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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Collection Emmaüs > La petite chaumière > Peinture à l'eau d'amateur

11 Juin 2015, 19:33pm

Publié par Elisabeth Poulain

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

Elle est représentée sur du papier à dessin fort, collée sur une feuille de papier plus grande qui a jauni avec le temps. Le peintre, qui a signé son œuvre, a dû aussi faire le cadre, un cadre prévu pour défier le temps, tant il a mis de la colle pour être sûr que le tout allait tenir. En plus, Il a pris soin de coller sur l’arrière un échantillon de papier mural avec des fleurs en relief, à la mode dans les années 60. Il a ensuite vissé des attaches rondes dans lesquelles il a placé une ficelle solide, dont il a renforcé la résistance à l’endroit où la ficelle touchait le clou. Une technique qu’on utilise quand le tableau à suspendre est vraiment lourd, ce qui n’est pas le cas ici, même avec la plaque de verre en plus. Tous ces détails montrent l’importance que le peintre a attachée à sa création. Quand on est content de son travail, on ne lésine pas sur les derniers mètres à  parcourir avant d’accrocher son tableau au mur. 

Aucune date ni indication ne permettent de donner une origine à cette peinture ni à la chaumière. Elle pourrait être originaire du grand marais de Brière en Loire-Atlantique grosso modo d’avant 1960. Avant que la grande vogue et la vague touristiques uniformisent les représentations de ces maisons paysannes pauvres. Un grand nombre de chaumières ressemble désormais à l’image idéalisée de la vision souhaitée par les touristes locataires en période de vacances.  Les portes et des huisseries sont maintenant souvent peintes en bleu tendre, comme l’est le ciel quand  le temps est au beau en Basse Bretagne.

La chaumière que j’ai devant les yeux n’entre pas dans cette catégorie de chaumière touristique. Elle se situe même à l’opposé, dans la catégorie des vieilles maisons paysannes saisies juste avant que ne passe le grand vent du temps qui souffle, celui qui fait tomber les échelles, ouvre le haut de porte qui devrait être fermée, soulève le chaume du toit qui aurait dû être beaucoup plus épais pour garantir l’isolation contre la pluie et le froid…Il y a une mode en photo et en tableau,  non pas de la décrépitude, c’est un terme trop fort, mais plus simplement des effets du temps dans des endroits oubliés.   

Visiblement, la chaumière  n’est plus habitée depuis longtemps. Il n’existe plus de chemin pour aller du portillon à la porte d’entrée, ni de rideaux à la partie vitrée haute de la porte qui devait mener au séjour qui servait souvent de pièce à vivre unique. L’étable devait être à gauche du séjour, avec sa porte pleine qui pouvait s’ouvrir en haut pour donner de la lumière aux bêtes à la mi-saison. Notons l'absence de fenêtre. De l’autre côté, figurent des annexes moins hautes qui ont été calées contre la maison, en diminuant la hauteur de l’adossement à chaque fois. Des simples barrières faites de planches ou branches assemblées permettaient d’indiquer la frontière du clos, par différence avec les deux portes du bâtiment principal.

Une petite ouverture en partie haute de la maison permet d’accéder au grenier sous le toit de chaume. On y accédait grâce à une des échelles que l’on voit appuyées sur la façade. La hauteur importante de la façade de cette chaumière indique la volonté d’avoir de l’espace couvert et protégé supplémentaire. L’intéressant, bien que peu accentuée, est la courbe du chaume descendant un peu plus bas que la limite haute de la petite porte haute.  On retrouve cette découpe sur toutes les chaumières briéronnes pour pouvoir accéder à la soupente tout en protégeant le haut de la porte de la pluie poussée par le vent.

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

La composition. Le chemin de l’œil est retenu en bas par le portail qui devait juste être adossé aux deux poteaux bas composés de pierres. Cette façon d’entrer dans le dessin nous entraine sur la droite vers la partie haute du pignon dissimulé en bas par des arbustes. Puis le regard parcourt le chaume de la toiture principale, rebondit vers les toits plus petits des annexes et revient pour mieux voir l’avant de la chaumière, voir les différentes portes dont aucune ne ressemble à une autre, certaines ouvertes, la principale fermée…

Il faut parler ici du mur de façade et du mur latéral à droite. Ce qui m’a frappé est l’absence de pierres proprement dites, alors qu’on les devine sur ceux de l’annexe principale à gauche sur le dessin. Les murs étaient faits de pisé, en blocs d’argile découpés que l’on laissait sécher à l’air libre, avant de les monter en mur et de les enduire d’un enduit d’argile. C’est la grande différence d’avec des chaumières du Marais Vernier dans une des boucles de la Seine qui intègrent des éléments végétaux dans leur torchis.

