En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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1001 façons de manger

Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 09:46

Margherita Oggero est l’auteur italienne du polar italien, L’amie américaine (Albin Michel Carré jaune). L’histoire est celle d’une maison ancienne aux volets fermés dont Camilla Baudino, prof dans un lycée –l’auteur est elle-même, semble-t-il, prof de littérature à Turin - , tombe amoureuse. Sans espoir de penser l’acheter au début. De circonstances en circonstances, l’attirance pour la maison, qui se fait plus forte, constitue le véritable fil conducteur sur lequel l’histoire est construite. Oh bien sûr, il y a un meurtre, celui de cette amie américaine, qui est en fait aussi italienne que Camilla. On l’appelle comme ça parce qu’elle a vécu aux Etats Unis. En fait, Dora Venetti, c’est son nom, cherche à vendre cette maison, pas à n’importe qui, à quelqu’un capable de préserver et de respecter sa nature profonde et l’atmosphère qui s’en dégage. Le mystère du décès de Dora permet de classer le livre dans les polars, un genre plus en phase peut être peut être que les relations qu’une femme établit avec les êtres, les choses, une ville à un moment de sa vie, la quarantaine vraisemblablement.

 

La maison est construite autour et pour la cuisine. Tout ce qui touche à la cuisine dans le roman, que ce soit les courses faites au marché, le contenu du réfrigérateur, la préparation du repas, le repas lui-même et la vaisselle, forme l’ossature réelle de ce roman de 2005. Dès la 2ème page, le ton est donné. Camilla est marié à Renzo avec lequel elle parle peu, a une petite fille et un chien Potti. On devrait inverser l’ordre, entre le chien et l’enfant. Autour d’elle, elle connaît aussi quelqu’un qu’elle rencontre dans la rue, l’Indestructible, pas un copain, un marginal en souffrance qu’elle aime bien et qu’elle protège un peu comme un enfant quand elle le voit. Sa façon à elle de lui faire du bien est de lui offrir le petit déjeuner au café du coin : capuccino et croissant au nutella. Le ton est donné. Par contre, quand la mère de Camilla, qui lui casse vraiment les pieds et qui vit à l’étage au-dessus, vient la voir, le frigo est sinon vide ; pire, ce qu’il contient est peu appétissant, ou limite avarié !  C’est drôle. 

 

La première visite de Camilla dans la maison, lors de l’accrochage du panneau à vendre, la bouleverse. Dans la cuisine, elle en est déjà à décider de ne changer que le minimum du carrelage noir et blanc, elle admire la cuisinière à bois en fonte qu’elle voit comme une puissance bienveillante tutélaire. Elle sent les effluves de plats : des poires au four avec du vin rouge et des clous de girofle, des gâteaux qui lèvent lentement, des gratins de pommes de terre à la lyonnaise, des gigots d’agneaux caramélisés, des carrés de porc entrelardés d’ail et de romarin, des spaghetti al cartoccio (avec des fruits de mer, des grosses crevettes, de la rascasse et une tomate), des bars, des daurades, des turbots des saumons…Deux lignes plus loin, on pense que l’évocation est tellement riche qu’il n’est pas possible d’en rajouter. Erreur. La puissance de l’attirance est si forte qu’elle franchit un autre pas, elle est maintenant en jeans dans la cuisine, avec son petit monde autour d’elle, son trio personnel - mari-enfant-chien - . C’est elle qui est maintenant la puissance tutélaire. Elle rayonne et prépare la pâte feuilletée du gâteau de Pâques, fait rissoler les oignons pour la soupe aux haricots, bat les jaunes pour la bavaroise.

 

Elle retrouve au fil des jours l’Indestructible lorsqu’elle sort de chez elle ou du lycée. Un jour, elle le voit assis sur les marches d’une librairie, avec deux packs vides de vin discount de marque Tavernello. Ce côté là la dérange un peu. C’est un vin très bas de gamme. Elle passe et fait semblant de ne pas le voir. Le vin de la région sera présent dans le récit pour attirer l’attention du lecteur sur des moments forts et un peu secrets.  Ce côté là interpelle aussi. Il y a chez l’auteur une réelle volonté de mettre la cuisine à l’honneur et de prendre la défense de variétés anciennes.

 

Entre Camilla et Dora s’engage une relation amicale incertaine et légère. Dora est seule. Elles vont au restaurant que choisit Dora. C’est plus facile pour apprendre à se connaître dans une relation de personne à personne. Elles commandent la même chose. Leur Ier plat est du rizotto.  C’est aussi celui qu’elles choisissent pour leur second repas, avec le détail cette fois-ci, risotto, viande crue hachée au couteau, l’un et l’autre saupoudré d’une fine neige de truffe blanche, soufflé de poireaux, tarte aux marrons glacés, une bouteille d’excellent Roero 2001 et deux cafés. Camilla est gênée, elle a oublié son porte-feuille. C’est  donc Dora qui paie. Dans leur relation, c’est Dora la généreuse nourricière et ça fait du bien à toutes les deux.

 

Petit à petit, elles prennent l’habitude d’aller déjeuner ensemble. La fois suivante, c’est au Tre Galline (Les Trois Poules) pour goûter une salade de poule au céléri et aux noix, un met dont Camilla retrouve le goût oublié depuis près de 20 ans, faite avec la chair d’une blonde de Villanova, une poule d’appellation.

 

Arrive un nouveau personnage, un lycéen de sa classe qui vient sonner à sa porte. Il s’était confié à elle pour cause de peine de cœur et a envie de lui parler. En signe de bienvenue, elle hésite à lui servir de l’alcool et devant sa protestation, elle lui offre un verre d’Arneis*, un vin d’appellation du Pièmont avec des taralli, des biscuits sans sucre, à grignoter à l’apéritif.

