En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 17:06

Cette fois-ci, on va plonger carrément dans le Rhône ou presque, juste à côté,

 

Lyon 2010.06.12 100

 

naviguer avec la péniche Varka, passer sous les ponts, marcher au milieu des graminées, s’arrêter pour prendre un pot ou donner à manger aux cygnes toujours affamés, glisser dans l’eau du bras d’eau courante, comme si on avait 10 ans…Euh, ça ce  n’est pas tout à fait vrai pour les membres de notre groupe de travail. Vous savez bien, nous les Angevins qui planchons sur les Rives de la Maine à Angers.

D'un côté, il y a..., de l'autre... 

Le rapprochement est amusant : d’un côté des Lyonnais, il y en a plus de 3 millions quand même, sans compter les touristes,  de l’autre des Angevins représentant une agglomération de presque 300 000 habitants. Et nous qui sommes une soixantaine. Le Rhône, un fleuve puissant au débit impressionnant avec de l’autre une très petite rivière de 11kms de long barrée par un seuil en aval d’Angers, ce qui fait ressembler la Maine à un lac. D’un côté le courant d’une eau vigoureuse qui ne laisse aucune ambiguïté sur son sens, de l’autre une eau dont on ne perçoit plus le sens du courant… 

 

Aujourd’hui nous sommes à Lyon, marcheurs  d’un jour, à la découverte du lien qui unit les passants au fleuve. Il y a donc deux grands acteurs à ce billet, l’eau du fleuve et les gens et vice et versa. Vous allez donc voir beaucoup de gens marcher, filer, flirter, manger, jouer, descendre en toboggan, pédaler, descendre, monter, humer, vibrer, boire… On y va. 

 

La segmentation des passants des Berges

Elle se doit d’être fine pour éviter de tomber dans la banalité. Je vais donc la faire selon la position debout, penchée, assise, allongée. On verra bien ensuite s’il manque des fonctions et lesquelles.

 

Les « Debout »

Lyon 2010.06.12 080Ils sont le plus souvent en mouvement. Ils marchent le plus souvent en descendant le fleuve, à se demander comment ils reviennent à leur point de départ. Seul le temps pourrait nous sonner une réponse ; en fin d’après-midi, le sens de la marche est peut être inversé, en remontant le courant.  Le plus souvent, ils sont en petit groupe, à deux, trois, quatre…Notre groupe d’ailleurs s’est morcelé pour pouvoir s’insérer dans le courant ambiant. Il y a de petits îlots flottants dont parfois d’ailleurs on découvre après-coup lors d’une halte qu’ils sont angevins aussi. Ah bon, vous aussi…

 

Les « Assis »

Disons le tout net, ils sont très nombreux, plus certainement que les Debout. Il faut dire là aussi, que l’heure joue un rôle certain. C’est la fin de la matinée, un samedi matin du mois de juin. Il fait doux, le soleil joue un peu à cache-cache. Tout est bien. Les Assis offrent une grande variété de situation sociologique. Il y a les amoureux de la nature, posés sur l’herbe. Certains se la jouent décontractés, avec seulement un sandwich à la main et une bouteille d’eau de l’autre ; d’autres ont prévu une nappe pour s’asseoir dessus, le plus souvent quand il y a  de jeunes enfants, ou pour une jeune fille avec une jambe dans le plâtre. 

 

D’autres préfèrent le minéral, plus pratique pour Lyon 2010.06.12 082s’asseoir, à qui j'ai demandé leur accord avant de les prendre en photo. Il y a enfin une catégorie qui recherche un vrai confort. Ce sont ceux qui vont déjeuner sur les berges et/ou les péniches amarrées dans les restaurants. Il y a du monde, sans le côté stressant de la foule. C’est la bonne dimension d’être ensemble. 

Outre ces Assis sur l’herbe, il y a  une catégorie particulière que sont les Assis sur des marches disposées comme dans un amphithéâtre  grec de l’Antiquité. Pour ceux-là, il faut créer une catégorie spéciale.

 

Les Assis comme au théâtre

Lyon 2010.06.12 096Ils sont les véritables héros de la journée, ceux que l’ont montrent tout le temps en photo dés lors qu’on évoque cette grande opération des berges du Rhône, au point que certains dont moi, pensaient que ces marches en gradin étaient l’élément dominant écrasant un peu, beaucoup le reste des aménagements. En fait, il n’en est rien et heureusement, tant la diversité des situations paysagères est grande le long de cette portion très centrale du Rhône.

 

C’est aussi là que nous avons déjeuné, en recherchant l’ombrage des arbres du haut du boulevard, au moment où les marchands forains commençaient à remballer leur étal et ce qui était dessus. J’ai vu comme un joli hasard le fait que nous étions très proches d’un fleuriste. Il faisait beau à ce moment là, lourd même au point que des Lyonnais prés de nous prédisaient un orage dans la soirée. Devant nous, des ados jouaient à la glisse dans l’eau, avec un énorme plaisir quand l’un deux tombait et en ressortait tout mouillé.

 

Les Penchés

Ils courent, pédalent, patinent, glissent, lancent, descendent…Traduction, ceux là sont des sportifs ou des enfants qui jouent. Leur corps est en mouvement en recherche de la bonne pénétration dans l’air.

