En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 11:50

 

Nul n’est censé ignorer la loi. C’est un principe de droit que chacun est supposé connaître par un joli raisonnement juridique qui fait reposer la connaissance de la loi sur celui, qui justement, n’a pas obligatoirement la possibilité de la connaître. C’est d'ailleurs toujours vrai maintenant. Mais comme c’est la loi qui le dit. Imaginez ce que c’était en 1804…A cette époque très troublée de l’histoire, il a paru utile à un tout nouveau maire de rappeler cette loi aux habitants de ce qui était alors un petit village pauvre, celui d’Avrillé, situé à au nord-ouest d’Angers en Maine et Loire.  

La situation

En 1804, l’Empire venait de naître, la commune aussi. Son maire se prénommait Joseph Bachelier de Bercy. A sa prise de fonctions, ce dernier entendit rappeler et/ou faire connaître les règles du vivre ensemble en ces temps de grands bouleversements. A cette fin le maire fit paraître un règlement de police, qui reprenait, sinon l’essentiel de lois ou de règlements pris pendant la période révolutionnaire, du moins les textes qui lui paraissaient importants dans sa commune.  

L’ouvrage de recherche La mort et la jeune épousée, Robert de Gohier, 1616

Ce document se trouve dans l’ouvrage très documenté de Jacques Thomé « Douceur angevine ? Naître, vivre et mourir à Avrillé (1532-1980) » en seconde partie donnant des « Compléments sur l’histoire d’Avrillé ». 

 

Vivre, comme le dit Jacques Maillard qui a rédigé la préface, « c’était d’abord lutter pour survivre. La population est régulièrement frappée par les crises aiguës de mortalité, provoquées par les famines et les épidémies, parfois par les violences de la guerre…L’auteur Jacques Thomé précise que « la grande majorité de la population est composée de closiers (ce sont des paysans pauvres qui louent une parcelle de terre closes de murs) , de journaliers dont les ressources sont très faibles. Les veuves démunies sont nombreuses… ». Les jeunes épousées mourant en couches aussi.  

La vigne et le vin

Comme dans quasiment tous les villages en France à cette époque, sauf impossibilité climatique ou physique, il existait encore un vignoble, qui n’avait pas, aux dires de l’historien, une grande notoriété à l’exception du Clos de Panloup, situé sur le coteau en pente douce vers la Mayenne, dont le cépage « le rayon d’or » donnait un vin blanc doux. Si les nobles et les bourgeois pouvaient s’approvisionner chez de bons vignerons, les vins locaux étaient bus d’abord sur place à la maison. Le reste de la production était vendu aux nombreux aubergistes et cabaretiers. On ne parlait pas alors de cafetiers.  

Le règlement de police

Daté du 26 novembre 1807 et signé par « De Bercy, Maire », il comporte seulement 15 articles, ce qui, à notre époque, peut sembler court. Le plus intéressant est de voir les thèmes sur lesquels porte chacun de ces articles. Cette répartition donne une bonne représentation des préoccupations d’alors et la vision de l’ordre public de ce tout début du XIXè siècle.  

Les premiers et derniers articles

Ces articles 1, 3 puis 11 à 15 compris  traitent de problématiques distinctes :

-        l’article 1 rappelle l’obligation de ramonage des cheminées à tous les habitants tant la crainte des incendies était forte, selon une loi du 24 août 1790 et une du 28 septembre 1791;

-        l’article 3 enjoint à tous ceux qui sont concernés d’écheniller leurs haies (loi du 26 ventôse an 4, soit le 16 mars 1796);

-        l’article 11 cite l’interdiction de laisser vaguer les animaux « chevaux, vaches, cochons, chèvres, moutons », selon l’ordonnance de police du 22 mai 1790 ;

-        l’article 12 porte sur l’obligation à tous de prêter main forte en cas de trouble et de ne pas insulter le maire, selon une loi du 22 juillet 1791 ;

-        l’article 13 précise qu’il n’est pas possible de faire école sans autorisation municipale (par décision propre du maire);

-        l’article 14 vise les chiens qui doivent être gardés à l’attache, sous peine d’être abattus en raison de la fréquence du risque de la rage (idem);

-        L’article 15 et dernier stipule que la petite porte près du maître autel dans la chapelle sera fermée pendant la messe pour éviter que des individus y entrent ou en sortent, troublant ainsi le service divin (idem). 

Les articles consacrés aux cabaretiers et aubergistes Avrillé-Blason-création Jacques Thomé, 1981

Les 8 autres, soit la moitié, étaient  destinées directement ou indirectement aux cabaretiers et aux aubergistes. La raison de cette sur-représentation était essentiellement que ces professionnels recevaient des étrangers qui n’habitaient pas la commune. Il fallait surveiller leurs déplacements pour que soit respecté l’ordre public.  

-        L’article 2 défendait aux voituriers, aubergistes… d’entrer dans les greniers et écuries  avec des lumières non renfermées dans des lanternes ou d’y fumer, selon une ordonnance de police de Paris du 10 février 1755 et une loi du 24 août 1792, toujours par crainte des incendies. On retrouve la protection contre l’incendie.

 

-        L’article 4 interdisait d’accueillir et de donner à boire après 8 heures du soir du 22 septembre au 21 mars inclus et après 9 heures du soir du 22 mars au 22 septembre, décision prise par arrêté du Conseil d’Etat le 4 janvier 1724 et la loi du 24 août 1790 déjà citée.  L’explication qui vient à l’esprit que cette mesure permettait d’arrêter ou de freiner les déplacements la nuit puisqu’il n’y avait plus d’hébergement possible.

