Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Egon Schiele, Peintre, L’arbre, la ville, la maison, le fleuve, 1912-15

22 Août 2016, 18:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

Quelques mots sur le titre. D’abord il faudrait lui adjoindre trois petits points à la fin pour indiquer que ce billet va surtout porter sur ces thèmes, sans surtout occulter pour autant la personnalité et un éclairage sur le parcours de vie de ce très grand peintre autrichien. D’Egon Schiele, on connait surtout ce que j’appelle ses «corps en souffrance», son audace picturale qui le fit haïr d’une bonne partie de l’intelligentsia européenne et sa vie de souffrance si dramatiquement courte. Son décès du fait de la grippe espagnole à l’âge de 28 ans, le 31 octobre 1918, suivit de quelques semaines celui de sa jeune femme qui attendait leur premier enfant.

Ces évènements dramatiques sublimés en créations d’art, visibles sur ses peintures, ne firent que renforcer une vision négative portée sur ce grand artiste, ou du moins une volonté certaine d’occultation, que n’a pas connue par exemple Klimt, un grand peintre qu’admirait Egon Schiele. Comme si ce dernier avait lui-même attiré en lui la malédiction qu’attise la souffrance érigée en art, avant même la guerre de 1914-1918. La population civile avait en effet profondément souffert de la disette qui s’est transformée en famine, ce dont témoigne par exemple l’auto-portrait que le peintre réalisa vers la fin de sa courte vie.

Parler d’art même dans des périodes difficiles est une chose, parler de la souffrance de tout un peuple  affamé en est une autre. Parler de sexe et d’audace dans la représentation des corps est plus que possible. Ce qui  fait scandale attire tout autant, encore plus.

Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

C’est aussi pourquoi je voudrais montrer une autre dimension des œuvres peintes d’Egon Schiele en me limitant à ces trois années, 1912, 1913, 1915 et rien sur 1914, l’année de la déclaration de la guerre, au moins dans ce qui peut être facilement accessible. En parallèle avec ses auto-portraits dès 1905 à la suite de la mort de son père, Egon Schiele travailla aussi des éléments de ce qu’il voyait en association intime avec la couleur traitée de la façon la plus fluide et fine qui soit. Peut-être étaient-ce des exercices pour voir s’il pouvait arriver à rendre une émotion, une expression, des essais de couleur pour témoigner d’un instant très court où ce que voit le le peintre ou de ce qu'il ressent …

Dans les années précédant la Grande Guerre, peuvent en témoigner sur une période très courte de 1912 à 1915 un arbre seul, un paysage de ville et une façade au bord de l’eau du fleuve, dont on peut supposer qu’il s’agit du Danube. Le peintre est en effet né à Krems an der Donau dans le nord du pays.

                                                                         *

. L’arbre d’automne dans le vent (1912). Il est absolument seul dans un paysage mouillé dont il fait intégralement partie au point quasiment de disparaître, de perdre toute identité. Plus encore, son titre figuratif agit en contradiction de ce que voit l’œil. Si le Ier semble clair, le rendu de la peinture à l’huile rend compte d’une absorption de la figure de l’arbre dans une mouillure jaunâtre, très dérangeante. L’impression est tellement étonnante qu’on se surprend à lire le titre présenté en anglais « Autumn Tree in stirred Air. (WinterTree)».

Pour plus de facilité de lecture, voici la traduction de stirred air, c’est de l’air contaminé. Une autre piste d’éclaircissement pourrait venir du type de peinture. Il s’agit d’une huile sur toile et crayon gras. C’est très curieux, on dirait une aquarelle où l’eau serait remplacée par de l’huile, avec des lignes soulignées au fusain. C’est franchement dérangeant et si intriguant qu’on se surprend à plonger dedans. Peut être certains trouveront-ils des éclaircissements dans le site du Musée Léopold de Vienne, qui détient une très belle collection des œuvres de l’artiste.

Egon Schiele-Stein sur le Danube-1913-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

Egon Schiele-Stein sur le Danube-1913-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

. « Stein sur le Danube II » (1913). Cette fois-ci le peintre a choisi toujours en travaillant l’huile de rendre l’atmosphère qui règne dans sa ville natale de Stein – la pierre en allemand - sur le Danube. Aujourd’hui cette ville a pris le nom de « Krems an der Donau ». On y voit une composition très maîtrisée, où la ville occupe le premier plan, contrairement à beaucoup de peintures où les habitations sont vues de l’autre rive. Imaginez qu’un drone ait pu saisir le cœur d’une ville, il aurait fait moins bien que cette projection mentale traduite en une huile fine. Là aussi la palette des couleurs joue sur la gamme des jaunes-ocres, des beiges dotés d’une pointe de jaune, des gris légers un tantinet jaunis… L’eau du fleuve charrie des trainées de gris pour donner le mouvement et le clocher de l’église, qui coupe la toile en deux, oblige l’œil à chercher la rive de l’autre côté. 

                                                                                *

. « Façade sur la rivière » (1915) est une composition que vous ne pourrez pas oublier pas une fois que l’aurez vue. Il y a à la fois, une structure élaborée de plusieurs façades imbriquées les unes dans les autres. Nous sommes alors franchement au bord de l’eau, qui coule par devant, en prolongeant les façades par les reflets de l’eau, des couleurs majoritaires dont la gamme s’élargit du jaune, au brun au noir, sans l’aspect dérangeant dont j’ai parlé dans l’Arbre d’automne. C'est le coeur chaud et clair des gens qui habitent là. Comme une source profonde de chaleur humaine, qui témoigne en signe d'espoir avec ce linge de couleurs vives qui sèche sur un fond blanc crème absolument pas uniforme. C'est l'espoir qui permet de tenir en cette seconde année de la guerre...

Egon Schiele-Façade sur le Danube-1915-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

Egon Schiele-Façade sur le Danube-1915-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

Pour suivre le chemin.

. Egon Schiele sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Egon_Schiele

. Le Musée de Vienne http://www.leopoldmuseum.org/en/exhibitions/48/egon-schiele

. Photos de œuvres peintes citées dans wikipedia, Egon Schiele

. Pour “L’arbre d’automne dans le vent 1912”, voir dans wikipedia dans l’entrée Egon Schiele » “Automn Tree in Stirred Air (Winter Tree)

. Egon Schiele, 1912. Oil and soft pencil on canvas. Leopold Museum, Wien. Inv.Nr 449Automn Tree in Stirred Air (Winter Tree). Egon Schiele, 1912. Oil and soft pencil on canvas. Leopold Museum, Wien. Inv.Nr 449 ».

. Krems an der Donau, qui a réuni en une ville unique, trois villes, Krems dont il a été question, plus Stein cité également et Und - « et » en traduction de l’allemand en français- à voir dans wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Krems_an_der_Donau  , où l’auteur du texte paru dans wikipedia cite un peintre du Baroque tardif autrichien, Martin Johann Schmidt, en montrant seulement l’huile d’Egon Schiele sur Stein, sans aucun autre commentaire concernant le peintre. Krems est jumelée en France avec Beaune.

. La situation alimentaire de la population de l’Autriche-Hongrie à la fin de la guerre de 1914-1918 à voir brièvement citée dans le dossier de wikipedia sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Autriche-Hongrie_dans_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

. Photos Yelkrokoyade 2012, via wikipedia entrée "Egon Schiele"

Commenter cet article