 

En revenant du marché, en compagnie de Dora, c’est un nouveau signe de renforcement de leurs liens amicaux, Dora est victime d’un accident et décède. Camilla raconte à la police comment l’accident s’est passé et parle des courses qu’elle a faites. C’est le tournant du roman. C’est aussi un sommet alimentaire parce que Camilla décrit très précisément, ce qu’elle a acheté, à qui avec le nom de la personne qui tient le stand, où, pourquoi…  :

-        2 kg de pommes délice +

-        1 kg de reinette, chez ce marchand, qui vient le vendredi et le jeudi et qui est bio, vrai ou pas et qui vend cher,

-        1 kg de poires Madernasse, chers, dont la variété est en train de disparaître, excellente cuite au four, avec du vin, du sucre, des clous de girofle et de la cannelle. Notez, c’est sa première recette ;

 

-        1 chou-fleur vert dont elle ne connaît pas le nom,

-        1 petite botte d’asperges, dont elle prend soin de préciser qu’elles sont cultivées en serre, achetée chez La Baricia (= Bigleuse ou anchois au choix),

 

-        de la tome de montagne, en fraîche et ½ sec,

-        du gorgonzola

-        et des premier-sel chez La Marghera (Laitière ou des femmes qui ont une grosse poitrine).

 

Gaetano entre en scène. Il est policier et aussi, pour Camilla,  son interlocuteur privilégié et un peu plus d’ailleurs. A ce moment Renzo (le mari) a de la fièvre et reste à la maison. Du coup, c’est lui  qui fait la cuisine. Il prépare une sauce all’matriciana, des involtini aux câpres et aux olives, accompagnés de pousses de navet et s’excuse de ne pas avoir fait de gâteau lors de ce jours très particulier qui est celui de l’enterrement de Dora. Il parle d’un gâteau d’obsèques.

 

Camilla commence alors une enquête pour comprendre pourquoi elle est suspecte aux yeux de la police. Il lui faut donc savoir comment Dora a pu mourir. Parmi ses aides, le lycéen et l’Indestructible à qui elle apporte des sandwichs du bar (celui des petits déjeuners au Nutella). C’est la Ière fois qu’elle va dans son antre qu’il a aménagée dans un garage. La Ière réaction de l’Indestructible (qui vit dans une grande misère matérielle)  est de lui demander :

-        à quoi est le sandwich ?

-        Jambon, mozarella, tomate, thon et petits artichauts, omelette verte et salade.

-        Oui, ça me va. Mais il y a la question du vin. Elle propose d’en chercher au Di per Di.

-        Non, ça ne va pas. Il décide d’aller voir le menuisier. Elle se méfie :

-        il est bon, ce vin ?

-        Oh oui, il a une vigne du côté d’Asti  et il fait du Barbera*. Et il revient avec un magnum de vin noir et épais.        

 

C’est la touche d’ironie et de clin d’œil au lecteur. Cette fois-ci, le plus raffiné des deux, n’est pas celui qu’on croit. Voilà l’Indestructible qui, chez lui, avec un vrai (= bon) sandwich acheté, ne veut pas boire de la bibine, mais du vrai vin, un vin d’appellation, très connu et cerise sur le gâteau, fait par un vrai homme, le voisin qui plus est, un vigneron-homme du bois.

 

Il ne reste plus, même si le roman se poursuit, qu’à boucler deux boucles. La Ière est celle où l’on voit Camilla, dans sa cuisine, faire à manger pour sa fille, non pas par amour maternel , mais pour se changer les idées. Elle ne peut pas dormir et va dans la cuisine pour préparer une tarte des Langhe au miel et aux noisettes. C’est la seule chose que sa fille préfère à la nourriture achetée.  C’est la première fois où Camilla cuisine pour quelqu’un d’autre mais sans faire cuire d'ailleurs. Ce n’est pas un hasard si c’est un gâteau. Comme vous l’avez certainement remarqué, elle commence souvent ses évocations de mets par la pâtisserie. 

 

Il reste une boucle où Camilla prépare le dîner avec une jeune amie qui choisit de faire de la viande. Du coup Camilla qui lui a donné le choix, prépare, elle, l’entrée, à savoir du riz. Ce sera alors du riz pilaf au Castelmagno*, au quel elle aimerait ajouter un nuage de truffe. Mais ajoute-t-elle, ce n’est plus la saison. Peut être était-ce aussi, parce que la truffe appartient à la rencontre avec Dora,  qui a changé sa vie, en perdant la sienne.  

Pour suivre le chemin

. Arnéis, c’est un cépage blanc du Piémont, appelé aussi ‘le petit difficile’, un clin d’œil de l’auteur enseignante, face à un lycéen. Wikipedia nous apprend qu’il est cépage utilisé en DOCG Roero et DOC Langhe. La tarte est aussi de Langhe. Ce n’est pas un hasard ; si l’auteur s’amuse à nous faire découvrir des productions confidentielles (428 ha en 2004)   

 

. Roero, voir la belle dégustation d’Olif  sur son blog

Olif.typepad.com/le_blog_dolif/2007


. Castelmagno, c'est le nom d'un fromage majoritairement à base de lait de vache, dont la Ière apparition dans l'histoire, remonte à 1100! A découvrir sur 
  http://prodottitipici.provincia.cuneo.it/prodotti/formaggi/castelmagno/index.jsp?lang=fr

. Plus que tout, on sent chez l'auteur l'influence de Slow Food, à découvrir dans un prochain billet! 
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 12:53

Ce sont des grandes/petites recettes, grandes à cause de la finesse de goût et petites dans le sens où Benoît utilise des petits animaux, comme des cailles ou des grenouilles, pour concevoir des plats empreints de grande finesse. Cailles et grenouilles sont aussi des viandes en provenance d’animaux utilisés depuis des siècles dans la cuisine française.  Caille  et grenouille ont en outre en point commun d’avoir une forte portée symbolique surtout d’ailleurs en Asie. En France, ne dit-on pas encore ‘dodue comme une caille’ pour désigner la rondeur attirante d’une femme ou ‘chaud comme une caille’ pour vanter l’ardeur amoureuse.