 

-        L’article 5 interdit aux dits cabaretiers et aubergistes d’accueillir «  aucune femme prostituée, aucuns vagabonds, mendiants, gens sans aveu sous peine d’être civilement responsables des délits » des susnommés, toujours selon la loi du 24 août 1790.

 

-        L’article 6 les enjoint de tenir « un registre timbré, coté et paraphé par le maire » où ils doivent noter les noms et dresses de tous ceux qui passent une nuit en précisant bien les dates et heures d’arrivée et de départ, selon une loi du 22 juillet 1791.

 

-        L’article 7 leur ordonne  d’ouvrir leur établissement aux fins de contrôle des registres de jour et de nuit et de constatation des manquements (idem).

 

-        L’article 8 ne leur permet pas de servir à boire pendant le service divin. Le maire précise que cette mesure est prise eu égard à la position de l’église par rapport aux cabarets et auberges. C’était déjà un arrêté du Préfet du 5 nivôse 1804, c’est à dire le 26 décembre 1804.

-        L’article 9 regroupe deux séries de mesure. La première, qui ne semble pas concerner directement les cabaretiers et aubergistes, concerne une interdiction de donner les noms des domestiques. Cette mesure est peut être à lier au dernier paragraphe du document qui précise que les enfants, ouvriers et domestiques relèvent de la responsabilité directe des parents et chefs de maison.

 

La seconde leur interdit très clairement de permettre la danse, sauf en cas de noce, et les représentations théâtrales ((idem).

 

-        L’article 10 vise les poids et mesures, que l’adjoint municipal en charge du contrôle  doit pouvoir effectuer, chez tous les débitants et marchands, les cabaretiers et aubergistes également (idem). 

Pour conclure

Je vais laisser le dernier mot à M. le Maire De Bercy qui déclare :

«  Quiconque ne se conformera pas au présent règlement et qui contreviendra à ses dispositions sera poursuivi et puni. Les pères, mères sont, ainsi que les chefs de maison, personnellement et civilement responsables de leurs enfants, ouvriers et domestiques ». 

Pour suivre le chemin

Jacques Thomé-historien, Avrillé 49. Lire l’ouvrage très intéressant de Jacques Thomé « Douceur angevine ? Naître, vivre et mourir à Avrillé (1532-1980) » paru aux Hérault-Editions, 1986. L’auteur y décrit la dureté de vie des jeunes mères dont beaucoup mourraient en couche et des nourrissons  dont peu atteignaient l’âge adulte. Jacques Thomé est un ancien inspecteur de l’Education nationale, passionné d’histoire locale. Il a été également adjoint aux affaires culturelles et scolaires d’Avrillé dans les années 1980.

 

. L'année du réglement est 1807 et non pas 1804, comme me l'a signalée Jacques Thomé. . La date du règement

 

. Trouver quelques informations sur l’histoire d’Avrillé sur

http://fr.wikipedia.org/wiki/Avrill%C3%A9_(Maine-et-Loire)#Sous_l.E2.80.99Ancien_R.C3.A9gime

 

L’histoire d’Avrillé commence réellement quand la paroisse d’Auvrillé fut créée. Jusque là, le territoire de l’actuelle commune appartenait au Comte d’Anjou. Plus tard l’Abbesse du Ronceray, qui hérita d’une partie des terres, y créa un bourg.

Pour la première fois en Anjou, les gisements d’ardoise commencèrent à y être exploitées. Tout au cours de l’Ancien Régime, les trois ressources économiques furent les ardoisières, les activités viti-vinicoles et le « nourrissage », mise en nourrice d’enfants, un phénomène de grande ampleur que Jacques Thomé a contribué à mettre en lumière.

 

Ce petit village rural pauvre a gardé ses limites territoriales depuis le XVIIè siècle. La commune proprement dite fut créée en 1791. Pendant les guerres de Vendée, entre avril et janvier 1794, 2 000 hommes, femmes et enfants furent fusillées en un lieu qui s’appellera très vite le Champ des Martyrs. Une chapelle y a été édifiée au XIXè siècle. Le pape Jean-Paul II a béatifié 99 des 2 000 massacrés.

 

. Comprendre le blason d’Avrillé (toujours sur Wikipedia) « qui fut créé en 1981, à l’occasion du jumelage avec la ville allemande Schwalbach, par Jacques Thomé, alors adjoint de Guy Pasquier Maire de l’époque. Il représente les éléments de la vie d’autrefois :

« Ecartelé, Au premier d’azur, à trois fleurs de lis d’or

 Au deuxième de gueules, au maillet & burin d’argent Mis en pal 

Au troisième de gueules, au moulin à vent d’argent 

Au quatrième d’azur, à la grappe de raisin d’or »

« Les fleurs de lys sont celles des armes de l’Anjou ; les outils des fendeurs d’ardoises évoquent les carrières exploitées jusqu’à la fin du XIXe siècle ; le moulin symbolise les caviers dont deux subsistent de nos jours et la grappe de raisin rappelle que la vigne fut cultivée sur les coteaux de la Mayenne jusqu’à la fin du siècle dernier ».

 

. Le lien entre la mobilité et l’insécurité ressort très nettement de ce règlement de police. C’est une problématique qui reste pleinement d’actualité. Lire sur le sujet des polices urbaines, l’étude de Vincent Milliot « Réformer les polices urbaines au siècle des Lumières : le révélateur de la mobilité » sur  http://chs.revues.org/index195.html

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 11:13

San Martin, Portrait, Casa, Boulogne sur mer, livre d'orAh encore un titre difficile ! Une des raisons en est que le thème de la frontière est particulièrement sensible en ce début du 3è millénaire. Une autre raison provient certainement de la notoriété si grande de cet homme  qui toute sa vie s’est joué des frontières tout en contribuant à en créer de nouvelles et en cherchant à pousser les siennes propres.

