En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 17:07

Un homme engagé

Théophile Alexandre Steinlen, dit Steinlen, a été un peintre pleinement engagé dans son époque (1859-1923). Né à Lausanne, il est venu à 23 ans à Paris, alors considérée comme une des capitales de l’art, et s’installe à Montmartre où il a vite fait d’abandonner sa vision bourgeoise de la vie en société et du monde de l’art. Il est né dans une famille originaire d’Allemagne qui comptait un grand-père enseignant en dessin à Vevey et un oncle qui fut l’élève de Charles Gleyre.

 

Sa vie d’artiste, au service de ses idées humanistes et politiques

D’abord étudiant en théologie pendant 2 ans à la Faculté de Lausanne, il choisit en 1879 le chemin de l’art, d’une façon déjà iconoclaste. Pour entrer en art, qui va former son engagement de vie, il se forme au dessin d’ornement industriel à Mulhouse, dans l’Alsace allemande, un haut lieu de l’industrie lourde.  2 ans plus tard, cette fois-ci marié, il rejoint à Montmartre la bande du Chat noir, le célèbre cabaret dirigé par Rodolphe Salis.

 

A Montmartre

C’est pour promouvoir ‘La Tournée du Chat noir’, que Steinlen réalise la plus célèbre de ses affiches, une lithographie en deux couleurs, rouge et noire, éditée en 1896 sur papier brun. Affichiste, un métier très contemporain, à la rencontre entre création d’art, publicité et promotion commerciale, sera une des facettes d’un homme qui toute sa vie dira ce qu’il pense, de la satire politique, la critique sociale, d’un monde dur aux miséreux, comme le dit une chanson d’Edit Piaf. A Montmartre, il travailla en particulier avec Toulouse-Lautrec.

 

Le graphisme, le dessin, le pastel

Il fut aussi illustrateur du Mirliton, la revue d’Aristide Bruant qui repris et modifia le nom du Chat noir. Il réalisa une centaine de dessins. Pour le Gi Blas Illustré, il fit plus de 700 dessins pour illustrer des textes d’écrivains. Toujours en alerte, il a dans sa poche un carnet sur lequel il prend quelques notes, sa mémoire visuel faisant le reste. De retour chez lui, il crée des croquis de rue. Par exemple il fait paraître en 1901 ‘Cent dessins en couleurs’, encre de chine et crayons de couleur, un véritable travail d’ethnographe, selon le critique Alcide Bonneau, mais un chercheur plein de tendresse pour ces travailleurs, avec toujours un regard un peu décalé, un grand sens de la composition et du mouvement.

 

La vie, la rue, les chats, les chiens

Il sait aussi intuitivement trouver des titres qui sont des trouvailles. Le  recueil de croquis s’appelle par exemple ‘Dans la vie’, par une ellipse où ce qu’il voit dans la rue est ce qu’il perçoit de la vie. En 1901, c’était un choix politique fort. Tout lui fait dessin, comme on dit ‘tout lui fait ventre’. Il dessine des livres pour enfants, se voit en chat ronronnant enveloppé en lui-même. Son monogramme s’inspire d’un graphisme au chat, mâtiné d’influence orientale. Comme un certain nombre d’artistes, il est fasciné par le chat, qui regarde, guette et griffe. Mais c’est surtout le chien qui, dans la rue, représente le petit peuple qui discute après le turbin, avant de revenir à la maison. Dans ‘Les Quatre Pattes’, ce sont eux les véritables héros. Ils sont neuf dans le froid de la nuit à montrer la solitude de la nuit l’hiver. 

 

« Il faut agir.

Le monde ne va pas ainsi qu’il devrait aller… »

Alors  Steinlen va à l’important. Il collabore avec ‘Le Chambard socialiste’ un hebdo socialo-anarchiste. Il s’engage politiquement et sur le plan artistique. Sa première exposition personnelle (1894) comprend plus de 300 œuvres à la Galerie de la Bodinière à Paris.  La citation de Steinlen  date de 1898, l’année du « J’accuse de Zola » en première page de l’Aurore (300 000 exemplaires de vendu).

