Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Moi, Le GRAND chef Indien IPO aux 1000 couleurs, Un pastel à l’huile

1 Novembre 2016, 11:18am

Publié par Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth PoulainGrand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth PoulainGrand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

C’est toujours difficile de parler de soi, pour les autres, je veux dire. Quand on est un GRAND chef indien comme moi, il n’en va pas de même, puisque je passe mon temps en palabres de toutes sortes, des plus grandes, celles qui engagent tous les membres de la tribu à celles qui ne méritent même pas à ce qu’on en en parle, mais on le fait quand même, pour ramener le calme dans la tribu. Dans la mienne, dont je tais volontairement le nom, il faut savoir que « tout peut être parole », si un seul membre mâle le demande d’une façon formelle ou à mots couverts, pour se protéger lui ou d’autres.

Pour les femmes, c’est plus délicat puisqu’elles parlent tout le temps, ce qui n’est pas tout à fait vrai. Mais comme c'est ce que disent mes compagnons du plus petit au plus grand, du plus âgé au plus jeune, j’adopte le jugement commun. Je sais bien que les femmes, certaines femmes, et certainement la mienne, ont une intelligence à elles qui vaut bien la nôtre. Mais sage comme je suis, je n’en dis rien, sous peine de ne pas être à nouveau désigné à l’unanimité des hommes, pour rester leur chef et battre ainsi la durée de longévité du dernier grand chef, qui à mon avis ne mérite pas de majuscules, même s’il n’était pas si médiocre que ça, puisqu’il était grand chef.

Voilà pour moi. Arrive l’AUTRE, l'inconnu, l'étranger qui  ne mérite pas le nom de chef, en aucune façon, même si, je dois le reconnaître, il a été étonnant. Le seul mot qui convient est qu’il a été plus que  bizarre, inclassable. Un homme comme lui, je n'en jamais rencontré. Il a été plus qu'un homme. Tous se souviennent de lui, les enfants y compris. Il faut que je vous explique en essayant de commencer par le commencement.  Cela ne va pas être facile, car « tout est dans tout et réciproquement ». Je vais plutôt raconter l’histoire au plus près de ce que je sais, moi.

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

C’est un homme jeune, au nom d’homme, mais pas un nom comme chez nous, un nom qui a trois composantes, qui n’offre pas de sens pour nous qui sommes de culture indienne. Il s’appelle « Jean-Philippe Durand » et quand on lui a demandé de quelle tribu, il venait, il n’a rien compris et nous a dit « de France ». Une tribu inconnue, d’où venait-elle ? Quels étaient leurs ancêtres ? On a posé toutes les questions, qui chez nous, permettent de savoir qui sont nos voisins indiens, même lointains. Rien, rien, on  a rien trouvé. On avait pourtant même demandé à l’ancêtre le plus vieux de tous les Vieux, qui a parfois des brides de mémoire qui lui reviennent. Ca nous surprend toujours car il paraît singulièrement gaga, mais pas toujours, à se demander s’il ne joue pas de son grand âge, pour se moquer de nous, un peu. Avec ce Jean-Philippe Durand, il était aussi perdu que nous, d’autant plus qu’il était seul, sans personne pour traduire ce qu’on lui disait et comprendre ce qu’il nous disait. 

Donc va pour Jean-Philippe Durand. Ce qu’on a encore moins compris, c’est qu’il est arrivé quasiment sans vraiment de  vêtements, comme les autres Blancs, qui trainent des kilos dans ces boîtes bizarres qu’ils appellent leurs valises. Par contre, JPD avait bien des tas de petites boîtes remplies de crayons de couleurs, de papiers, de pinceaux, en somme des objets magiques qu’il ne voulait pas qu’on touche. On ne  se connaissait  pas et lui n’a rien touché non plus. Une bonne base de respect mutuel pour voir ce qui allait se passer. Pour expliquer et sa venue, sans avoir été invité et pour cause, on ne savait rien de lui  et ce qu’il transportait avec lui, il nous a dit qu’il était un artiste-peintre. Dire est une drôle de façon de parler, puisqu’on n’arrivait pas à se comprendre. Alors il a fait ce qu’on fait chez nous, comme nous et ça, ça nous a plus étonné que tout le reste jusque là…Il a commencé à dessiner sur le sable…