 

Ce que je vais tenter d’exprimer c’est la capacité d’un homme à vivre sans être arrêté par les frontières si nombreuses, fussent-elles physiques, politiques, linguistiques, culturelles ou personnelles…Des frontières qui ont été en leur temps symboles de libéralisation et d’indépendance face à un pouvoir central colonisateur éloigné appartenant à un autre système culturel.

  San Martin, Casa, Boulogne sur mer, petit escalier

Aperçu de la vie de José de San Martin

La vie de ce héros de la première moitié du XIXè siècle  s’est déroulée en un temps où, paradoxalement,  il était plus « facile » de choisir son pays de vie que maintenant. Un temps où les frontières, quand il y en avait, n’étaient pas aussi difficiles à traverser qu’à notre époque réputée pourtant pour une certaine liberté d’aller et de venir offerte pour la première fois à des millions d’hommes et de femmes dans l’histoire de l’humanité.  

L’emploi de la frontière au singulier

Je pourrais employer le pluriel pour désigner ces nombreuses frontières, sans compter celle qui individualise chacun d’entre nous de l’autre enfermé lui-même dans sa propre sphère. Je préfère pourtant employer le singulier pour bien marquer son importance et son actualité dans la longue vie de José de San Martin, que ses contemporains ont appelé « El Libertador » et qui  devenu le symbole de l’Argentine.  

Son enfance

José de San Martin est né dans le nord de l’Argentine, San Martin, Casa, Boulogne sur mer, petit escalierprès du Paraguay, à Yapeyù, en 1778, 5è et dernier enfant d’une famille noble espagnole. Son père  était militaire. Trois ans après sa naissance, la famille déménagea à Buenos-Aires et quatre ans ensuite en Espagne. Agé de 7 ans, José faisait alors connaissance avec son troisième lieu  de vie et sa mère patrie. L’Espagne à cette époque était le pays de ses parents. C’était elle aussi qui dirigeait son empire américain à partir de Madrid. Mais le choc culturel dut être quand même rude, car cette même année, 1785, marqua aussi son entrée au Séminaire des Nobles. A la  fin de sa scolarité, à l’âge de 11 ans - il entra à l’armée.

 

Cette enfance, où on devient homme à onze ans, ne peut être neutre dans une vie. Elle explique peut être en partie l’importance que la vie de famille eut pour lui plus tard et ses liens si fort,  au décès de sa jeune épouse, avec leur fille et les petites filles de celle-ci. Son lieu de naissance, en terre guarani de missions des Jésuites, loin de la capitale et de son élite espagnole, eut également une incidence sur sa destinée. Lors de son ascension dans l’armée, ceux qu’il commençait à déranger l’affublèrent d’appellations négatives à leurs yeux, tels que el tape (Indien guarani), el indio, el paraguayo, el cholo (Indien Kolla), el mulato alors qu’il était créole, c’est à dire né dans les colonies.  

SSan Martin, Casa, Boulogne sur mer, malle du générala carrière militaire en Europe

 

En Espagne, il intégra l’armée et lutta contre les Français, les Anglais, les Portuguais, puis contre à nouveau les Français, avec Napoléon à leur tête. L’Espagne une fois devenue napoléonienne, le jeune militaire rejoignit l’armée britannique d’où il combattit à nouveau les Français.

 

Il revint pour la première fois dans les Provinces Unies en 1812, dans une frégate anglaise, avec le grade de colonel. Cette même année, il décida également de se marier et de leur union naquit plus tard Merceditas. 

De retour dans le sud de l’Amérique latine

José de San Martin prit ensuite une part très active à la libération de l’Argentine qui devint indépendante en 1813 à la suite de la victoire de San Lorenzo. Il fut nommé général de l’Armée des Andes qu’il contribua à organiser. Les Provinces Unies du Sud acquirent leur indépendance en 1816. Deux ans furent nécessaires pour libérer le Chili qui prit son indépendance en 1818 à la suite de la victoire de Maipù. Trois ans après, avec son armée, à la suite de plusieurs tentatives manquées pSan Martin, Casa, Boulogne sur mer, lit de campour traverser à pied la Cordillère des Andes, il décida à rejoindre le port de Pisco  au Pérou par la mer. Ce fut l’élément décisif qui permit une  année plus tard en 1821 à José de San Martin de libérer Lima. Le général devient « Protecteur du Pérou ».

 

1822 marqua une rupture brutale dans son ascension militaire et politique après la rencontre avec Simon Bolivar. Les deux armées firent jonction en Equateur. Lors de leurs entretiens,  les deux libérateurs ne surent, ne purent aller au delà d’une profonde différenciation de la vision politique de l’avenir du continent latino-américain, entre le républicain Bolivar et le partisan d’une monarchie constitutionnelle que fut José de San Martin. 

Son second départ pour l’Europe

Il a alors 45 ans ; sa femme est décédée peu de temps auparavant. A ce moment de sa vie, il est Général des Provinces Unies du Rio de la Plata, Capitaine général de la République du Chili et Généralissime du Pérou. Il renonce à ses toutes ses fonctions militaires et civiles et décide de repartir en Europe. En 1824, il s’embarque pour Le Havre, avec sa fille Merceditas, avec très peu d’affaires personnelles. Il avait en effet donné son importante bibliothèque personnelle à la Bibliothèque nationale du Pérou qu’il créa  en 1821 lors de sa présidence du Pérou.

