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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Yves de Saint-Jean, Peintre aquarelliste > La légèreté du Val de Loire

15 Juillet 2015, 09:13am

Publié par Elisabeth Poulain

Yves de Saint-Jean, aquarelle, Village de Touraine, Cl. YDSJ

Yves de Saint-Jean, aquarelle, Village de Touraine, Cl. YDSJ

N’est pas aquarelliste qui veut. Il faut au peintre une grande capacité à saisir l’essence d’un paysage, la profondeur d’une scène naturelle, pour rejeter Instinctivement l’accessoire de l’important, pour ne garder que l’impression de la sensation fugitive d’une forme, d’un assemblage de lignes et de la cohabitation des couleurs. Avec une sureté du geste qui va de pair avec une grande vitesse. En aquarelle, on ne revient pas en arrière, on recommence autrement. Yves de Saint-Jean aime à traduire à sa façon la nature en aquarelle, celle du Val de Loire en particulier. Un Val de Loire marquée par l’eau bien sûr, celle de la Loire et de ses affluents qui couvrent environ un cinquième de la superficie de la France, en particulier celle qui est située à la confluence entre plusieurs régions, entre le Maine, la Touraine et l’Anjou. Un territoire, qui s’enrichit de ses différences en rive droite du grand fleuve, porteur d’une grande variété de paysages naturels d’une grande finesse, un peu hors de tout, comme inscrits en un temps lent, apaisé et pourtant bien réels. Là, la terre est riche, l’eau est abondante, les habitations savent s’insérer, comme s’il leur était naturel d’avoir toujours été là, sous « l’insoutenable légèreté de la lumière », comme le disait un vigneron de la Loire, situé lui, en rive sud, avant Saumur.

. « Le village de Touraine ». Il est saisi du haut d’une colline basse qui permet de voir les maisons groupées autour de l’église, enserrées de l’extérieur par un anneau d’arbres qui leur assurent la fraicheur, avec tout autour des prairies qui doivent sentir couler l’eau vive des ruisseaux. C’est l’image d’un village tel que nous l’imaginons, même s’il ne nous est pas possible de le voir « pour de vrai » comme disent les enfants. Cette eau, cette fraîcheur surtout se sentent, tout particulièrement en levant les yeux vers le ciel. Il est bleu, d’un bleu clair, léger et pourtant vif. Il est tonique aussi, il chante sa propre chanson d’air heureux. Il perçoit le vent léger dans les feuilles des arbres, tout en vibrant à la chanson de l’eau, à la grande joie du peintre, qui lui sait, sent, entend que sa création chante juste. C’est à ce moment qu’il faut alors savoir s’arrêter. Et c’est ce que fait Yves de Saint-Jean pour ce jour-là.
 

Yves de Saint-Jean, aquarelle, La Masure, Cl. YDSJ

Yves de Saint-Jean, aquarelle, La Masure, Cl. YDSJ

. « La Masure ». C’est une toute petite chaumière, comme on en imagine entre rêve et éveil, qu’on découvre, comme si le hasard avait voulu que le peintre passe justement par-là, alors qu’il devait prendre une autre route…Comme si elle l’attendait pour qu’il la croque en aquarelle. Et c’est cette spontanéité que l’on sent très fortement, associée à la désignation que le peintre lui a donné.

La masure est un ancien mot français qui désigne une vieille maison pauvre. Les dictionnaires parlent d’une maison misérable et délabrée. La masure que nous présente Yves de Saint-Jean est au contraire charmante. Elle est d’une grande sobriété, un modèle d’équilibre avec sa porte au milieu, ses petites fenêtres de chaque côté. Une cheminée à droite devait chauffer la salle de séjour en bas et peut être tenir le grenier au Ier étage au sec l’hiver. Des appentis, comme il en existe toujours à la campagne, sont placés à la gauche de la maison, dans laquelle on entre par le chemin qui prend place au centre bas de l’aquarelle.