 « Depuis mon enfance, je me suis promis qu’un jour, je viendrai vous voir pour faire des portraits de vous ». Voilà ce qu’il nous a dit, idée après idée, sans mot qu’on puisse comprendre, sans aucune explication, voilà tout. Et comme on ne comprenait rien, ni sa langue, ni ses gestes, nous on a renoncé, mais pas lui. Et pourtant il ne nous comprenait pas plus que nous. Mais ses dessins, oui nous les avons vus, vraiment et bien compris. Il a commencé, non pas par nous, ce qui aurait été une erreur, mais par ce qui l’entourait. Et devinez par quoi, il nous a fait comprendre  qui il était, ce qu’il faisait et pourquoi il était là.

Il a commencé par le feu sur lequel cuisait un appétissant morceau d’un bison que je venais juste de tirer  à la chasse, moi le Grand Chef. J’étais fier, qu’il ne se soit pas trompé, les autres hommes, tous chasseurs comme moi aussi ; les femmes aussi étaient ravies, car il nous a montré par une mimique combien l’odeur était appétissante et les enfants ont éclaté de rire, car ils avaient aussi faim que lui, qui se frottait le ventre, pour montrer qu’il avait une grande envie de manger, tout comme les petits qui font exactement comme lui.   

Grand Chef Indien IPO, détail oeil, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, détail oeil, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Puis sans rien dire, sans regard vers nous, il est rentré dans son monde intérieur. Il a alors tracé un grand rectangle sur le sable avec un bâton dont je connais maintenant le nom, c’est un pinceau, avec des poils à un bout. Pourtant c’est l’autre côté qu’il a pris pour faire ses traits. Il nous regardé, s’est tourné pour voir le camp avec les tentes et a commencé à dessiner ce qu’il voyait, quelques tentes, le feu qui mijotait, un homme qui rapportait du bois, un autre qui revenait de la chasse…Ca, c’était pour se mettre dans l’ambiance, pour se faire la main, comme un chasseur qui ajuste son tir. Tout le monde voulait voir, on était sidéré, parce que c’était bien nous qu’il dessinait vraiment, nous, sans réellement nous voir, avec son regard qui nous transperçait…Il était au-delà dans son monde à lui, comme nous qui parlons sans mot avec le bison, que nous apprêtons à tirer. Parfois, il effaçait doucement avec un vieux chiffon - auquel il tenait, ça se voyait, ce n’était pas n’importe quel chiffon - et il recommençait, jusqu’au moment où il a décidé que le dessin était fini …Et le dernier tracé était le bon, nous l’avons tous vu, comme lui, qui l’avait su avant nous.

Le silence s’est fait dans le camp, tout le monde s’était approché. Il a choisi son thème, les tentes, le feu, le rôti de bison qui sentait si bon, c’était juste pour trouver la note juste, comme un chasseur, qui ajuste sa flèche sans l’envoyer. Ensuite c’est moi qu’il a choisi de dessiner, moi et moi seul, après avoir tout effacer de son grand rectangle, pour n’en garder qu’un petit avec un fond de sable plus fin qu’ à d’autres endroits. Une des femmes, une jeune, la plus belle et la plus fine de toute notre tribu, lui a alors apporté un balai, un balai si fin qu’il ne laisse pas de trace par terre, quand on sait le manier. Lui a su avec finesse pour en faire une surface magique, sur laquelle il a posé du  bois fin débité en planche fine et par-dessus un papier, comme on en n’avait jamais vu.  

Et il a commencé à dessiner, à gratter, à repasser sur les traits, sur certains…On  voyait, sans vraiment comprendre. On avait l’impression que sa main courrait, volait, qu’il tenait plusieurs  de ses petits bâtons et à un moment…On a tous compris ce qu’il faisait. Il était en train de peindre mon visage déjà peint, avec mes yeux noirs, cerclés de jaune, mon nez rouge tout comme ma bouche, du blanc pour lier le tout, avec du bleu fort en dessous et plus doux au-dessus. Mes oreilles qui débordent et mon grand collier de GRAND CHEF de toutes les couleurs. Il a même réussi à faire la différence entre mon œil qui voit –celui avec de cils- et l’autre qui voit uniquement quand cela lui plait. Un capricieux, celui-là.

