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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Des fleurs brodées sur des carrés de tissus ajouré d’une finesse … !

29 Décembre 2017, 19:05pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pochette n°1 de tissus brodé avec des fleurs d'une finesse extrême, Cl. Elisabeth PoulainPochette n°1 de tissus brodé avec des fleurs d'une finesse extrême, Cl. Elisabeth Poulain

Pochette n°1 de tissus brodé avec des fleurs d'une finesse extrême, Cl. Elisabeth Poulain

Ce sont deux « pépites » que je viens de retrouver dans un grenier, sagement rangées au fond d’un carton, sans indication aucune sur l’extérieur ou à l’intérieur.  Tous les tissus sont heureusement en bon état. Et c’est vraiment une chance, depuis le temps : il n’y a aucune tâche de moisissure. Comme souvent, dans ces cas-là, on trouve dans ces vieux cartons des éléments divers et variés. On a parfois aussi de très bonnes surprises. C’est ce qui s’est passé avec ces deux petites pièces de tissus de coton dont l’usage m’échappe. La seule certitude est qu’elles ont dues être brodées par des femmes pour des femmes.

Elles ne peuvent pas avoir été faites pour se moucher. Faire semblant, oui. Enlever une petite goutte de sueur l’été, oui, on peut l’imaginer.  Mais pas de voir des dames placer des pochettes de la poche de gauche de leur tailleur comme il en allait pour les hommes avec leur costume. Elles témoignent par contre d’un statut social de haut niveau, qu’on imagine bien dans un réticule, une aumônière… que l’on tient à la main ou au poignet…Mais commençons par le commencement.

Les dimensions du plus petit carré et son poids. C’est un quasi-carré qui mesure 22 sur 21,5 cm et pèse ses quelques 3 grammes ! La petite balance électronique a refusé de donner d’emblée un si faible résultat. Il a donc fallu recourir aux grands moyens et d’abord  poser une jolie pierre pour faire la différence entre la pierre seule et la pierre par-dessus laquelle j’ai placé ce petit carré de tissus. Le coton est si fin que l’on voit la main en transparence quand on l’approche d’une lampe. Il semble si fragile que j’ai préféré ne pas le laver ni même vraiment le repasser, juste donner un petit coup de fer pour qu’il retrouve sa forme de quadrilatère Certes il est un peu jauni, on voit les plis, mais tant pis.   

Les fleurs. Je vais commencer par « le coin aux fleurs », en bas à droite. On se croirait dans un jardin, il s’agit de cette petite pièce de tissu de coton si fin, que mon esprit n’arrive pas à imaginer des doigts de femme broder de si petites fleurs dans un tissus si fragile. Faisons d’abord l’inventaire en fonction de leurs nombre de pétales, de petites feuilles et  de leur emplacement.  Disons pour schématiser qu’il s’agit de pâquerettes d’un centimètre environ,

  • celle du bas, la plus éloignée de l’angle compte dix pétales avec trois  double feuillage pour bien caler la fleur d’en bas, vers le centre,
  • pour l’équilibrer, de chaque côté, vers l’angle, les pâquerettes comptent neuf pétales, avec un seul double feuillage, à droite pour la fleur de droite, à  gauche pour la fleur de gauche.

Ces trois pâquerettes en triangle se prolongent en étant équilibrées par trois paquettes à quatre pétales placées à des endroits stratégiques vers l’extérieur cette fois-ci. Il y a d’abord la pâquerette de l’angle qui porte  deux tiges latérales d’un bon centimètre muni de deux petites feuilles de chaque côté. Ensuite on retrouve ces petites fleurs à quatre pétales et deux feuilles de chaque  côté de l’angle, à environ quatre cm et demie du cœur de la fleur d’angle.

Il est temps maintenant de vous parler de la structure puis ensuite de la bordure de ce quasi-carré. Cela revient à vous parler de ces « jours » qui se terminent sur l’extérieur par des festons. Pour suivre notre logique « fleur et feuillage », il va  falloir voir la différence entre la bordure « normale »  qui termine les 6/8  de ce carré, qui a gardé ses pliures. Chaque quart de ce presque carré, à l’exception du « quart aux fleurs sur deux demi-côtés»  devant moi à droite, est bordé d’un double rang de jours, le rang « extérieur » étant lui-même « protégé » par un rang de festons incroyablement serrés.  L’angle à 90° est source d’un mini-quadrilatère qui, à 20cm, de haut semble former une étoile.