 

Curieusement en symbolique chinoise, la caille de la belle saison se transforme en grenouille l’hiver, en passant de l’univers aérien au monde aquatique. Benoît en vrai sage vous propose

. une recette de printemps-début d’été avec les cailles

. et une recette d’automne-hiver avec les grenouilles, de la même façon qu’il vous a déjà parlé d’une recette saveur sucrée de printemps avec les sushis d’ananas au chocolat

et une d’hiver avec l’éventail de clémentines au Grand Marnier et romarin (voir billet précédent)

 

Cuisse de caille au miel, sur barquette de courgette, à la brunoise de poivron

Je vous redonne l’intitulé complet de la recette en noir sur blanc pour être sûre que vous arrivez à lire : Cuisse de caille au miel (en couleur miel), sur barquette de courgette (en vert) à la brunoise de poivron rouge et jaune. Il y a là une telle harmonie de couleurs que vous comprenez que je n’ai pas pu résister à la mise en couleur de l’intitulé.

 

Sur l’assiette, vous placez d’abord la barquette de courgette de forme rectangulaire au milieu de la moitié supérieure de l’assiette. Il faut couper les courgettes en barquette, inciser un couvercle, vider la courgette pour y placer 'les passagers' (les poivrons) et cuire à l'anglaise (dans de l'eai bouillante bien salée pour fixer la chlrophyle, égoutter ensuite.  


Sur la barquette, vous disposez un peu de brunoise de poivron rouge et de poivron jaune. Une brunoise est une découpe en petits morceaux de 2 mm sur 2mm de légumes revenues dans une poêle légèrement beurré... Faites attention à ne pas laisser brûler. Ensuite, mettez le tout dans un plat à gratin et chauffez au four à 120°.  

. Puis la cuisse cuite se pose ensuite chaude, la partie la plus fine sur la barquette, la partie dodue sur l’assiette, transversalement. 

 

. Vous n’avez pas fini, le plus difficile arrive maintenant ; vous récupérez les os de caille que vous faites cuire avec des carottes et du bouillon et que vous liez avec une goutte de vinaigre balsamique. Très important la goutte de vinaigre balsamique. Si pas balsamique, s’abstenir. Ce qui veut dire que toutes les préparations citées avant (courgettes, brunoise et caille sont gardées au chaud), le temps que vous puissiez presser le jus de cette  sauce. Je déjà parlé dans les cailles en sarcophage relatées dans le Festin de Babette de Karen Blixen. 


. Vous nappez la préparation de cette sauce en ajoutant ‘une voile’ en tuile de parmesan au dessus de la préparation. Un voile parce que la forme de votre saupoudrage a une forme de voile comme sur un navire.

 

Dommage que je ne puisse vous reproduire le dessin de Benoît pour vous montrer l’assiette ronde, avec une découpe en carré à l’intérieur pour accueillir la cuisse et les parties contenues entre le carré intérieur et l’assiette constituées de miroir. Imaginez un peu !

 

C’est une entrée à déguster avec un blanc sec léger pour ne pas écraser les saveurs. J’ai proposé un Chinon blanc, un vrai délice. Ca       me paraît tellement goutteux que je me demande si ce plat ne peut pas constituer l’essentiel du repas, avec une entrée plus simple et un dessert.    

Et maintenant la charlotte de grenouilles aux truffes

 

La charlotte d’abord

Il faut que je commence à vous dire ce qu’est une charlotte, c’est une grosse pomme de terre cuite au four avec une noix de beurre avec sa peau dans un papier d’aluminium (durée de la cuisson 15/20minutes). Après cuisson, on l’évide tout en lui gardant son couvercle. On forme de la purée avec la partie évidée = la charlotte est un jeu entre la partie dure de la pomme de terre et la purée fondante.  

Les grenouilles

On ne prend que les cuisses que l’on désosse, sans jeter les os qui vont servir pour la sauce. Les cuisses sont roulées en forme de poire dans de la farine et dorées à la poêle avec un peu de crème fraîche. La cuisson se fait à feu moyen pour garder le croustillant et avoir une jolie couleur brune-dorée.   

La base de sauce aux truffes

Le difficile est de trouver des truffes, les noires sont à 600 EUR du kg, les blanches à 1 500-2 000 EUR, toujours au kilo. Inutile de vous dire que vous n’en mettez pas beaucoup. On fait cuire les os avec un peu de vin blanc ni trop fort ni trop fruité. Puis il faut passer pour enlever les os, réduire de moitié, avec de la crème fraîche et des brisures de truffe noires et blanches, avec un peu de sel et de poivre.  

La disposition sur l’assiette et l’émulsion de la sauce

Les cuisses sont disposées autour de la charlotte placée au centre de l’assiette, avec quelques tiges vertes de ciboulette.

 

La sauce est passée au mixer pour faire entrer de l’air et créer une émulsion de façon à renforcer l’arôme des truffes noires et blanches de la sauce. Elle est très vite disposée sur l’assiette en lignes parallèles pour casser la disposition concentrique.

 

Vous avez bien compris que l’art du cuisinier est d’arriver à garder le met au chaud en attendant l’émulsion.   

Pour suivre le chemin

. Vous pourrez goûter la recette originale de la charlotte aux grenouilles chez un grand cuisinier français établi en Suisse, Gérard Rabaey, Le Pont de Brent et la voir sur son site avec les proportions:

www.lepontdebrent.com

 

. Une conseil de BLC : visitez le musée des grenouilles à Estavager-le-lac dans la région de Fribourg en Suisse,

. A découvrir sur www.estavayer-payerne.ch. où 108 grenouilles naturalisées font revivre 1850.