. Les coureurs à dire vrai devaient déjà être sous la douche après leur jogging plus tôt dans la matinée, avant l’arrivée des touristes, comme nous ou des familles.

 

Lyon 2010.06.12 030

 

. Les cyclistes étaient plus nombreux. L’éventail était grand, des vrais pros habillés de rouge qui ont accepté de poser le temps d'une photo, à la famille tous à vélo ou aux jeunes filles en ballade plus au nord, près de la Cité internationale.

 

. Les patineurs, il semble me souvenir que j’en ai vu un, faisant de grands gestes des bras pour accompagner et dynamiser sa glisse.

. La glisse, justement parlons-en. Elle est à prendre dans deux sens, avec des glisseurs de deux types, tous des enfants d’ailleurs. Il y a ceux qui glissent dans les toboggans en acier brillant riveté accolés contre le mur de soutènement des quais au-dessus des jardins sur les berges. Et les ados qui ont mis à profit les algues du bassin d’eau courante pour faire de grandes glissades transversales, parfois ponctués de belles chutes quand ils tombent en riant.

 

Les Allongés

Ils profitent des chaises longues de bois verni, inspirés des transatlantiques, adossés, comme les toboggans au quai incliné. Ceux-là sont forcément peu nombreux, puisqu’il n’y a que quelques transats, mais suffisamment pour donner une ambiance un peu décalée, propre à rêver aux grands voyages maritimes inter-continentaux. Je n’ai vu qu’une seule personne faire sa sieste en plein soleil, allongée sur un bloc de granit clair dans la partie minérale des berges, proche de l’eau. Je n’ai pas osé la prendre en photo, elle dormait et je me noyais la réveiller pour lui demander si je pouvais la photographier en train de dormir.

 

A ce stade de ma description, je m’aperçois qu’il manque plusieurs catégories. Tous ceux que j’ai décrit appartiennent à la grande catégorie des passants des berges. Ce sont tous des Terriens. Il manque deux autres catégories, qui ont en commun de n'être pas visibles, ce sont les Invisibles qui échappent à cette logique de la terre.       

 

Les Invisibles

Ils doivent se cacher le week-end ou quand il fait beau. Se cacher est peut être un Lyon 2010.06.12 069grand mot ; en tout cas, nous ne les avons pas vus, au contraire de ceux qui vont dans les péniches-restaurants pour y prendre un verre ou un repas. Ce sont ceux qui possèdent une péniche d’habitation. Difficile de vivre sur une péniche amarrée, quand les passants les photographient comme s’ils n’en avaient jamais vues avant. Certains ont développé de véritables murs végétaux pour fermer la vue et garder un peu d’intimité au moins face à la rive gauche. La  rive droite est moins passante et plus lointaine.

 

Les autres invisibles sont tous ceux qui travaillent pendant que les autres se promènent, vagabondent, se dépensent ou méditent. On ne les voit pas par définition et pourtant dans eux, rien ne serait possible. C’est grâce à eux, que l’on peut se restaurer près du fleuve ou sur l’eau. C’est grâce à eux, que l’ensemble est tenu dans un réel état de propreté. Au point que certains ont trouvé formidable que les installations, les végétaux et l’ensemble soient gardés aussi propres et entretenues. Comme si c’était naturel !

 

Et les représentants du Grand Lyon

Une catégorie ponctuelle de Fluviaux a dérogé à cette invibilité. Il s'agit de notre groupe. Nous avons en effet embarqué sur la péniche Varka, après avoir prix un café avec des petits gâteaux (macarons, mini-clafoutis à 3 cerises...), pour écouter et interroger plusieurs intervenants-acteurs de cette grande opération urbaine: Lyon 2010.06.12 112 

.  Gilles Buna (Vice-Président du Grand Lyon en charge de l'Urbanisme,

. Gérard Claisse (Vice-Président du Grand Lyon en charge de la Concertation et du Développement),

. et Annie Tardivon (Architecte-Paysagiste DPLG, co-associée de l'Agence In Situ de Lyon).   

 

Il manque encore une autre catégorie d’acteurs de ces paysages aussi bien fluviaux qu’urbains. Ce sont les salariés qui travaillent au Grand Lyon. Ils se sont réparti la journée pour nous accompagner tout au long de notre périple à Lyon. Nous les retrouverons dans d’autres billets à venir. D’ici là, nous pouvons déjà les remercier de leur accueil, du retour d’expériences qu’ils ont su partager avec nous, pendant une journée citoyenne bien dense, qui s’est terminée, dans notre groupe par une grande crise de fou rire dans le train en revenant vers Angers, tellement nous étions en forme. Merci le service de restauration de la SNCF.