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

C’était bizarre, c’était à la fois moi et pas moi, puisque c’était lui qui me faisait moi. Etrange, comment un étranger, pouvait-il réussir à faire cela ? Sans aucune animosité, sans me voler mon âme, sans que les autres crient « au voleur », tous admiratifs, sans même que les femmes se mettent à caqueter. Même les petits enfants étaient silencieux tant ils étaient admiratifs. C’était la stupeur et tout à coup, nous avons tous éclaté de joie, de plaisir, de bonheur, dans un enthousiasme que nous n’avions jamais connu, quand son attitude entière nous a fait comprendre qu’il avait fini ce portrait. Il s’est simplement reculé, s’est tourné vers moi, a souri, avec un très léger clignement d’œil du même œil  que le mien qui voit  et s’est légèrement incliné vers la tribu en arrière, en respectant notre hiérarchie, le chef d’abord, les anciens, les hommes plus jeunes, les jeunes hommes, les femmes, avec le même ordre, que pour les hommes, les enfants, tous les enfants, quelque soient leur âge et leur genre, ce qui les a fait éclater de rire, un rire de bonheur, si profond que jamais je ne l’oublierai…

Et lui, il a souri, tout doucement, tout simplement. Il nous a bien montré que ce n’était pas fini, la partie haute en particulier, mais il ne tenait pas trop y toucher. Pour trancher cette délicate question, il nous a fait comprendre qu’il fallait laisser un petit enfant, fille ou garçon  décider. Il s’est alors tourné vers les enfants qui s’étaient tenus incroyablement sages, assis au premier rang derrière lui, il les a bien regardé  et est allé chercher la plus jeune des petites, sans lui parler, mais en la tenant par la main. Et il lui demandé dans sa langue à lui, s’il devait ajouter quelque chose  en haut. Le regard de l’enfant a alors dit « non, c’est bien comme ça, il ne faut plus rien faire d’autre ».

Alors il a ri, il a dit dans sa langue « je suis d’accord avec toi ». Il l’a prise dans ses bras et l’a fait tourner dans les airs comme un oiseau…Un instant magique, tout le monde a ri et il m’a remis mon portrait, sous les applaudissements de tous et de toutes. Et lui m’a salué ainsi que la petite fille et tous les enfants, qui avaient été si sages, pour  ne pas le déranger… Nous, on croyait que c’était fini, pas lui. Il a alors décidé de faire un dessin fait sur le sable avec des pierres qu’il choisissait avec soin. Il a alors recréé le premier portrait, avec des pierres de couleur différentes. Les enfants l’ont aidé. Ils avaient tout de suite su ce qu’ils devaient faire.

Puis dans un coin, pendant qu’eux terminaient ce gros travail, avec l’aide des mères, il s’est retiré en lui-même, cette fois-ci, près d’une tente, à l’abri du vent, il a sorti un carton sur lequel il a posé ce précieux papier fort, ses petites baguettes de couleurs et a recommencé le dessin de mémoire, celui que vous voyez devant vous. Cette fois-ci  aussi, on a tous su que celui-là serait le sien, l’autre le premier était pour la tribu représenté par moi, le grand chef IPO.  Le sien sur papier, il l’emporterait avec lui, pour nous avoir toujours avec lui, en signe de profonde amitié partagée. Son dessin fini, il allait partir. Ce qu’il a fait, le portrait à terre en pierre est resté intact. Tout le monde l’a respecté et une légende est née… On dit depuis que même le vent ne le recouvre pas de sable. L’endroit maintenant est devenu magique.  Et quand au premier dessin, il est le trésor de notre tribu.     

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Et c’est ainsi que nous avons découvert ce que pouvaient faire certains hommes blancs, ceux qui ont l’œil qui voient plus loin que le bison, qui ont la sensibilité de la libellule, la magie du don de l’oiseau rieur,  la douceur de l’enfance…et le respect de l’autre, dans la création ensemble de quelque chose de nouveau....

Pour aller plus loin

. Ce pastel est une création d’un grand peintre, du nom Jean-Philippe Durand, qui s’exprimait en couleurs, à Rablay -sur-Layon, Vallée de la Loire, France.

. Photos Elisabeth Poulain   

Commenter cet article