En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

Présentation

Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /2008 09:46

Margherita Oggero est l’auteur italienne du polar italien, L’amie américaine (Albin Michel Carré jaune). L’histoire est celle d’une maison ancienne aux volets fermés dont Camilla Baudino, prof dans un lycée –l’auteur est elle-même, semble-t-il, prof de littérature à Turin - , tombe amoureuse. Sans espoir de penser l’acheter au début. De circonstances en circonstances, l’attirance pour la maison, qui se fait plus forte, constitue le véritable fil conducteur sur lequel l’histoire est construite. Oh bien sûr, il y a un meurtre, celui de cette amie américaine, qui est en fait aussi italienne que Camilla. On l’appelle comme ça parce qu’elle a vécu aux Etats Unis. En fait, Dora Venetti, c’est son nom, cherche à vendre cette maison, pas à n’importe qui, à quelqu’un capable de préserver et de respecter sa nature profonde et l’atmosphère qui s’en dégage. Le mystère du décès de Dora permet de classer le livre dans les polars, un genre plus en phase peut être peut être que les relations qu’une femme établit avec les êtres, les choses, une ville à un moment de sa vie, la quarantaine vraisemblablement.

 

La maison est construite autour et pour la cuisine. Tout ce qui touche à la cuisine dans le roman, que ce soit les courses faites au marché, le contenu du réfrigérateur, la préparation du repas, le repas lui-même et la vaisselle, forme l’ossature réelle de ce roman de 2005. Dès la 2ème page, le ton est donné. Camilla est marié à Renzo avec lequel elle parle peu, a une petite fille et un chien Potti. On devrait inverser l’ordre, entre le chien et l’enfant. Autour d’elle, elle connaît aussi quelqu’un qu’elle rencontre dans la rue, l’Indestructible, pas un copain, un marginal en souffrance qu’elle aime bien et qu’elle protège un peu comme un enfant quand elle le voit. Sa façon à elle de lui faire du bien est de lui offrir le petit déjeuner au café du coin : capuccino et croissant au nutella. Le ton est donné. Par contre, quand la mère de Camilla, qui lui casse vraiment les pieds et qui vit à l’étage au-dessus, vient la voir, le frigo est sinon vide ; pire, ce qu’il contient est peu appétissant, ou limite avarié !  C’est drôle. 

 

La première visite de Camilla dans la maison, lors de l’accrochage du panneau à vendre, la bouleverse. Dans la cuisine, elle en est déjà à décider de ne changer que le minimum du carrelage noir et blanc, elle admire la cuisinière à bois en fonte qu’elle voit comme une puissance bienveillante tutélaire. Elle sent les effluves de plats : des poires au four avec du vin rouge et des clous de girofle, des gâteaux qui lèvent lentement, des gratins de pommes de terre à la lyonnaise, des gigots d’agneaux caramélisés, des carrés de porc entrelardés d’ail et de romarin, des spaghetti al cartoccio (avec des fruits de mer, des grosses crevettes, de la rascasse et une tomate), des bars, des daurades, des turbots des saumons…Deux lignes plus loin, on pense que l’évocation est tellement riche qu’il n’est pas possible d’en rajouter. Erreur. La puissance de l’attirance est si forte qu’elle franchit un autre pas, elle est maintenant en jeans dans la cuisine, avec son petit monde autour d’elle, son trio personnel - mari-enfant-chien - . C’est elle qui est maintenant la puissance tutélaire. Elle rayonne et prépare la pâte feuilletée du gâteau de Pâques, fait rissoler les oignons pour la soupe aux haricots, bat les jaunes pour la bavaroise.

 

Elle retrouve au fil des jours l’Indestructible lorsqu’elle sort de chez elle ou du lycée. Un jour, elle le voit assis sur les marches d’une librairie, avec deux packs vides de vin discount de marque Tavernello. Ce côté là la dérange un peu. C’est un vin très bas de gamme. Elle passe et fait semblant de ne pas le voir. Le vin de la région sera présent dans le récit pour attirer l’attention du lecteur sur des moments forts et un peu secrets.  Ce côté là interpelle aussi. Il y a chez l’auteur une réelle volonté de mettre la cuisine à l’honneur et de prendre la défense de variétés anciennes.

