En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 12:04

Sous ces trois I que sont l’invisibilité, l’identité et l’image d’un territoire, le cas de l’Estuaire de la Loire offre un très bon exemple de la mise en lumière d’un territoire qui a été jusqu’il y a peu encore un territoire ignoré par la société mais pas de ceux qui l’utilisaient.  

Le diagnostique d’invisibilité, un fait sociétal

Cette invisibilité était le fait de la société dans son ensemble. Bien sûr, certains connaissaient l’estuaire et en tiraient profit. Les habitants des villes et villages situés sur les rives, les pêcheurs et transporteurs fluviaux, les propriétaires de belles demeures avec vue sur la Loire en connaissaient l’importance économique ou la beauté. Ce capital n’était pourtant pas pris en compte par les décideurs, un mot d’aujourd’hui pour désigner tant les pouvoirs publics que les entrepreneurs. La Loire était belle certes, mais son existence devait d’abord servir d’autres fonctions.  

La vision réductrice de la Loire

Au fil du temps, on n’a pas résisté d’en faire par exemple :

. une route au service du passage des grands bateaux jusqu’à Nantes, quitte à dévier son lit principal, à le creuser très profondément, à modifier ses rives, à créer des îles artificielles ;

. une cuvette à  curer tous les jours pour y enlever les vases qui se forment au contact du choc entre l’eau salée et l’eau douce ;

. un gisement inépuisable de sable pour la construction et l’agriculture ;   

. un gigantesque réservoir d’eau douce inépuisable avec des tirages très importants au service de l’agriculture, l’industrie…

. un déversoir d’eaux dont le traitement de recyclage n’est pas toujours bien maîtrisé ;

. une gigantesque pompe aspirante et refoulante pour les émissions de gaz et de matières liquides toxiques pour l’homme et la bio-diversité…  

 

La fonction utilitaire de l’Estuaire de la Loire au cours globalement du XIX et des ¾ du siècle dernier a fini par occulter quasi-complètement l’estuaire en tant que territoire spécifique, surtout quand des voies rapides en rive droite d’où on ne voit jamais la Loire ont permis de rejoindre Nantes au littoral. Le développement de la métropolisation de Nantes-Saint-Nazaire a en effet accentué le phénomène.   La rive sud, quant à elle, a gardé plus longtemps son caractère caché, un peu secret en symbiose avec le fleuve lui-même.

 

Les troubles fonctionnels

La complexité et l’antagonisme des fonctions utilitaires de la Loire ont été clairement révélés quand des troubles ont commencé gripper la machine. Citons, sans les développer, les dégradations des rives, l, la baisse considérable du niveau des eaux, les atteintes à la biodiversité, l’accroissement du bouchon vaseux à l’entrée de l’estuaire, la pollution des eaux, l’élévation de la température de l’eau, le coût de ces dégradations et leur irréversibilité pour certaines…Ces phénomènes négatifs ont d’abord été ignoré à des titres divers puis pour certains cachés lors la prise de conscience de l’irréversibilité de certaines atteintes.

 

L’invisibilité

L a sur-utilisation de la Loire a conduit à la rendre invisible, d’autant plus que des industries lourdes et/ou polluantes se sont établies sur ses bords.  En témoignent des présences architecturales industrielles qui, dans l’esprit sociétal d’après la seconde guerre mondiale, étaient le contraire du beau. Dans le même temps, plus se développait la construction en front de mer La Baule-Pornichet et Saint-Brévin de l’autre côté de l’estuaire, plus la présence industrielle devait s’effacer. Ce travail d’occultation a été facilité par la baisse de la production industrielle particulièrement en sud Loire près de Nantes. Elle a renforcé l’invisibilité de la Loire. 

 

La prise de conscience de l’identité grâce au développement durable (DD)

Elle est venue de la rencontre entre le besoin de vue sur la Loire des nouveaux habitants des logements venus remplacer les installations industrielles et de l’analyse de la situation faite par les écologistes. Il fallait faire quelque chose. Le développement durable a permis de remettre tous ces éléments en cohérence. L’Europe a stimulé la prise de conscience de la richesse de ce patrimoine irremplaçable et d’autant plus fragile qu’on lui en a trop demandé, sans vraiment penser en terme de coût et de contre-partie pour le fleuve lui-même et pour la société. L’estuaire est alors sorti de son invisibilité.  

 

Le renforcement de l’identité                      

S’est alors posé la question de l’identité de ce territoire fragile. Toujours grâce à l’UE dans le cadre de l’Agenda 21, un plan ambitieux de connaissance était mis en place. Il a pu s’appuyer sur des travaux de qualité menés par des chercheurs et des institutionnels groupés dans GIP Estuaire qui ont apporté des certitudes sur la richesse de ce patrimoine et des remèdes à appliquer. De même que le développement durable est une démarche collective au niveau européen, de même l’organisme  est issu d’un groupement collectif de toutes les instances publiques concernées qui montrent ainsi leur capacité à travailler ensemble pour le bien de tous et celui de la Loire en particulier. Le troisième niveau de cette construction est fondé sur la démarche de la Région des Pays de Loire qui a mis en place une importante opération d’appropriation de l’Estuaire par ses citoyens grâce à l’opération des Assises 2008 qui se poursuit depuis lors.