    

. Promenez-vous dans Fribourg, une très jolie ville ancienne qui date du XIIè siècle quand elle était encore rattachée à la Bourgogne.

. Admirez en particulier les volets des maisons anciennes, peints en triangles avec des couleurs fortes.  

. Trouvez en bonus une recette de soupe pour le début de l’automne que vous livre l’Office de tourisme de Fribourg sur le site www.fribourgtourisme.ch

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 11:33

Benoît est  un jeune cuisinier suisse, originaire de Fribourg - à la limite entre la Suisse romande et la Suisse alémanique- qui, aussi loin qu’il s’en souvienne, relie sa petite enfance aux gâteaux de sa Grand-Maman et de sa Maman aussi naturellement. Parmi ses préférés de Grand Maman, il y avait les ‘miroirs’ enfermés dans une boîte à biscuit pour les garder à l’abri de l’humidité. Quand les enfants venaient déjeuner avec leurs parents, elle arrivait avec la boîte serrée contre elle, l’ouvrait telle une boîte aux trésors  et en offrait à la fin de ces repas de famille qui réunissaient les oncles, les tantes, les cousins et cousines. Benoît avait un petit privilège : il en recevait souvent un avant le repas, en guise d’avant goût. Il les aimait tant ! C’est pourtant les pains d’anis qu’il cite en premier quand on l’interroge sur son enfance. Mais les miroirs avec la couleur dorée du sablé et le rouge glacé lui font encore briller les yeux.

Benoit-le-cuisinier-SA504E-2.jpg 

Les desserts sont l’apothéose du repas. C’est le moment que les enfants attendent avec impatience. C’est par ces mots que Benoît commence à parler de sa façon de cuisiner. Ce dernier moment du repas, il faut savoir l’apprécier et prendre le temps. Se laisser entraîner par les saveurs et surtout ne pas aller trop vite. Compter 3 à 4 heures pour un repas de grande cuisine est pour lui une évidence. Il faut, dit Benoît, laisser parler la saveur pour goûter le nouvel espace temps. C’est là un des paradoxes du cuisinier. En cuisine, quand on prépare les commandes, on est toujours pressé, stressé, à lutter contre le temps, pour que tout soit prêt en même temps. C’est un énorme défi qui tient autant dans une forte compétence organisationnelle que de la magie. En salle, assis à la table, au contraire, il faut se laisser porter par le déroulement lent d’un repas pour garder, à la fin, suffisamment de fraîcheur en bouche pour savourer les desserts sucrés.  

 

Ce goût de la douceur l’a conduit ‘naturellement’ vers son métier de cuisinier. Benoît  y voit la possibilité de re-découvrir des aliments qui viennent de nos parents, d’élargir l’éventail des saveurs et de créer du nouveau en faisant du bien aux gens, en partageant avec eux. Ces trois dimensions,  que sont la tradition, la création et le partage,  sont présentes dans ce qu’il dit et ce qu’il fait. Ce qu’il aime le plus dans le déroulement des différentes phases du repas commence à la composition du menu, puis se prolonge par la création visuelle de l’assiette, le grand bonheur de présenter l’assiette aux convives et enfin le dialogue qui s’ensuit. La partie proprement technique, à savoir la préparation elle-même l’intéresse moins.   

 

C’est par des sushis d’ananas ou un éventail de clémentine que Benoît aime à finir un repas, dont il vous dévoilera les autres mets dans un prochain billet. Actuellement Benoît s’occupe plus particulièrement d’organisation, de gestion et de formation des futurs comptables militaires. Il accroît ainsi la palette des compétences nécessaires pour monter un jour peut être  un bar à vins où les citadins pourraient prendre le temps de grignoter, tout en se faisant plaisir de déguster. Il revient d’un séjour à Barcelone, qui l’a enchanté et lui a donné plein d’idées.  

La recette des sushis à l’ananas et au chocolat 
. Sur une feuille alimentaire souple, placez des lamelles d’ananas coupées dans la hauteur, puis par-dessus, du riz au lait que vous avez préparé à l’avance et au centre de cette bande rectangulaire, des bâtonnets d’ananas.
. Ensuite arrive la partie délicate, qui consiste à saisir un des côtés de cet ensemble et à commencer à rouler la plaque sur elle-même de façon à faire un grand rouleau de futurs sushis.
. Vous le placez au réfrigérateur pour permettre une bonne découpe avec un couteau sans dent, de façon à ne pas déchiqueter votre ouvrage. Après la coupe, vous obtenez des sushis.
. Pendant que le rouleau se refroidit, bien calé dans la feuille alimentaire, vous préparez une sauce au chocolat noir enrichie à la crème.

. Enfin, sur une belle assiette assortie en couleur, vous disposez les sushis nappés de sauce au chocolat, avec une quenelle de sorbet à la mangue. Pour finir de décorer l’assiette, vous prenez les grains rouges d'une grenade pour faire ressortir le vert  du carambol. Une succulence en bouche, un régal pour les yeux! 
 

La recette de l’éventail de clémentines, flambées au Grand Marnier et au romarin frais

Voici un dessert à faire en hiver au moment de la pleine saison des clémentines. Benoît choisit de belles clémentines juteuses. Il sépare les quartiers, enlève la peau blanche et prépare un caramel au sucre de canne, dans lequel il plonge les quartiers. Il déglace le tout au Grand Marnier et flambe la préparation. Il retire la casserole du feu et termine le sirop en ajoutant une pincée de romarin frais à ce moment là. Reste à disposer  sur l’assiette chacun des quartiers en éventail ouvert, avec au milieu une boule de glace à la vanille. 

  

Pour suivre le chemin

. La recette des sushis au chocolat a été transmise à Benoît par Xavier, un de ses copains pâtissier parisien.

