offrir, selon les cas, de jolies surfaces d’écran à des projections nocturnes.

Télescopage architectural urbain, entre briques et béton, Rouen, Cl. Elisabeth PoulainTélescopage architectural urbain, entre briques et béton, Rouen, Cl. Elisabeth Poulain
Télescopage architectural urbain, entre briques et béton, Rouen, Cl. Elisabeth PoulainTélescopage architectural urbain, entre briques et béton, Rouen, Cl. Elisabeth Poulain

Télescopage architectural urbain, entre briques et béton, Rouen, Cl. Elisabeth Poulain

De plus en plus, notre époque joue de l’association de plusieurs types de portance de la structure d’une construction. C’est le cas de la combinaison entre des murs traditionnels en béton pour assurer la structure portante d’un immeuble avec des sur-parois décoratives qui vont modifier l’image, le message et le rayonnement de la construction. Le mur proprement dit est alors dissimulé par ces sur-façades qui jouent les trouble-vues autant du dehors que du dedans, avec deux tendances actuellement. Une conséquence est qu’on ne parle plus de façade ni de mur proprement dit. La notion de mur va réapparaître à l’intérieur.

La première est la tendance « Gehry »(Bilbao...),  qui consiste  à poser en avant des sur-façades courbes, partielles et brillantes, en différents matériaux et couleurs, pour troubler le regard qui devine toujours en arrière et en partie les structures verticales et horizontales complexes d’accroche. L’autre grande tendance consiste à fixer par devant un parallélépipède une structure à creux décalée pour jouer de l’épaisseur entre le dedans et le dehors defaçon à se concentrer sur le travail intérieur. Ce sont des façons très technologiques et artistiques de créer de la valeur, où ni l’angle droit, ni l’horizontalité à l’exception des planchers, ni la verticalité ne sont plus des a priori fondamentaux. 

La tendance actuelle (2015) aborde de nouvelles façons de concevoir les espaces intérieurs où le concept de mur, cet espace reposant sur lequel bute le regard sans freiner la pensée, pour réaliser des grands espaces intérieurs où tout devient courbe et complexité, à un point fascinant et réellement hallucinant. Nous ne sommes qu'au début d'une conception architecturale numérisée proprement bouleversante au niveau mondial. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir des exemples à l'exposition universelle 2015 de Milan (voir notes de bas de page, avec deux exemples).      

Ce billet fait partie de ces réflexions jamais abouties qui naissent à la suite de perceptions visuelles contradictoires. Citons dans notre société ouverte, la tendance des murs extérieurs à s’élever alors que les open space sont un must de l’habitat d’aujourd’hui, qui qui co-existe avec la demande de chacun d'avoir un coin à soi, la demande de vue vers l'extérieur sans vue chez soi… l'exigence des touristes de « grands paysages » sans habitations visibles, ni signes de la vie fonctionnelle d'aujourd'hui… Et ce, alors même que les frontières entre les domaines publics et privés fluctuent mais pas toujours dans le sens qu'on pense, les mutations si rapides qu'on ne sait plus de laquelle on parle, les  frontières mentales  toujours présentes et peut être d'autant plus qu'on croit les avoir éradiquées … Une affaire à suivre, donc

   

Maisons normandes, Pont L'Evêque, ville ancienne, Cl. Elisabeth Poulain Maisons normandes, Pont L'Evêque, ville ancienne, Cl. Elisabeth Poulain
Maisons normandes, Pont L'Evêque, ville ancienne, Cl. Elisabeth Poulain Maisons normandes, Pont L'Evêque, ville ancienne, Cl. Elisabeth Poulain

Maisons normandes, Pont L'Evêque, ville ancienne, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Mur de briques http://fr.wikipedia.org/wiki/Brique_(mat%C3%A9riau)  

. Mur de paille http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_en_paille  

. Mur de pierre sèche http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_s%C3%A8che, avec un blog intéressant à conseiller http://pierreseche.over-blog.com/article-2517735.html  

. Mur de torchis http://fr.wikipedia.org/wiki/Torchis  

. Lire d’abord « Repères pédagogiques pour le jeune public » du Ministère de la Culture et de la Communication sur http://www.culture.gouv.fr/culture/politique-culturelle/reperearchitecture.pdf . Voir les précautions à prendre avec un mur ancien sur http://www.territoires.gouv.fr/IMG/pdf/atheba_murs_dans_bati_ancien.pdf 

. Retrouver des photos vraiment étonnantes du Pavillon italien à la récente édition de l’Exposition universelle 215 à Milan, œuvre de Nemesi et Partners, en particulier celle du hall d’entrée du pavillon, où tout, à part le sol et les marches des escaliers, n’est plus qu’imbrication et rupture sur l’ensemble de la prise de vue. A voir sur http://www.archdaily.com/507990/milan-expo-2015-nemesi-and-partners-reveal-smog-eating-pavilion-for-italy/  

. Voir aussi le cliché de l'intérieur du Pavillon français, une réalisation du cabinet XTU Architectes toujours à l'Exposition universelle2015, sur  http://www.lemoniteur.fr/article/une-voute-d-abondance-representera-la-france-a-l-expo-milan-2015-24118964

. Photos Elisabeth Poulain, sans forte recherche de ma part pour trouver des photos en adéquation stricte avec le texte... 

Commenter cet article