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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Jacques Callot > Son bestiaire des sept péchés capitaux > Estampes

10 Juin 2015, 13:46pm

Publié par Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, lion d'Ira, paon de Superbia, Cl. Elisabeth PoulainJacques Callot, Les 7 péchés capitaux, lion d'Ira, paon de Superbia, Cl. Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, lion d'Ira, paon de Superbia, Cl. Elisabeth Poulain

Jacques Callot est un des plus grands graveurs européens. Il est né en Lorraine à une époque au début du XVIIe siècle, où chercher à apprendre l’art de la gravure se faisait naturellement en Europe, en descendant vers le sud, en Italie, à Rome, à Turin… Je vous en ai parlé hier dans un billet centré sur la femme, qui incarne à elle toute seule six des sept péchés sur ses frêles épaules.

Avec une circonstance aggravante, qui est que le diable voletant est toujours présent au-dessus de sa tête à elle. Parfois même un seul diable ne suffisait pas. Jacques Callot n’a alors pas hésité alors à lui attribuer deux diables qui se battent presque pour stigmatiser encore plus cette pauvre jeune fille pour sa paresse. Avec de telles gravures compréhensibles par toutes et tous, imaginez qu’elle pouvait être la vision très négative projetée sur celle qui est à la fois orgueilleuse, avare, gourmande, envieuse, aguicheuse et paresseuse... La dureté de la condition féminine telle qu'elle se présentait en une véritable BD des années 1617-1621!

Seul l’orgueil relève de la sphère masculine. A se demander si, du coup, c’est bien un péché. Ne serait-ce pas simplement un trait caractéristique de l’Homme avec un grand H? Jacques Callot a franchement tranché. C’est non, c'est une caractéristique virile : son guerrier est représenté dans toute la beauté de son épanouissement d'homme, avec un magnifique lion à ses pieds.

Revenons aux autres animaux incarnant cette fois-ci les femmes des péchés. Contrairement au billet d’hier, je ne vais pas vous les citer dans l’ordre attribué par le graveur et toujours repris depuis leur date approximative de réalisation du début du XVIIe siècle. Je vais les choisir par ordre de laideur en incluant aussi un autre critère qui est celui de la femme. Parfois les deux laideurs - animale et féminine - vont de pair, ce qui pourrait signifier que le péché concerné est vraiment horrible. Voyons donc si cette hypothèse est validée.
 

Jacques Callot, les 7 pèches capitaux, sanglier-Gula, chienne-Inuidia, crapaud-Avaricia, Cl.. Elisabeth Poulain Jacques Callot, les 7 pèches capitaux, sanglier-Gula, chienne-Inuidia, crapaud-Avaricia, Cl.. Elisabeth Poulain Jacques Callot, les 7 pèches capitaux, sanglier-Gula, chienne-Inuidia, crapaud-Avaricia, Cl.. Elisabeth Poulain

Jacques Callot, les 7 pèches capitaux, sanglier-Gula, chienne-Inuidia, crapaud-Avaricia, Cl.. Elisabeth Poulain

. En Ier, voici la chienne, compagne d’Inuidia, l’envie. Cette pauvre bête fait pitié tant elle est maigre. On voit ses côtes jaillir, ses grosses mamelles pendantes à force d’avoir nourri ses portées. Elle fait vraiment peur. Il faut dire qu’Envie n’est pas mal non plus, avec sa maigreur, ses seins pendants et les serpents qui sifflent dans ses cheveux et sur son bras. Un binôme bien assorti, avec une vieille femme qui ressemble à la chienne en pire, à cause des serpents.

. En 2e position, le crapaud d’Avaricia, l’avarice. On le voit mal car il se cache dans l’ombre de la jupe de la vieille femme. C’est vrai que les crapauds aiment parait-il le clair-obscur du crépuscule. Il est un symbole de laideur et de maladresse. Son côté lunaire le rendrait infernal et ténébreux. Pour sa part, Avarice a un visage atroce, avec ses yeux renfoncés dans leur orbite.

. En 3è lieu, citons le sanglier de Gula, la gourmandise. Il est monstrueux avec son gros corps et sa langue pendante. En Occident, il est peu de dire qu’il n’est pas spécialement apprécié dans les campagnes. C’est un symbole de la goinfrerie qui, pour son plaisir, est capable de ravager les cultures sur son passage. Ici il est même un démon, qui a raison de se cacher dans l’ombre de la jupe ample de sa maîtresse. Celle-ci, Gourmandise, n’offre par contre vraiment rien de repoussant ni de liens particuliers avec son animal-symbole. Elle est même plutôt agréable à regarder. Elle est gironde. C’est la première dissociation que l’on rencontre.