 

Entre Camilla et Dora s’engage une relation amicale incertaine et légère. Dora est seule. Elles vont au restaurant que choisit Dora. C’est plus facile pour apprendre à se connaître dans une relation de personne à personne. Elles commandent la même chose. Leur Ier plat est du rizotto.  C’est aussi celui qu’elles choisissent pour leur second repas, avec le détail cette fois-ci, risotto, viande crue hachée au couteau, l’un et l’autre saupoudré d’une fine neige de truffe blanche, soufflé de poireaux, tarte aux marrons glacés, une bouteille d’excellent Roero 2001 et deux cafés. Camilla est gênée, elle a oublié son porte-feuille. C’est  donc Dora qui paie. Dans leur relation, c’est Dora la généreuse nourricière et ça fait du bien à toutes les deux.

 

Petit à petit, elles prennent l’habitude d’aller déjeuner ensemble. La fois suivante, c’est au Tre Galline (Les Trois Poules) pour goûter une salade de poule au céléri et aux noix, un met dont Camilla retrouve le goût oublié depuis près de 20 ans, faite avec la chair d’une blonde de Villanova, une poule d’appellation.

 

Arrive un nouveau personnage, un lycéen de sa classe qui vient sonner à sa porte. Il s’était confié à elle pour cause de peine de cœur et a envie de lui parler. En signe de bienvenue, elle hésite à lui servir de l’alcool et devant sa protestation, elle lui offre un verre d’Arneis*, un vin d’appellation du Pièmont avec des taralli, des biscuits sans sucre, à grignoter à l’apéritif.

 

En revenant du marché, en compagnie de Dora, c’est un nouveau signe de renforcement de leurs liens amicaux, Dora est victime d’un accident et décède. Camilla raconte à la police comment l’accident s’est passé et parle des courses qu’elle a faites. C’est le tournant du roman. C’est aussi un sommet alimentaire parce que Camilla décrit très précisément, ce qu’elle a acheté, à qui avec le nom de la personne qui tient le stand, où, pourquoi…  :

-        2 kg de pommes délice +

-        1 kg de reinette, chez ce marchand, qui vient le vendredi et le jeudi et qui est bio, vrai ou pas et qui vend cher,

-        1 kg de poires Madernasse, chers, dont la variété est en train de disparaître, excellente cuite au four, avec du vin, du sucre, des clous de girofle et de la cannelle. Notez, c’est sa première recette ;

 

-        1 chou-fleur vert dont elle ne connaît pas le nom,

-        1 petite botte d’asperges, dont elle prend soin de préciser qu’elles sont cultivées en serre, achetée chez La Baricia (= Bigleuse ou anchois au choix),

 

-        de la tome de montagne, en fraîche et ½ sec,

-        du gorgonzola

-        et des premier-sel chez La Marghera (Laitière ou des femmes qui ont une grosse poitrine).

 

Gaetano entre en scène. Il est policier et aussi, pour Camilla,  son interlocuteur privilégié et un peu plus d’ailleurs. A ce moment Renzo (le mari) a de la fièvre et reste à la maison. Du coup, c’est lui  qui fait la cuisine. Il prépare une sauce all’matriciana, des involtini aux câpres et aux olives, accompagnés de pousses de navet et s’excuse de ne pas avoir fait de gâteau lors de ce jours très particulier qui est celui de l’enterrement de Dora. Il parle d’un gâteau d’obsèques.

 

Camilla commence alors une enquête pour comprendre pourquoi elle est suspecte aux yeux de la police. Il lui faut donc savoir comment Dora a pu mourir. Parmi ses aides, le lycéen et l’Indestructible à qui elle apporte des sandwichs du bar (celui des petits déjeuners au Nutella). C’est la Ière fois qu’elle va dans son antre qu’il a aménagée dans un garage. La Ière réaction de l’Indestructible (qui vit dans une grande misère matérielle)  est de lui demander :

-        à quoi est le sandwich ?

-        Jambon, mozarella, tomate, thon et petits artichauts, omelette verte et salade.

-        Oui, ça me va. Mais il y a la question du vin. Elle propose d’en chercher au Di per Di.

-        Non, ça ne va pas. Il décide d’aller voir le menuisier. Elle se méfie :

-        il est bon, ce vin ?

-        Oh oui, il a une vigne du côté d’Asti  et il fait du Barbera*. Et il revient avec un magnum de vin noir et épais.        