 

La France, la Suède et Picasso

Il obtient la nationalité française en 1901 et fait cette année là, son seul grand voyage à l’étranger. Quant à Picasso, c’est lui qui vient à sa rencontre lors de sa première venue à Paris. Les choses s’accélèrent. Le monde de l’art explose ; chaque année voit un nouveau chef d’œuvre, de nouvelles tendances, de nouveaux noms surgir : Les demoiselles d’Avignon 1907, Le Cubisme1908, Ière aquarelle abstraite Kandinky 1910, Malevitch 1913 avec le Carré noir sur fond blanc, Roue de bicyclette, un ready-made de Marcel Duchamp … 

 

1914, c’est la guerre

Steinlen affiche ouvertement sa haine de la guerre. Son profond pacifisme se traduit en centaine de dessins montrant la réalité de ce charnier qui fit 10 millions de morts et causa des souffrances sans nom dans la population civile. En 1916, comme le peintre est trop âgé pour s’engager, il part au front et va voir la troupe épuisée, la réalité de mort, de faim, de froid dans les tranchées. Montrer pour dénoncer ce massacre. Il fit des milliers de dessins qui parurent dans la presse. 

 

1923

Steinlen meurt  d’une crise cardiaque.

 

Pour suivre le chemin

. J’ai eu la chance de découvrir, par hasard, l’exposition « Steinlen, l’oeil de la rue », au Musée d’Ixelles (Bruxelles). Cette très importante exposition qui montre des pièces rares, a été organisée conjointement avec le Musée cantonal de Lausanne (Suisse) et l’Atelier et les archives Steinlen. Une découverte majeure pour moi. 

. Voir
- Infos Ixelles n° 78, 01/05 > 31/05/09,
 

- la plaquette de l’Expo n° 4 d’où sont extraites les principales informations,

- aussi Wikipedia, qui citent d’autres sources
- et surtout lisez l'Assiette au Beurre du 14.07.1901 dont tous les dessins ont été réalisés par l'artiste sur
http://www.assietteaubeurre.org/14juill/14juill_f1.htm
      

               

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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 11:12

L’atelier

Il est à ce point fait pour Michel Hénocq qu’on se dit qu’il ne peut y avoir de hasard. Dans un quartier ancien d’Angers, La Doutre, son atelier est situé dans une petite rue, qui se finit en escalier, comme à Montmartre, entre un cloître bordé de très hauts murs d’un côté, et des petites maisons avec quelques ateliers, transformés en garage de l’autre.  Sauf un, c’est le seul à avoir une double porte peinte en un rouge profond. Quelques marches à descendre dans l’atelier et vous êtes dans l’antre du tigre. L’amusant est que cet atelier était avant celui d’un peintre sur meuble et que cette petite rue du Tambourin débouche sur la Rue Lionnaise, avec un i comme lion, qui était une voie importante au Moyen-Age pour sortir et entrer dans la ville.

 
Le tigre

En ce moment, c’est un tigre de cirque qui occupe une partie de son atelier. Michel Hénocq l’a rencontré sur une affiche, l’a croqué en dessin, puis transcrit sur une toile, en commençant d’ailleurs sa toile par lui dans le coin supérieur gauche. C’est dire son importance. C’est un tigre avec une gueule de tigre, du genre qui en aurait beaucoup vu, à aller de ville en ville, à voir des gens qui disent ‘Oh, c’est un tigre, ben oui, c’est moi le tigre’, un peu las, solide quand même, qui garde suffisamment de confiance pour continuer sa route,  avec la volonté de se tenir droit, fidèles à ses émotions.