. En 4è place, vient le bouc de Luxuria, la luxure. A nos yeux, iI n’a rien de vilain, il a même l’air sympathique. A l’époque, au XVIIe siècle, il était encore le symbole de la libido pour les Lettrés nourris de cultures grecque et romaine. C’était cet animal qu’on sacrifiait dans l’Antiquité en Grèce lors des fêtes données en l’honneur de Dyonisos, le Dieu de la Vigne, du Vin et de la Fête. Quant à Luxure, elle répond aux canons des beautés rondes d’alors, bien nourries, bien en chair. Lui regarde sa maîtresse, qui admire son oiseau qui est plutôt un symbole de légéreté et de beauté. Voila le second  cas de dissociation.

. En 5e et dernier, se présente l’âne de Pigriria, la paresse. Je vous le dit franco, l’âne est une brave bête, dure à l’ouvrage. A la Renaissance, il fallait trouver un animal porteur de beaucoup de défauts, ce fut lui. Il était soi-disant bête, ignorant, stupide, flemmard…en un mot la paresse incarnée. La pauvre jeune fille, Paresse, vraisemblablement une servante levée tôt et couchée tard, était peut-être aussi très fatiguée, comme lui, l’âne, son compagnon de lourdes tâches.

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, le bouc-Luxuria, l'âne-Pigriria, Cl. Elisabeth PoulainJacques Callot, Les 7 péchés capitaux, le bouc-Luxuria, l'âne-Pigriria, Cl. Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, le bouc-Luxuria, l'âne-Pigriria, Cl. Elisabeth Poulain

Hors catégorie, je vous ai déjà parlé du lion d’Ira, la colère. L’animal est très attentif à côté de son maître, prêt à bondir sur l’assaillant, ses deux pattes de devant déjà en l’air. Il n’a pas l’air spécialement irrité ni en colère. Il n’a pas la bouche ouverte, prête à croquer de l’ennemi par exemple. Quant à Colère, il incarne toute la puissance de l’attaquant, l’épée à la main. Sa vaillance ne semble pas forcément dictée par la colère. On dirait plutôt un sportif bien entraîné, avec nos yeux d’aujourd’hui. Aucun des deux ne symbolise un péché, ni la colère. Quoi qu’il en soit, les deux vont bien ensemble. Ils sont en pleine forme.

Il reste à vous parler du paon de Superbia, l’ambassadrice de l’orgueil. Et c’est là, où cela ne va pas. Le paon est un symbole solaire, qui transmet en particulier la rutilance de sa beauté qu’il peut déployer ou cacher à volonté. Il n’est pas un symbole d’orgueil. Il pourrait certainement signer la vanité. Il était à coup sûr signe de richesse et de beauté. Son association avec Orgueil, la belle dame va très bien. Et comme pour le lion, ce n'est pas un hasard.

                                                                      *

Quelques mots pour finir. Quand on analyse les gravures de Jacques Callot, on comprend bien la raison de la présence animale. Celle-ci permettait de mieux faire ressortir certaines facettes de ses personnages, quitte à exagérer dans le sens que souhaitait l’artiste. Celui-ci n’hésitait pas non plus à flatter les puissants et les riches, en représentant des belles dames comme Superbia et Luxuria,  et à charger les vieilles pauvresses, quitte à en faire beaucoup dans la laideur ou la peur. Je sens qu’Inuidia va me donner des cauchemars et sa cousine Avaricia aussi… !

Quant au lien entre la gravité du péché et la laideur des personnages, je ne peux vraiment pas me prononcer sur ce point, tant la définition des péchés eux-mêmes a changé au fil des siècles et des styles de vie aussi.Quoi qu'il en soit, cette analyse visuelle toute simple est beaucoup plus  riche quand on se focaise sur l'animal, comme dans cette version n°2, alors que la découverte des dames dans la version n°1 a permis de découvrir la série. Les objectifs étaient différents, l'anlyse aussi et donc les résultats...

                                                                     *

Pour suivre le chemin

. Retrouver le billet  centré sur les sept péchés capitaux vue à travers la double représentation de la femme et des animaux, http://www.elisabethpoulain.com/2015/06/callot-les-7-peches-capitaux-entre-representation-feminine-animale.html  

. Voir la symbolique des animaux sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_des_animaux  

. L’âne sur http://www.mere-nature.com/animaux/ane/ane_intelligence.php  . Le bouc sur http://axiomcafe.fr/pourquoi-le-diable-est-il-represente-mi-homme-mi-bouc . Le chien dans notamment http://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_dans_la_culture . Le crapaud sur http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/Des_crapauds_et_des_hommes.PDF . Le lion dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Lion_dans_la_culture  . Le paon sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Paon Le sanglier sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_du_sanglier

. Photos Elisabeth Poulain. Retrouver les photos des estampes avec leurs références dans le billet précédent déjà cité.

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