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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Paysages industriels + > Völklinger au patrimoine mondial de l’Unesco

4 Novembre 2015, 14:52pm

Publié par Elisabeth Poulain

Vue sur la Sarre, Volklingerhütte, wikipedia, Lokilech

Vue sur la Sarre, Volklingerhütte, wikipedia, Lokilech

Il est à porter au mérite de l’UNESCO d’avoir grandement contribué à changer notre regard sur les paysages qui nous entourent, en particulier sur les usines, en étendant le concept de patrimoine à l’industrie qui a bouleversé les habitudes de vie en Europe depuis la fin du XVIIIe siècle, tout au long du XIXe siècle et globalement jusqu’à la seconde Guerre  Mondiale. La mutation de société a été si forte qu’elle a pris le nom de Révolution industrielle, pour bien indiquer la violence du changement. Cette nouvelle société a été essentiellement basée sur l’extraction du charbon dans les mines et la fusion du métal  dans des fonderies grâce la constitution d’une classe ouvrière dure à l’ouvrage au service de grands capitaines d’industrie.

Pourquoi une telle introduction ? Une des raisons est qu’il n’y a pas vraiment encore maintenant dans les esprits un vrai mouvement favorable à l’architecture industrielle, de même que travailler en usine n’est toujours pas (plus ?) placé au premier rang des rêves des parents pour leurs enfants. Il y a eu pourtant un moment où les peintres  se sont intéressés à ces nouveaux paysages, de hautes cheminées, ces grands volumes et ces fumées intrigantes qui ont été les annonciateurs de grands changements.  C’était une approche franchement innovante, pour éviter de dire à nouveau quelle était « profondément » révolutionnaire.

Dans cette fin du XIXe et au début du XXe siècle, la proximité avec Paris  du développement industriel dans la Plaine Saint-Denis, avait attiré des peintres vraiment intéressants et novateurs comme Caillebotte. Bien sûr par la suite des avancées notables du regard sociétal ont aussi permis d’attirer l’attention du public sur ce capital grâce à la  sauvegarde de certains de ces grands ensembles industriels. Il n’empêche. La diversité et la richesse des monuments renommés et des paysages en France est telle qu’on ne pense pas spontanément en premier aux grands ensembles architecturaux industriels d’hier voués à la production lourde.

Vorklinger Hütte, les Hauts Fourneaux, wikipedia, Lokilech

Vorklinger Hütte, les Hauts Fourneaux, wikipedia, Lokilech

C’est actuellement l’Allemagne qui possède le plus de sites industriels inscrits à l’Unesco. Le plus connu est sans conteste celui de Völklingen situé en Sarre près de la France. Après avoir connu une expansion impressionnante durant les 20 ans qui ont suivi sa construction de 1883, avec des adjonctions techniques importantes, il a employé jusqu’à 17 000 ouvriers et employés en même temps. C’est dire son importance, en tant que tel, mais aussi en tant que générateur d’une véritable ville, surtout si on multiplie le nombre d’actifs par 4 par exemple, à supposer qu’il n’y ait eu que deux enfants par foyer (68 000). Leur univers global de dimensions gigantesques était fait de tôle, de béton, de fumées et d’odeurs fortes de toutes sortes. Il y avait de la fierté à participer à cette aventure et à appartenir au site qui accueillait chaque jour une foule innombrable de travailleurs et à l’attachement au métier avec son côté attaché au démiurge. Travailler le feu a toujours été considéré comme un privilège qui touche au sacré. On était là au cœur de la matière, tout comme le convertisseur, ce gros œuf impressionnant de force. Quelques éléments de ce nouvel univers se détachent fortement dans ces nouveaux paysages de très grandes dimensions.