 

Pour suivre le chemin en attendant la suite

. Retrouver l’aventure des Berges du Rhône sur  

www.grandlyon.com

www.in-situ.fr/agence.html

. Voyez le billet précédent sur Lyon

Sentir à Lyon la force vive du Rhône à la Cité internationale  

. Ainsi que la série des six billets sur Bordeaux

Des hardis Angevins à Bordeaux sur les berges de la Garonne

Bouger à Bordeaux sur les quais de la Garonne

Déjeuner à Bordeaux à l'Hôtel de Rohan, avec des Viallat aux murs

Ré-aménager à Bordeaux les quais de la Garonne

Jardiner à Bordeaux sur les Quais de la Garonne

Se mirer dans l'eau de la Garonne sur les quais de Bordeaux

. Photos EP

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 18:40

A Bordeaux, on parle des berges de la Garonne, un mot Lyon 2010.06.12 055d’origine gauloise qui désigne un bord d’eau. Et quelle eau ! C’est celle du Rhône, un fleuve d’une puissance inégalée en France. Il est aussi celui dont la source se situe en Suisse. C’est certainement la raison pour laquelle, M. Lensel, urbaniste du Grand Lyon, qui nous a accompagné le matin, a comparé la ville avec Zurich en terme d’habitants (3 millions d'habitants). La force du fleuve est redoutable, tant en volume, qu’en débit. Il est sujet aussi à des inondations d’une grande amplitude, d’autant plus redoutable que son cours est contraint en centre ville par des quais hauts et des rives rapprochées dans une ville comme Lyon.

  

Un tempo très rapide

Une journée seulement pour découvrir trois séquences de la rive gauche du Rhône,  ce qui a été fait en amont, la Cité internationale,  au milieu sur plusieurs kilomètres et enfin en franchissant l’eau de l’autre côté, celui de la Confluence. Vraiment il ne fallait pas flâner. C’est la première impression que je retiens de cette visite faite pour découvrir les berges. Lyon est une si grande et vraie ville, pas un décor de théâtre, qu’il faut plusieurs jours à un rythme adapté aux choix de chacun peut être pour sentir le fleuve et quelques-unes de ses résonances avec la ville.

 Lyon 2010.06.12 010

Cette fois-ci, il ne s’agissait pas d’un transport en car, prêt à nous attendre si nous étions en retard, mais en train. Et de train, il n’y en avait pas d’autres après 18h26 ; il n’y en avait pas non plus partant de Lyon Perrache où nous nous trouvions justement à l’heure où il fallait cesser la visite. Il a donc fallu tracer pour respecter le planning chargé, conçu par Agnès Faudon du cabinet du Président-Grand Lyon, en charge de la participation citoyenne.  

La traversée de la ville

Elle s’est faite dans un bus que le Grand Lyon a mis à notre disposition pour nous emmener à la découverte de la Cité Internationale. Cela nous a permis de voir et revoir cette belle ville bourgeoise qui sent l’opulence et la réussite, avec au tout début de notre traversée vers le nord, quelques bâtiments contemporains ou anciens propres à éveiller notre pupille. Ce qu’on peut retenir de la circulation en ce samedi de beau temps du mois de juin, c’est la fluidité et la rapidité de la circulation. 

La Cité internationale

Lyon 2010.06.12 016C’est un grand ensemble urbain situé entre le Parc de la Tête d’Or et le Rhône, avec de l’autre côté du fleuve, la colline pentue  de Caluire et Cuire. Le principe est celui qui est cher à l’architecte Renzo Piano : édifier des immeubles longs, denses, hauts, en couleur –ici l’ocre orangée - , avec un grand travail sur la lumière et le soleil. La forte originalité tient dans le travail du haut de l’immeuble qui se termine en arrondi ouvert, débordant de végétal pour certains appartements.  

La mixité fonctionnelle

Entre logements, bureaux et commerces au rez-de-chaussée, elle varie de façon décroissante selon que l’on se trouve près du Musée d’Art contemporain ou le Centre des Congrès. C'est aussi une autre œuvre de l’architecte renzo Piano, situé au bout de la grande parcelle qui se termine par un pont en hauteur doublé d’une voie pour le tramway, juste à la hauteur d’une des grandes ouvertures du Parc de la Tête d’Or. Ce lieu est d’autant plus stratégique que cette double voie marque la fin du parc et la frontière avec Villeurbanne. Lyon 2010.06.12 035 

La place du végétal

Elle est une des composantes de ce site qui clôt le haut de ce grand triangle formé par le Parc de la Tête d’Or. Le choix de Michel Corajoud  s’est porté sur une sobriété géométrique de nature à répondre à la géométrie architecturale répétitive, sans volonté aucune de la part de l’architecte ou du paysagiste de la casser par quelques éléments de désordre. L’effet est réussi, en total contraste avec le bâti qui couvre la rive droite en face, à un endroit relativement peu large : des petites maisons en bas et sur la colline, avec en haut quelques grandes tours qui chapeaute la colline de la Croix Rousse.  

L’auditorium

Il termine la longue barre d’immeubles de Renzo Piano avec beaucoup de finesse. C’est l’architecte qui l’a aussi conçu. Il eLyon 2010.06.12 066st un des éléments forts de l’ensemble, d’autant que ses barres de soutènement sont fixées dans un bassin d’eau qui joue avec le reflet. Une des très belle idée est la forme arrondie de marches d’escalier saillantes vers l’extérieur, qui reproduit l’arrondi intérieur de l’auditorium.  

