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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Saint-Nazaire – Port > Felice Varini < Paris - Cours Edouard VII

27 Juin 2015, 16:18pm

Publié par Elisabeth Poulain

Saint-Nazaire, le port, aperçu sur un triangle rouge de Felice Varini,  wikipedia, abxbay

Saint-Nazaire, le port, aperçu sur un triangle rouge de Felice Varini, wikipedia, abxbay

Le titre en commençant par l’artiste franco-suisse Felice Varini. Il est de ceux qui aiment les grands espaces construits, avec des surfaces de grandes amplitudes dans des situations complexes.

. A Saint-Nazaire, l’artiste scénographe, a pu s’exprimer sur les toit d’un grand hangar de 120 mètres de long, tout en jouant sur d’autres surfaces en seconds, triples ou plus plans successifs dans le paysage portuaire.

. C’est le cas aussi par exemple à en plein cœur de Paris IX dans un espace entre des immeubles distincts, non jointifs et non positionnés à angle droit. Le projet offrait un défi au degré maximal de complexité, propre à satisfaire un chercheur en impressions visuelles innovantes et à attirer les curieux d’un art visuel qui détonne vraiment dans un univers de rigueur où la maitrise règne en reine. Et cela à Paris, tout près du Boulevard des Capucins, entre l’Opéra et la Madeleine et du Music-Hall de L’Olympia.

Felice Varini est un brouilleur de frontières qui aime les perceptions fortes et pourtant très fines de nature à troubler nos sensations dans des espaces qui peuvent être publics ou privés et pourtant ouverts. Ce n’est pas tant parce qu’il a une double appartenance suisse et française, c’est qu’il aime jouer avec les dimensions, les plans, les éléments construits anciens ou contemporains, à partir du moment où la complexité visuelle entre en jeu. Un grand mur tout simple ne saurait lui suffire, à moins d’avoir une forte singularité, auquel cas, il ne serait pas simple. La fonctionnalité du support construit lui importe peu, du moment qu’il peut imaginer s’emparer d’une image réelle d’un toit et/ou de façades pour commencer à dire autre chose autrement.

C’est un joueur d’espaces qui aime les grandes dimensions en plans-séquences qui séparément n’offrent que peu d’intérêt en eux-mêmes mais qui ajustés par lui dans l’espace, avec de l’espace entre eux, composent un ensemble. L’important n’est pas la surface seule, verticale ou inclinée, déclinée au singulier ou au pluriel, mais l’intégration de l’espace entre ces surfaces dans son œuvre, comme une partie constitutive. C’est dire que ce créateur, ce compositeur de nouvelles images intègre l’espace qui sépare les éléments de ses compositions en tant que partie prenante d’un nouveau paysage résultant d’un rapport différent à l’espace dans le paysage.
 

Saint-Nazaire, le port, aperçu sur sur plusieurs triangles rouges, Felice Varini, wikipedia Demeester

Saint-Nazaire, le port, aperçu sur sur plusieurs triangles rouges, Felice Varini, wikipedia Demeester

. A Saint-Nazaire, Il y a aussi particulièrement un défi et une volonté réussie de la part de l’artiste de re-créer un point-centre de sa création d’où celle-ci va pouvoir être vue dans sa plénitude, acceptée et comprise. C’est aussi pour lui une façon d’être le maître d’un nouveau monde visuel, d’une grande dimension, existant réellement, en particulier grâce au numérique. Le point focal à Saint-Nazaire se situe sur la terrasse panoramique de l’écluse fortifiée.

Une autre façon de pouvoir appréhender ce sur-paysage rouge et blanc de Saint-Nazaire, est de laisser votre esprit et vos yeux à même d’établir un lien entre ces triangles rouges, qui surgissent de façon apparemment inopinée sur un silo à grain ou une haute tour de stockage, comme il en existe dans tous les ports. Et vous admirez le bâtiment qui n’avait jusque-là eu aucune importance à vos yeux et qui est devenu maintenant un emblème visuel de Saint-Nazaire. Une sorte de signature qui allie la reconnaissance de l’histoire et la réalité industrielle du port nazairien et l’art dans sa dimension la plus innovante et impactante sur le paysage portuaire.