 

C’est la touche d’ironie et de clin d’œil au lecteur. Cette fois-ci, le plus raffiné des deux, n’est pas celui qu’on croit. Voilà l’Indestructible qui, chez lui, avec un vrai (= bon) sandwich acheté, ne veut pas boire de la bibine, mais du vrai vin, un vin d’appellation, très connu et cerise sur le gâteau, fait par un vrai homme, le voisin qui plus est, un vigneron-homme du bois.

 

Il ne reste plus, même si le roman se poursuit, qu’à boucler deux boucles. La Ière est celle où l’on voit Camilla, dans sa cuisine, faire à manger pour sa fille, non pas par amour maternel , mais pour se changer les idées. Elle ne peut pas dormir et va dans la cuisine pour préparer une tarte des Langhe au miel et aux noisettes. C’est la seule chose que sa fille préfère à la nourriture achetée.  C’est la première fois où Camilla cuisine pour quelqu’un d’autre mais sans faire cuire d'ailleurs. Ce n’est pas un hasard si c’est un gâteau. Comme vous l’avez certainement remarqué, elle commence souvent ses évocations de mets par la pâtisserie. 

 

Il reste une boucle où Camilla prépare le dîner avec une jeune amie qui choisit de faire de la viande. Du coup Camilla qui lui a donné le choix, prépare, elle, l’entrée, à savoir du riz. Ce sera alors du riz pilaf au Castelmagno*, au quel elle aimerait ajouter un nuage de truffe. Mais ajoute-t-elle, ce n’est plus la saison. Peut être était-ce aussi, parce que la truffe appartient à la rencontre avec Dora,  qui a changé sa vie, en perdant la sienne.  

Pour suivre le chemin

. Arnéis, c’est un cépage blanc du Piémont, appelé aussi ‘le petit difficile’, un clin d’œil de l’auteur enseignante, face à un lycéen. Wikipedia nous apprend qu’il est cépage utilisé en DOCG Roero et DOC Langhe. La tarte est aussi de Langhe. Ce n’est pas un hasard ; si l’auteur s’amuse à nous faire découvrir des productions confidentielles (428 ha en 2004)   

 

. Roero, voir la belle dégustation d’Olif  sur son blog

Olif.typepad.com/le_blog_dolif/2007


. Castelmagno, c'est le nom d'un fromage majoritairement à base de lait de vache, dont la Ière apparition dans l'histoire, remonte à 1100! A découvrir sur 
  http://prodottitipici.provincia.cuneo.it/prodotti/formaggi/castelmagno/index.jsp?lang=fr

. Plus que tout, on sent chez l'auteur l'influence de Slow Food, à découvrir dans un prochain billet! 
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /2008 09:06

 

 


C’est un des modèles réalisés par le logiciel de Jonathan Feinberg sur son blog wordle.net/gallery, à partir des mots du billet consacré à ce polar qui connaît un grand succès. 
Le modèle est bien meilleur à voir sur son site.  

  

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /2008 09:52

C’est Bernard Pichetto, expert en veille documentaire, dont je vous ai déjà parlé dans des billets précédents, qui vient de me donner l’information concernant la réglementation du ramassage de l’escargot. C’est un arrêté du 24.04.1979 qui en fixe les conditions. C’est tellement subtil que j’ai éclaté de rire. J’aime beaucoup la finesse et la précision du style juridique qui est porté à la hauteur d’un art.

 

Je ne blague pas quand je dis que j’aime ça. C’est une façon de s’exprimer que je savoure : trouver les mots pour dire ce qu’il faut comprendre, tout disant ce qu’il faut exclure, dans des situations administratives très complexes, en concertation en 1979 entre deux ministères, à cinq niveaux hiérarchiques différents d’application, dans tous les départements français et encore sans compter la réglementation européenne. Tout ça pour qui, pour l'escargot sauvage, un mollusque invertébré non domestique, ni cultivé.

 

Pour savourer la complexité de cette construction administrative qui date, il faut commencer par être un peu cultivé, sans jeu de mot, et connaître suffisamment de sciences naturelles pour  arriver à distinguer un escargot d’un autre. Parce que la chose n’est pas évidente. Vous allez voir avec ce test de connaissance en 8 étapes.  


Etape n° 1

Ceux qui par exemple ne savent pas différencier un Helix pomatia, d’un Helix aspersa ou d’un Zonites algirus peuvent se dispenser de partir en forêt ou dans les près. Ce n’est même pas la peine. Ils n’ont pas la connaissance minimale requise. Simplement parce que je suis sympa, je vous donne la traduction : le Ier désigne celui que j’appelle le ‘gros’ de Bourgogne qui figure en photo dans mon précédent billet, le seconde le petit gris, Les deux paires de tentacules du petit-gris (Helix aspersa Syn. Cornu aspersum).le préféré de Bernard Pichetto et le troisième l’escargot peson.