Le différentiel d’ambiance végétale

Entre les deux rives, passe le Rhône impétueux, dont on sent la force ; la berge gauche est protégée par un quai en hauteur et en oblique de nature à résister à la pression de l’eau. La végétalisation au bord de l’eau est spontanée, avec des saules, des petits peupliers, des plantes d’eau… Par rapport à la partie proche des immeubles très codifiée au niveau architectural et végétal,  cette dimension non apprêtée du bord de l’eau est intéressante. Elle témoigne de la réalité de la prise en compte des inondations.

 

Le Quai Charles de Gaulle, la grande voie d’accès au site, entre les immeubles et le Rhône, est un bon exemple  de ce que sera certainement une des constantes du végétal en ville de demain: la non-plantation et/ou le non-entretien de certaines parties de la voirie, autour des arbres, de poteaux, de triangles d’attente à des feux, en alternance avec le choix de dédier un des deux trottoirs au lierre afin de limiter l’entretien global. Un procédé déjà mis en application à Bordeaux par Michel Corajoud. 

Le sentier du bord de l’eau Lyon 2010.06.12 050

Il est accessible aux cyclistes, aux coureurs et aux marcheurs. Un escalier pentu permet d’accéder à l’eau en sortant de la Cité internationale. Juste avant de remonter prendre le bus et repartir vers le centre ville, toujours sur la rive gauche ...            

 

Pour suivre le chemin de la Cité internationale, son auditorium et la berge

---) Ce billet s’inscrit dans une démarche ouverte par la Ville d’Angers à un groupe d’Angevins qui constitue le Groupe de Travail qui planche sur le projet d’aménagement des Rives de la Maine. Un premier déplacement (05.06.2010) a permis au groupe de voir in situ la réhabilitation des quais de la Garonne à Bordeaux. Voir la série des billets sur Bordeaux sur ce blog.

 

---) Pour Lyon  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /Juin /2010 13:00

Le déjà très célèbre miroir d’eau

Vous avez tous bien sûr compris qu’avec ce titre, je fais ainsi référence au miroir d’eau que j’ai à peine pu photographier tellement je regardais ceux qui étaient là à le regarder pour voir leurs réactions. Disons le tout net. Il a vraiment plu, tellement attiré que tous se sont arrêtés.

 

Bordeaux-Michel Corajoud-Miroir d'eau-IMG 6863nue%20fond

La fascination

Les gens étaient fascinés par la magie dégagée par ce lieu. Au point qu’il est impossible de ne pas s’interroger : comment des grands (= des adultes) qui ont vu beaucoup de belles choses, de beaux paysages de par le monde, sont-ils à ce point attiré par cette liberté incroyable qui consiste à se déchausser, comme si on entrait à l’église, pour marcher dans l’eau, comme si c’était sur l’eau.

 

La liberté

Elle est au cœur du concept : pouvoir donner à ceux qui passent la possibilité, pour ceux qui le désirent, de sentir l’eau froide sur leurs pieds, tout en marchant dans un univers insolite, de la pierre noire, sans aspérité, dans un grand espace plat sans rien pour arrêter le regard. Ce n’est pas une obligation. Personne ne vous y oblige. Regarder ses pieds non plus. On peut voir loin quand il y a peu de monde. Pas seulement l’autre rive si lointaine, mais en soi pour méditer sur cette résurgence de l’enfance qu’est la découverte du monde pour apprendre à se connaître soi.

 

La découverte

Elle surgit à chaque moment. Se voir soi marcher dans l’eau, comme un môme c’est à dire très sérieusement, sans blaguer, concentré, c’est fascinant. Fascinant de constater que la semaine passée, quand nous y étions, il n’y avait qu’un jeune enfant à qui son père tenait la main pendant toute sa traversée. De retour du grand tour, arrivés au bord, le père a lâché la menotte du petit et celui est tombé. C’était un petit garçon, sa maman prudente lui avait enlevé son pantalon et son slip.

 

Le respect

Tous les autres acteurs du Miroir d’eau étaient Bordeaux-Trivago-Matthieu034-5803634 ldes ados +, des jeunes, avec quelques ‘plus grands’ pour rester dans cette part d’enfance que nous conservons tous, qui que nous soyons. Aucun n’a fait de blague, du genre shooter dans une boîte boisson remplie d’eau, jeter des cailloux ou envoyer de l’eau aux autres, comme à la plage… Je gage, bien sûr, qu’il existe un service dédié à la conservation de l’état optimal du Miroir d’eau. Ceci n’enlève rien à la magie.

 

L’ordre et la propreté

Il faut toujours une attention très forte à la propreté pour que tout ait l’air normal dans un lieu aussi passant, avec tant de gens autour. Cette propreté a l’air si normale, si naturelle qu’elle est toujours vue comme faisant parti de la nature des choses. Or c’est le contraire qui se passe. Cette propreté est un long travail d’aboutissement en amont, absolument nécessaire afin que l’ordre social soit respecté. Mais il y a encore plus.