 

De l’identité à l’image et vice et versa

Parallèlement, alors que les rapports au fleuve se modifiaient du fait de la prise de conscience de ce trésor en terme de patrimoine naturel et de paysage, l’image de l’estuaire de la Loire a changé. Cette évolution douce a été  accompagnée et renforc2e par la volonté de Jean Blaise, grand concepteur d’art et d’évènements culturels éphémères toujours en lien avec des lieux, des territoires et ceux qui y vivent, y travaillent et y passent. C’est lui par exemple le maître à bord du Lieu Unique installé au siège de LU, la grande entreprise de biscuits nantaise. C’est aussi lui qui a crée les Nuits blanches à Paris, qui se déclinent maintenant dans bon nombre de capitales dans le monde. C’est aussi lui qui met en scène la biennale « Estuaire 2007-2009-2011 Nantes Saint-Nazaire » qui vient de connaître sa seconde édition cet été. 

 

L’image

Elle est s’appuie sur un territoire suffisamment vaste et inconnu pour attirer les curieux toujours en demande de nouveauté limitée dans le temps. Il faut être de ceux qui étaient là. Ici, c’est l’Estuaire d’ailleurs, plus que la Loire d’ailleurs qui traîne une image un peu trop exploitée de châteaux de conte de fées. Ce seront les bâtiments industriels surtout qui donneront à cette découverte en forme de ré-appropriation d’un territoire par ses habitants une forme d’hommage détourné. Voir autrement ce qui était, grâce à la magie de l’art, concevoir autrement, s’amuser ensemble avec d’autres, tels sont quelque uns des objectifs de Jean Blaise, qui sait concevoir et mettre en scène des évènements culturels innovants qui s’offrent aux passants, curieux de nouveaux regards sur leur environnement spatial pour un temps limité. Pour résumer la démarche de Jean Blaise, de son équipe et des artistes qui jouent avec eux, on pourrait dire qu’au cœur de la démarche, il y a

 

1. un concept fort artistique innovant et décalé ; ici voir, sentir, appréhender, découvrir, se réapproprier … l’estuaire autrement,

2. en faisant appel à des artistes venus d’ailleurs et d’ici  avec une grande mixité culturelle,  

3. dans un espace territorial défini, l’estuaire étant l’acteur de sa propre création,

4. pour un temps défini, ici l’été avec un rendez-vous tous les deux ans, 2007-2009-2011,

5. offert aux habitants qui sont les découvreurs-inventeurs-co-créateurs de cette scénographie culturelle-naturelle,

6. dans une démarche de mouvement ; il faut se déplacer pour aller sur site,

7. et ce faisant, tracer un nouveau maillage du territoire, appelé presque naturellement à devenir pérenne, comme par exemple la Villa Cheminée, œuvre de l’artiste japonais Tadzu Nishi qui est à louer 85 EUR la nuit.    

 

Pour suivre le chemin

. Pour le GIP, voir http://www.loire-estuaire.org/

. Pour la région Pays de Loire, voirhttp://www.territoires.paysdelaloire.fr/territoires/2009/fevrier/detail-article/nb/1518/n/assises-regionales-et-agenda-21-la-democratie-citoyenne-a-lhonneur/

http://www.paysdelaloire.fr/fileadmin/PDL/DEPT/Developpement_durable_Assises_08_BD.pdf qui vous donnent les chiffres clés des assises 2008 : 4 500 participants, 38 conseils de développement mobilisés, 18 débats (de novembre à janvier), 17 instances de concertation labellisées, 4 panels constitués de 60 citoyens dont un consacré au développement économique de l’estuaire en lien avec ‘l’équilibre naturel’ de l’estuaire, 20 000 visiteurs sur le site Internet des Assises, 5 000 réponses au questionnaire publié dans le magazine des Pays de la Loire.

. Pour la Villa Cheminée à louer, http://www.dolcerama.fr/article.php?id_article=1085

. Photos EP à partir du livret de l’événement, avec mes remerciements.  
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 12:09

 

Le choc résulte de la rencontre virtuelle entre des situations qui apparemment n’ont rien à voir entre elles. La confrontation se passe simultanément à Paris, Anvers, Bruxelles, à Rennes... Deux villes françaises et deux belges. En fait c’est beaucoup plus compliqué que cela puisqu’il s’agit de création d’art et de communication publicitaire. 
 

L’enchevêtrement des poutres


Le premier cliché montre une charpente qui a été choisie par l’Université de Liège et la Cité de l’architecture et du patrimoine pour annoncer une grande exposition européenne sur les charpentes du XI au XIXé siècle en Europe, sous le titre « Les Toits de l’Europe ». Il se dégage du cliché une force impressionnante de cette ossature puissante. Les couleurs des bois s’harmonisent dans une palette très riche capable de faire contre-poids à la hauteur et à la portée de la charpente. C’est un hommage à la capacité de l’homme d’édifier des bâtiments qui donnent confiance à ceux qu’ils abritent.  
        