. Vous vous rendez sur le site des recettes du terroir de Fribourg: 
 http://www.terroir-fribourg.ch/modules/recettes/detail.asp?ID=80 
qui vous donne la recette du pain d'anis. 
 
. La recette du pain d’anis 

Il vous faut : 400gr de sucre, 4 œufs entier, 650 gr de farine, 75g d’anis vertn 1 c à ç d’essence d’anis, 1 dl d’huile, un peu de sel, 1 c à c de carbonate d’ammoniaque

Ensuite, dans les œufs cassés, versez le sucre, le sel, l’huile, l’anis et le carbonate et vous fouettez longuement (10mn). A ce moment là, vous ajoutez la farine rapidement.  Vous couvrez la préparation et laissez reposer pendant 2 à 4h. Vous en faites des tronçons de 10 cm sur 1 que vous roulez dans le sucre et placez au four pendant quelques 5/6 minutes, selon votre four.   


. La recette des miroirs  envoyée par BLC

Les miroirs sont des petits sablés dont la partie supérieure est évidée pour laisser la place à de la confiture rouge.

 

Pour 50-60 pièces : 250 g de beurrre ramolli, 125 g de sucre glace, 2 cc de sucre vanillé, un peu de sel, un blanc d'oeuf légèrement battu, 350 g de farine, 200 g de gelée de groseille chauffée et du sucre glace pour saupoudrer.

1 Malaxer le beurre jusqu'à formation de petites crêtes. Ajouter le sucre glace, le sucre vanillé, le sel et le blanc d'oeuf. Remuer jusqu'à blanchiment de la masse. Incorporer la farine tamisée en remuant brièvement. Amalgamer la pâte. Entreposer dans un film transparent durant 1 heure au réfrigérateur.

2 Abaisser la pâte à 2-3 mm d'épaisseur sur le plan de travail légèrement fariné. Découper en rondelles de 4-5 cm Ø. Déposer sur la plaque chemisée de papier sulfurisé. Pour les couvercles, évider la moitié des rondelles et entreposer une nouvelle fois le tout durant 20 minutes au réfrigérateur.

3 Cuire durant 6-8 minutes au milieu du four préchauffé à 200 °C.

4 Badigeonner l'envers des fonds refroidis de gelée de groseille. Poser les couvercles par-dessus et laisser sécher. Saupoudrer de sucre glace.

Un commentaire de Bernard Pichetto  du 06.07. 2008

Bel article comme d'habitude !

Quelques remarques :
. Concernant 'sushi' :
http://encyclopedia.thefreedictionary.com/sushi
http://www.thefreedictionary.com/sushi
Je ne veux pas paraître vieux jeu, mais "façon sushi" eut été préférable...

. Concernant 'miroir', cela correspond aux lunettes de Romans, que l'on retrouve d'ailleurs à travers toute la France et qui sont un de mes dessert d'enfance les plus "tendres"...
http://www.ciao.fr/Lunettes_de_Romans_biscuits__136582

. Concernant le site de Fribourg, très bien fait, j'ai été heureux de constater que l'on préserve d'anciennes variétés de poires. On trouve actuellement, sur les marchés toulousains, une variété proche dénommée poire de Saint-Jean... poirillon en charente...

 

  Bernard Pichetto - Toil' d'épices - Ressources - Veille - R&D - Histoire & Gastronomie -
bernard.pichetto@toildepices.com
   http://www.toildepices.com
   http://forum.toildepices.com

 

 

 

 

 

 


Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 17:38

Liza est une journaliste suédoise reconvertie en auteur de roman noir, qui font grand bruit en Suède. Comme elle est traduite en français depuis plusieurs années, on sait ainsi ce que mange et boit l’héroïne qu’elle a créée, Annita Bengtzon, qui travaille dans un grand journal de la capitale, La Presse du Soir. C’est le 3ème ouvrage de l’auteur que nous voyons maintenant, La Fondation Paradis, qui mieux que beaucoup d’enquêtes sociologiques, nous montre une Suède bien éloignée de l’image construite et projetée.

 

L’histoire commence le 28 octobre pour se terminer le 7 décembre. La durée est courte, le rythme rapide et l’ambiance noire de noir. Carrément désespérée, comme la course que va mener Annita pour sauver sa peau quand elle commence son enquête sur le meurtre de 2 hommes. Sa Ière rencontre avec quelque chose qui se boit, est le café de la machine du même nom dont la seule qualité est de réchauffer , certainement pas son corps transi, mais au moins sa main, qu’elle accompagne ensuite d’un verre d’eau cherchée aux toilettes. On retrouve le café un peu plus loin, mais cette fois-ci, sorti d’une cafetière électrique. C’est l’autre héros du livre Thomas Samuelson en pleine crise existentielle d’un quadra qui se demande ce qu’il fait de sa vie.

 

Le 3ème héros, le tueur yougoslave, lui aussi vient de boire un café, pour ne pas reprendre un autre verre d’alcool dans un café. Il est furieux. Il a failli se faire avoir et cherche sa vengeance, clairement à tuer. Le café est le Ier lien entre les 3, autour desquels se construit l’intrigue violente, désespérée et extrêmement bien documentée sur la ou les mafia-s d’Europe de l’Est. Le café, trop chaud, lui brûle la gorge. Le café cout en filigrane pendant tout le récit.  

 

Annita vit dans des conditions qu’elle trouve satisfaisantes parce qu’elles lui ressemblent :  pauvres, en abandon croissant, glissant dans un trou . L’appartement n’a pas le confort minimum, la peinture s’écaille, un carreau est cassé, il faut descendre l’escalier, traverser la cour et remonter pour se laver. Les toilettes sont un demi-étage plus bas. Annita est comme ça. Quand il n’y a rien à manger chez elle, elle ne mange pas.