 

Etape n° 2

Elle consiste à s’exercer avec d’une part des photographies de qualité (si non on ne voit rien) et à partir ensuite dans la nature pour les voir de près. Vous savez bien combien une photo est trompeuse. C’est comme pour nos stars préférées qui ne vieillissent jamais alors que nous si. Diable comment est-ce possible ? Il y a le lifting bien sûr, il y a aussi ces coups de pinceaux magiques qui enlèvent rides et petits boutons à l’écran. Pour les escargots, c’est pareil, sauf pour le lifting. Pour la belle photo, on peut choisir le plus beau, le mettre en scène, lui faire briller la coquille, envoyer un petit rayon de couleur jaune ou rouge pour lui donner bonne mine, lui enlever une bave disgracieuse… Vous voyez ce que je veux dire. 

 

Là sur le terrain, vous allez voir combien vous allez être content d’avoir dépensé  quelques euros pour avoir ces photos avec vous. Trouver des spécimens est difficile au moment  où vous le voulez.  Supposons que les Dieux soient avec vous. Tout à coup, en voici trois alignés dans l’ordre cité par l’arrêté. Ah oui, parce que sinon ça ne vaut pas. Que se passe-t-il alors ?  

Etape n° 3

Vous sortez votre centimètre enrouleur afin de mesurer le diamètre de l’escargot, sans que votre main tremble ou fasse glisser la coquille sous l’effet de la bave. La difficulté scientifique commence. Que faire quand la coquille n’est pas parfaitement concentrique ? Ou quand votre centimètre n’est pas de première qualité. Il faut recommencer l’opération. C’est bon quand les résultats concordent.

 

Je fais court : en dessous de 3 cm, il n’y a aucun espoir. Vous devez reposer délicatement l’animal. Vous ne pouvez pas le prendre avec vous, ni le donner (cession à titre gratuit) ni le vendre bien sûr (cession à titre onéreux), quel que soit le moment dans l’année. Vous êtes dans le cas d’une interdiction qui ne souffre pas d’exception apparemment pour le Helix pomatia et le Zonites algirus. Ceci pour favoriser la reproduction de l’espèce. C’est comme pour les poissons à la pêche au chalut : les pêcheurs doivent rejeter  à la mer les poissons d’un gabarit trop petit. La différence est l’escargot est vivant quand vous le posez délicatement alors que le petit poisson est écrasé par le poids des autres. Passons.  

Etape n° 4

Il y a  une exception à cette interdiction pour le Hélix pomatia qui se présente sous deux contraintes : du 01.04 au 30.06, vous n’avez pas non plus le droit d’en ramasser même si le diamètre est égal ou supérieur à 3 cm. C’est clair. Donc, c’est – ou + 3, selon l’espèce et le moment de l’année.  


Etape n° 5

Il n’échappe à votre sagacité que le Helix aspersa n’a pas été cité au regard de la dimension de la coquille. Ca se corse. L’arrêté précise en effet que le ramassage de l’Helix aspersa, attention, à coquille non bordée est interdit à toutes périodes et quel que soit son diamètre. Si je traduis bien, cela veut dire que le ramassage de cette dernière espèce est strictement interdite.

 

Question à M. le rédacteur : existe-t-il de l’Helis aspersa à coquille bordée ? Si oui, que se passe-t-il ? En bonne logique, son ramassage devrait être autorisé.  
 

Etape n° 6

Il faut maintenant que je vous donne l’intitulé de l’arrêté de 1979: arrêté fixant la liste des escargots dont le ramassage et la cession à titre gratuit ou onéreux peuvent être interdits ou autorisés. Vous lisez bien, c’est d’abord une possibilité d’interdiction ou d’autorisation. Ce que je viens de vous énumérer en 5 étapes ne concerne en fait seulement que la réglementation applicable au niveau national qui est d’application obligatoire.

 

Le préfet peut, uniquement pour les trois catégories d’escargots précédemment cités, intervenir dans l’espace réglementaire qui reste, c’est-à-dire:

. fixer l’étendue du territoire concerné,

. décider des périodes d’applications de l’arrêté,

. préciser les conditions d’exercice

. et la qualité des personnes qui bénéficient de l’autorisation.  