 

Sa vie en Europe

Commença alors pour lui, une vie d’errance entre Londres, Bruxelles puis Paris, avec sa fille, son gendre Mariano Balcarce et les deux petites filles du couple. Malgré son désir de prendre part à nouveau à la vie politique de son pays, l’Argentine et une tentative manquée en 1828, il ne fut jamais rappelé au gouvernement en raison de profondes rivalités sur place. Il décida alors de quitter Paris et s’installa à la campagne proche puis à Evry dans le quartier de Grand-Bourg pour rejoindre enfin la maison de Boulogne sur mer en mars 1848.  Il y décéda le 17 août 1850 entouré de sa fille, de son gendre et de ses petites filles qu’il aimait tendrement.  

Son dernier retour au pays natal

Malgré sa notoriété, malgré les services rendus, malgré sa demande expresse dans son testament que son cœur repose à Buenos Aires, il fallut à sa famille attendre presque 30 ans avant que ses cendres reviennent à la capitale argentine qu’il avait quittée en 1813 pour défendre les côtes du Parana. De 1850, date de son décès au 28 mai 1880, c’est d’abord la crypte de l’église Saint-Nicolas de Boulogne pendant onze ans qui accueillit ses cendres puis le caveau de la famille de son gendre Gonzales Balcarce à Brunoy dans la banlieue parisienne.    

 

Son mausolée est érigé dans une chapelle de la cathédrale du XVIIIè siècle de Buenos Aires. 70 000 personnes accompagnèrent le cortège jusqu’à sa destination finale. Don José Francisco de San Martin avait enfin retrouvé son peuple et franchit l’avant-dernière frontière. Ce sont maintenant les chercheurs en histoire qui poursuivent leur travail d’approfondissement de sa vie et de son oeuvre , comme le Cercle historique San Martin, dont le siège est à la Casa San Martin, au 113 de la Grande Rue de Boulogne sur Mer.  

Sa maison en terre française

L’Etat argentin s’en fit l’acquéreur en avril San Martin, Casa, Boulogne sur mer, plaques sur le mur1926 dés lors qu’une souscription publique auprès des écoles d’Argentine permit d’en réunir les 400 000 francs demandés par le propriétaire. C’est là qu’a été érigé un musée qui s’étend désormais du rez-de-chaussée au second étage inclus.  

La casa San Martin

C’est ainsi que s’appelle cette maison devenue musée. Au fil des salles, ont été réunis ou ont été rapportés des objets ayant appartenu au Général,  l’atmosphère se faisant plus intime au fil des étages :

- au rez-de-chaussée, de part et d’autre du couloir d’entrée, la bibliothèque à gauche et une salle de réunion à droite avec des portraits du grand homme, son portrait officiel, un uniforme de son célèbre régiment des Grenadiers, une malle qui transportait ses affaires. Un grand hall en arrière permet d’attirer le soleil et au jardin et d’accéder à l’escalier d’honneur qui mène au premier étage ;       

- au premier étage face à la rue, des pièces de travail qui présentent des documents officiels, une petite pièce avec une grande carte en relief de la Cordillère des Andes, une autre très petite qui contient son lit-malle, un lit de camp qui se replie dans une malle. C’est avec elle qu’il mena toutes ses campagnes dans le sud de l’Amérique latine …

- au second, les deux chambres, l’une à gauche pour le général et la plus grande à droite pour sa fille…Des dessins des petites filles pour leur grand-père ont été remis au mur… 

Le jardin

San Martin, Casa, Boulogne sur mer, jardinA l’arrière de la maison, un petit jardin conservé en l’état, entre les hauts murs des maisons voisines, abrite sur le mur mitoyen face à la porte qui permet d’entrer dans la maison des plaques d’hommage au grand homme. Le jardin se prolonge un peu en hauteur par des parterres de fleurs aux bordures repeintes en blanc qui créent une atmosphère hors du temps où le recueillement s’impose.  

La statue

Elle est érigée plus près de la mer. C’est une œuvre monumentale d’une hauteur peu commune de 8,70 mètres de haut que réalisa le sculpteur Henri Allouard en « hommage adressé par la République d’Argentine à son libérateur ». Cet été 2010 marque le 100è anniversaire de ce monument qui fut également payée par souscription publique. 

La frontière

Quant au nombre de frontières traversées, j’ai renoncé à les compter, tellement il y en eut. C’est peut être aussi à cause de cela qu’elles comptèrent tant pour José de San Martin, en lui offrant le goût de la quête, de l’inconnu et de la remise en question.  

Pour suivre le chemin San Martin, Casa, Boulogne sur mer, M. Marco Tapia Parra

. Le Musée est situé au n° 113 Grande Rue, Boulogne sur Mer, 03 21 31 54 65, jours et heures d’ouverture : du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h. Il est une halte désormais quasi-naturelle pour les Argentins qui viennent découvrir ou vivre en Europe.

 

Le livre d’or témoigne de la ferveur et de l’attachement des visiteurs au Père de leur Patrie, qui préféra renoncer au pouvoir et choisit de vivre modestement dans cette maison.       

 

. Pour plus d’informations, adressez-vous au conservateur du Musée, M. Marco Tapia Parra ci-dessus:

http://ambassadeargentine.net/museosanmartin.html

 

. Ce billet résulte d’une visite faite pendant cet été à Boulogne sur mer au dernier domicile du Général José de San Martin. L’accueil que nous fit M. M. Tapia Parra fut particulièrement chaleureux. Il éclaira par ses commentaires très éclairés cette visite émouvante de la dernière demeure d’une grande simplicité d’un grand humaniste. Nous tenons à l’en remercier, ainsi qu’à le féliciter pour la qualité de

son français.

