Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Antoine Berjon > Peintre du télescopage entre fleurs & requin > 1819

18 Avril 2016, 17:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

*Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

C’est une peinture d’une nature morte que j’ai le plaisir de vous présenter, en lien avec ce questionnement forcément à réponses multiples « pourquoi avons-nous tant besoin des fleurs en représentations si diverses? ». Et de la différence, voire de la réelle étrangeté, il y en a, comme vous allez le voir, dans cet appariement entre les fleurs de plusieurs sortes et une tête de requin, et cela au début du XIXe siècle.

Le peintre Antoine Berjon est un Lyonnais qui vécut (1754 à 1843) une période de profondes mutations de la société. Parler aussi d’emblée de Lyon n’est pas un hasard non plus. Cette ville était une véritable capitale en matière artistique, tout particulièrement dans l’art textile. A. Berjon fut notamment peintre de la « Fabrique » lyonnaise, l’organisation collective de la fabrication de la soie, dont Lyon a été une des grandes capitales en Europe. Il poursuivit sa carrière à Paris en travaillant la miniature et le portrait, avant de revenir à Lyon où il devint peintre d'une "classe de de fleur" et illustrateur botanique.

Le titre de cette peinture « Nature morte de fleurs, de coquillages, de tête de requin et de pétrifications » est à lui seul un élément important de sa composition et un signe de son étrangeté. La densité des éléments constitutifs de cette nature morte à quatre composantes montre combien l’artiste entend jouer de ce télescopage tout à fait volontairement. C’est une façon pour lui de donner une forte densité dynamique à sa création audacieuse.

Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

La composition réunit en une grande promiscuité, des fleurs en plusieurs bouquets, avec des plus petites posées sur la commode, qui forment un arrondi pour occuper plus des deux-tiers de la surface du dessus de la commode au tiroir. C’est une façon d’opposer les fleurs naturelles à la tête de requin, qui figure la dimension « morte » de sa composition de « nature ».

Cette nature morte poursuit plusieurs objectifs dont le principal ou du moins un des principaux est de provoquer un choc visuel, à partir d’éléments qui évoquent la nature, présentés de la façon la plus précise et la plus fine, ensemble dans une promiscuité aussi volontaire qu’étonnante, voir même choquante. Cette peinture très précise attire autant qu’elle repousse, obligeant le regard à mélanger les genres, d’une façon irréaliste, dans des poses les plus réalistes visuellement. Et ceci pour attirer et retenir l’attention. Il s’agit pour l’artiste d’intriguer, pour aller au-delà de l’attrait très connu pour les fleurs et du dégoût pour ce qui ne l’est pas.

Le mystère nait de la densité de la cohabitation de thèmes différents. Dans cet espace à la fois restreint au regard du nombre incroyable de disruptions, de mises en choc frontal entre plusieurs bouquets de fleurs dont un a conservé son papier, comme posées dans des pots en attente, il y a une tête de requin, posée sur un coquillage à la grande ouverture, qui font penser à des dents, dans une promiscuité dérangeante. Quant aux pétrifications, je dois dire que je les cherche encore. Elles sont peut-être cachées à qui ne sait pas les voir…

Ce que je retiens de cette curieuse peinture dont les éléments constitutifs associés sont tous bizarres, comme saisis à un instant « t », de retour du marché, dans une cuisine quand la personne en charge de cette fonction n’a pas eu le temps, ni de ranger, ni de fermer le tiroir, ni de mettre les fleurs dans un vase, ni de jeter cette tête de grand poisson dont on se demande ce qu’elle fait là…Même à l’époque, le requin, non ! Et cette scène de cuisine, qui semble n’étonner personne, même à titre de nature morte, me dérange vraiment. Saluons quand même l’artiste pour ses talents de peintre et de coloriste et pour sa capacité à intriguer encore autant aujourd’hui, grâce à ce mystère odorant…où les fleurs jouent un rôle positif pour attirer l'oeil et l'esprit  et sentir bon…mais à mon avis sans espoir de réussite.  

                                                                          *

Pour suivre le chemin

. Aller à Lyon, https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Lyon

. Découvrer la fascination de la soierie  https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_soierie_%C3%A0_Lyon  

. En apprendre plus sur le peintre sur wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Berjon  

. Voir cette peinture sur https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Antoine_Berjon,_Still_Life_With_Flowers,_Shells,_a_Shark%27s_Head,_and_Petrifications_(1819).jpg?uselang=fr  

. Le Philadelphia Museum of Art, qui expose cette œuvre , à voir sur https://en.wikipedia.org/wiki/Philadelphia_Museum_of_Art

. *L'étoile avant l'intitulé du cliché signifie qu'il s'agit de la partie centrale de l'oeuvre, que vous voyez en version intégrale en dessous.  .  

Commenter cet article