Une autre conséquence de cet intitulé vraiment bizarre est de lier ramassage et cession, ce qui sous-entendrait que l'auto-consommation, voire l'auto-production serait peut être possible, ce qui semble contraire à l'objectif de l'arrêté.  Il est vraiment nécessaire de vous renseigner très précisément avant de partir en expédition. Il vous faut,  en plus des photos et du centimètre, avoir en poche l’arrêté préfectoral du département où vous voulez aller vous balader. Vous comprenez pourquoi  il vaut mieux partir l’idée que le ramassage de l’escargot est interdit et permis ensuite par exception pour certaines espèces à certains moments de l’année, saut exception. Et ce n’est pas fini.  


Etape n° 7

Il reste à trouver maintenant à vérifier que cette réglementation française est bien conforme aux grands accords signés par la France et à la réglementation européenne applicable à la protection de l’escargot..  C’est une étape indispensable comme le montre l’affaire du pique-prune, du nom d’un petit scarabée dont la présence en forêt de Bercé  a permis de geler pendant des années puis de dévier le tracé de l’autoroute près de Langeais sur la Loire.

 

1979, c’est bien loin au niveau réglementaire. Pour s’en assurer, il suffit d’aller faire un tour en Belgique auprès de l’Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats, qui vous donne de très belles fiches, concernant par exemple notre copain toujours cité en Ier, le Helix pomatia. Vous l’avez deviné, la réglementation internationale et européenne est passée par là et  protège nos trois loustics.

 

Devant vous, vous ne voyez plus trois stupides escargots baveux, ni trois bouchées savoureuses à condition de mettre beaucoup d’ingrédients culinaires, mais trois grands protégés par des grands actes juridiques. J’ai nommé en Ier la Convention de Berne (1982) pour maintenir à un niveau satisfaisant de la population d’escargots et en 2 la Directive européenne de 1992 beaucoup moins poétique et plus technocratique.  On y parle en effet d’espèce communautaire dont le prélèvement dans la nature et l’exploitation sont susceptibles de faire l’objet de mesures de gestion. Ca sent bien son petit coté développement durable.

 

Et donc notre réglementation à nous?  


Etape n° 8

Ca ne va pas être facile. Il y a bien un arrêté du 24 avril 2007 conforme à la réglementation européenne mais il concerne tous les mollusques nommément cités dans l’arrêté mais pas ceux visés par le texte de 1979.  La réglementation est donc à venir. A quand l’actualisation de l’arrêté de 1979 conforme à la réglementation européenne? Bizarre quand même que les mollusques les plus recherchés parce qu’on les mange sont apparemment aussi moins protégés que d’autres.

 

Maintenant vous savez aussi qu’il vous faudra, en plus des photos, du centimètre souple et de l’arrête préfectoral de votre département, emporter dorénavant votre ordi avec vous pour être en phase avec l’évolution de la réglementation.  Au cas où vous seriez contrôlé bien sûr et parce que surtout vous êtes très DD (= développement durable bien sûr) !


Pour suivre le chemin

. Bernard Pichetto, expert en veille alimentaire et amateur de petit-gris :

Arrêté du 24 avril 1979 fixant la liste des escargots dont le ramassage et la cession à titre gratuit ou onéreux peuvent être interdits ou autorisés.
http://inpn.mnhn.fr/docs/textes_regl/moll79.pdf
issu de : http://inpn.mnhn.fr/isb/servlet/ISBServlet?action=Protection&typeAction=1&pageReturn=listProtections.jsp&niveau=national

 
. Arrêté du 23.04.2007 fixant la liste des mollusques protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection sur www.droit.org/jo

 

. Fiche écologique résumée de l’Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats, à voir sur

biodiversite.wallonie.be/cgi/sibw.esp.ecol.pl?TAXON=Helix_pomatia - 

 

. La fiche cite l’arrêté (belge) du 21.02.1984 interdit, outre la capture – un terme que nous n’avions pas rencontré jusqu’ici (voir billet prédédent)- le transport de l’escargot de Bourgogne et du Petit-Gris, sauf à des fins pédagogiques (pas plus de 10 escargots) et à condition que les escargots soient remis vivants in situ, là où ils ont été prélevés. C’est joli, non ! Notre ami enseignant sanctionné par la SNCF récemment aurait pu s’inspirer de cet exemple réglementaire, pour attendrir le préposé de la SNCF.      