 

La réussite ‘populaire’

C’est au moins autant que la beauté des lieux, d’un site par essence unique au monde, que réside la réussite du Miroir d’eau pensé et réalisé par Michel Corajoup, le grand paysagiste qui a travaillé aussi à Lyon. Cette insertion d’un concept hyper-contemporain dans un lieu hyper-emblématique d’une ville au riche passé maritime, qui a été anglaise, qui a été aussi la capitale de la France libre dans des temps troublés, est déjà maintenant qualifié de ‘populaire’, selon les termes utilisés par l’élu de Bordeaux en charge de l’urbanisme, M. Duchêne.  Bordeaux-2010.05.29 166

Le toucher de l’eau

C’est désormais une  de ces expressions à la mode. Elle est apparue très récemment. Il ne suffit plus seulement de savoir que l’eau est là à deux pas, on veut la voir, la sentir bouger, la toucher, toujours par la main, alors qu’il me semble que le pied convient mieux. A Bordeaux, comme à Nantes, l’eau du fleuve attire si peu que l’esprit y substitue aussitôt une eau de rêve, légère, limpide, couleur du ciel quand il est bleu, si douce au toucher, comme une caresse pour la peau.

 

L'eau de la Garonne 

Dans ces grandes villes d’estuaire, l’eau est chargée de vase, elle est lourde de sédiments. La masse turbide est très présente ; le bouchon vaseux arrive jusque là. Il est hors de question de toucher Bordeaux-2010.05.29 167l’eau avec la main, tant la rive est vaseuse, avec souvent d’ailleurs une odeur lourde de vase. Quant au pied, il s’enfonce profondément dans cette couche molle. 

L’eau du miroir

C’est elle qui va devenir la ‘vraie’ eau, celle qui est choisie comme emblème de la ville, face à la ‘vraie’ eau vive de la Garonne. Les opposer n’a pas grand sens, car toutes deux sont absolument nécessaires  pour donner naissance à leur œuvre commune, le passant d’eau, qui se mire dans le miroir, le miroir d’eau sur les quais de la Garonne.  

Les passants d’eau

Ils sont très nombreux par jour de beau temps, moins quand il fait doux. Mais peu importe puisque la liberté est là. Michel Corajoud a mis en fond d’écran sur son site, ces passants d’eau qui visiblement lui font si plaisir et à nous aussi, passants d’eau l’espace d’un instant, vrai ou rêvé.  

Pour suivre le chemin

Sur Michel Corajoup

http://corajoudmichel.nerim.net/

http://corajoudmichel.nerim.net/Realisations/Bordeauxlesquais/Bordpresgen1.html

 

Sur le Miroir d’eau, quelques sites de photos d’amateur

http://www.trivago.fr/bordeaux-35213/promenaderue/miroir-d-eau-193801,

avec mes remerciements à Matthieu pour l’usage de sa photo du miroir d’eau, avec des passants d’eau qui se reflètent dans l’eau

 

http://www.33-bordeaux.com/bourse-miroir-eau.htm

http://www.photoamateur.net/miroir-bourse.htm

 

Sur le bouchon vaseux à Bordeaux, Nantes

http://svt.ac-bordeaux.fr/Res-Peda/Prog-Lyc/Seconde/Laterre/Space/gironde/girsat2.htm

http://www.loire-estuaire.org/documents/pdf/lettre8.pdf

 

. Lire les autres billets sur Bordeaux et ses quais sur ce blog

. Photos, n° 1 Michel Corajoud à qui j'adresse mes remerciements, n° 2 Matthieu04 sur le site Trivago.fr/Bordeaux que je remercie également,  n° 3 et 4 EP "Maman veille, Papa à l'aventure avec le petit lapin à la main"

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 11:37

La vision globale, un enjeu stratégique

Au départ, j’avais en tête de parler d’une ‘formidable exposition’ mais comment faire quand il y en a plusieurs en même temps pour rendre compte pendant plusieurs mois d’un véritable panorama de l’art chinois présenté en Europe. La démarche est tellement ambitieuse, étonnante eFeu de la lumièret réussie qu’il me semble vraiment important d’en parler, de façon forcément trop succincte bien sûr mais d’en parler quand même. Le thème très actuel que je retiens est celui du management d’un projet global visant à mettre en scène l’image d’une Chine triomphante forte de sa légitimité passée pour encore mieux fonder l’avenir. On n’est pas actuellement le n° 2 mondial sans avoir des aspirations clairement affichées.

 

La stratégie du Temps

Le moment est forcément choisi avec soin. C’est un élément stratégique d’un projet de si grande ampleur. Il ne saurait donc être laissé au hasard. Le festival a eu lieu après la fermeture des Jeux olympiques et avant l’ouverture  de l’Exposition universelle, de façon à capter l’attention sur une durée longue. Il ne s’agissait pas pour les responsables chinois de faire un coup médiatique mais de montrer la légitimité, la richesse, la diversité et l’amplitude des arts sélectionnées pour représenter dignement et avec fierté la Chine. Après l’organisation des Jeux olympiques, inscrits au cœur de notre héritage gréco-romain et avant l’Exposition universelle chère au cœur des Français qui citent toujours avec plaisir le Baron Coubertin « l’important est de participer ».