 

Un soir elle reçoit une amie, Anne, la seule qui lui témoigne de la gentillesse. Elles se font un grand festin de tagliatelles, avec du beurre, du fromage et du soja. Elle a tout à coup tellement faim en mangeant qu’elle boit un grand verre de Coca. Le café ensuite, accompagné d’un gros sachet de bonbons qu’elle va quasiment manger seule, enfournant les bonbons les uns après les autres. Quand elle commence son enquête solitaire, et sans en dire un mot à quiconque, la première fois qu’elle mange, elle se trouve à la cantine du personnel du journal, Les Sept Rats, pour prendre un gratin de pomme de terre, avec une feuille de salade . Le matin, elle descend l’escalier en mangeant un craque pain avec une tranchette de fromage allégé. 

 

Elle marche beaucoup la nuit, va sur les docks, s’expose à tous les dangers, se cachant de la police et du tueur ; elle parle à un pauvre perdu mouillé de froid sur un banc. Il s’est enfui de l’hôpital. Elle l’aide à traverser la rue. Elle même  est en congé maladie. On comprend qu’elle a une dépression ; elle coule. Sa grand mère, Sofia Katarina,  en maison de santé la confond souvent avec sa sœur. C’est la seule personne qu’elle aime si profondément qu’elle tremble de peur à l’idée qu’un jour, une nuit la vieille dame ne sera plus là, perdue dans le monde dont on ne revient pas. Elle reçoit un soir un appel de l’hôpital, la vieille dame vient de mourir. 

 

La seule cuisine, qui se fait, se déroule chez Thomas et sa femme. C’est lui qui fait frire un poisson dans le wok à l’huile de maïs, parce qu’il supporte de plus hautes températures dit sa femme Eleonor. Elle parle aussi des avantages de la cuisinière au gaz qui n’est évidemment pas celle qu’ils ont. Thomas aime bien la leur. Il ajoute du blanc de poulet finement haché et verse du fumet de poisson, avec de la sauce chili, des graines de coriandre et du basilic frais . Il ajoute du soja liquide pendant que le riz finit de cuire. Ce sera un des deux repas de tout le récit. Elle met la table et sert un Chardonnay australien corsé, le top du top, la seule indication du livre sur la provenance du vin. 

 

Quand Anne revient chez  Annita, elle achète en passant deux portions de poulet aux noix de cajou chez le Thai, dans des barquette alu placées dans un plastique. Elle prend aussi  du vin, un Chardonnay, parce que le docteur a dit à Annita d’en boire : le vin rouge, ça me donne des boutons plein la figure. Pas le blanc visiblement.

 

Des jours et des nuits se passent sans manger, au moins dans le récit. Quelque temps après, Annita poursuivie par le tueur, toujours dans la nuit, le froid, loin de la ville,  et sans voiture, s’arrête dans un fast-food à Jacobsberg pour manger un hamburger. Elle a le goût de la restauration rapide. Pourtant ça lui donne des renvois acides sans remettre en cause son penchant pour les fast-foods.

 

Puis vient la rencontre entre Annita et Thomas. Elle le reçoit chez elle et prépare le repas : je suis la championne des pâtes à la sauce en boîte. Elle ne l’avait jamais fait pour Anne. Cette fois-ci , elle a des tagliatelles et la sauce est italienne, servies avec une serviette de Pâques en papier jaune. Thomas entre dans la course-poursuite, s’arrête dans un café pour prendre une bière.

La vie conjugale de Thomas se dégrade au fur et à mesure que lui prend conscience de l’inintérêt de sa vie professionnelle et de sa vie tout court. Il sait qu’il doit changer et partir. Il ne partage plus rien avec sa femme. Elle veut toujours plus, plus d’argent, plus de pouvoir, et lui cherche du sens à sa vie. La cassure se passe le soir ou Eleonor a préparé, elle cette fois-ci, un vrai festin. La table à manger est d’une belle nappe, avec des verres en cristal, de la fine porcelaine anglaise et des couverts en argent. Les invités sont les directeurs de l’entreprise qui viennent de promouvoir Eléonor à un poste de direction. Elle rayonne de bonheur. Et lui à ce moment décroche. Il y a les plats à apporter, du vin…. Il n’en peut plus et n’a même pas le force de faire le café. Il quitte la table et les convives. Sa vie change.

 

Annita aussi Pour la Ière fois, c’est le 7 décembre, le dernier jour du livre, elle a faim chez elle, le réfrigérateur est plein, elle prépare son petit déjeuner . Elle boit un grand verre de jus de fruit sorti du réfrigérateur, casse des œufs dans la poêle et coupe du bacon. Elle fait même griller du pain, qu’elle mange avec du fromage à l’ail et les oeufs au bacon. Elle boit son café du matin. Peu de temps après dans la journée, elle s’achète une pizza. La Ière fois qu’il avait été question de pizza, c’est Thomas qui l’avait mangée et elle, ça lui était restée sur l’estomac. Pas cette fois-ci pour Annita. Elle est sauvée et Thomas aussi.

 

Quant au tueur…

 

Pour suivre le chemin

, La Fondation Paradis, Liza Marklund, Le Masque

. Europe à la carte, Un voyage culinaire, André Dominé, Joachil Römer, Michel Ditter pour les textes et aussi l’édition et Günter Beer pour les photos.

. La cuisine suédoise se mange aussi chez Ikéa ; on y trouve les délicieuses boulettes de viande, les Köttbullar.

. La recette des Köttbullar :

Vous faites fondre les oignons coupés fin (1 cuillérée à soupe par personne) dans la poêle avec un peu de corps gras. Pendant ce temps, vous mélangez 125 gr de boeuf haché», un de purée de pomme de terre  avec  un peu de chapelure, de crème, de persil avec un œuf. Vous en faites des boulettes rondes que vous faites rissoler. 