Comme si  cette complexité et cette délicatesse ne suffisaient pas à prouver la maîtrise de la brodeuse, « le coin aux paquettes » fait l’objet d’un double travail d’ornementation extérieure  et de structuration intérieure pour mettre les fleurs en valeur. Au bord de ce tissu si fin, le bord n’est plus linéaire mais peut faire l’objet sur quelques centimètres de deux bordures de jours supplémentaires, un sur l’extérieur sur deux à trois  centimètres, pour finir en pointe.

A cette modification par des jours supplémentaires par l’extérieur à trois endroits pointe incluseet comme si la structuration et/ou la complexité  ne suffisaient pas, des rangs partiels supplémentaires ont été disposés à l’intérieur, en arrière des rangs supplémentaires extérieurs. C’est dans ces interstices que les petites fleurs à quatre pétales ont été insérées. J’ai compté douze rangs de jours de chaque côté à l’endroit le plus dense. Et c’est alors qu’arrive le moment magique où vous allez voir de douze « étoiles », provoquées par la rencontre entre deux rangs de jours perpendiculaires et qui sont enfermées dans un carré de 0,9 cm environ.

Pour en terminer avec l’analyse de cet incroyable maîtrise d’un travail de broderie, il ne me manque qu’une seule chose dont je dois vous parler dans cette analyse d’un travail de broderie, ce sont les rangées de points disposées par six, comme pour occuper l’espace entre les deux petites séries de deux rangées de jours vers l’extérieur auxquelles répond la rencontre entre les six points horizontaux et les six verticaux.

Pochette n°2 de tissus brodé avec des fleurs d'une finesse extrême, Cl. Elisabeth PoulainPochette n°2 de tissus brodé avec des fleurs d'une finesse extrême, Cl. Elisabeth Poulain

Pochette n°2 de tissus brodé avec des fleurs d'une finesse extrême, Cl. Elisabeth Poulain

Le plus grand carré brodé mesure 29,5cm de côté. Il est moins surprenant que celui dont je viens de vous parler en long, en large et surtout pas en travers, pour ne pas rendre le texte incompréhensible. Ici, ce sont les quatre roses disposées vers l’intérieur qui attirent l’attention : chacune dans son coin,  avec sa feuille trilobée placée dans le coin vers l’extérieur.

Les lignes qui soulignent l’entre-deux coins, sont … encore des jours, plus grands que ceux que je viens de mentionner et plus simples.  Ils sont placés en ligne, parallèlement à la bordure, avec « forcément » de la part de la brodeuse une recherche de complexité : la ligne parallèle à la bordure, par exemple, s’arrête à la hauteur de la toute petite fleur qui jaillit de l’entre-deux pétales de la grosse fleur et fait un coude à angle droit pour se rapprocher de l’ourlet, puis à nouveau à droite  pour s’arrêter net. Et cela à moins d’un centimètre plus loin. Une petite barre perpendiculaire de 2,2 cm environ est tracée depuis l’ourlet, pour s’arrêter à 0,7 cm d’un bouton de rose en train de s’ouvrir. Ce motif va se répéter quatre fois, puisqu’il y a quatre angles avec une fleur et une feuille  à chaque fois.

Il y a ainsi quatre roses tournées vers le centre, qui se prolongent par trois petites tiges très fines, faites de tous petits jours courbes d’où jaillissent trois très petites feuilles, identiques à celles que nous avons déjà pu admirer sur l’autre modèle. Par contre le travail touchant aux fleurs elles-mêmes est complètement différent puisque ce sont les fleurs elles-mêmes qui sont les stars de la composition. Elles sont orientées vers le centre et leur poids est équilibré par la présence vers l’extérieur de deux feuilles qui s’épanouissent en trois pointes, pour une question d’équilibre. L’intérieur de composition, aussi bien des fleurs que des feuilles, est composé de petits carrés tracés en très petits points dans un fil d’une finesse extrême.  

En  quelle année ce travail de broderie a-t-il pu être fait, en combien de temps, quel usage en faisait-on...? Autant de question qui resteront sans réponse...  

 

Pour suivre le chemin

. Pochettes pour homme, à voir dans https://fr.wikipedia.org/wiki/Pochette_de_costume

. Clichés Elisabeth Poulain       

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