 

La durée du déroulement des différents évènements composant ce festival est impressionnante. Elle court sur 4 mois et 1 semaine, du 8 octobre 2009 au 14 février 2010.  Cette dernière date nEuropalia China-Superstar-A mobile Chinatown’a rien d’un hasard : c’est en effet le Nouvel An chinois fêté partout dans le monde par les Chinois de Chine et la Diaspora belge à Bruxelles. Au niveau symbolique et familial, c’est la fête la plus forte de l’année, un moment d’hommage aux disparus, un moment de rassemblement au sein de la famille, le moment où on prend plein de bonnes résolutions et mange de bonnes choses… A cette occasion, les Chinois de Chine se voient attribuer une semaine de vacances.

 

La durée s’entend également du temps de préparation du projet. A partir du moment où l’accord s’est fait entre les autorités chinoises et son partenaire européen belge, Europalia, il a fallu en effet deux ans pour mobiliser tous les acteurs afin de faire aboutir ce vaste panorama d’arts en Europe. Quant à la durée entre le moment où l’idée est devenue projet et le moment où il a été mis en route, nulle information n’a filtré. Gageons qu’il a fallu plusieurs années, surtout quand on connaît la capacité chinoise à voir loin et à savoir mettre en œuvre des stratégies  complétées avec les tactiques appropriées en intégrant toutes les techniques les plus avancées du management de projet. 

 

La stratégie des chiffres

Les 4 lignes de force ressemblent aux quatre points cardinaux qui structurent l’espace, le nord, le sud, l’est et l’ouest. Dans le monde de l’art, ces lignes de force aboutissent aux quatre thèmes sélectionnés suivants que sont la Chine éternelle, la Chine contemporaine, la Chine en couleurs et la Chine et le monde, avec toujours au centre de ce quadrilatère, la Chine, centre du monde.  

Les 8 thèmes sont les concepts dont se sont imprégnés les créateurs du festival lors de conception du panorama et de la préparation pour restituer le plus exactement et le plus librement une réalité si riche, si foisonnante et si vivante. Ce sont dans l’ordre :

le ciel, la terre, l’être humain, l’harmonie, la montagne, l’énergie, le chemin, l’écriture 

 

L’ordre de la présentation est bien sûr important. Il faut l’assortir Europalia-China-Zao Wou Ki, Entrer Ciel et Terredes connexions qui se nouent naturellement entre les items, avec au centre ce qui constitue l’essence même de la spiritualité chinoise, la permanence de la Chine entre intemporalité et changement.     

 

Les chiffres sont un des éléments forts de l’ambition du festival : montrer la capacité de la Chine et de son partenaire européen choisi, Europalia International, de réaliser un panorama actif fort de « 48 expositions, 519 évènements dans 75 villes et 5 pays », comme l’écrit l’entreprise culturelle en charge de l’organisation, de la logistique et de la communication sur cette immersion dans la culture chinoise telle qu’elle est re-créée pour des regards européens.

 

En Chine, c’est le Ministère de la Culture de la République populaire de Chine qui a monté le projet avec un réseau étoffé d’experts répartis sur tout le territoire. Pour l’Europe, Europalia International a travaillé avec un comité de d’experts complété par plus de 210 partenaires culturels et 1 000 artistes.  

 

1 101 175 visiteurs ont été enregistrés. Mais ce total n’inclut pas par exemple les plus de 100 000  voyageurs par jour attendant leur train à la gare de Bruxelles Midi dont le grand hall était orné de grands panneaux aux couleurs de la Chine. Une fois de plus, on comprend l’importance des grandes gares et des aéroports internationaux en matière de communication par voie d’affichage. 

 

La stratégie d’image

C’est un jeu mental très utilisé de par le monde que d’évoquer la puissance passée pour renforcer son image d’aujourd’hui et fonder celle de demain. Parmi toutes les manifestations, et elles sont si nombreuses que je pourrais pas vous les citer, j’en ai choisi quatre dans l’abondante documentation publicitaire qui a fait connaître les évènements et attiré les visiteurs européens.  

 

Europalia China-Chi-Peng-Sprinting ForwardLa vitalité urbaine

Elle est au cœur de la réalité d’aujourd’hui. Le centre du monde est maintenant en Asie et en Asie, en Chine. Elle se traduit par des immeubles à l’architecture très innovante, comme on peut le voir à Shanghai actuellement. Elle se traduit aussi par des projets tels que Superstar, a mobile Chinatown, qui a été présenté à la 11è Biennale de Venise, par l’architecte Ma Yansong/MAD. C’est une ville nouvelle, autonome en matière d’énergie, d’eau, de recyclage des déchets, de santé, de sports et qui dispose même d’un cimetière virtuel. 

 

La troisième voie culturelle

Elle vise la démarche d’un très grand artiste connu dans le monde entier qui est si chinois à nos yeux qu’il en atteint l’universalité. Il s’agit de Zao Wou Ki dont l’exposition à la Fondation Folon couvre plus de 50 ans d’encre de Chine et lavis d’encre ainsi que des aquarelles en couleur. Le nom de son exposition « Entre ciel et terre » montre bien sa volonté d’aller à la rencontre avec la Chine qu’il avait quitté à 28 ans pour se rendre à Paris.  