L’agressivité des barres


C’est Chris Burden, un artiste américain,  qui donne le ton de la grande violence avec sa composition de structures métalliques fichées en terre qui agressent le ciel au Musée de plein air de Middelheim en Belgique. Ces 30 poutrelles concentrées en faisceau à partir d’un cercle encadrée de petites butées représentent un monde en devenir, bloqué dans le béton, avec un ciel ouvert et déchiré par l’abrupt des éléments. Cette composition représente une certaine vision de la violence du monde. Il faut dire que son créateur est aussi un peu ‘trash’, n’hésitant pas pour montrer l’implication de l’artiste dans son œuvre à se faire tirer dessus au bras gauche par balle de pistolet.  
 



Les structures pleines en acier

 O u le désordre de l’ordre.

Je reprends l’appellation choisie par Bernard Venet, un des artistes français les plus connus aux Etats-Unis, pour désigner son travail. J’ai ajouté ‘de l’ordre’ pour qualifier son travail de composition à base de structures pleines en acier de très grandes dimensions. Comme des barres lourdes posées au sol qu'on ne voit vraiment qu'avec de la hauteur.   

Ces assemblages posés au sol portent des noms, ‘Arcs’, ‘Effondrements’, ‘Performance-La Ligne droite-Sa trace’, ‘Saturations’. On a pu les voir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le Bozar cet été.  La photo donne l’impression d’un grand calme et de la maîtrise d’un monde de pureté, sans limite, avec un homme de dos qui part vers la source de ces volumes élancés individualisés et liés, vers l’origine du monde. 
  



Les câbles


Ce sont ceux qui conduisent les nouvelles techniques de l’information indispensables au développement de notre société. C’est la publicité conçue par Publicis retenue par la
Technopole Rennes Atalante
pour attirer de nouveaux investisseurs sur son pôle de compétitivité dédié aux Images et Réseaux . Cette fois-ci la présentation de ce faisceau s’ouvre vers nous, vers l’avenir, en nous présentant le nom des grandes entreprises déjà présentes sur le site.       

 

Le bois réchauffe et protège; la poutrelle plate avec des cornières agresse; la barre courbe d'acier en faisceau intrigue et le cable a besoin de mots pour fonctionner. L'oeil est levé au ciel pour la charpente, se place en diagonale vers le haut pour le bouquet de poutrelles plates, se pose à terre pour les barres courbes et ne voit rien pour les cables enterrés.
Pour suivre le chemin

. Poutres de Bois 

- aucune indication de lieu n’est donnée sur la fiche ou sur le site de la Cité de Chaillot. http://www.citechaillot.fr/

 

. Barres métalliques

- Chris Burden est un créateur iconoclaste détonnant, voir des éléments de sa biographie dans

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chris_Burden

- Sur l’exposition qui regroupe huit pays européens et un grand nombre d’instituts scientifiques, des infos sur

http://www.middelheimmuseum.be/smartsite.dws?ch=MAF&id=3000959&rec=8024316&vergroot=1 

 

. Structures pleines en acier

- Bernard Venet

- Le palais des Beaux Arts de Bruxelles, www.bozar.be/home.php?lng=fr

 

. Câbles

www.rennes-atalante.fr

. Sur le sujet, voir aussi un billet sur ce blog sur les poteaux de ville, qui décorent le ciel de nos rues, sous le titre Levez les yeux au ciel et cherchez les poteaux  classé en développement durable.  
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /Sep /2009 12:03

C’est, disons-le d’emblée, un peintre très peu connu en France. Ce peintre expressionniste flamand l’est évidemment plus en Belgique où il a toujours vécu, sans vouloir d’ailleurs voyager ou voir les autres. Son parcours est étonnant. D’abord très inséré dans la vie culturelle et politique, il décide à 30 ans de se consacrer à la peinture, celle de l’attente. Et c’est peut être cette attente, cette quasi-évanescence, qui marque aussi sa notoriété. Il est à ce point si peu visible, que Wikipedia cite sous ce même nom un homonyme musicien.


Ses territoires de recherche 

Jef van Hoof ne s’égarait pas à peindre le joli ou l’anecdotique. Très schématiquement, on peut distinguer chez lui trois espaces,

. la campagne, où le paysage tient une grande place avec un tronc d’ arbre modelé par le vent, un cheval de trait qui tire la lourde terre flamande,

. l’eau ensuite, celle des fleuves comme l’Escault l’hiver quand la lumière jaune vert mouillée efface les distances et les frontières entre terre et eau,

. le bistrot habité par des vieux, figés dans une solitude aussi épaisse qu’un tronc d’arbre mort, face à un verre vide. Ces bistrots sont les derniers endroits de vie .