 

« Ceux qui découvrent ma peinture peuvent en être étonnés, choqués même de ce qu’elle ne cadre pas avec la représentation que l’on a de l’art contemporain. Mais je ne vis pas en dehors de mon époque » Michel Hénocq

 

Les images

Si on peut dire que Michel Hénocq chasse, c’est uniquement pour les images qu’il capture, emmagasine et enfouit au plus profond de lui, sans y être pour quelque chose. Ou plutôt sa sensibilité s’en nourrit pour pouvoir traduire en images ce qu’il sent et veut exprimer dans ses peintures. Ses rêves, la nuit, recréent des villes, des maisons en bois, qu’il  sait n’avoir jamais vues et qui sont pourtant là, si précises, si présentes. Il s’émerveille de ce que son esprit peut créer. Sa peinture ressemble un peu à ça, mais avec une volonté de contrôler ce qu’il fait, contrairement aux rêves et aux surréalistes.  

L’influence des Surréalistes

Bien sûr, Michel Hénocq a été impressionné par les Surréalistes, en particulier Georges Limbour, philosophe et poète, qui faisait ses cours sans note. Un grand bonhomme, qui avait mis sa bibliothèque à la disposition de ses étudiants. Il est toujours sensible à leur vision du monde  mais repousse leur refus du contrôle. Sa recherche d’images est sa façon d’alimenter ce hasard contrôlé. Quand il voit une tâche sur un tableau, il y voit quelque chose, ne l’enlève pas, s’en sert et ne cherche pas à savoir pourquoi.

 

Les paysages, l’érotisme, la répétition

Mais pourquoi, faire comme ça, à la limite ça ne l’intéresse pas beaucoup. Il laisse cela aux autres.  Les paysages par exemple l’ennuient. Les Impressionnistes ne l’émeuvent pas  mais voir Goya et ses peintures noires au Prado le bouleverse pendant plusieurs jours. Les Expressionnistes allemands l’intéressent aussi, en particulier Hans Bellmer et sa vision de l’érotisme qui l’ont inspiré. 

 

Dessiner le corps a été une belle aventure. Mais très vite aussi, la préoccupation première s’efface devant la technique, le poil pubien devient une question de trait à aligner. Cela devient lassant. Cela a été une façon de comprendre qu’il ne veut pas être lié par ce qu’il a déjà fait. La répétition est un piège qui détruit petit à petit la sincérité du message.


La gourmandise

Michel Hénocq a poursuivi son chemin dans la peinture par une certaine idée de la gourmandise. C’est un visage boursouflé, gonflé à la limite du craquement, composé à la façon d’un Arcimboldo, mais sans fruits, ni fleurs, ni poissons, uniquement avec des volumes en rondeur de couleur chair. Ses objectifs, exprimer la volupté, la sensualité réinterprétée au niveau érotique de façon à sortir de ce  thème en dessinant une vision très particulière de la gourmandise à l’encre de chine. A ce moment là de sa vie, un écrivain a été très important. C’est Elias Canetti, un juif de la diaspora espagnole, qui parlait 15 langues. Il était un homme inclassable, qui avait une culture encyclopédique ; il a vécu dans toute l’Europe. C’est lui qui a ouvert au peintre la porte des grosses dames.

 

Les grosses dames, la jouissance et le petit homme

Elles ont fait et font encore partie de la vie du peintre; elles sont au cœur de sa diaspora. A côté d’elles, il y a des petits hommes, comme dans l’histoire racontée par Canetti, une grosse dame  - du genre mangeuse d’homme -  suivi d’un petit homme appelé Fischerle (le petit poisson en allemand). Cette période a été très féconde pour le peintre. Il y avait un véritable boom sur l’art. Les gens achetaient trois-quatre tableaux d’un coup. C’était l’époque de la libération sexuelle, avec une explosion de jouissance, juste avant le boom pétrolier de 1991. Le peintre était jeune, il vivait à Paris. Tout était permis. 

 
L’inquiétude, le questionnement

Des grimaces, des grincements ont commencé à apparaître dans la société. Il y avait trop d’avidité de mauvais aloi. Michel Hénocq le sentait d’autant plus qu’il avait une position en retrait. Il a commencé à instiller ces vibrations, ces doutes en images. Il voyait la société courir de plus en plus vite. Il a d’ailleurs peint une toile où l’on voit courir des hommes dans le ravin et continuer à courir en tombant le long de la paroi. La situation devenait difficile, la guerre commençait en Yougoslavie, une guerre religieuse, ethnique en Europe, des charniers, qui annonçaient les prémisses de la 3è guerre mondiale. La suite, avec l’Irak, l’Iran, l’a fortement ébranlé.