 

L’homme en mouvement

Cette fois-ci, il s’agit d’une photo  dont le titre explicite la volonté de l’artiste Chi Peng :

« Sprinting Forwards 2, 2004 ». Des hommes jeunes et nus vus de dos courent dans la rue. Ils croisent un autobus rouge qui vient en sens inverse, en s’engageant sous un pont, au milieu de petits avions rouges. Chi Peng a 28 ans. Il s’est photographié courant ainsi dans une rue qu’il qualifie de banal. 

Shanghai Modern. Site Namoc-W020091104523631978753La dame de Shanghai

Elle est une des stars de l’exposition consacrée au Shanghai des années 1900-1949, la période où l’influence occidentale fut forte. On créa même de nouveaux mots tels que « modeng », un assemblage de ‘modern’ et de ‘mode’ appliqués « aux films, au café, au golf et aux soirées dansantes ». La publicité en particulier connut un essor considérable dans plusieurs domaines, la ville, l’agencement de la maison, le vêtement …        

 

Pour suivre le chemin

. Superstar, a mobile Chinatown, une création de Ma Yansong/MAD, à découvrir sur

http://www.archicentral.com/superstar-a-mobile-chinatown-by-mad-11887/

 

. Entre Ciel et Terre, Zao Wou Ki à la Fondation Folon*, La Hulpe, à 20 mn au sud de Bruxelles, dans le Parc Solway.

http://www.fondationfolon.be/index_news_detail_fr.php?date_excl=2009

  

. Sprinting Forwards 2, 2004, découvrez le dossier pédagogique qu’Europalia China a conçu sur l’œuvre de ce photographe à l’intention des enfants. 

 http://www.europalia.be/IMG/pdf/dossier_pedagogique_The_State_of_Things.pdf

 

. Shanghai Modern 1900-1949, au centre d’Art de Rouge Cloître à Bruxelles, à retrouver sur le site belge du lieu d’exposition et sur le site du NAMOC (National Art Museum of China)

http://www.rouge-cloitre.be/agenda/agenda_detail.php?id=30

http://www.namoc.org/news/gnxw/2009/200911/t20091104_118490.html

 

. Voir Bozart Magazine du Palais des Beaux Arts de Bruxelles, de novembre 2009, un magazine bourré d’informations sur la manifestation

http://www.bozar.be/activity.php?id=9356&lng=en

 

. Photos de plaquettes Europalia   

* = Une info de dernière minute, la Fondation recherche des étudiants pour assurer l’accueil cet été, téléphonez en Belgique à Stéphanie Delmotte, 02 653 34 56

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 20:15

Un titre trompeur

Bordeaux-2010.05.29 136En fait, je devrais écrire ‘Jardiner’ entre guillemets pour souligner le jeu de mots. On ne jardine pas sur les quais de la Garonne, sauf quand on s’appelle Michel Corajoup et qu’on est le paysagiste chargé de concevoir la mise en lumière d’un paysage remarquable, les Quais de la Garonne. Jardiner est le terme qu’il a employé. Le paysagiste se moquait ainsi de la propension actuellement à la mode de traduire un plan de communication en verbe actif pour mieux en souligner ses aspects dynamiques.

 

Des verbes d’action pour communiquer

C’est bien pourquoi, pour jouer le jeu du Bordeaux-2010.05.29 129marketing, j’ai titré à votre intention cette chronique bordelaise qui va bientôt prendre fin, avec des verbes tels bouger, déjeuner,  mettre en œuvre…à l’exception du premier billet dont j’ai gardé le titre initial, plus ponctuel : « Des hardis Angevins à Bordeaux à la découverte des Berges de la Garonne ».

 

Un tempo très rapide

C’est certainement le billet pour lequel je vais avoir le moins d’informations, faute d’avoir eu le temps d’abord de marcher le long des 4,5 kms, faute aussi de zig-zaguer carnet de notes à la main et appareil photo prêt à fonctionner toujours avec cette même main droite, faute surtout d’avoir eu le temps de respirer, humer, percevoir, ressentir les vibrations ressenties au cours de la marche et des nombreux arrêts d’interrogation. Peu importe d’ailleurs, le résultat aurait été différent. Celui dont je vais vous parler est celui d’un moment court, c’est tout.

 Bordeaux-2010.05.29 153

Disons-le tout net. Autant la promenade m’a plu surtout avec ce temps gris et léger, percé par des trouées de lumière, avec une eau lourde d’argile, avec très peu de personnes, ce qui a facilité notre marche, autant les jardins en eux-même m’ont surpris par manque de surprise. Je n’ai pas étonné et c’est certainement le trait qui me titille, quelques jours après.

 

Un différentiel dans la perception

Peut être est-ce aussi la sensation très réelle et durable encore maintenant, d’un certain déficit de force d’émission, perçue au cours de la présentation par Thierry Guichard (DGA des Services techniques de Bordeaux),  entre la parole portant sur les bâtiments, ceux sur les jardins et sur le végétal. Il a beaucoup été question du bâti existant (les façades du XVIIIè, les Hangars en aval), de la voirie, des installations sportives et ludiques qui ont été enchâssées sur les quais, du fameux miroir sur lequel je vais revenir, et finalement très peu des jardins. Quant au végétal, le seul élément que j’ai vraiment perçu a été la difficulté à jouer la partition de l’arbre.