Huit ans après Estuaire 2007, vous vous surprenez toujours à chercher ces pointes de flèches, comme j’appelle les triangles de Fabrice Varini. Et vous découvrez que la ville, dans le quartier portuaire, adore maintenant vraiment utiliser le rouge, comme couleur positive et tonique. Avant et juste après la seconde guerre mondiale, cette couleur aurait pu être perçue comme une provocation politique à l’égard de la classe ouvrière, très active comme il en allait alors dans toutes les villes portuaires, surtout dotées de chantiers navals.

Paris, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés Elisabeth PoulainParis, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés Elisabeth PoulainParis, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés Elisabeth Poulain

Paris, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés Elisabeth Poulain

. Le second exemple dont je vais vous parler se situe à Paris en retrait du boulevard des Capucins, tout près du théâtre Edouard VII et du music-hall de l’Olympia. Le Cours Edouard VII comme il est indiqué sur la plaque accrochée aux murs d’un des immeubles concernés par la transfiguration de Felice Varini. On préfère dire maintenant le Carré Edouard VII pour faire la paire avec le Théâtre Edouard VII – Café Guitry, près du Square du même nom, juste devant le théâtre.

Pour lier ensemble ces immeubles qui se ressemblent et dont chacun diffère de ses voisins, les concepteurs ont fait appel à Felice Varini qui là aussi a réussi l’exercice avec brio. Il s’agissait, du moins est-ce ainsi que je l’imagine, d'unir ces immeubles non jointifs de même facture et sans aucun élément de différenciation, si ce n’est leur orientation. Il s’est agi de les faire parler, jouer l'un avec l'autre avec des lignes intégrant l’espace entre eux, sans les alourdir, sans chi-chi inutile. Une façon virtuelle, vraiment nouvelle d’accroître une perception surprenante du pouvoir d’expression de « l’espace architecturale » non construit en ce plein cœur de la capitale à la forte densité, même pour des Parisiens blasés.

« L'espace architectural, et tout ce qui le constitue, est mon terrain d'action » constitue la premières phrase de la description que Felice Varini fait de son travail. C’est réellement une nouvelle dimension qui s’ajoute à toutes les recherches sur la perspective, le paysage… qui sont menées depuis de longs siècles et ceci dans toutes les cultures du monde. Et le rouge est sa lumière, sa couleur phare. Un rouge orangé particulièrement lumineux et fort, qui s’impose à la vue et à l’esprit de façon à les rendre captifs. Son pouvoir d’expression est si grand que je gage qu’on lui garde à vie une sensibilité particulière, de la même façon qu’on croit apercevoir maintenant du rouge Varini dans beaucoup d’endroits de Saint-Nazaire, même quand ce n'est pas le cas. C’est impressionnant quand même. Citons juste pour le plaisir le grillage d’aires de stockages dans la zone portuaire, une immense grue un peu plus loin, un bateau rouge…sans compter son site rouge, avec même un carré rouge qui précède l'adresse de son site.

Paris, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés  France  Poulain, Elisabeth PoulainParis, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés  France  Poulain, Elisabeth Poulain

Paris, Cours Edouard VII, oeuvres de Felice Varini, Clichés France Poulain, Elisabeth Poulain

L’artiste pourtant n’a pas fait ce choix pour Paris. Il a sélectionné trois couleurs, le bleu, l’orange et le jaune, pour faire dialoguer les immeubles entre eux, sans les alourdir. Les visiteurs curieux sont nombreux à lever la tête pour admirer ce jeu d’acteurs entre un artiste plasticien, des murs de façades distinctes, des couleurs différenciées et des formes adaptées à chaque cas. Visiblement, il ne s’agissait pas de trouver un lien visuel identique et de le dupliquer en changeant seulement la couleur et le trait. Il lui a fallu faire autrement:

. Au bleu moyen tracé en trait fin est dévolu le pouvoir d’exprimer « cinq ellipses », une spirale brisée en pointillé dans l’espace entre les deux bâtiments que l’on aperçoit d’autant mieux que l’on a l’impression de passer dessous, comme sous une arche en spirale invisible.