 

. Lire aussi le précédent billet sur ce blog intitulé Non, on ne chasse pas l’escargot !


. Photo Wikipedia et EP

. Réponse de Bernard Pichetto à la question des escargots bordés et non-bordés: 
L'une des premières choses qu'apprend un(e) jeune charentais(e) (vivant dans une famille de bons vivants !) est de reconnaître les 'bordés' des 'non-bordés'. Ce terme signifie simplement que le bord de l'ouverture de ladite bestiole est pourvu d'un bourrelet ou non. Si c'est le cas, cela est visible à l'oeil et sensible au toucher, doux et arrondi. Si ce n'est pas le cas, l'ouverture est fragile, 'tranchante' et parait non-terminée. En ce cas, on lui laisse la vie sauve ! Il eut été mieux que le terme 'bordé' soit défini dans l'arrêté que vous avez intelligemment décortiqué...

Pour terminer, du temps où je vivais en Charente, je m'étais fixé la règle simple de ne ramasser les escargots, dans le jardin, qu'une fois tous les trois ans (une sorte d'héliciculture triennale !).
Cela permet une saine gestion de la population et surtout la certitude d'obtenir des individus de nettement plus belle taille, le petit-gris pouvant devenir aussi gros qu'un Bourgogne moyen !

 

 

             

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /2008 21:40
C’est vrai. Quelle que soit la façon de le dire, il n’y a pas de chasse à l’escargot, cet animal réputé pour sa lenteur. J’imagine mal un chasseur, un vrai, grosses bottes vertes, treillis quasi militaire ‘imitation feuillage de nos belles forêts’, avec casquette assortie, oreilles protégées contre la pluie insidieuse qui attaque, couché par terre entre des mottes d’herbes, bien fournies, se mettre en position de tir pour attendre l’événement rare. Voir un gastéropode à coquille, pas une vulgaire limace orange qui éclate de tous ses feux, non un gros escargot de Bourgogne, avec une belle coquille.

 

Vous pourrez toujours attendre. Vous ne verrez pas ce spectacle. Pourquoi? En raison de la disproportion entre le chasseur et le chassé ? Oh non. Pourtant ce serait déjà une raison valable. A cause de la balle du fusil? Que resterait-il en effet de cette bébête à l’allure si lente, qu’elle en est agaçante, avec une balle dans la coquille ?  Non. Tout simplement parce que c’est quasiment interdit*.

 

Eh oui, l’escargot sauvage est très protégé par la réglementation. Enfin théoriquement. Encore faut-il connaître la réglementation qui n’empêche nullement les voleurs d’escargots d’aller en forêt en chercher de pleins seaux. Ce ramassage  complète volontiers la cueillette des champignons. Si on y ajoute les méfaits de la pollution et l’emploi d’herbicides de tout calibre, on comprend que la vie d’un escargot est périlleuse. A quand une association pour la protection de l’escargot ? J’ai rencontré deux personnes dernièrement en forêt, avec un seau et deux plateaux empilés. Moi, j’étais en recherche de pissenlits et eux, curieusement ils n’ont pas voulu me dire ce qu’ils venaient chercher. Imaginez le nombre d’escargots qui ont fini leur vie dans ces gosiers humains. 

 

On a vu récemment un voyageur condamné par la SNCF à payer une amende de 5 EUR et quelque pour en avoir transporté en train. L’amende lui a été finalement remboursée à cause du ridicule. C’est vrai que l’escargot est un animal vivant et à ce titre doit payer un billet mais quand même. D’ailleurs le règlement a déjà été mal appliqué. Le voyageur, un enseignant me semble-t-il,  avait plusieurs escargots avec lui! Il aurait du avoir plusieurs amendes. La vraie question que personne n’a soulevée est que le fait de ramasser des escargots est hyper encadré au nom de la protection des espèces.  Il n’y a pas que la baleine blanche à protéger. C’est pourquoi, mes voisins et moi récupèrons les escargots que nous trouvons dans notre jardin pour les relâcher un peu plus loin en forêt.     

 

La seule façon de trouver des escargots, c’est de les acheter, soit directement chez les producteurs, soit en grande surface en surgelé ou en boite. Sachez que bien souvent, ce sont alors souvent des escargots en provenance d’Europe centrale et maintenant d’un peu partout (Pologne, Macédoine, Tunisie, Amérique du Sud…). L’élevage en grand de cet-te hermaphrodite, visqueux ou visqueuse, est d’ailleurs délicat. En cherchant bien, vous trouvez aussi  des producteurs en bio!