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 17:29

Oui, c’est au passé que je pose la double question à cet auteur suédois . Il est décédé juste après avoir remis un opus en trois volumes. Il est l’auteur de Millénium, une trilogie d’une rare ampleur parue chez Actes Sud. Journaliste économiste, reporter spécialisé sur la guerre et l’Afrique, il était le rédacteur en chef de la revue Expo, qui étudiait « les manifestations ordinaires du fascisme ». Stieg Larson a un goût très fort pour la recherche de l’information, la capacité à replacer l’info dans son contexte et à montrer les jeux de pouvoir, avec l’exemple d’un pays qu’il connaît bien, le sien, la Suède. Le Ier ouvrage de Millénium s’appelle, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

 

Le héros, Mikael Blomkvist, est un journaliste en butte à des adversaires puissants qui n’aiment pas être dérangés par des fouineurs tels que lui. A ses côtés pour l’aider dans sa recherche d’infos, Lisbeth Salander, une jeune femme déjantée, en profonde souffrance. Le Ier lien entre eux tous, la mort particulièrement sadique de femmes de peu, au sens de peu de pouvoir, peu d’argent, peu d’importance . En d’autres temps, on aurait parlé de femmes de rien. C’est effectivement une des clés du livre. Elles ne valent rien, si ce n’est à donner à d’autres le plaisir de les tuer.

 

Comme dans un filme noir américain, le trio est en place avec

. un homme seul, rejeté par le système, qui part en lutte contre les puissants qui font fonctionner le système à leur profit,

. les puissants liés entre eux par des connivences multiples

. et une jeune marginale qui survit grâce à sa passion pour la puissance magique du Net qu’elle sait faire fonctionner d’une façon magique pour trouver l’information cachée en feintant tous les systèmes de sécutité.

 

Trois acteurs et ce second lien, qui est le pouvoir de l’information.  Ne comptez pas sur moi pour vous résumer en quelques mots une histoire dense, lourde et douloureuse. J’ai cherché moi un autre lien qui est cette fois-ci le lien alimentaire qui joint une personne au pays où elle vit.

 

Mikael reçoit une commande d’un grand patron d’industrie, Henrick Vanger,  qui vit sur une île proche d’ Hedeby au nord de Stockholm . Il doit écrire une chronique sur l’histoire de la famille de ce notable et surtout mettre à profit cette recherche visible pour mener une enquête, invisible cette fois ci, sur un drame familial survenu plusieurs décades avant. Lors de ce reportage qui le fait remonter dans le passé, le journaliste mange d’une façon utilitaire, c’est à dire quand il a faim et avec ce qui reste des achats de première nécessité, faits à la supérette Konsum du village sur l’île : du pain, du lait qu’il partage avec un chat que celui-ci vient de le choisir… En chemin, il s‘arrête au café tenu par Suzanne et commande un sandwich; en attendant, il boit le café qu'elle lui offre en signe d'hospitalité.

 

Le café va être un fil conducteur de l’enquête, que ce soit le café que l’on associe au travail et qu’on boit en solitaire, même si c’est à 2 heures du matin, que le café que l’on offre en signe de bienvenue, après avoir branché la machine à café. Lors d’un déplacement dans le Norrland, il en boit à en avoir la nausée , mais impossible de refuser quand on entre chez les gens pour leur poser des questions. Faire chauffer de l’eau sur la gazinière n’est jamais mentionné, ni le type de café. Par contre la machine à café, si.

 

De la même façon, associé au café et dés lors qu’il est question de travail, le sandwich règne en maître. La seule fois où l’auteur mentionne autre chose pour accompagner le sandwich du midi avec le café, c’est de l’eau lorsqu’il part faire un pique-nique, sac à dos, dans un chalet vide.

 

Les sandwichs de Lisbeth Salander sont presque toujours enrichis au fromage. Elle les mange le soir, pelotonnée sur son canapé défoncé, normalement par deux et parfois, par soir de grande faim, par trois. C’est quasiment sa seule nourriture. Elle aussi branche la cafetière et se prépare ce soir là trois gros sandwichs avec du fromage, de la crème de poisson et un œuf dur, sans que l’on sache s’ils sont tous identiques ou pas. La nuit, parfois, elle carbure au coca, c’est ainsi qu’elle entame son 6me Coca au petit matin pour arriver à terminer son enquête. 

 

Le soir, quand elle sort avec ses copines d’un groupe rock,  Lisbeth boit pas mal de bière , mais pas pendant le travail. Pour elle, la bière est associée aux sorties . Mickaël, quant à lui, n’en boit pas mais sait en partager une avec l’homme de loi de Martin Vanger, une fin d’après-midi au domicile de ce dernier.  

 

Mikael partage avec Lisbeth cette façon de manger mais sait aussi manger autrement. Il prépare des repas, quand il a une invitée ou certains jours particuliers quand il a un peu de temps. Lors de la venue au village de son associée-amie-maîtresse, Erika, avec laquelle le journaliste co-gère Millénium, c’est lui qui prépare un repas de fête, des côtes d’agneau avec des pommes de terre à la crème, accompagné d’un vin rouge. Il ne dit pas si c’est bon et s’émeut de la quantité de calories qu’il absorbe.

 

Une autre fois , mais cette fois-ci pour Lisbeth, avec laquelle il mène l’enquête et un début de relations autres que de travail, il fait aussi des côtes d’agneau, avec une sauce au vin. Cette fois-ci, l’auteur Stieg Larsson note simplement « le repas sent bon » et Lisbeth en avale deux grosses portions. C’est la seule fois que le lecteur sentira dans le livre une vibration de plaisir alimentaire. Il n’est certainement pas neutre de voir que c’est Mikael qui cuisine pour Lisbeth et que celle-ci non seulement mange autre chose que ses sempiternels sandwichs  et mange beaucoup. L’autre fois, c’est quand Mikael cette fois-ci se surprend à vouloir fêter seul la Saint-Jean. Il mange le plat traditionnel,  des pommes de terre bouillies, avec des harengs marinés à la moutarde, de la ciboulette et un œuf dur, qu’il accompagne d’aquavit, tout en lisant un polar de son auteur préféré, Le Chant des Sirènes, de Val Mc Dermid.  Il avait déjà préparé cet événement en mangeant la spécialité locale, qu’il redécouvre, la pölsa sautée avec pommes de terre et des betteraves rouges, un plat qu’il n’aime guère habituellement.  