Les esquisses 

Si l’attente était au cœur même de sa démarche de vie, c’était une attente active pendant laquelle il réfléchissait et travaillait beaucoup. Il préparait aussi beaucoup ces peintures en gestation. Jef van Hoof habitait ce temps en exécutant des dessins au fusain avec beaucoup de détermination et de rapidité, sans hésitation. Sa recherche est celle du trait juste de l’esquisse ou du croquis d’un homme à la fenêtre, d’un lourd percheron qui laboure dans la plénitude de sa fonction ou d’un chat si présent chez les peintres flamands.

 
L'attente du déclic 

Les choix de Jef van Hoof le conduisent à atteindre la plus grande minimalité ou des personnages sans quasiment de décor tout comme ses peintures d’eau sans navire ni mouvement. Ce sont les pigments de la couleur, la recherche de la lumière et le moment qui le guident, sans objet précis au départ. Il commence, avance et attend que ce qu’il a fait prenne vie et se sépare de lui. Ces toiles, à l’état de devenir, restaient ainsi pendant des années parfois en attente du déclic de l’avancée. Comme cet homme au café devant son verre, la bouteille et la cruche, avec un cheval sur le mur ou cette bouteille noire haute et droite dont l’équilibre tient en la présence sur les murs d’une esquisse d’un cavalier à la lance.

 

La polyvalence
Enfant, cet homme si discret avait commencé par le dessin. Comme beaucoup de personnes
très douées, il mit du temps à trouver sa voie. Il fit d’abord des études de médecine, puis des études d’histoire de l’art et d’archéologie. Il en sort licencié en philosophie et lettres de l’Université et caricaturiste déjà reconnu par la presse. Il devient alors réalisateur pour la télévision belge en théâtre, arts plastiques et musique. C’est alors qu’à 30 ans qu’il décide d'arrêter et de se consacrer entièrement à la peinture pour ne pas se perdre.

 

Pour suivre le chemin

. Edouard Roditi, Jef van Hoof, Les Editions d’Art Associés, 1989.

. Outre ses dessins de jeunesse ou les esquisses qui sont remarquables de force et ses peintures que je qualifierai de ‘flamandes hivernales’, l’auteur de cet ouvrage montre aussi la troisième dimension du travail du peintre. C’est la dernière partie de l’oeuvre  dont je choisis de ne pas parler. Ces toiles sont des peintures du soleil, quasiment provençales, qui ne me parlent pas du tout, du tout.
. Merci à Oxfam, la librairie de livres d'occasion qui sont vendus au profit des missions de l'association, Chaussée d'Ixelles, près de la Place Flagey, en remontant côté droit. Ce sont les bénévoles qui sont de permanence qui m'ont fait connaître cet artiste. Ils ont été choqués que je ne le connaisse pas! Et oui, nobody is perfect.      
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /Août /2009 10:01

   

 

 

 

En fait ils sont tellement nombreux à Bruxelles actuellement qu’on se demande si on les voit bien tous. Ils sont sur les murs d’abord, ceux du Musée Magritte au Musée des Beaux-Arts, Place Royale, ceux de la maison Magritte là où il a vécu 24 ans avec sa femme, Georgette,  rencontrée quand il avait 15 ans et retrouvée plus tard à Bruxelles, et les autres que vous allez découvrir au cours d’une ballade express.     

 

Sur les murs du musée, on trouve plus de 250 œuvres et archives de Magritte, des dessins, des croquis sur le vif, des peintures, des gouaches, des photographies, des sculptures, des objets,  mais aussi des bouteilles de vin de Bordeaux peintes en 1945, des affiches et autres objets publicitaires. Cette grande exposition, organisée par Michel Draguet, directeur des MbBAB* et sponsorisée en grande partie par GDF Suez/Belgique, est ouverte depuis le 2 mai. Avant, l’Hôtel Altenloh, dédié à l’exposition, rénové pour l’occasion  par la Régie des Bâtiments, a été recouvert pendant plusieurs mois d’une bâche géante peinte à la manière de Magritte pour annoncer l’événement.

 

Actuellement, ce sont aussi des dessins emblématiques du peintre qui vous interpellent aux fenêtres latérales du Musée en descendant vers la ville. On voit aussi sur les brochures

 

A l’intérieur du musée, ce sont des citations extraites des écrits de Magritte-écrivain cette fois-ci qui s’adressent à vous. Voici quelques-unes avec le numéro donné par les organisateurs dans le petit livret offert à l’entrée:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1898-1929, 3ème étage                         

3.2. Je déteste mon passé et celui des autres. Je déteste la résignation, la patience,  l’héroisme professionnel et tous les beaux sentiments obligatoires. Je déteste aussi les arts décoratifs, le folklore, la publicité… J’aime l’humour subversif…Je souhaite l’amour vivant, l’impossible et le chimérique. Je redoute de connaître mes limites.

3.3. Le progrès est une idée saugrenue.

3.4. L’art dit non figuratif n’a pas plus de sens que l’école non enseignante, que la cuisine non-alimentaire, etc.

 

1930-1950, 2ème étage

2.9. Je peins l’au-delà, mort ou vivant. L’au-delà de mes idées par des images. 

2.11. Il ne faut pas craindre la lumière du soleil sous prétexte qu’elle n’a presque toujours servi qu’à éclairer un monde misérable.