 

Si vous avez un jardin, vous pouvez aussi vous amuser à commencer un élevage destiné à l’auto-consommation en les régalant de bons plants d’herbes adaptées, en faisant vos propres expériences. Du genre, si je leur donne du cresson, vont-ils avoir une chair à goût poivrée ?

 

Après, il ne vous reste plus qu’à les cuisiner, en n’oubliant surtout pas de les faire dégorger. C’est le pire souvenir culinaire de ma vie. A mettre en Ier, dans les expériences qui demandent de vrais efforts, du genre «  oh, comme c’est bon, c’est vraiment gentil à vous d’avoir pensé à nous faire des escargots ! », alors que vous n’avez qu’une envie, celle de recracher chacune des bouchées que vous avalez, surtout sans regarder les autres, pour ne pas partir en fou-rire et ne plus pouvoir ingurgiter. C’était à Trieste, en Italie du Nord, tout près de la frontière avec ce qui était encore la Yougoslavie. Notre hôte était un cafetier de quartier qui avait travaillé en France, longtemps auparavant. Apprenant qu’il y avait une française (moi) dans notre groupe d’étudiants, il a voulu nous faire plaisir et nous a invité à revenir le lendemain pour nous offrir des « escargots à la française ». Il avait oublié deux choses : la Ière est qu’il faut faire dégorger les escargots en les faisant jeûner plusieurs jours et la seconde la recette du beurre d’escargots. Il n’avait pas mis ou presque de beurre. Mais, c’était quand même très gentil de sa part.  Inutile de vous dire qu’ensuite, je n’ai jamais réussi à faire goûter des ‘vrais’ escargots à ces copains latino-américains. Traumatisés à vie, ils étaient. 

 

Je ne vous conseille pas non plus de vous lancer dans la production de bave d’escargot, qui est paraît-il absolument formidable en cosmétique sur les peaux sèches. Mais bon, à cœur vaillant, rien d’impossible. 

Alors pour résumer, on ne chasse pas l'escargot, on ne le cueille pas comme un champignon, on l'achète ou on le produit. En fait les producteurs parlent d'élevage. Donc, on l'élève alors même que ces producteurs s'appellent des héliciculteurs, c'est-à-dire des cultivateurs d'escargots. On le cultive, eh oui! Et surtout on le met à mort (dans un texte réglementaire). C'est fou, non? Avec tout ça, bon escargot à vous. 
 

Pour suivre le chemin

. Le monde de l’escargot est fascinant. Pour vous en convaincre, consultez l’offre des producteurs. A voir sur http://escargot-blond-des-flandres.com

. L’Université de Limoges et l’Inra se passionnent aussi sur les difficultés de la production de ce mollusque dont les Français sont si friands (40 000 tonnes/an dont 1% est produit en France).

. Photo d’un escargot de Bourgogne sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Escargot
Photo de l'escargot coupe papier collant EP

. Prochain billet sur les délices de la réglémentation sur l'escargot
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Style de vie
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Mercredi 23 juillet 2008 3 23 /07 /2008 20:46

La ronde continue. Les vins rosés se font aussi séducteurs et remarquer aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, aux Etats-unis et au Canada avec à chaque fois des différences notables ou subtiles. Le marronnier est bien là mais avec plus de diversité.  

Aux Pays-Bas

Le vin rosé, dont on parlait encore au début des années 80 comme un vin d’entrée dans la galaxie vin, suivi par les blancs pour accéder aux rouges ensuite,  est maintenant présenté comme un vin à boire à l’hôtel, alors que le blanc est offert en cadeau et le rouge bu à la maison. Il n’y a cette fois-ci ni jugement de valeur, ni saisonnalité, ni ciblage sur des consommateurs peu connaisseurs en vin, que sont en France les femmes et les jeunes.  

Au Royaume-Uni 

C’est le choc! Un choc de culture encore entre les vins rosés sucrés à la couleur très rosée et les vins rosés secs à la couleur pâle. Si vous traduisez cela en terme de nationalités, cela donne une concurrence très forte que subissent les vins français plutôt secs (2 à 4 gr) ou moins sucrés (entre 6 gr et + de sucre par litre, les moelleux 10° et +) face à des rosés américains très sucrés (30gr et +), à la couleur foncée. Comme ceux-ci se positionnent en terme de ++, c’est à dire  plus de couleur, + de sucre, avec un prix + cher, dans une bonne logique de début de l’ère consumériste.  Les choses sont en train de changer et vite.