San Martin, Casa, Boulogne sur mer, uniforme Régiment des Grenadiers

. Sur la présence à Boulogne du général, lire la plaquette très documentée dans la série « Laissez-vous conter, Le général San Martin à Boulogne » réalisé par le service  de l’architecture et du patrimoine, Villa Huguet, 115 bvd Eurvin, 62200 Boulogne sur Mer, 03 91 90 02 95, patrimoine@ville-boulogne-sur-mer.fr   

 

. Le Cercle historique San Martin peut être joint à l’adresse du musée. Il a édité une plaquette qui cite les dates les plus importantes de la vie du général.   

 

. On trouve relativement peu d’informations sur le Net, contrairement à ce qu’on pourrait attendre de la notoriété de cet homme hors du commun. Une étude assez détaillée sur la vie du général figure bien dans Wikipedia. La source semble être une biographie en espagnol. Mais en l’absence de cartes et de rappels historiques complémentaires, la partie militaire est très difficile à suivre pour des Français, peut-être aussi en raison de la complexité de la situation au XIXè siècle. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_de_San_Mart%C3%AD

. Lire aussi un texte très court, avec des photos, sur l’histoire de San Martin  de « Colette » sur

http://www.french-chat.com/forum/viewtopic.php?p=16071&sid=5d97cb5923cf3d939ec11d01e58b03d2

 

. Une dernière remarque enfin : ce texte n’est pas autorisé par qui que ce soit ; il n’a pas non plus de légitimité historique. Il y a peut-être des erreurs historiques, ce dont je prie le lecteur de m’excuser. Que celui-ci ait la gentillesse de m'en informer. C’est d’autant plus vraisemblable que je n’ai pas pu prendre de notes au cours de la visite, moi qui ai toujours du papier et un crayon pour ce faire. Ce jour là, je n’en avais pas et j’ai choisi d’écouter M. Marco Tapia Parra, regarder le décor et m’imprégner de l’atmosphère. Ce billet est le résultat des impressions que j’ai ressenties  à la suite de cette visite en l’été 2010 et de mon intérêt très personnel pour l’Amérique latine, les frontières, les jardins…

. Photos EP lors de la visite, à voir dans l'album "Symboles".    

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 10:22

Oh, cela n’a rien d’évident, tant l’accueil par les uns que Angers, La Doutre, Logis Ozanam, Damesle remerciement par les autres. C’est si peu évident que les témoignages de remerciement sont rares et évanescents. Le plus souvent, il n’en reste qu’un souvenir qui s’affaiblit avec le temps qui passe et qui partira avec celui ou celle qui a exprimé ce merci du fond du cœur et de celle qui a su le recevoir. Cette fois-ci, j’ai employé le féminin parce celles qui reçoivent les témoignages de gratitude sont les Dames du Logis Ozanam. Et les personnes qui disent merci et qui pour certains savent l'écrire sont des membres de la famille ou des amis de malades ou de victimes d’accident qui sont soignés dans les hôpitaux d’Angers ou des parents en maison de retraite.

 

Le Livre d’Or du Logis Ozanam

Doutre, Logis Ozanam, Livre d'Or dessin, M. SarrazinLe Logis s’est ouvert le 15 septembre 1983. Cela fait donc maintenant 27 ans que ces gros cahiers, ces « Livres d’Or », rassemblent une partie de l’histoire du Logis, vue du côté des résidents. Au début, on ne sait qui écrit. Parfois les personnes donnent seulement le nom du ou de la malade avec seulement le nom de famille, en faisant parfois précéder leur nom de « Famille » écrit en toutes lettres   ou une signature avec un texte qui met l’accent sur l’accueil « simple et chaleureux », « l’esprit de famille » qui règne au Logis, « le réconfort » des « merci » aussi qui montre que tout est dit.

 

La première personne qui date et signe clairement sans donner toutefois son prénom écrit le 12.11.1983 : «  La création du Logis est une idée exceptionnelle aussi bien matériellement que moralement car l’ambiance et l’esprit que l’on y trouve sont rares. Je souhaite que dans toutes les grandes villes de France dotées d’un centre hospitalier s’installent un tel Logis. Merci. X. Y…...

 

La presse lors de l’inauguration

Deux articles de presse (Courrier de l’Ouest et Ouest-France) ont été découpés et collés le 26 septembre 1983. Le premier porte un dessin de M. Sarrazin, le second rappelle cette très belle citation du président national de la Société Saint-Vincent de Paul, M. Blanc «  la pauvreté, c’est parfois simplement de se Doutre, Logis Ozanam, escalier interieur,retrouver seul ». A l’époque, la nuit d’hébergement au Logis coûtait 45 francs.

 

Le malade

Le trait commun à tous ces témoignages du début du livre porte sur la très grande retenue concernant le malade. Son prénom est parfois cité mais seulement quand il s’agit d’un enfant. On rencontre ainsi Anne-Marie, Chantal, Julien, Laetitia…Quand il s’agit de personnes âgées, c’est alors au mieux « mon père, ma mère », parfois les deux à quelques semaines de temps. Ce monsieur écrit: j'ai été « accueilli  avec tant de gentillesse et de compréhension pendant les trois semaines d’épreuves, que j’ai passées, lors de l’hospitalisation de mon épouse ». Une jeune maman : « nous vous remercions, mon bébé et moi ». 