Les hommes en noir

Ils ont commencé à peupler ses toiles, bien avant l’an 2000. Ils annoncent l’apocalypse, les Twin Towers ou les émeutes urbaines. Les villes sont noires, les hommes aussi, des corbeaux volent dans le ciel, des voitures noircies par le feu gisent dans les villes. Que disent ces hommes ? Que veut cette société ? Comment peut-on renouer volontairement avec la guerre, partir volontairement en exode en fin de semaine, chacun dans sa voiture, au sein d’une nature, qui reste verte pour qu’on puisse encore y aller en voiture, avec des gens qui continuent à manger, toujours encore plus, alors que le monde croule autour d’eux ? C’est  à ces moments là que le peintre a réalisé Pique Nique à Hiroshima par exemple. 

 

«  En tant qu’artiste, je ne puis me contenter de faire de l’art pour l’art, une peinture qui se situerait hors du temps. Mais ni voyeur, ni témoin, ni moraliste, je tente par une figuration singulière, d’exprimer mes jubilations et mes colères, face aux désordres du monde présent »  Michel Hénocq

 

La Bête, la violence urbaine et les décombres

Chez Michel Hénocq, une image ne chasse pas l’autre. Certaines deviennent dominantes à un moment et repoussent les autres dans un coin, dans un fond ou peut être derrière. Les grosses dames reviennent sous forme de prostituées dont les seins sont aussi pointus que la pointe des obus. Elles ont des regards durs, comme des maquerelles usées. A côté d’elles, des hommes au regard vide.

 

De nouveaux acteurs viennent occuper les toiles. Le peintre vient de terminer par exemple une série de dix peintures ‘Conversations avec la Bête’. 10 pour être sûr de ne pas se répéter sur le thème du principe mâle et femelle, la Bête et l’Ange, dont on ne sait pas qui est qui. C’est une suite de ses visions érotiques du début. Une évolution et une rupture en même temps.  Les hommes en noir sont présents maintenant dans les violences urbaines et la série sur les voitures. Les carcasses de voitures, les décombres d’une façon générale sont une mine à utiliser pour Michel Hénocq qui les traduit dans les violences urbaines. Ce sont des dessins au fusain noir sur de grandes planches,  pour trouver le rythme puissant, l’imbrication des  corps entre eux, la force de cette violence en connexion qui couvre quasiment toute la surface des planches.                  

 

Le choc de la photo, le poids de la peinture

Actuellement tout le monde sait tout sur tout. On voit des gens mourir à l’écran. C’est comme au cinéma. Plus rien n’a d’importance. Ce n’est pas être tragique en disant cela. C’est un fait. Michel Hénocq est aussi un homme de son temps. Ses tableaux entrent en concurrence avec les photos. Jamais, affirme-t-il, il ne sera possible de reproduire la violence de l’avion qui s’est fracassé sur une des Twin Towers avec cette interpellation « Oh my God » ou ce sniper israélien qui vise un enfant palestinien qui se lève, attend qu’il se soit dressé et le tue.     

 
Sa diaspora

Ces hommes en noir sont toujours là, avec lui.  Ce sont chez le peintre des personnages récurrents, comme le petit enfant boursouflé, une femme bossue qui porte du bois, des femmes liées (avec des cordes ou autres liens), le diable avec son sexe turgescent… Les animaux aussi ont leur importance, qui permettent au peintre de dire sa colère. Comme il le dit lui-même, il y a chez lui un côté Jérôme Bosch qui donne à sa peinture une dimension religieuse. C’est vrai que le peintre a commencé par faire des études de philo puis de droit. Parallèlement à son métier engagé dans la société, il a toujours dessiné les ambiguïtés de la nature humaine,  dans des décors à la fois ultra-réalistes, allégoriques et dénonciateurs, du mal,  de la guerre et de la violence. Pendant des années, ses œuvres ont été exposées chez Catherine Moisan à  la  Galerie satirique.