. L’orange en traits plus épais est dédié à quatre grandes flèches qui partagent l’espace en tournant autour de deux fenêtres voisines, de sorte qu’elles forment « quatre triangles ».

. Le jaune est utilisé pour dessiner « un double trapèze », un carré biscornu pour former aussi « quatre triangles » visible dès l’entrée dans la Cour . Du fait du pouvoir d’attraction très fort de ces façades qui parlent une langue mystérieuse et qu’on cherche à décrypter, les visiteurs sont nombreux à marcher le nez en l’air, pour s’imprégner d’une certaine atmosphère en plein cœur de Paris. Ils marchent d’autant plus facilement que le sol est entièrement recouvert et qu’il n’ y a aucune présence végétale. Par contre, pour éviter la collision entre les lignes de façades et le sol, celui-ci est tracé de lignes rectangulaires formant des carrés réguliers, pour apaiser l'esprit dont les yeux sont occupés à regarder en l'air et parler aux pieds pour les rassurer.

Et c’est ainsi que l’on passe très facilement d’un port à l’atmosphère vraiment très portuaire à un nouvel endroit très chic en plein Paris, en se surprenant à chercher où se trouve les signes de couleurs, comme une nouvelle langue qui s'adresse à des connaisseurs…Un formidable pari de création architecturale et picturale numérique réussi dans les deux cas !

                                                                          *

. Pour découvrir Felice Varini,  se rendre sur son site au carré rouge, à la page d’accueil rouge sur http://www.varini.org/index.html

. Pour suivre le chemin menant au Port de Saint-Nazaire . Felice Varini à Saint-Nazaire pour l’Evènement Estuaire 2007 sur http://www.estuaire.info/fr/oeuvre/suite-de-triangles-saint-nazaire-felice-varini-2007/  Il existe aussi une plaquette « Estuaire 2007.2009.2011, Nantes <>Saint-Nazaire, le paysage, l’art et le fleuve, www.estuaire.info  . Voir aussi le carnet de jeux conçu pour les enfants. Pout la série des triangles, il faut trouver le point où les triangles apparaissent en continue sur http://www.estuaire.info/fr/telechargements/  Ainsi que sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Suite_de_triangles  . Voir la photo prise à partir du point choisi par l’artiste sur http://www.pnlphotographies.com/saint-nazaire-la-suite-de-triangles/  . Photos Saint-Nazaire des Triangles 2007, d’après le dessin du silo d’Estuaire 2007-2009 et Elisabeth Poulain pour 2014, 2015

. Pour suivre le chemin menant au Carré Edouard VII à Paris . Le Cours, le Carré ou le Square Edouard, propriété de la SFL, à découvrir dans l’important dossier de presse très précis et très complet « Mémoires contemporaines 2 » de 8 pages sur http://www.fonciere-lyonnaise.com/Carre-Edouard-VII/upload/DP_Felice_Varini_Memoires_Contemporaines_2-V2.pdf  ainsi que http://www.servcorpconferences.fr/2012/10/04/surprenant-lart-contemporain-sinvite-dans-le-square-edouard-vii/  . Le Théâtre Edouard VII-Café Guitry à retrouver sur http://www.theatreedouard7.com/  

. Pour Saint-Nazaire, photos des contributeurs wikipedia, abxbay et Demeester, avec mes remerciements,  Elisabeth Poulain, France Poulain pour les autres. Pour Paris, belles photos d’André Morin à voir dans le site de la Foncière Lyonnaise ainsi que dans la plaquette d'Estuaire 2007.

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