 

La durée de l’accueil

Une dame a ainsi passé trois mois au Logis, sans lequel dit-elle « je ne sais vraiment pas où je serai allée ». On ne sait rien des raisons qui l’ont fait venir mais elle dit son émotion pour le petit cadeau de Noël qu’elle a reçu pendant son accompagnement. D’autres indiquent seulement les dates d’arrivée sans commentaires : 17 septembre-26 octobre. Ces indications sont rares. En fait, ceux qui témoignent surtout au début ne pensent pas à laisser une empreinte de temps. Quelques années après, le temps fait son entrée dans le livre, surtout sous l'influence des témoignages de personnes d'autres nationalités.   

 

Le témoignage

LesDoutre, Logis Ozanam, Livre d'Or , témoignage mots qui sont écrits se ressemblent beaucoup ; ce qui figure déjà dans le livre inspire évidemment ceux qui les lisent ensuite, surtout pour commencer leur texte. Mais ce qui compte, c’est la sincérité et la force des remerciements, avec pour chacun ou presque un mot, une phrase ensuite qui va colorer son témoignage de façon personnelle. Cette dame par exemple, en fin de paragraphe : « je sais que je ne serai jamais plus jamais seule et cela me redonne courage ».

 

Toute une famille allemande remercie en indiquant le nom des membres de leur famille et leur adresse à Eldingen en Allemagne. Ils pensent que ce serait une bonne idée que d’avoir de telles maisons d’accueil en Allemagne.

 

L’origine géographique de ceux qui écrivent

Ils viennent de toute la région, d’Angers bien sûr, de Montsoreau, de Mayenne, du Poiré sur Vie en Vendée, d’Agen. On peut également citer Argenteuil, Saint-Léger du Morbihan, l’Ile d’Yeu  mais aussi de plus loin : d’Angleterre, d’Allemagne, du Zaïre, d’Alger, de Côte d’Ivoire, de Colombie, de Syrie, des Etats Unis ou du Laos pour un médecin hébergé à Ozanam le temps de sa formation au CHU… Chacun écrit dans sa langue, avec son écriture. C’est certainement là qu’il y a le plus de Doutre, Logis Ozanam, Livre d'Or , témoignagedifférences. On remarque des façons anciennes de former les lettres, les modes actuels, les écritures étrangères que l’on remarque très vite. On devine l’âge, l’émotion qui font trembler les lettres... 

 

D’autres s’essaient au français, comme ces quatre membres d’une famille américaine, une dame et ses enfants qui se sont fait du souci pour le « papa » (je pense qu’il s’agit de son mari et père des enfants)  qui ont tous été  accueillis de façon « si chaleureux et doux.. Tout le monde au Logis avait été très gentils. Il m’a assisté avec toutes mes difficultés et soucis. Les enfants avait été très heureux ici, c’est comme ‘chez nous’. C’est difficile d’écrire  ce que je veux dans une langue étrangère mais Merci, mille fois pour tout… ».

 

Les dames bénévoles

Au début, elles sont incluses dans les remerciements puis très vite, elles sont cités en premier « un grand merci à ceux et celles qui bénévolement s’occupent de cette maison si bien organisée… ». Dans la quasi-unanimité des cas, les personnes parlent des bénévoles, sans jamais dire que ce sont uniquement des femmes.

 

Les cartes postales et les photos

Certains préfèrent témoigner une fois rentrés chez eux. Au calme, ils prennent le temps de choisir une carte postale et d’envoyer des mots de Doutre, Logis Ozanam, Livre d'Or dessingratitude. C’est ce que fait une famille qui a choisi une carte de la Stfitskirche de Stuttgart. Puis les premières photos apparaissent. Ce sont les bébés qui ouvrent la porte de l’image et de la personnalisation. Le premier apparaît en 1987. Il sera ensuite suivi par beaucoup d'autres . On les voit à l’hôpital ou de retour à la maison.

 

Il existe un cas bouleversant. C’est celui d’une maman dont le fils de 17 ans est décédé à l’hôpital sur la table d’opération. Il ne lui a pas été possible, quand elle a quitté le Logis Ozanam, d’écrire quelques mots. Elle l’a fait deux ans plus tard en joignant une photo du jeune homme, dont la présence souriante reste ainsi à jamais.

 

Un seul dessin a été fait directement dans l'album. C'est une oeuvre d'une dame allemande de Stuttgart.  

Quelques témoignages en guise de non-conclusion

« Monsieur B. R. est décédé ce matin…Son ami (c’est donc celui qui écrit) est venu cette après-midi pour inscrire sur ce livre cette phrase : ‘le Logis Ozanam, c’est la maison du Bon Dieu’ et il vous remercie tous ».  

 

«  Le Logis n’est pas comme une auberge espagnole où on ne trouve que ce qu’on y apporte.

On vient avec sa détresse et on y trouve réconfort.

On vient avec ses soucis et on y trouve amitié.

On vient avec sa peine et on y trouve chaleur humaine. 24-2.85 F. C…de Lassay, Mayenne »

 

«  Cette maison

            c’est comme un grand protecteur Doutre, Logis Ozanam, escalier interieur,

            qui nous entoure, nous sécurise

            et nous écoute.

 

            Ce protecteur est beau, sincère

et nous sourit.

 

Félicitations à tous les bénévoles pour votre

            extraordinaire travail.

            merci de tout coeur 

                                                A… C…

                                                Québec, Canada »

 

«  3 Sept 96

            Whether your stay here is for happy or unhappy reasons, be assured you are among friends. We have been treated to the almost kindness, consideration and sympathy by all and for our time here, we had not some where to stay but a home.

            Merci mille fois à tous. S…, K… and D...C...”

