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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Callot, Les 7 péchés capitaux, entre représentation féminine, animale

8 Juin 2015, 17:07pm

Publié par Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris

Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris

Le titre d’abord. Il s’agit de montrer par sept exemples visuellement très forts le lien existant entre la femme, les sept péchés capitaux et l’animal, qui sont représentés en gravures datant du début du XVIIe siècle.

Le graveur est Jacques Callot (1592 - 1635). Sa renommée a été exceptionnelle, sa vie très courte et son amour de la gravure  étonnante. Malgré la volonté de son père pour le dissuader de devenir artiste, il a su poursuivre sa formation en Italie, en France et obtenir des commandes qui lui ont non seulement permis de vivre mais d’arriver à exprimer la plénitude de son génie. Imaginez ce qu’il aurait pu continuer à réaliser, s’il avait pu vivre au-delà  de ses 42 ans…à une époque où quittant Nancy et sa Lorraine natale, il alla parfaire sa formation à Florence, à Rome, à Turin, pour revenir en Lorraine et plus…

. Les 7 péchés capitaux. La date exacte de réalisation n’a pas été portée sur l’estampe. On connait seulement la période et le lieu, Florence semble-t-il. On ne sait pas non plus pour quel commanditaire elle a été faite ni dans quelles circonstances. Les dates 1617-1621 (1619-1621 pour Avaricia) indiquent la durée de la réalisation et la ville d’édition qui est Florence. Chacun des péchés est cité en italien et dans l’ordre suivant :

Superbia = L’orgueil     Avaricia = L’avarice    Gula  = La gourmandise          Inuidia   = L’envie    Luxuria = La luxure     Ira  = La colère     Pigriria =  La paresse

Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris

Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris

.1. Superbia – L’Orgueil - est incarnée par une jeune femme coquette qui se regarde dans son miroir. A ses côtés, un paon de grande taille ne saurait faire oublier.

.2. Avaricia - L’Avarice- est une vieille femme maigre qui compte ses pièces de monnaie dans sa main droite. A ses pieds se tient le sac qu’elle a posé à terre, avec dans son ombre un crapaud si gros qu’on dirait un chien.

.3. Gula - La Gourmandise - est une jeune femme gironde (bien en chair) qui tient de sa main gauche une amphore à vin et un verre à pied de sa main droite qu’elle tend vers le soleil . Par terre, la tête d’un gros sanglier dépasse.

.4. Inuidia – L’Envie- est une très vieille femme d’une extrême maigreur et d’une extrême méchanceté, très peu vêtue, qui porte à son bras droit un serpent enroulé, ainsi que dans ses cheveux et à sa jambe gauche une chienne aux mamelles pendantes. Un peu plus qu’Avaricia, sa copine, elle se présente de profil et regarde vers sa gauche, comme la chienne.

. 5. Luxuria - La Luxure - est un nu féminin, selon les codes de l’époque. La jeune femme présente son torse et son ventre dénudés ainsi que son bras droit et ses jambes. Sur sa main droite, elle porte un oiseau tandis qu’un bouc les contemple.

.6. Ira - La Colère - est un guerrier, un homme donc qui sera le seul des sept, qui porte un bouclier de sa main gauche tandis que la droite pointe l’épée vers le ciel. A ses pieds rugit son compagnon, le lion.

. 7. Pigriria - La Paresse - est une jeune femme assise semble-t-il sur son âne. Elle semble se reposer. Sa vêture semble correcte mais son aspect est peu négligé.

Jacques Callot, Pigriria, la paresse et les deux diables, Estampe, vers 1620, Cliché Gallica, BNF, Paris

Jacques Callot, Pigriria, la paresse et les deux diables, Estampe, vers 1620, Cliché Gallica, BNF, Paris

. Un diable noir volète au-dessus des six dames, demoiselles et vieilles femmes, et du seul homme présent. Symbolisant le péché, il constitue le seul point commun dans la bande des Sept, avec une exception et de taille : Pigriria, la flemmarde. Celle-ci, la dernière à être citée, est non seulement survolée par un diable de bonne taille mais en plus elle en a aussi un autre sur son côté gauche. La paresse pour une femme est en conséquence le pire des péchés. Quant aux hommes, à part la colère… 

. Le bestiaire aussi est impressionnant, entre le paon qui se pavane pour se faire admirer, le crapaud visqueux qui est horrible, le sanglier qui est un animal violent et dangereux, la chienne atroce de maigreur et de fatigue, le bouc lubrique, l’âne stupide et le lion dangereux…Je préfère les citer ainsi en les regroupant tant l’association avec les femmes est choquante.

. Quant aux femmes en effet, elles n’en demandaient certainement pas tant. Elles incarnent à elles seules 6 péchés sur 7 ; tous les mots latins sont au féminin, même Ira, la colère. Quant au français, le score est de 6 mots au féminin sur 7 mots au total. Seul l’orgueil échappe à cette vague féminine de mots négatifs. Et après, on s’étonne que la discrimination envers les femmes demeure aussi présente en 2015. Regardez toutes les représentations négatives que nous trainons derrières nous, ces tonnes de casseroles et cela depuis des siècles en latin, en français…

Pour suivre le chemin

. Retrouver toute la série sur le site de la BNF, avec la possibilité de voir chaque estampe en grand, et surtout sans coupure sur http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8495787f

 . A citer aussi la série remarquable datant de 1968 de Bordas Encyclopédie, 3 – Philosophies et Religions, une co-édition de Bordas-Laffont en pages 116 et 117, qui m'a donné l'ide de ce billet.

. Photos Gallica-BNF Paris

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