 

Un soir, en colère contre Erika, son associée à Millénium, qui vient d’accepter que Henrick Vanger,  le notable, entre au capital du journal sans lui en parler, il quitte l’île et se rend à Hedestadt  pour se libérer de sa tension. Il va au Mc Do’s. Il fallait qu’il bouge, tout comme une autre fois, loin de l’île, il prend un hot dog français (!).  

 

Henrick Vanger, le commanditaire de Mickael et maintenant aussi associé du journal, lui offre un rôti d’élan servi avec du vin rouge italien et tous deux finissent la soirée à la vodka vers 2h du matin. Lors d’un autre repas, cette fois-ci à 4 chez Henrick, avec Erika et l’avocat de Henrick, la seule chose notable qu’il nous transmet est qu’ils finirent tous au cognac en se resservant plusieurs fois. Il y mangera aussi une omelette servie par Anna la servante. Chez une femme de la famille Vanger, il partagera avec celle-ci un sauté de gibier avec du vin rouge. 

 

Lisbeth Salander, cette jeune marginale en souffrance, est logée dans un appartement vétuste dans lequel elle se sent bien ; son état intérieur va bien avec celui de l’appartement. Elle continue à se lover sur son canapé pour manger. Son petit déjeuner se prend en descendant de son étage, en mangeant une tranche de pain avec une tranchette de fromage. Aussi faut-il comprendre son irritation quand Mikael, un matin au début de l’enquête, arrive chez elle, avec des bagels, un au rôti de boeuf, un à la dinde avec de la moutarde de Dijon et un végétarien à la crème d’avocat. C'est curieux car Mikael ne nous dit pas ce qu'il prend lui le matin au petit dèj. En fait, il prend soin d'elle, ce qu'elle commence à comprendre, elle qui a peur des hommes, avec raison. Elle est une femme blessée. Plus tard, elle saura un jour faire des tartines au fromage et cornichons, avec du pâté de foie, pour elle et lui.

On comprend l'importance du petit déjeuner avec Erika face à Mikael cette fois-ci. Quand Erika était venue le rejoindre sur l’île, c’est elle qui avait fait le petit déj, pour lui avec du café, du jus de fruit, de la marmelade d’orange, du fromage et du pain grillé. Un vrai festin. 
 

Vers la fin de l’histoire, Lisbeth doit prendre l’apparence d’une riche héritière. Pour cela, elle change de style vestimentaire, porte une perruque, se fait voir dans de grands hôtels et choisit sur la carte, ce qu’il y a de plus cher. Vous l’avez deviné, elle prend du vin rouge à 1 200 couronnes la bouteille (sans citer de nom ni d’origine) et plus tard boit une coupe de champagne avec un jeune Italien à particule qui la drague. Elle termine en fumant une cigarette dans un compartiment de chemin de fer, ce qui est strictement interdit.

 

Puis c’est la fête à Millénium qui sort de son trou noir qui a failli faire couler le journal, on y ouvre à minuit une bouteille de vin pétillant. Lors de la préparation de Noël, c’est du vin chaud que boit Mikael en regardant Erika décorer le sapin. Parmi ses cadeaux, Mikael découvre une demi-bouteille de Reimersholm Aquavit.

 

Ce sera la seule marque donnée, en dehors de la moutarde de Dijon, de Mc Do et de Coca.


Quelques remarques
Trois modes alimentaires se dégagent

. mono-thématique avec Lisbeth, 
. poly-thématiques avec Mikael qui adapte sa façon de manger et de boire aux situations dans lesquelles il se trouve,
. traditionnel avec les membres de la famille Vanger. 

Les boissons aussi sont différenciées: 
. la bière pour Lisbeth, avec le café comme boisson normale, 
. le café pour Mikael, qui travaille tout le temps aussi, et le vin rouge quand il cuisine, 
. le vin rouge dans l'orbite Vanger. 

L'évolution de l'attitude de Lisbeth face à la nourriture: 
Elle est notable. Au début, Lisbeth est recroquevillée sur elle-même en se faisant à manger pour elle seule. Jamais elle ne mange avec d'autres. Petit à petit, à mesure qu'elle découvre que se noue avec Mikael un lien de confiance, elle arrive non seulement à manger à coté de lui, la même chose que lui, à accepter de la nourriture de sa part, puis à lui faire à manger. Cette progression en 4 étapes est un évènement bouleversant qui marque le début d'une nouvelle vie pour elle.

L'attitude supposée de Stieg Larrson 
Elle doit être proche de celle de Mikael, un homme toujours sous stress, qui n'attache pas grande importance à la nourriture, même s'il a quelques connaissances de la cuisine traditionnelle suédoise et s'il sait s'adapter quand il se trouve chez de grands notables.    
 
La présence alimentaire de la France 
Elle est si maigrelette qu'elle doit être notée. Il y a
. la moutarde de Dijon, élevée à la hauteur d'une marque mondiale telle que Coca et Mc Do; 
. aucun vin n'est cité, seul le champagne en générique.  

 

Pour suivre le chemin

. Millenium, Tome 1 , Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de Stieg Larsson, Actes Sud

. Lire la présentation sur www.evene.fr/actualité/millenium-stieg-larsson-salander-blomkvist

. Trouver quelques informations sur la cuisine suédoise sur www.sweden.se/templates/

. Et lire le billet suivant, lui aussi  consacré à la façon de se nourrir et de boire en Suède, sur ce blog

Photo EP, boite publicitaire française  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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