 

Pour suivre le chemin

Ce billet n’est pas une analyse de tous les témoignages de remerciements qui s’expriment depuis 1983. Des quatre Livres d’Or, il n'en reste que trois qui sont si riches, si divers et d’une telle amplitude de sentiments qu’ils méritent une véritable recherche dans le domaine des sciences humaines. Ce n’est pas mon propos.

 

Mon but est seulement de mettre en lumière un court instant quelques aspects seulement des émotions ressenties par les résidents du Logis Ozanam lors de leur départ ou de leur retour chez eux, en me limitant au début et à la fin du premier livre.  

. Voir le billet précédent sur ce même blog

Le Logis Ozanam, une maison si charmante à Angers, Doutre (49)

. Photos EP, n° 1, 

- de gauche à droite, Isabelle Gireaux et Liliane Lecourt, les deux dames en charge de l'entretien du Logis et  deux des dames en charge de la gestion de l'association, avec Christiane Schwartz trésorière, qui est debout,  et Simone Cravignac qui en est la présidente , photos de l'escalier avant et après restauration coll. du Logis et entre les deux, des photos de témoignages tirés du premier album.             

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 10:44

Constater la saturation visuelle par la publicité

Avant le passage à l’an 2000, des chercheurs avaient calculé l’impact visuel Effet de lainage blancpublicitaire en ville, c’est à dire la rencontre entre une publicité et la personne qui passe, quel que soit son mode de locomotion, à plus de 700 expositions/jour et +. Ce genre de calcul ‘ à l’américaine’ où toute information doit être chiffrée,  est forcément tout à fait contestable en raison de son mode trop aléatoire de calcul en situation. Voyons les trois composantes.

. Tout dépend bien sûr de savoir dans quel pays, quelle ville, dans quel quartier, dans quelle rue, à quel endroit, à quel moment… Ca, ce sont des critères applicables au territoire.

. Du côté de celui qui est supposé voir, entendre, sentir cette publicité, les critères sont aussi nombreux, dans le sens où ils sont infinis puisque tout dépend de la personne et de sa perméabilité à la pub.

. Quant à la rencontre elle-même, la connaissance de la mentalisation de la publicité a fait certes de grands progrès mais n’en est qu’à ses débuts. Il ne suffit pas de voir une publicité pour qu’elle fonctionne. Pourtant c’est bien sur cette possibilité de « rencontre » que se vend la pub auprès des annonceurs. On est capable de dire après-coup pourquoi une pub a marché, mais pas encore de prédire qu’elle va marcher. Ouf, heureusement !  

 

Apprécier les différents degrés d'imprégnation publicitaire

Quoiqu’il en soit de ce nombre d’expositions, Ecailles de cuir, sac à mainle fait est qu’il y en a tant et plus qu’il n’est possible de dénombrer consciemment les présences publicitaires dans l’espace public. Outre celle qui est qualifiée comme telle, la publicité a mangé tout notre espace avec la pub pour la presse visible sur les panneaux, des hauts-parleurs que l’on entend dans la rue, des écrans de télévision désormais installés en ville sur les grandes places et la simple vue d’une enseigne qui fait de la pub, sans même parler des marques sur le dos, les sacs, les chaussures…. Elle atteint des sommets puisque de nombreuses d’informations classées officiellement comme telles sont en fait de la publicité envoyée par les entreprises et qualifiées souvent sans transformation ni valeur ajoutée propre par la presse en info.  On a déjà franchi la cap de ne plus savoir distinguer ce qui est pub et ce qui est info ‘pure’.

 

Retrouver une certaine fraîcheur mentale et visuelle

La question se pose désormais de savoir comment il est possible de garder ou de Encre noir et blancrecouvrer  un peu de fraîcheur pour choisir – soi – ce qu’on a envie de voir plutôt que de subir, sans réactions possibles, celles que d’autres veulent nous imposer, toujours pour notre bien. Vous l’avez bien remarqué. Un des jeux en réaction à votre disposition est de transformer votre sortie dans l’espace public hors de votre appartement en traque animalière murale.  Il n’y a là rien de bien singulier. Le thème seul change un peu. Quand vous faites des tours de découverte d’une ville, un guide à la main, vous faites bien la même chose.

 

Un jeu vous permet de retrouver une part de liberté et ce faisant un plus grand espace personnel de vie dans l’espace public : vous fixer vous vos propres objectifs de ce que vous cherchez à voir. Les thèmes sont là aussi infinis puisque tout dépend de vos goûts, de vos désirs, du lieu et du moment. Avec un premier résultat absolument étonnant, c‘est que bien souvent  vous trouvez ce que vous cherchez, en application de l’adage ‘on voit ce qu’on cherche’. Dans le même sens, vous vous surprenez à découvrir des choses devant lesquelles vous êtes souvent passé sans les avoir jamais repérées précédemment.

 

Choisir ses thèmes de jeu

Bien sûr, vous pouvez aussi, et il est recommandé Impression noir au tampon sur papierpar des connaisseurs de la pensée, de vous laisser flotter, immerger dans le lieu où vous êtes, comme dans un bain interculturel, un bain de jouvence pour repousser trop de clichés ou d’images reçues. Ceci n’est pas contradictoire. Vous n’êtes pas dans un choix ‘fromage ou dessert ?’ Là, c’est ‘les deux et + encore’. A votre choix, la possibilité de parler aux gens dans la rue, les jardinets, le végétal en ville, à commencer par les mini-jardins de rue que plantent les habitants devant chez eux, les devantures de certains magasins vintage, les soldeurs de bouquins, le street art, la différence – un vaste sujet à décliner – la couleur, les façons de marcher en ville, la cohabitation dans le tram, les façons de faire ses courses, la présence d’un animal au bout d’une laisse, les terrasses de café, les  vêtements hors mode, la perception des nationalités, les façons de conduire et de se conduire, la relation à la pub…

