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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Avec Ferdinand Hodler, peintre suisse, s'élever dans les Alpes bleues…

17 Novembre 2017, 16:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du Lac Léman 1906, Neue Pinakoteck Munich, Rufus46,wikipedia

*Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du Lac Léman 1906, Neue Pinakoteck Munich, Rufus46,wikipedia

Le titre de la peinture réalisée en 1906 par le grand peintre Ferdinand Hodler  est en réalité  complexe : celle-ci s’intitule « Paysage au-dessus du lac Léman ». L’important est le terme de « « paysage » associé à la précision d’ « au-dessus ». Il ressemble au peintre qui en est l’auteur, à savoir : ne pas faire d’esbroufe, dire les choses, montrer l’importance de la profondeur, dans des champs larges, alors même qu’on se sait aussi  être un peintre novateur, qui explore des nouvelles voies, avec l’audace et le courage qu’il faut pour ouvrir de nouvelles routes. Pas seul, non, mais pas vraiment aidé non plus par la société « bien-pensante », sa famille marquée par la souffrance ou la bonne société helvétique ou d’ailleurs...   

Sa signature d’ailleurs, tout en bas à droite sur le cliché, reflète sa personnalité : elle est fine, très petite, presque perdue dans cette immensité verte de la prairie qui occupe le tiers de la toile en bas de l’œuvre, qui mesure 59,8cm de hauteur sur 84,6cm de longueur. Ce n’est ni un grand tableau, ni une miniature. Retenons que ce sont les dimensions qui lui ont permis de s’exprimer et d’avoir une composition en bandes horizontales qui permettent au regard de rentrer profondément dans ce paysage de montagne.

Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du Lac Léman 1906, Neue Pinakoteck, Munich, Rufus46,wikipedia

Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du Lac Léman 1906, Neue Pinakoteck, Munich, Rufus46,wikipedia

Les séquences horizontales paysagères. Elles se distinguent par leurs couleurs et leur succession, à partir du bas. Il y a une véritable double stratégie.

. On entre dans ce paysage par une prairie bien verte, vallonnée elle-même composée de trois sous-parties. Il y a d’abord, à partir du bas,  une bande qui se compose d’une herbe haute avec quelques tiges  et de petites taches de couleur qui émergent, pour éviter l’uniformité. En avançant, un chemin à gauche coupe cette uniformité, en créant deux parties nouvelles, l’une devant nous qui surplombe le lac en formant une sorte de promontoire arrondi, avec des touffes végétales de couleur rouille et l’autre qui au contraire sur la gauche descend en pente vers le lac, où est situé un village près de l’eau. C’est aussi dans cet endroit très stratégique au regard de la composition que se remarque l’arrivée d’un bleu marine foncé pour tous les éléments tels que des arbres, des maisons peut-être près de l’eau, des formes érigées. Ces teintes foncées annoncent l’arrivée d’une palette de bleus  différents, d’autant plus qu’ils sont accompagnés au bord de l’eau près du village par des pointes de couleur rouille qu’on ne retrouvera plus après. Elles signent, pour moi, la présence humaine.

. Arrive le moment de plonger dans l’eau. Pour cela notre regard a suivi le chemin qui descend sur la gauche vers le lac, qu’on perd de vue, avant d’apercevoir un très petit sentier, de couleur très claire afin qu’on puisse le percevoir, se dirigeant vers le village. C’est à partir de là que le lac va nous parler, dans sa calme assurance bleutée absolument pas uniforme du fait des reflets des nuages blancs, qui s’étirent en trainées horizontales grisés avec des petites pointes de bleu dans le ciel. Le regard va jouer sans arrêt entre le ciel et l’eau, entre les bleus, les grisés légers et…le vert qui revient, mais cette fois-ci d’une façon totalement différente de l’avant-scène d’herbes vertes acidulées nimbées de petites pointes de jaune présentées en arrondis contrariés par rapport à la forme du Lac Léman.

Vient enfin ce qui justifie le titre du paysage au-dessus du Lac Léman.  Ce sont les montagnes dont la présence est si forte qu’elles irradient littéralement en formant un écrin arrondi vers nous. C’est le choc de la rencontre avec les Alpes aux crêtes aigües qui pointent vers le ciel. Elles surgissent dans le paysage, tant les différentes teintes bleues foncées dont elles sont parées s’expriment avec force.  On distingue bien la neige sur les sommets, un nuage léger de brume au-dessus de l’eau, puis des verts mousse très légers sur trois avancées de la montagne dans l’eau en partie gauche pour évoquer la présence en moyenne montagne de quelques plantes, ainsi qu’en partie droite.

Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du Lac Léman 1906, Neue Pinakoteck, Munich, Rufus46,wikipedia

Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du Lac Léman 1906, Neue Pinakoteck, Munich, Rufus46,wikipedia

Ensuite de chaque côté, deux massifs très pentus, qui plongent dans l’eau, se font face. Ils permettent au regard de rentrer loin dans ce paysage des Alpes dont la dénomination n’est pas indiquée. Ce qui intéresse le peintre, c’est à la fois le jeu de l’eau, en lien avec les couleurs stratifiées du ciel entre bleu clair léger, grisé ou   blanchi, avec les reflets de la roche des montagnes, qui elles-mêmes changent de couleur de bleu selon leur orientation, leur voisinage, leur hauteur, la couleur du ciel au-dessus d’elles…

Il reste le ciel à citer. Il est assurément l’élément déterminant non seulement par l’importance de la surface qu’il occupe, en haut de la toile – c’est lui qui donne le ton – et par la délicatesse et la complexité du travail du peintre en lanières qui s’effilochent dans un mouvement à la fois invisible et certain.  Voilà une œuvre sur le paysage à la fois fascinante et impressionnante, réalisée en 1906 par Ferdinand Hodler!   

Pour suivre le chemin

. Lire l’article qui est consacré au peintre sur wikipedia, qui présente l’œuvre avec son titre allemand puisque la peinture est hébergée à la Pinacothèque de Munich  https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_Hodler#/media/File:Ferdinand_Hodler,_Landschaft_am_Genfer_See,_um_1906,_Neue_Pinakothek_Muenchen-1.jpg . C’est le lac de Genève qui est cité et non pas le lac Léman…C’est le même !

. Voir le site de la Nouvelle Pinacothèque de Münich qui nomme le peintre mais que wikipedia ne montre pas   https://fr.wikipedia.org/wiki/Neue_Pinakothek

. Quant au concept de « paysage » qui joue un rôle maintenant très important dans nos vies, consulter une étude belge sur http://www.lmg.ulg.ac.be/articles/paysage/paysage_concept.html

. Cliché Rufus46, 17 nov. 2009,  wikipedia, avec mes remerciements.

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