2.13. L’idée de progrès est liée à la croyance que nous nous rapprochons du bien absolu, ce qui permet à beaucoup de mal actuel de se manifester. 

                                                                             Et comme une piqûre de rappel,  pour être bien sûr que vous n’allez pas oublier ce grand créateur qui a changé notre façon de voir, la locomotive qui vous ramène à Paris est, elle aussi  bleue ciel, revêtue des couleurs et des mouettes de Magritte. Il n’y manque même pas leurs cris, qu’on entend bien  dans la gare, en attendant le départ du train.

 

   

Pour suivre le chemin
. * MbBAB = Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

.muséemagrittemuseum, 3 rue de la Régence, 1 Place royale, 1000 Bruxelles

00 32 (0)2 508 32 11, www.musee-magritte-museum.be

.Fondation Magritte, à découvrir sur www.magritte.be
. www.gdfsuez.com/fr/actualites/communiques-de-presse/

qui vous montre l’importance des moyens mis en œuvre pour organiser cet événement culturel réalisé en moins d’un an par GDF-Suez (6,5 millions d’euros + 200 collaborateurs engagés dans l’opération) en relation avec les Musées royaux de Belgique des Beaux-Arts de Belgique, la Régie des Bâtiments et la Police scientifique fédérale de Belgique dans le cadre d’un ‘mécénat de compétences’ inédit en Belgique, sans oublier bien sûr la Fondation Magritte.  C’est la plus grande collection de Magritte au monde.                                                       

. Petite info à l’intention de Judith Benhamou-Huet, journaliste aux Echos, qui s’est plainte du bruit lors de sa visite de l’expo dans son article du 03.08.2009 : il n’y avait pas du tout de bruit malgré la foule présente au maximum autorisé par la réglementation. 

. Le suivi de ce maximum se fait à l’unité près. C’est la raison pour laquelle, je vous conseille de prendre votre ticket avant par Internet, en choisissant les heures creuses. Il n’y en a qu’une seule : c’est 13heures ! Si non, vous risquez d’attendre deux fois, une fois pour acheter votre ticket et une seconde en attendant votre tour de pouvoir entrer. 

 

. Il est étonnant de voir combien les idées mises en images par Magrittre, un homme qui détestait la publicité et qui pourtant à ses débuts a beaucoup travaillé pour la publicité, ont été et sont tous les jours reprises par les créateurs publicitaires. Regardez la dernière campagne de pub du Club Med !

. Ne pas oublier non plus de voir aussi la maison ou vécut Magritte qui s'appelle aussi le Magritte museum
http://www.magrittemuseum.be/

. Photos EP à partir de documents 'ouverts' puisqu'il est évidemment interdit de prendre des photos dans les musées:
n° 1, bâche GDFSuez/Belgique en annonce de l'ouverture
n° 2, peinture M dans le site de la Maison de M, voir adresse ci dessous
n° 3 et 4, reproductions exposées à la vue des passants devant l'Hôtel en descendant
n° 5, belle dame de M - je ne connais pas son titre- choisie par les Musées royaux des Beaux Arts pour vanter "un été passionant' dans leur brochure
n° 6, 'La Grande guerre', painture choisie par Judith Benhamou pour illustrer son article parue dans Les Echos du 3.8.2009
n° 7, locomotive en partance vers la France
n° 8, un des fameux oiseaux choisis par les Musées royaux
n° 9, troisième oeuvre  à la troisième fenêtre de l'Hôtel pour nous montrer le Maître en son univers, avec la clé, l'oiseau, la pipe et le verre à vin.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 17:37

L’atelier

Il est à ce point fait pour Michel Hénocq qu’on se dit qu’il ne saurait y avoir de hasard. Dans la Doutre, un quartier ancien d’Angers, son atelier est situé dans une petite rue, qui se finit en escalier, comme à Montmartre, entre un cloître bordé de très hauts murs d’un côté, et des petites maisons avec quelques ateliers, transformés en garage de l’autre.  Sauf un, c’est le seul à avoir une double porte peinte en un orange profond. C’est là, quelques marches à descendre dans l’atelier, vous vous sentez bien, vous êtes dans l’antre du tigre. L’amusant est que cet atelier était avant celui d’un peintre sur meuble et que cette petite rue du Tambourin débouche sur la Rue Lionnaise, avec un i comme lion, qui était une voie importante au Moyen-Age pour entrer dans la ville close.

 

Le tigre

« En ce moment, c’est un tigre de cirque qui occupe une partie de mon atelier. Je l’ai rencontré sur une affiche ; je l’ai croqué en dessin, puis transcrit sur une toile, en commençant d’ailleurs ma toile par lui dans le coin supérieur gauche. C’est dire son importance. C’est un tigre avec une gueule de tigre, du genre qui en aurait beaucoup vu, à aller de ville en ville, à voir des gens qui disent « Oh, c’est un tigre, ben oui, c’est moi le tigre », un peu fatigué, solide quand même, qui garde suffisamment de confiance pour continuer  avec la volonté de se tenir droit ».

