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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, près d’Evreux, Eure

27 Novembre 2017, 18:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, la moisson l'été, Eure, Cl. Elisabeth Poulain

Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, la moisson l'été, Eure, Cl. Elisabeth Poulain

Quelques explications d’abord sur ce qu’est une grange dîmière. C’est un bâtiment de grande taille, à usage agricole où était  stocké le dixième des récoltes de blé et d’autres céréales appartenant de droit le plus souvent à l’Eglise ou parfois à une autorité civile. Le curé ou le responsable collectait ainsi une partie des récoltes résultant du travail des paysans sur les terres du village,  à charge pour lui de procéder à la redistribution des céréales aux nécessiteux. En période de famine, les dîmes versées en nature, comme  le blé, étaient ainsi réparties entre ceux qui n’auraient pas pu survivre sans ces secours alimentaires… Posséder une grange dîmière était aussi pour le clergé et le seigneur du lieu un signe de puissance et de richesse qui faisait aussi preuve de la fertilité de la terre, d’une importance vitale surtout dans les périodes troublées dues aux conflits et/ou quand sévissait la famine du fait par exemple de mauvaises récoltes.   

Dans le département de l’Eure, il reste un certain nombre de ces granges, datant du XIIe siècle au XVIIIe siècle, disséminées dans la campagne. Elles se caractérisent par leur surface importante au sol, sur un plan rectangulaire, avec un très haut toit retombant près du sol. Erigées le plus souvent dans les riches terres agricoles de Normandie, elles avaient pour particularité de se voir de loin, tout comme l’église qui signe sa présence par la hauteur de son clocher.

. La grange dîmière a pour caractéristique ses dimensions rectangulaires, l’importance volumétrique capable d’y stocker des volumes impressionnants de nourriture au sec sur le sol, abrité  sous une charpente massive lourde. Une grange dîmière rassure la population sur sa survie par la capacité de ce bâtiment à stocker de la nourriture dans un double schéma symbolique. Le clocher de l’église élève l’esprit en regardant le ciel, tandis que les cloches appellent le croyant à l’église ; la grange dîmière montre de visu le pouvoir de la terre à produire du blé qui comble les ventres creux en cas de famine, de disette, de troubles… C’est une architecture caractéristique de la solidarité humaine dans la société chrétienne de cette époque.

Les dimensions des granges sont surprenantes. Celles de la Commanderie de Sainte-Colombe mesurent ainsi 37 mètres de long sur 15 mètres de large. Quant à la hauteur, au faîte du toit, on ne la connait pas. Ce qu’on sait par contre, c’est qu’un certain nombre de conditions devait être réuni pour que de tels bâtiments d’importance aient pu être érigés et ainsi  durer dans le temps. Citons la fertilité de la terre, capable de produire de belles récoltes céréalières et du bois pour ériger des charpentes parfois doubles, l’une supportant  l’autre, tellement la charpente recouverte de la couverture en tuile pouvait être lourde.

.  Il y a  encore et surtout cette terre profonde et généreuse de la Normandie qui permettait aux arbres de haut fût de grandir et d’arriver à maturité. Seuls les troncs sans défauts permettaient d’y tailler les  poutres charpentières de longue portée nécessaires et parfaites, au sens où leur capacité à accepter des portances d’un poids phénoménal –à cause des tuiles – en dépendait. Des nœuds ou des blessures du bois mal cicatrisées par exemple auraient rendu inaptes le recours à de telles poutres à assembler des charpentes lourdes. Par contre des plus petites poutres taillées entre deux nœuds étaient toujours utilisées. Rien ne se perdait...

Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, la moisson l'été, Eure, Cl. Elisabeth Poulain

Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, la moisson l'été, Eure, Cl. Elisabeth Poulain

. La  Grange dîmière de Sainte-Colombe. Il  est temps d’en parler. Nous sommes dans le département de l’Eure au nord-ouest d’Evreux, à Sainte-Colombe la Commanderie, qui s’appelait il n’y a pas si longtemps encore Sainte-Colombe la Campagne. Campagne, il y a assurément : tous les villages auraient pu avoir cette dénomination finale. Pour la Commanderie, il en en va justement du lien direct avec la grange dîmière : une commanderie désigne une « circonscription territoriale » comme l’a été Sainte-Colombe. Celle-ci, ce territoire dédié à la charité et au partage, était justement celui au centre duquel rayonnait la Grange dîmière, celle qui percevait un dizième des récoltes de la terre.

