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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Henri Privat-Livemont, peintre des femmes en fleurs & couleurs vertes

10 Novembre 2015, 18:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Henri Privat-Livemont, la Belle Dame de Driessen Cocoa, 1900, wikipedia

Henri Privat-Livemont, la Belle Dame de Driessen Cocoa, 1900, wikipedia

Ce grand artiste européen,  né à Schaerbeek en 1861 au Nord-Est  de Bruxelles  est un étonnant créateur, façonneur et représentant  de l’Art Nouveau  qui a totalement bouleversé les codes graphiques et chromatiques de nos façons de voir la société en peinture. Avec une dimension tellement forte qu’on a pu parler du bouleversement de l’Art nouveau qui encore aujourd’hui est nouveau. L’artiste est très connu tant ses œuvres sont restées  actuelles et pourtant il  ne figure pas au Panthéon  des Grands de la peinture. Une hypothèse, mais sans certitude bien sûr, est qu’il a plutôt cherché à faire valoir ses intuitions et ses audaces artistiques en peinture, en publicité, sur les façades de belles demeures…, partout où des surfaces lui permettaient de s’exprimer, sans chercher à se faire un réseau pour valoriser sa cote. D’autres ont fait d’autres choix, à courir les clients potentiels fortunés, les expositions qui allaient les faire connaître, à mettre en place un système de soutien de notoriété posthume aussi…

La couleur verte-jaune assourdi en Ier, malgré le titre qui parle d’abord des femmes. Ce choix de couleur, un vert qui hésite entre le vert mousse passé et le jaune verdi, étonne franchement. Il annonce à lui seul une novation chromatique. A dire vrai, il attire l’attention, sans choquer comme pourrait le faire le rouge, plus qu’il ne séduit. Il évoque aussi l’importance du végétal et de l’amplitude de ses harmonies de couleur. Ses verts sont jaunis, un peu à l’instar des volutes du fer forgé dessinées par Guimard pour les entrées du métro parisien. La caractéristique à retenir est sa douceur prégnante ; il n-a ni la dureté du vert-vert même si le peintre n’hésite pas à l’utiliser, ni l’éclat du jaune. C’est un vert, qui comme son auteur, a aussi une forte attirance pour le franchement roux des cheveux longs de ses Belles, des feuilles mortes à l’automne, du renard dans la forêt…Il sait aussi jouer des variantes très légères des couleurs et des formes entre elles, comme le prouve ce portrait de femme dans le creux d'une vague. Ou sur cette charmant maman entourée de ses petites filles qui rêvent de douceur apportée par le cacao Driessen.  

Henri-Privat Livemont, La vague, 1897

Henri-Privat Livemont, La vague, 1897

Ce vert complexe est aussi la couleur choisie en 1897 par Henri Privat-Livemont pour représenter la mer à Cabourg prise sous l’aspect d’une plantureuse naïade avec la cote très visible en arrière-plan. La femme utilisée pour attirer les parisiens vers la cité balnéaire et la mer. C’est une publicité pour les Chemins de fer de l’Ouest qui mettait la ville de Cabourg à 5h de Paris. Une véritable révolution de l’art de vivre et le début en France du concept de week-end, qui a toujours gardé son nom anglais, malgré le déroulé du temps depuis la fin du XIXe siècle. Cette mer verte est sillonnée de vagues ourlées de blanc crémeux, sur laquelle la belle naïade plantureuse fait plus que nager, elle survole littéralement l’eau alors que des nageurs libidineux ont peine en arrière à surnager, leurs yeux globuleux sortant à peine de l’eau, traduisant leur fascination.

Au premier plan une tresse d’algues brunes accentue la profondeur de la composition et densifie la nature marine de la composition. En pleine mer, il était difficile au peintre de planter une fleur dans les longues tresses rousses de la Belle Dame de Cabourg, ce sont les algues qui les ont annoncées, avec un joli nœud roux de la même teinte que les cheveux. Cette fois-ci, la fleur est placée entre les seins, en un point stratégique. Cette publicité pour Cabourg eut un grand succès et contribua à faire de cette ville alors inconnue un lieu de villégiature privilégié pour les Parisiens du genre masculin.

D'autres réalisations de ce grand artiste montrent l'étendue et la finesse de son travail, comme le montre cette "Vague" qui porte un visage de femme admirable de douceur, comme portée par ses cheveux toujours longs chez ce peintre, dans le creux d'une vague.

Henri Privat-Livemont, La belle jeune famme de l'Absinthe Robette

Henri Privat-Livemont, La belle jeune famme de l'Absinthe Robette

La jolie jeune femme de l’Absinthe Robette était certainement aussi, quant à elle, destinée à attirer le regard masculin. Son corps vu de profil est très visible sous une nuisette très transparente. L’objectif était clair. C-était une publicité faite pour des hommes en les encourageant à boire. La Belle lève les bras pour mieux montrer ses seins, au prétexte de mieux voir la couleur de l’absinthe. Celle-si se détache joliment sur un mur de fond aux couleurs dégradées de jaune légèrement grisé vers le haut, puis plus tonique et terminer par du vert , tout en étant structuré par de grandes tiges végétales inventées pour donner un côté très attirant, avec des formes douces

Henri Privat-Livemont, la belle Dame des Biscuits Beukelaer, wikipedia

Henri Privat-Livemont, la belle Dame des Biscuits Beukelaer, wikipedia

La belle jeune femme aux biscuits de Beukelaer est certainement moins connue, peut-être parce qu’elle est la plus fine de ce trio et la moins suggestive. Une hypothèse est qu’elle s’adressait plutôt à des dames qui offraient le thé à leurs amies, tout en voulant faite plaisir à leurs petites filles L-égérie se présente de profil, avec ses longs cheveux roux qui lui descendent jusqu’aux reins. Son regard est concentré sur l’assiette de biscuits de Beukelaer, dans sa belle robe de mousseline légère verte pâle ornée de fleurs beiges, dorées d’une très grande douceur, avec un galon le long du décolleté brodés de fleurs. Deux petites filles la regardent avec envie. La plus âgée en avant a des cheveux roux et une couronne de marguerites blanches. Et ce trio féminin se détache sur un fond vert foncé de formes végétales très amples.

La première oeuvre sur Cabourg,  la plus connue,  est datée de 1897, celle de l'Absinthe Robette de 1896 et celle de la dernière ne nous est pas connue. Retenons qu'il fallait une franche audace et un réel talent artistique dans le style des dessins et le choix des couleurs pour créer de telles compositions publicitaires avant le passage au XXè siècle.  

                                                                           

Pour suivre le chemin

. Henri Privat-Lieucourt 1861-1936, peintre à découvrir en Ière approche sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Privat-Livemont  

. HPL affichiste sur http://lartnouveau.com/artistes/autres_pays/privat-livemont.htm  

. Retrouver Cabourg sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Cabourg  

. HPL Sgraffiste sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Sgraffite#/media/File:Charleroi_-_Maison_Dor%C3%A9e_2.JPG  

. Photos des contributeurs de wikipedia, avec mes remerciements. La photo de la Belle de Cabourg est visible sur wikipedia, mais sans être reproductible sur le net par d'autres que le ou les contributeurs. Vous la retrouverez facilement sur les sites indiquées.

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