 
Les images

« Si on peut dire que je chasse, c’est uniquement pour les images que je capture, j’emmagasine et j’enfouis au plus profond de moi, sans y être pour quelque chose. Ou plutôt je m’en nourris pour pouvoir traduire en images ce que je sens et veux exprimer dans mes peintures. Mes rêves, la nuit, recréent des villes, des maisons en bois, que je sais n’avoir jamais vues et qui sont pourtant là, si précises. Je m’émerveille de ce que mon esprit peut créer. Ma peinture est un peu ça, mais avec une volonté de contrôler ce que je fais, contrairement aux rêves et aux surréalistes ».     

 
L’influence des Surréalistes

« Bien sûr, j’ai été impressionné par les Surréalistes, en particulier Georges Limbour, mon professeur de philosophie, écrivain et critique d’art , qui faisait ses cours sans note. Un grand bonhomme, qui avait mis sa bibliothèque à la disposition de nous, ses élèves : Sartre et Camus mais également Dostoïevski, Jarry surtout. Je  suis toujours sensible à leur vision du monde mais je repousse leur refus du contrôle. Je trouve les images que je  cherche pour exprimer ce que je sens ; c’est ma façon d’alimenter ‘le hasard’. Quand j’ai une tache sur un tableau, si j’y vois quelque chose, je ne l’enlève pas, je m’en sers et je ne cherche pas à savoir pourquoi ».


Les paysages, l’érotisme, la répétition

« Mais pourquoi, je fais comme ça, à la limite ça ne m’intéresse pas beaucoup. Je laisse ça aux autres.  Les paysages par exemple m’ennuient. Ansi les Impressionnistes ne m’émeuvent pas  mais après avoir vu Goya, ses peintures noires et ses majas, je suis sorti bouleversé du Prado, mais pas seulement Goya, Jérôme Bosch, Breughel, Zurbaran. Je reviens de Madrid, quel choc ! Les Expressionnistes allemands me parlent aussi intimement, Otto Dix, George Grosz, Karl Hubbuch, surtout pour leur côté critique sociale. 


Hésitant entre l’écriture et la peinture, je me suis mis, sous l’influence de Hans Belmer (et de Georges Bataille qu’il avait illustré) à dessiner des scènes érotiques sur de grandes feuilles de papier blanc et à l’encre de Chine. C’était un travail plein de risque car la main ne doit pas trembler, aucun  retour en arrière n’étant possible. Très vite aussi, la préoccupation première, l’enjeu pimenté de l’érotisme, s’est effacé devant la technique ; le poil pubien devint une question de quelques traits à aligner. Cela devenait lassant. Ce fut pour moi une façon de comprendre que je ne voulais pas être lié par ce que j’avais déjà fait, ce que je savais faire. La répétition est un piège qui détruit petit à petit la sincérité du message ».

 
La gourmandise

C’est alors que sont apparus sans me prévenir les
«Ogres », images ironiques de la gourmandise, de la voracité, de la volupté. De gros hommes un peu bêtes (bestiaux ?)  qui dévorent de petites femmes, des matrones obèses qui bouffent des pâtisseries dégoulinantes de crème. Puis, comme ce fut souvent le cas avec ma peinture, la rencontre avec un écrivain la fit évoluer. Cette fois ce fut Elias Canetti, un Autrichien, d’origine juive de la diaspora espagnole, qui parlait 15 langues, et son roman Autodafé.  Quelque temps plus tard, ce fut le tour de Bohumil Hrabal ».


Les grosses dames, la jouissance et le petit homme

« Elles ont fait et font encore parfois partie de ma vie ; elles sont au cœur de ma diaspora à moi. A côté d’elles, il y a des petits hommes, comme dans l’histoire racontée par Canetti, celle d’une une grosse dame qui engloutit littéralement son professeur de patron, toujours accompagnée d’un petit homme maquereau enfantin du nom de Fischerle, (petit poisson). Ces personnages débordant de vie, formaient des couples, dansaient, s’agitaient sur la toile. Cette période a été très féconde pour moi. Il y avait un véritable boom sur l’art. Les gens achetaient 3-4 tableaux d’un coup. La libération sexuelle était là , la vie facile aussi. Cela a été une explosion de liberté, juste avant le boom pétrolier de 1991. J’étais jeune. J’étais à Paris. Tout était permis. Tout ceci n’est pas innocent ».