Quand on voit aujourd’hui une telle architecture, celle des granges dîmières, on sait, même sans avoir fait d’études d’ingénieur agronome, qu’ici la terre était fertile. Quand on peut constater de visu cette caractéristique  qui a permis la survie des paysans au cours des siècles et plus largement de la population, on se surprend à regarder la terre autrement et l’été  en période  de moisson, à chercher le blé. C’est ce que vous montrent ces clichés. Les deux clichés ont été pris de l’extérieur quand on arrivait en voiture à Sainte-Colombe de la Commanderie. Le vaste champ de blé venait d’être fauché en partie. Le second vous fait apercevoir dans la partie à droite du cliché et de la parcelle une formidable faucheuse lieuse de couleur rouge. On la vue parce qu’on la cherchait, tant la coupe avait une allure nette, franche... qui venait d’être moissonnée, dans une parcelle sans fin, puisqu’il n’y a pas de clôture.

Le cliché montre ces différentes phases : la partie fauchée en Ier plan en bas  et la séquence du blé encore non fauché, qui couvre une surface impressionnante, en arrière un long mur de pierre blanche qui sépare le champ de blé de l’ensemble bâti en arrière, une petite maison basée sur sa façade latérale une parfaite symétrie, deux fenêtres en bas, à droite et à gauche d’un chainage vertical qui se croise à la hauteur du plancher du grenier, marqué par un chaînage horizontal, mais sans fenêtre en haut. Par contre on discerne bien les deux fenêtres à avancées sur la toiture de chaque côté du toit, avec en prime deux cheminées au bord du toit, côté fermé, à l’intérieur de la parcelle l’ensemble immobilier ; on aperçoit à gauche de cette maison construite perpendiculairement au mur avec l’extérieur, un petit bâtiment bas, qui devait peut-être accueillir des animaux ; avec par derrière le mur débordent  des arbustes dont la couleur verte étonne, là où tout est crème, ocre clair, avec des maisons à chaînage de briques qui forment des rangées d'un rouge éteint qui ressortent sur des rangées de pierres calcaires blanches; des toits de briques…la très jolie maison, à rayures en alternance de couleur rouge brique et calcaire grisé qui se détache sur la toiture  de la grange dîmière et, dans le mur de la maison, la seule porte permettant de sortir dans le champ de blé.

Au second plan, on ne peut manquer de voir la formidable toiture de la grange dîmière, sur laquelle se détache la toiture de la maison à rayures. La grange est située en arrière, au second plan, parallèlement au mur de séparation avec l’extérieur. Vient pour le regard le moment de voir ce qui se passe sur le côté gauche de la photo. Seul un poteau électrique situé dans le champ, en dehors de la propriété, donne de la vie à cette partie de la photo. Il a aussi de l’importance pour rendre compte de la hauteur importante de la grange.

La dernière séquence est réservée au ciel, grisé de bleu léger avec des échappées de blanc, qui renforce les couleurs terre ou pierre des bâtiments du bas.     

Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, la moissonneuse, Cl. Elisabeth Poulain

Grange dîmière de la Commanderie de Sainte-Colombe, la moissonneuse, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Parcourir dans http://www.persee.fr/doc/annor_0000-0003_1982_hos_1_1_4165    les Granges de Normandie, l’essai d’architecture et d’économie de Pierre Bonnet, en hommage au Doyen Michel de Bouard.

. Lire l’article sur la dîme sur https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%AEme

. La Grange dîmière de la Commanderie de  Sainte-Colombe, à voir sur http://www.templiers.net/departements/index.php?page=27#1

. La commanderie, voir une approche  sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Commanderie/  

. Ainsi que Le Mercure de Gaillon sur   http://lemercuredegaillon.free.fr/templiers/renneville/index.html

https://lagrangederenneville.fr/histoire/   http://www.templiers.org/renneville.php

. Plus d’informations sur le site de l’Office du Tourisme du Neubourg, au nord-ouest http://www.tourisme.paysduneubourg.fr/SAINTE-COLOMBE-LA-COMMANDERIE.html

                                                                   *

. Lire sur ce blog, un billet consacré à une autre grange dîmière dans le département de l’Eure, celle de Daubeuf la Campagne, avec de beaux clichés en particulier celle d'une double charpente, la seconde aidant la Ière à supporter le poids des tuiles,  sur http://www.elisabethpoulain.com/article-la-grange-dimiere-daubeuf-la-campagne-fran-ois-calame-eure-91667790.html   

. Clichés Elisabeth Poulain pour cette vue de l’extérieur incluant le champ de blé en pleine période de moisson, ainsi que celle où l'on voit la formidable moissonneuse lieuse rouge au fond du cliché à droite ; pour l’intérieur, de l’autre côté du mur, voir également la série des beaux clichés de X. Javier sur wikipedia, Sainte-Colombe la Commanderie…. 

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