 

Prendre l’exemple du photographe Christophe Louergli

C’est un jeune artiste belge pour qui « photographier, c’est respirer ». Son Lumiere, papier, bambou et ficelledomaine de sélection porte sur le détail d’une extrême banalité, devant lequel on passe tous les jours et qui un jour va lui parler. L’ensemble crée un monde qui prend sens par ses yeux et qui, grâce à lui, va porter sens pour d’autres que lui. Il est un transmetteur d’émotion, d’une émotion d’autant plus forte qu’elle est subtile, aérée, évanescente, impalpable et pourtant si présente. Elle est transmissible. Son travail est fondé sur un regard qui accepte la lenteur de l’instant.

 

C’est à cela que  je pensais en voyant la belle exposition consacrée à Raoul Ubac par la ville de Trélazé (49). Ses lithographies sont accompagnées par des photographies de Christophe Louergli qui jouent  « en résonance » avec l’œuvre de Raoul Ubac. Et ces résonances trouvent un écho singulier chez celui qui regarde. Un jeu à trois singulier, qui ouvre l’œil, avec une qualité de profondeur impressionnante. J’ai rarement vu un lien d’une telle densité entre une œuvre imprimée, une photographie et la  personne qui fait le lien  entre chacune d’elles d’abord et elle-même ensuite. Avec des découvertes remarquables, dans le jeu d’étincelles entre l’artiste Raoul Ubac (I910-1985) et le photographe né en 1976, il y a enrichissement pour celui qui regarde.              

 

Pour suivre le chemin

. Voir le catalogue de l’exposition du centenaire de Raoul Ubac à Trélazé, Anjou 2010.  

. Raoul Ubac à retrouver sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Ubac

. Retrouver Christophe Louergli sur son blog http://louerglichristophe.artblog.fr

Il est aussi présent sur Facebook : on y voit une photo de mur en ardoise. Comme il le dit dans le catalogue du salon, il préfère s'exprimer par la photographie. 

. Photos 'noir et blanc' EP   

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 12:14

Une photo de Philippe Moussa

C’est une photo qui m’a tapée dans l’œil. Je l’ai découverte sur le blog du photographe Philippe Moussa, qui m’a autorisée à la reproduire. Il a une forte sensibilité à la photographie de nuit, expressionniste et minimaliste, qui se recentre sur l’essentiel. Celle-là est à mon sens très particulière.

 

Station service Philmous-sur-la-route1

 

La théâtralisation

Avec cette représentation d’une station service, comme si on était au théâtre, l’auteur a réussi a capté une véritable magie un peu glacée. La composition est à la fois très symétrique et à la fois décalée. Nulle fantaisie ne ressort de cette architecture réduite à une dalle et un toit porté par 6 poteaux, placés deux par deux au tiers de part et d’autre du toit. On retrouve la volonté de symétrie avec les bornes de distribution d’essence et de fuel.  

La lumière et la couleur

Sa blancheur éclairée de l’intérieur forme un halo qui fait ressortir la ligne des formes et le rouge de Total. La partie droite de la photo, prise comme si on sortait de station, met en valeur les lampadaires d’éclairage, la lune en haut dans le ciel noir et la rondeur de la réserve de gaz. La partie gauche de la photo  est à peine esquissée : on devine que c'est l'entrée à voir l'arrière dles panneaux d’accès et les rails de protection pour accéder à la station.  

L’ordre et la netteté

Il faut que tout soit ordonné pour que l’automobiliste puisse prendre de l’essence dans les conditions optimales de délivrance. L’étonnant est la solitude qui se dégage, une solitude assortie de politesse et de netteté. Nulle  fantaisie n’est visiblement admise, ni recommandée. Nulle zone d’ombre ne peut s’infiltrer quelque part. Tout doit visible pour ce qui est à voir ou caché pour ce doit l’être. Il s’agit des réservoirs, des tuyaux… et de la présence humaine du service.  

L’automatisation

Elle est au cœur de ce concept de station service, tourné vers le client. Elle a pour conséquence de chasser toute influence humaine lors du remplissage du réservoir. Il y a certainement un autre bâtiment proche où se tient l’équipe en charge de la station. Mais on ne la voit pas et son importance est quand même seconde par rapport à la distribution d’essence.  

L’absence de dimension culturelle territoriale

Où sommes-nous ? La photo de la station service ne le dit pas. On pourrait être dans une quelconque des 21 régions de France ou de l’Union européenne. Le bâtiment serait le même.  C’est une des conséquences de cette automatisation de notre société toujours fascinée par la liberté et la puissance que donne la voiture. Ce type d’architecture où tout est conçu par la société dirigeante au profit de la marque, Total en l’occurrence, est implantable tel quel dans n’importe quel pays du monde.   

La culture Total

L’architecture et  le design Total ont chassé toute référence à l’ancrage territorial par l'homme pour y substituer l’ancrage de la marque.  

Pour suivre le chemin

. La station service se trouve quelque part entre Nantes (44) et Angers (49) France.  

. Retrouver les photos de Philippe Moussa dans un de ses blogs

http://angersblog.net/

. Lire sur ce thème des 'petites maisons' quelques billets déjà parus sur ce blog

Deux abris de pêcheurs dans l’Ile de Béhuard en Loire (49), France

En Australie, une petite maison de pêcheur sur le lac

Le Bull rue Chef de Ville à Angers

Une île en Loire, bleu sur bleu sur vert, loin de la ville

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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