Et puis survient l’élément végétal extérieur, très important en particulier pour la façade. Peut-être s’agit-il de plusieurs pieds de vigne, redevenus sauvages ? Le sol entre le muret et la maison est reparti à l’état de nature mais sans l’exubérance des herbes folles. C’est alors le moment de constater la présence d’un grand arbre feuillu en arrière des annexes sur la gauche.

Quant aux couleurs utilisées par cet artiste amateur, qui a une signature illisible, sauf pour lui, elles sont vraiment réussies. Il a utilisé une base de beige doré, assombri de gris pour la porte d’entrée et les ombres, du marron pour la pierre du muret pour le bois et surtout le chaume. Les verts jaunes et plus francs sont très présents aussi bien pour l’herbe au sol, une haie à droite, les plantes accrochées aux murs de devant ainsi que pour l’arbre, avec ses différences de profondeur. Le ciel porte les couleurs d’un gris ardoise léger, qui reste bien dans les teintes "couleur de terre" fanées de cette chaumière aux deux cheminées, une à chaque bout. Ce qui pourrait expliquer la présence d’une autre façade de l’autre côté, car on n’aurait pas mis de cheminée dans un local pour les bêtes. Cela permettrait aussi de comprendre la hauteur de la façade. Généralement sur des petites chaumières, l’écart entre le haut de la porte et le bas du chaume descendant accroché à la charpente est très faible.

La réussite vient du centrage sur l’essentiel, le lien à l’argile, aux roseaux de chaume , qui indiquent qu’un marais est proche, aux autres végétaux, avec des arbres là où il y a de la terre, qui donnent le bois, de la pierre pour monter les murets et certains murs des annexes. Il y a une réelle harmonie chromatique réussie par un peintre qui a visiblement réussi à traduire son émotion sur le papier. 

 

Pour suivre le chemin . Retrouver la série « Collection Emmaüs », qui regroupe des œuvres d’amateurs ou d’étudiants que j’ai achetées chez Emmaüs, quelque part en France, à voir sur ce blog, avec en particulier « La ronde des arbres bleus …L’étrange fleur carnivore … La fin de la moisson… Un vieux paysage de rivière…Coucher de soleil d’automne sur la jetée…Le bouquet de roses… »

. Lire l’étude intéressante que publie la mairie de Saint-Nazaire sur l’architecture du marais, celle qu’elle dénomme l’ « architecture briéronne et rurale 2007 » sur son site, avec de bonnes photos, de beaux dessins et des conseils pour restaurer, retaper… des chaumières, à voir sur http://www.mairie-saintnazaire.fr/fileadmin/media/PLU/PLU_en_ligne/Annexes /Cahiers_de_prescriptions_architecturales/architecture_brieronne_rurale.pdf .

. L'étude est l'oeuvre d’une architecte-urbaniste de Ville d’Avray, V. Thiollet-Monsenego vmonsenego@unefenêtresurlaville.fr  

. Pour mieux comprendre les paysages de Brière, voir http://www.parc-naturel-briere.com/paysages-briere.html  et le métier de chaumier sur le même site http://www.parc-naturel-briere.com/architecture-le-chaume-briere.html  

. Le Marais Vernier dans une première approche sur http://www.normandie-accueil.fr/page,0,0,185.html, avec peu de photos, dommage!  

. Photo Elisabeth Poulain

 

 

 

Commenter cet article

Margot 10/01/2016 12:49

Je suis vraiment impressionnée par l' analyse que vous faites de cette aquarelle (l'idée par exemple qu'il y ait une autre façade à cause de la présence de cheminée !). De plus je la trouve très réussie et pleine de charme en effet. Vous avez bien fait de l'acquérir ...

Ambroisie.