L’inquiétude, le questionnement

« Puis progressivement, sournoisement, des grimaces, des grincements ont commencé à apparaître dans la société. Il y avait trop d’avidité de mauvais aloi. Je le sentais d’autant plus que j’avais une position en retrait. Ma peinture n’est pas une critique, pas davantage une caricature ; je cherche plutôt par l’intermédiaire d’ images à exprimer  ce que j’éprouve tout en me réservant le droit à un humour parfois grinçant.. J’ai commencé à instiller ces vibrations, ces doutes, ces questionnements au travers de mes peintures. Je voyais la société courir de plus en plus vite, la situation devenir difficile, la guerre en Yougoslavie a été une première alerte, une guerre religieuse, ethnique en Europe, là où nous allions en vacances, l’épuration ethniques, les massacres de population, les charniers ; elle annonçait les prémisses de la 3è guerre mondiale. La suite, avec l’Afghanistan,  l’Irak, les attentats un peu partout, m’a fortement ébranlé. Je ne juge pas, je me pose des questions auxquelles je n’ai pas de réponse. Je réagis. Je m’interroge. Quoi, chacune des trois religions monothéistes professe la paix et fait la guerre au nom de Dieu ? Comme au temps des Croisades. Et George Bush, avec ça, ça a été le comble du comble ».


Les hommes en noir

« Ils ont commencé à peupler mes toiles, bien avant l’an 2000. Ils annoncent l’Apocalypse, la chasse à l’homme, l’asservissement de la femme, les Twin Towers. Les villes sont noires, les hommes aussi, des corbeaux noirs volent dans le ciel, des voitures noires bloquent les routes pour partir en week-end quoi qu’il arrive. Que disent ces hommes ? Que veut cette société ? Comment peut-on renouer avec la violence extrême de la guerre, en partant en exode en fin de semaine, chacun dans sa voiture, au sein d’une nature, qui reste verte pour qu’on puisse encore y aller en voiture, avec des gens qui continuent à manger, toujours encore plus, alors que le monde croule autour d’eux ? C’est ainsi qu’aujourd’hui (2009), après bien des détours, des coups de pinceaux à droite, à gauche, des histoires pas toujours claires, des fables sans morale, je suis arrivé aux ‘Pique-Nique à Gaza’, et même un  ‘Pique Nique à Hiroshima’ ».

 
La Bête, la violence urbaine et les décombres

« Dans ma peinture, il n’y a pas de suppression, une image ne chasse pas l’autre, au contraire elle en entraîne une autre, et ainsi de suite, mais certaines deviennent dominantes à un moment et repoussent les autres dans un coin, dans le fond de ma mémoire ou peut être derrière. Début 2008, j’ai exécuté par exemple une série de dix peintures que j’ai appelée ‘Conversations avec la Bête’. 10 toiles pour être sûr de ne pas me répéter sur le thème du principe mâle et femelle, la Bête et l’Ange. C’est un rappel de mes visions érotiques du début,  une évolution et une rupture en même temps. 

De même, les hommes en noir ne m’ont pas quitté. J’ai enchaîné avec les ‘Violences urbaines’, les incendies de voitures, les attentats, les carcasses calcinées de voitures qui s’empilent; les décombres, les ruines sont pour moi actuellement une extraordinaire source d’inspiration pour exprimer mes colères devant l’incohérence du monde. Et tout naturellement les mères éplorées des kamikazes deviennent des mater dolorosa, des piétas. J’ai beaucoup travaillé sur ces thèmes notamment en réalisant des dessins au fusain noir sur des feuilles blanches (format 65x50), répétant de nombreuses fois le même sujet pour trouver le rythme, affermir les liens des corps, donner plus de la force à l’expression de la violence ».           

 

Le choc de la photo face au poids de la peinture,

« Actuellement tout le monde sait tout sur tout. Les images disent tout jusqu’à la saturation et l’indifférence. On voit des gens mourir à l’écran. C’est comme au cinéma. Plus rien n’a d’importance. Je ne suis pas tragique en disant cela. J’énonce un fait. Je suis aussi un homme de mon temps. Comment oser encore faire une peinture figurative, une peinture narrative ? Mes tableaux entrent en concurrence avec les photos. Je sais aussi que jamais je ne pourrai reproduire la vigueur expressive de l’avion se fracassant contre une des Twin Towers avec le cri de cette femme, témoin du drame « Oh my God !» ou de cet enfant palestinien frappé à mort sur nos écrans de télévision par la balle d’un sniper israélien. Quel artiste est de taille à rivaliser ? Il ne reste plus qu’à pulvériser l’image (faire de la peinture dite abstraite, de l’art conceptuel – qu’est-ce que c’est que ça !) ou trouver d’autres images. Pour ma part, je cherche à retourner aux sources des hantises, des interdits, de l’inconscient collectif par l’intermédiaire d’allégories obsessionnelles. Non sans délectation. »   