Beaucoup de détails donnent vie à cette aquarelle. Citons la couleur terre des murs, le rouge foncé du toit, les arêtes de pierre blanche de falun pour renforcer le chaînage des coins des murs et encadrer la porte et les fenêtres, les deux barreaux à la fenêtre du haut, en l’absence de volets. Des arbres de grande force, qui ont déjà atteints une maturité en phase avec la chaumière, protègent cette maison paysanne par l’arrière. L’ensemble donne une belle impression d’équilibre de vie, grâce vraisemblablement au halo bleu qui signe les ombres. C’est lui qui donne à la composition une aura exceptionnelle d’étrangeté, pas inquiétante, au contraire apaisante…Après avoir vu du haut le village de Touraine, rêver devant la masure en face à face, il nous reste à faire une nouvelle découverte en allant plein sud vers la Loire.

Yves de Saint-Jean, Aquarelle, Habitat troglodyte, Cl. Elisabeth Poulain

Yves de Saint-Jean, Aquarelle, Habitat troglodyte, Cl. Elisabeth Poulain

. Descendre dans une cavité creusée dans la pierre de falun est l’aventure qui nous attend maintenant. C’est la chaleur que nous renvoie cette aquarelle de plein été face à ce que nous pouvons voir d’un habitat troglodyte, qui est pourtant à l’intérieur réputé pour sa grande stabilité hygrométrique et sa vraie fraîcheur. Celle qui est idéale pour conserver les vins. Le joli paradoxe très bien rendu par Yves de Saint-Jean provient en particulier de ce contraste entre la fraîcheur imaginée, presque perçue de l’intérieur et la captation de la façade et le sol par le soleil et la chaleur. La chaleur se perçoit aux halos de couleurs jaunes orangées de la pierre blanche, que l’on retrouve en légèrement plus foncée pour le sol. Les fleurs de couleurs rouges orangées foncées sont perçues comme des éclats de vivacité qui renvoient aux anneaux de métal qui cerclent les barriques, particulièrement celle du fond.

En trois aquarelles d’Yves Saint-Jean, vous venez de faire un petit tour du Val de Loire en toute légèreté gracieuse, en allant du paysage le plus ample vers le plus ciblé…En descendant du Maine vers la Loire, vous avez senti l’ancrage du village dans la terre riche protégée par les arbres aux racines profondes, puis la sérénité calme de la petite chaumière dans une vision d’avant le début de la décrépitude, comme si elle était une personne, et enfin la force du soleil et de la chaleur emmagasinée par la pierre blanche de falun au fond de la carrière où a été creusée ce tout petit habitat troglodyte, qui a abrité le vigneron, sa famille et son vin… En trois aquarelles, où il faut beaucoup d’eau, très peu de couleurs-matières - juste ce qu’il faut, où il faut, comme il faut, dans un tempo très rapide - et beaucoup de talent…C'est fascinant. 

Pour suivre le chemin

. Pour en savoir plus sur Yves de Saint-Jean https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_de_Saint_Jean  

. Yves Saint-Jean, textes et aquarelles de l’ouvrage « Les Vins de Pays du Jardin de la France », Editions Vinarelles, édité pour ce qui s’appelle maintenant, le Syndicat des Vins de Pays du Val de Loire.

. Le Syndicat des Vins de Pays du Val de Loire situé à Angers sur http://www.vinsdepays-valdeloire.com/  

. Découvrir une autre aquarelle du peintre YDSJ sur les pêcheries au bord de l’Océan sur mon blog http://www.elisabethpoulain.com/article-le-paysage-et-la-pub-les-pecheries-a-carrelet-au-bord-de-l-ocean-118719676.html  

. Pour retrouver quelques données sur la Loire, https://fr.wikipedia.org/wiki/Bassin_de_la_Loire#Hydrographie  

. L’habitat troglodyte en Pays de Loire https://fr.wikipedia.org/wiki/Habitat_troglodytique#/media/File:Rochem%C3%A9nier03.JPG  

. Photos Yves de Saint-Jean, Elisabeth Poulain pour celle illustrant le cépage "chenin" à partir de l’ouvrage cité.

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