 

La problématique de l’arbre

Des arbres, il en a été question à plusieurs Bordeaux-2010.05.29 155reprises ; le nombre par exemple, 2000 et 3000 à un autre moment, leur hauteur qui ne devait ‘faire de l’ombre’ aux façades, afin que celles-ci puissent être admirées par tous, de partout, sans être cachées par le feuillage des arbres. Des essences, il n’en pas été question. Michel Corajoup ajoute que cette question de la vue lui a été posée au cours d’une réunion avec les habitants, de la part de dames, se souvient-il. Il leur a répondu que les arbres apportent de l’ombre et de la fraîcheur. Thierry Guichard précise que les arbres plantés ont un développement moyen pour éviter ce problème.      

 

Le concept de mise en paysage de ce  site

Il a été très bien expliqué. Je cite pour mémoire, les objectifs transmis à Michel Corajoud le paysagiste en charge de l’opération : il s’agissait d’harmoniser, d’urbaniser, de rendre hospitalier ce vaste espace, contenu entre voirie et fleuve. La trame a été conçue sur la base de lanières transversales qui prennent en compte les différents paliers entre le bâti et le niveau de l’eau ; quant au longitudinal, il garde un lien fort avec le quartier dont le jardin est l’aboutissement, chaque rue d’importance se  prolongeant par une allée ou une ouverture visuel. L’accès à l’eau se fait assurément de plusieurs façons

 

Les mots de la segmentation

Une segmentation fine se fait par quartier avec Bordeaux-2010.05.29 168à chaque fois un concept de paysage différent et en conséquence des mots très choisis adaptées à chaque âge, situation, fonction… et surtout porteurs d’une réalité à traduire sur le terrain :

 

. Au Quai Sainte-Croix, le Parc Saint-Michel

Les mots : parc de 5 ha, nombreux arbres, vaste pelouse, s’étendre, déjeuner, jeux pour les tout-petits, basket, haltes vertes, famille, amis, pêcher, pique-niquer, ponton, péniches, buvette, point d’information, touristes…

 

. Au Quai de la Douane, le Miroir d’eau

Les mots : parking de 700 places, miroir d’eau, Palais Gabriel, splendeur du temps, Garonne = Miroir, spectacles, évènements festifs, été, jet d’eau irisée, canaux, fraîcheur, tribunes, joutes nautiques, concert, marathon, grand jardins, arc de cercle, ponton, accostage bateaux de tourisme…

 

. Au Quai Louis XVIII, la Prairie des Girondins

Les mots : panorama, ouvrir, vue d’ensemble, prairie naturelle, 1 500m2, pelouse 3 400m2, pente douce, bord de l’eau, halte bienfaisante, œuvres contemporaines, Musée d’Art Contemporain… 

 

. Au Quai des Chartrons, la Promenade avec garde-corps

Bordeaux-2010.05.29 178Les mots : marchés du Colbert, restaurants, guinguettes, jeux, skatepark, jardins d’enfants, restaurants, terrasses, arbres, promenade, garde-corps, s’y accouder, bouquiniste, étal, pêcheur, canne, paquebots de croisière, accostent, tradition maritime bordelaise…

 

. Au Quai Bacalan, les Hangars

Les mots : hangars, conservés, vestiges, activité industrielle, port de Bordeaux, parkings, commerces, jardinerie, produits du terroir, Cap Sciences, pont levant, franchissement, rive gauche, rive droite.  

 

La parole à Michel Corajoud

J’ai trouvé dans le dossier de presse des paroles très intéressantes de Michel Corajoud:

«  Je me reproche parfois de n’être pas allé voir autour du site du projet, notamment sur la rive droite. Je ne voulais pas donner l’impression de vouloir tout m’approprier mais je le regrette. Moi qui conseille toujours à mes étudiants de ne pas se limiter à la zone qui leur est confiée, car ils trouvent forcément des éléments complémentaires pour comprendre le lieu à aménager. Du coup, la scène d’en face de la Bourse est un peu discordante. Heureusement la courbe aiguë du fleuve fait que la plupart du temps, la vue que l’on voit d’en face n’est autre que la même rive gauche.»

 

A lire cette impression du paysagiste, Bordeaux-2010.05.29 179qui a été Grand Prix du Paysage et Grand prix de l’Architecture, j’ai alors seulement à ce moment là compris ce qui m’avait interpellé, ce n’est pas tant la question de la présence du végétal mais l’impression d’être dans une île, avec un double phénomène de miroir, celui que nous avons vu posé à terre et celui qui s’ordonne à partir de la place de la Bourse, en raison de la courbure du fleuve, beaucoup plus étendu, à perte de vue…

                            

Pour suivre le chemin

. Découvrir le site de Michel Corajoud, avec une superbe photo du Miroir d’eau un jour d’été

http://corajoudmichel.nerim.net/

. Voir le dossier de presse de la Ville de Bordeaux que j’ai déjà cité dans un billet précédent qui apporte une information d’importance.

. Lire si l’envie vous en prend la série des billets consacrés à Bordeaux sur ce blog.

. Photos EP

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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