Citons en premier lieu les hautes cheminées, qui structurent des ensembles immobiliers qui ne ressemblent à nul autre. EIles ont la forme que requièrent leurs fonctions et la matière avec lesquelles ils sont conçus sortent des traditions. Le métal permet de concevoir des nouveaux matériels et des machines innovantes. La singularité des hautes cheminées. Elles étonnent autant quelles détonnent franchement dans les paysages de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle. Elles étaient associées à l’activité humaine, tout comme les cathédrales élèvent vers le ciel leurs flèches dont les plus hautes peuvent atteindre 120 (Metz) à 140 mètres (Rouen). Elles ne ressemblaient à aucune forme connue du fait de leurs dimensions au sol et dans l’air et de leurs nombres. Ces cheminées étaient la preuve de l’intelligence humaine capable d’utiliser la puissance du feu pour arriver à faire fondre le minerai de fer, grâce à la chaleur dégagée par le charbon pour produire des poutrelles de fer et d’acier.

Ces hauteurs groupées vues de loin donnaient une impression de puissance accrue par les dimensions impressionnantes des ateliers au sol. Il ne s’agissait plus d’un atelier même grand, mais d’un autre monde qui avait ses propres constructions, ses rythmes et ses propres codes. On était fier d-y travailler et d-y appartenir, c’était aussi la garantie d’avoir un salaire. En 1965, on estime que 17 000 personnes travaillaient sur le site. Un point culminant qui marque aussi la fin de cette grande période du fer en Allemagne. Et d’une façon générale en Europe.

Adolf-Menzel-Eisenwerkwalz-wikipedia

Adolf-Menzel-Eisenwerkwalz-wikipedia

Mais il y a plus que cette puissance qui faisait preuve de l’esprit de novation qui a bouleversé tant le monde économique que la société elle-même. Ce sont les nouvelles formes des outils de production, tant à l’intérieur que visible de l’extérieur. Un nouvel univers a surgi, fait de formes courbes, qui sont nées non d’une volonté de beauté, mais d’une rigueur scientifique et technique indispensable au fonctionnement du haut-fourneau. Il ne s’agit plus de machines qui peuvent être déplacées comme un meuble, mais de nouvelles catégories de construction en tôle souvent, qui sont le plus souvent courbes et qui vont se greffer sur d’autres grosses boîtes, dans ce qui parait être un enchevêtrement fantastique.

C’est un autre monde, surtout que la matière elle-même entre maintenant en jeu. Au fil du temps, le métal a rouillé. Ses teintes ont pris maintenant des couleurs rousses de sous-bois…Et cest maintenant le tourisme qui fait vivre ce site….

 

Pour suivre le chemin

. Lire une bonne récapitulation des avancées technologiques qu’ont représentées les Fonderies de Volklinger Hütte sur https://www.voelklinger-huette.org/fr/presse-et-medias/news/172/  

. Völklingen Hutte, à retrouver sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Usine_sid%C3%A9rurgique_de_V%C3%B6lklingen  

. Voir Wikiwand avec une bonne synthèse de ce qu’a été et est devenue cette grande entreprise industrielle aujourd’hui en Sarre http://www.wikiwand.com/fr/Usine_sid%C3%A9rurgique_de_V%C3%B6lklingen#/Notes_et_r.C3.A9f.C3.A9rences  

. Retrouver l-histoire du fer sur http://www.voelklinger-huette.org/fr/sciencecenter-ferrodromr/l-histoire-du-fer/  

. Pour la production de l’acier, qui a gardé toute sa dimension mythique en lien avec le feu, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_production_de_l%27acier  

. La Sarre et son histoire singulièrement mouvementée, à retrouver sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Sarre_%28Land%29  

. Les flèches des cathédrales sur http://www.frenchmomentsblog.com/wp-content/uploads/2014/03/Carte-Cathédrales-de-France.jpg  

. Et un grand merci aux contributeurs de Wikipédia pour leurs photos, en particulier Lokileck pour son "Blick auf der Saar", sa vue sur la Sarre,  et surtout son cliché le plus étonnant de ces gros bulbes de fer qui, de haut, forment un unovers fantasmagrique. Le billet est parti de là... Vielen Dank, wirklich = merci beaucoup, vraiment!   

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