La couleur, les dimensions

Le noir est très présent. Toutes les toiles sont précédées par de nombreuses esquisses en noir. Des noirs qu’il obtient avec l’encre de chine, l’encre, le fusain, le crayon, le charbon…C’est pourtant la couleur qui l’attire. Pour ‘Un beau dimanche d’automne’, c’est l’orange qui apporte l’éclaircie. Montrer la violence urbaine sans couleur serait un non-sens.  Imaginez par exemple ‘Sacrifice urbain’ (2006) sans les couleurs chaudes (l’orange, le rouge, le jaune) et froides (le vert, le bleu…). Comment serait-il possible montrer le feu la nuit, la voiture qui brûle, la chair blême dans cette violence chromatique? 

 

« Je retourne ainsi tout naturellement aux sources des hantises, des interdits, de l’inconscient collectif par l’intermédiaire d’allégories obsessionnelles. Non sans délectation ! »   Michel Hénocq  

   

Michel Hénocq fait le choix d’utilise des grands formats parce qu’il a beaucoup à dire, fortement et en même temps. Ne montrer qu’un des aspects d’un sujet n’a pas beaucoup de sens pour lui. Son format type est le 1m x 1, le plus souvent avec une multitude de sujets, hommes, femmes, enfants et bêtes, peu d’objet, à part la voiture et l’immeuble. Mais ‘Conversations avec la bête’ (2006)  montre deux personnages. Il est rare qu’il n’y ait qu’une seule personne. Même ‘La sauterelle’, une femme tonique au grand nez et à la fesse ronde n‘est pas seule ; elle chevauche un puissant sanglier (2002). Une étude récente montre pour la première fois chez lui deux fillettes longilignes serrées l’une contre l’autre, sans volonté de les enlever leur aspect de brindilles solitaires. C’est une rupture avec ce que faisait le peintre jusqu’alors.   


Les titres des toiles

Les titres ont toujours une grande importance, surtout chez un lettré comme Michel Hénocq. En quelques mots, ils expriment le sens de ses peintures. Parfois, ils sont à prendre au premier degré comme dans La Mère Tourière’ qui serre deux bébés maigrelets sur son ventre noir rebondi ; parfois ils relèvent de la provocation pure comme ‘Osez la guerre’ ou annonce un  mystère qui renforce le sens du titre, comme un clin d’oeil de sa part à son intention. Dans cette catégorie, sont à ranger ‘Les barbaries, le héron du Nil’ ou ‘La pierre qui pense n’a pas d’état d’âme’.

 

Aujourd’hui, demain

La vie de Michel Hénocq est de montrer sa colère en images, avec beaucoup de réflexions préalables pour transformer ces images en allégorie. Depuis ces dernières années, il sait très clairement ce qu’il veut dire et ce que ses toiles veulent dire. Ce sont des messages adressés à ceux qui pourront les déchiffrer. Il se plait à imaginer des dialogues entre eux et ceux qui les verront sur leur mur pendant 30 ou 40 ans. Ses oeuvres ont tellement de choses à dire. L’important, à ce stade de la vie de Michel Hénocq  n’est plus là d’être classé dans une école, un style ou d’être rattaché à une galerie, c’est d’être encore plus pleinement lui. Il sait ce qu’il veut dire et le dit.

 

« A-t-on peur de l’image et de ce qu’elle peut dire ou veut dire, comme on a peur de la mort au point de la cacher ? Ou bien n’a-t-on plus d’imaginaire ? » Michel Hénocq

 

Pour suivre le chemin

. Michel Hénocq a un site sur lequel il exprime ses colères : 

www.michel-henocq.fr/ -

. Ce texte fait suite a une interview que j’ai réalisée le 9 juin 2009 dans l’atelier du peintre, rue du Tambourin à Angers.  Les photos que j’ai prises à ce moment l’ont été dans un tempo très serré, tout en notant les propos du peintre. Elles témoignent de la réalité d’un instant. En un mot, elles ne sont pas l'oeuvre d'un professionel. Pour voir l’œuvre de Michel Hénocq, il convient de se référer à des photos extraites de son site ou de ses expositions.