Le Monde de Michel Hénocq

Sur les toiles de Michel Hénocq, depuis plus de trente cinq ans, défilent dans le désordre, des ogres grotesques, des dames bouffies, des hommes à tête de chien, de porc, de taureau, d’âne, des évêques, des oies, des petits garçons à culottes courtes (l’artiste ?). Les hommes en noir sont toujours là, dénonçant l’incohérence du monde, mais aussi des sorcières se préparant pour le sabbat, des jongleurs, des femmes chargées de lourds fardeaux, des femmes voilées, des femmes ligotées (assujetties, persécutées ?), des rappeurs de banlieue jetant des cocktails Molotov, des mères douloureuses pleurant la mort de leur fils, des soldats harnachés, des familles du dimanche, des arbres ressemblant à des démons, des voitures pareilles à des dragons. Ici c’est une femme qui porte du bois, là des fuyards portant des moulins à café sur leur dos ou des pendules, souvent apparaît le diable (qui est en nous) sous de nombreuses formes (mais n’a-t-il pas de nombreux avatars ?) ; les animaux aussi ont leur importance : bestialité ou masques de carnaval ? C’est avec ces personnages récurrents qu’il raconte ses histoires. Des fables sans morales, a dit de ces peintures un critique. Il y a ici du Jérôme Bosch (en toute modestie, ajoute-t-il, flatté tout de même du parallèle) qui donne à sa peinture une dimension métaphysique.


La couleur, les dimensions

Après une palette chatoyante mélangeant allégrement les couleurs chaudes et les couleurs froides, à partir de l’an 2000 (tournant voulu dans sa peinture), alors que les sujets devenaient moins allégoriques et plus soutenus par un discours que l’on pourrait qualifier d’engagé ( ‘Les hommes en noirs’ , ‘Les violences urbaines’, ‘Osez la guerre’…) , les gammes de couleurs se sont réduites : des harmonies de gris, du noir et rouge, des bruns et des ocres, afin de se tenir plus près du sujet. Parfois les couleurs reprennent de l’intensité (couleurs primaires : rouge, bleu, jaune) pour exprimer l’ardeur des violences dans les banlieues, montrées comme une fête foraine.

 

Les formats sont constants : carrés de 120x120, grands rectangles de 120x89, 100x80. Il aimerait peindre plus grand, mais les toiles ne tiendraient pas dans le coffre de la voiture. Il rêve aussi de grandes fresques ; qu’on lui confie le mur d’une église ou le plafond d’un théâtre. Il peint également de petites œuvres précieuses sur bois qui rappellent ses premières peintures. A côté, il pratique le dessin au fusain ou au crayon noir dont il aime la rigueur et la clarté. Il peint essentiellement à l’huile et n’utilise qu’exceptionnellement l’acrylique pour des œuvres sur papier.  

Les titres

Les titres ont une grande importance. En quelques mots, ils soulignent, intensifient et parfois pervertissent le sens de la peinture. Parfois, ils sont à prendre au premier degré comme ‘La Mère Tourière’ qui serre deux bébés sur son ventre, la série des Barbaries (tirée de l’Apocalypse : ‘Il est tombé du ciel une grande étoile ardente’),  même s’ils relèvent de la provocation comme ‘Osez la guerre’ ( une série de plusieurs toiles). Parfois une sorte de mystère renforce le sens de ce qu’il veut dire, comme un clin d’oeil de sa part à l’intention du spectateur. Ainsi ‘La pierre qui pense n’a pas d’état d’âme’,  La voleuse poursuivie par le vent’. Plus rarement une œuvre fait référence à un événement, ainsi ‘La vierge de Bhopal’ (2000). Qui se souvient aujourd’hui de Bhopal, la plus grande catastrophe chimique de notre courte histoire contemporaine ? Ou bien encore la série réalisée après avoir vu un opéra contemporain dont le sujet était les amours tragiques d’Héloïse et Abélard, sur un texte poétique de Bernard Noël et dont les titres sont tirés du livret.  

Aujourd’hui, demain

« Ma vie, c’est de créer des images qui étonnent, perturbent, interrogent, font rêver, excitent l’imaginaire de celui qui accepte de se livrer à elles. Depuis ces dernières années, je sais très clairement ce que je veux dire et ce que ma toile veut dire. Mes peintures sont des messages que j’envoie à ceux qui prendront le temps de les déchiffrer. Elles sont un peu comme le tigre des dernières œuvres, il faut savoir les apprivoiser. Mes peintures sont tout sauf décoratives, elles ne sont pas faites pour être accrochées sur un mur entre une assiette de faïence de Quimper et une broderie miao rapportée du dernier voyage en Chine. Non ! Elle réclame l’attention. Il faut les regarder, les regarder, les regarder encore afin qu’elle vous livre ses secrets. Et là vous en aurez pour longtemps ! J’ai tellement de choses à dire. Et ce n’est pas fini ! »  

Pour suivre le chemin

. Michel Hénocq a un site sur lequel le peintre exprime ses colères, avec des commentaires percutants :

www.michel-henocq.fr/ -

 

. Voir aussi certaines expositions récentes, la première à Chatillon et la seconde dans l’Ouest à Saffré

www.ville-chatillon.fr/.../archive_henocq.htm

www.hang-art.fr/...04/Fiche_Henocq.html


. Ce second billet consacré à Michel Hénocq est une oeuvre mixte, comme on le dit en peinture. J'ai conçu un texte à partir de mes 10 pages de notes saisies au cours de l'entretien, puis  Michel  Hénocq a retravaillé le texte en l'enrichissant et je le publie en tant que texte commun.   

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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