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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Paysages bleus & jaunes de Normandie > Champs de lin dans l’Eure

18 Juin 2015, 16:31pm

Publié par Elisabeth Poulain

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cliché France Poulain

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cliché France Poulain

Nous sommes en Normandie, dans le département de L’Eure au début du mois de juin. C’est la pleine période de la floraison des graines de lin montées en tige avec une toute petite fleur au sommet. Sa floraison proprement dite ne  va durer que quelques jours. 

Devant vous se déploie une très grande surface bleu-mauve de millions de petites fleurs de lin qui forment un tapis ondulant doucement d’une bonne soixantaine de cm de haut ou plus. J’avoue ne pas avoir sorti mon centimètre enrouleur que je devrai toujours avoir avec moi, ni avoir plongé mon bras dedans pour mieux sentir la hauteur.

Le bleu parme incomparable de la fleur de lin. D’une très grande finesse, sa couleur ne se compare à nulle autre dans le règne végétal. Elle a de plus cette particularité unique  de se voir sur de très grandes parcelles de terre sans barrière, que l’on peut admirer de la route, à condition d’être dans la moitié nord de la France en Normandie, Haute et Basse, en Picardie et, parait-il, dans le Grand-Est parisien.

On a l’impression de noyer son regard dans un bain de bleu très particulier, un bleu parme léger, adouci par le vert jaune des tiges, celles qui vont donner les fibres avec lesquelles seront faites la corde de lin, la toile de lin et les tissus plus fins après de nombreuses opérations pour extraire la fibre.

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cl. France Poulain

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cl. France Poulain

La culture du lin. Il lui faut plusieurs conditions pour pouvoir s’épanouir. D’abord et avant tout la terre, une terre légèrement acide riche et profonde, et une rotation des cultures pour éviter des maladies. Ajoutez ensuite de l’humidité au printemps car c’est une plante gourmande en eau, de la chaleur pour monter en graine rapidement et du vent. Le bon vent, pas un vent trop fort non plus pour éviter aux plants d’être couchés de sorte qu’ils ne pourraient plus être fauchés mécaniquement pour en faire des rouleaux impeccables. Le bon vent , celui qui va sécher le plant coupé laissé à terre pour le rouissage, afin d’amollir la fibre,

De grandes parcelles sont nécessaires à son semis en lignes longues et régulières. Les chiffres donnent le tournis. On compte entre 1500 et 1600 plants au m2. Imaginez la voracité de toutes ces petites graines pour devenir des plants avec beaucoup de travail de l’homme, même assisté par des machines ! Cette alliance entre la terre, la graine et l’homme conduisant les machines est fabuleuse.

Les particularités de la récolte du lin. De très grosses machines sont en effet nécessaires pour arracher ces tiges très dures, si dures qu’elles ne peuvent être traitées sur le moment. Il faut laisser au temps, à l’humidité et au soleil le temps de faire leur travail, pour amollir les tiges en les laissant sur place au sol pour que le rouissage puisse faire de façon optimale.

Les éléments naturels ne sauraient pourtant suffire. Parmi les grosses machines, j’ai mentionné les « arracheuses », auxquelles s’ajoutent les « retourneuses » pour retourner les bottes à terre pour faciliter le séchage du côté jusqu’alors tourné vers le sol, puis des « enrouleuses » qui vont former des balles où les tiges (les andains) vont finir de sécher.

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Après seulement commencera le dur travail du teillage du lin…pour extraire les fibres. La grande aventure de l’extraction des fibres commence et là un nouveau voyage commence, qui va être planétaire. Et je n’exagère pas. Jugez-en !

Actuellement et depuis des années, la France est le leader mondial de la production de lin pour la qualité des fibres. La culture a été réintroduite au XIXè siècle par des agriculteurs de Flandres (Belgique). En France, les deux-tiers de la production se font en Normandie, en Seine maritime, dans l’Eure, au pays de Caux, dans la plaine de Caen, au Pays d’Ouche. Le lin est alors transformé en filasse par des coopératives et des teilleurs privés pour une faible part.

La filasse faite, on se retrouve tout à coup en Chine, une fois le transport effectué bien sûr. La République populaire achète en effet 80 à 85% de la production mondiale de filasse. C’est là-bas que les lots sont peignés pour être débarrassés de toutes leurs impuretés physiques telles que du bois, de la terre, des débris minéraux. Une activité industrielle qui doit être, à mon avis, dure physiquement. Le peignage étant fait, la Chine revend la filasse peignée cette fois-ci aux tisseurs en particulier européens situés essentiellement en Italie et dans les Pays de l’Est…

Et tout ça, grâce à cette petite fleur, d’un bleu-parme si léger qui change avec la lumière, qui ne dure que quelques jours, d’une plante qui existait déjà à l’époque du Néolithique, 7500 ans avant Jésus-Christ. La plante est en effet née en Perse et en Egypte. Sa diffusion s’est faite par la Méditerranée. En France, les archéologues en ont retrouvé des traces dans la Vallée de la Deule (Nord-Pas de Calais).

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014

Cette plante nous offre une autre surprise. Le vert vif et tendre à la fois des tiges devient presque jaune-vert une fois la floraison terminée…Quand vous apercevez ces grandes parcelles au mois de juillet, vous savez que la prochaine floraison sera pour l’année prochaine… Une photo d’un grand champ de lin en pleine floraison agit comme un déclic, qui vous fait faire le tour du monde en aller-retour, via la Chine, et un grand retour 7500 ans en arrière, au temps du Néolithique, grâce à ce très beau cliché de France Poulain pris dans l’Eure en 2015.

Pour suivre le chemin

. Voir l’article très complet sur le « lin cultivé » sur wikipedia, avec en particulier le lexique technique, pour vous y retrouver.  

. Trouver l’essentiel de l’information sur le lin en Normandie sur   http://www.chambre-agriculture-normandie.fr/panorama-lin-normandie/

. Découvrir le site de référence européen du lin, avec aussi un blog très documenté http://www.mastersoflinen.com/pages/phototheque/31  

. La fiche professionnelle sur les techniques et les métiers du lin, avec beaucoup d’informations techniques et juridiques précises http://www.fmpcisme.org/FMPPDF/804/FicheResume.pdf  

. Des informations aussi sur http://www.sme76.fr/Upload/medias/sme_actes_rencontres_lin_juin_2012.pdf  

. L’étude d’Emmanuel Martial 2008 en texte intégral et avec des photos, en particulier une fosse de rouissage à Houphin-Ancoisne, rue Max Dormoy « Exploitation des végétaux et artisanat textile au Néolithique final sur les sites de la vallée de la Deûle (Nord - Pas-de-Calais) » en page 114 sur http://nda.revues.org/611  

. Photos : France Poulain pour le champ de lin dans l’Eure 2015, avec de grands remerciements de ma part et quelques photos personnelles pour le lin jaune, après floraison.

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Sillon entre les Rangées, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Sillon entre les Rangées, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Commenter cet article

DUTERTE Guy 27/04/2017 15:42

aimerais etre prévenu de la floraison du lin pour admirer le résultat

Elisabeth Poulain 28/04/2017 12:16

Difficile à faire quand on n'est pas sur place! En plus la floraison est vraiment courte. Une piste pourrait peut être consister à appeler la Chambre d'Agriculture de l'Eure pour avoir au moins des indications. approximatives de dates...