 

Aux Etats-Unis

Les vins rosés sucrés et foncés sont très populaires. Ils ont un petit nom, les blushs, comme le fard à joue qu’on pose au pinceau sur les pommettes pour avoir bonne mine. Des joues roses grâce au vin rosé, c’est donc là le secret de ces vins sucrés. Leurs atouts, beaucoup de sucre - entre 30 et 40 gr/litre - et peu d’alcool - de 10°-. De tels vins sont propres à séduire ces générations d’utilisateurs de jouets Barbie et ces dévoreurs de glaces très sucrées et qui ne veulent pas boire d’alcool. Sutter Home, le leader incontesté utilise le cépage Zinfandel pour produire 13 millions de caisses, à destination essentiellement des femmes et des jeunes. La communication  de l’entreprise est très large: être présent sur You Tube, viser la prâticité grâce à des packagings pour boire peu et seul ou plus et en groupe (25 cl et 3 litres), travailler simultanément la communication caritative pour lutter contre le cancer (avec un ruban rose, le rouge est associé au sida).

Au Canada

C’est là qu’on trouve le plus de laudateurs amoureux du vin qui ne boudent pas leur plaisir de boire du vin rosé.   

Every one should drink more Rosé pouvez-vous lire sur Wine Punks. Le faible degré en alcool de ce vin, sa capacité à se marier avec toutes les formes de cuisine - meat, vegetarian, ethnic -, le  choix du type de vinification (macération ou saignée) sont autant d’atouts. C’est une façon très positive de présenter le vin rosé, sans allusion à la nécessité pour les domaines de faire du chiffre (Le Monde2) ou pire sans en parler du tout dans les vins du millésime 2007 (RVF). Le site canadien vous propose in fine trois vins : Bonny Doon Vin Gris, Veuve Clicquot Ponsardin Rosé dont la publicité a paru sous forme de photo sans citation du nom de la marque dans l’article précité du Monde2 (c’est la marque ??? du début de ce billet) et un seul vin français tranquille, Ted The Mule, un Côte du Rhône rosé. 

 

C’est au Canada aussi que le rosé se présente sous sa facette de culture et de vinification bio et biodynamique.  Une façon de parler du vin rosé qui manquait dans ce tour d’horizon international. Comment ? En le présentant comme un vin tout simplement. Bio en plus. Pour cela, Tyler Colman sur Dailygreen  a sélectionné 6 vins rosés (3 français et 3 américains) présentés dans cet ordre:

. Clos Roche Blanche de Catherine Roussel et Didier Barouillet,  Mareuil sur Cher,
. Gewurtzstraminer 2006, Albert Mann, Wittolsheim,
. Cooper Mountain, Willamette Valley, Oregon,
. Château d’Oupia, Minervois, famille André Iché, Oupia,
. Porter Creek, Pinot noir, Russian River valley, Georges Davies Family, Healdsburg, USA ,
. Falanghina, Ocone.    

 Pour suivre le chemin

. Vins de Danny Boon en vente sur le site des Vins du Monde, 02 40 56 75 75, www.vinsdumonde.com     info@vinsdumonde.com

. Vins de Clos Roche Blanche, voir la liste de tous les distributeurs sur

www.guideduvin.com/vente/Clos-Roche-Blanche

 

. Pays Bas = www.vitisphère.com 18.07.2008, RU = www.winealley.com 17.07.2008

. Etats-Unis = www.winealley.com 11.07.2008

 

. Peter Mayle, Une année en Provence, Nil éditions

 

. Canada, veille internationale assurée par Bernard Pichetto 

bernard.pichetto@toildepices.com   http://www.toildepices.com   http://forum.toildepices.com

 

http://crfa.ca/behindbars/winepunk.asp?source=email_2008_07_16

http://www.thedailygreen.com/going-green/tips/organic-wines-biodynamic-wine?src=nl&mag=tdg&list=dgr&kw=ist 


Photos EP:
- Tableau anonyme, Rosés couchés, Montlouis sur Loire
- La France en grappe de raisin 'flush' (faite avec des chaussures) et la Tour Eiffel  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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