. Les citations sont extraites de la plaquette donnée par le peintre pour expliquer sa démarche.     

. Voir aussi certaines expositions récentes, la première à Châtillon et la seconde dans l’Ouest à Saffré

www.ville-chatillon.fr/.../archive_henocq.htm

www.hang-art.fr/...04/Fiche_Henocq.html
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 20:02

Charles Joguet est peintre depuis si longtemps et maintenant si pleinement que les vins qui portent son nom ne lui font plus d’ombre. Pendant longtemps, il a mis son identité de peintre en parenthèses, pour laisser s’exprimer celle de créateur de vin, d’un certain type de vins, les meilleurs. Depuis qu’il s’est mis en retrait du monde de la création de vin, lui, le vigneron des vins de Loire, connu dans le monde entier, a retrouvé et magnifié sa faculté à créer dans le domaine de la peinture et de la sculpture.

 

Charles est un créateur. Il avance en traçant sa route, qui ne ressemble à nulle autre. Il peut maintenant consacrer toute son énergie à ce qu’il veut profondément : peindre. Il s’exprime par l’huile, l’encre, l’aquarelle, l’acrylique, le collage...C’est une aventure qui a débuté par des cours de 1948 à 1956. Cette année là, il a exposé pour la première fois au Salon des Surindépendants. Après les Surindépendants pendant plusieurs années, il ne va pas cesser d’exposer à Paris en particulier au Salon des Réalités nouvelles, à Tours, à Poitiers, à Angers…mais aussi à New York et à Pietrasanta  en Italie. En plus de la peinture, Charles a conçu et réalisé des décors pour le cinéma et la télévision. Dans le domaine de la sculpture, il a travaillé le marbre à Carrare et le bronze. Il a toujours sur sa table de travail un ou deux bronzes, pour le plaisir des yeux et de la main. 

 

Sa prochaine exposition à l’Hôtel de Ville de Tours en témoigne. Elle va durer un mois (20 mai au 20 juin) chaque après-midi du lundi au samedi de 14 h à 18h. Vous y verrez des grands formats d’huile sur bois, un support que le peintre aime bien du fait de sa capacité à porter ses  élans maîtrisés et en même temps libres d’une grande force. C’est personnellement, ce qui me touche chez cet artiste, sa capacité à faire jaillir la puissance de la couleur et du geste, sa volonté de se colleter à l’espace, avec confiance, en se projetant  dans la toile, le bois devrais-je dire, qui est son support préféré.

 

La toile, que Charles a choisie pour son livret présenté par Alain Irlandes, le Commissaire de l’exposition,  a pour titre ‘Le Roc difficile’ (huile sur bois, 103x86cm). De cet ocre mordoré, sur fond noir, jaillit, à grands coups d’aplat, le cœur d’un volcan  qui porte les teintes de la vie, du blanc, du noir, du brun, du vert, avec un peu de bleu et  de jaune. 

 

En page trois, à l’intérieur, une acrylique sur bois ‘Idée de Pli blanc’ (75x44cm) montre  une autre facette du peintre, sa capacité à dire beaucoup avec peu : un blanc très fort, avec des débords de peinture qui forment des saillies, dessous un nuage rouge et encore dessous, un grand nuage rose très léger. Le rouge est une couleur que le peintre apprécie tout particulièrement. L’alliance avec le blanc et les débords du couteau de vitrier qui donnent le mouvement en biais évoque l’énergie maîtrisée.

 

La troisième œuvre, dont  je choisis de vous parler, est cette fois-ci une huile sur toile de 130x195cm. Son nom ‘Mûre Réflexion’. Elle interpelle tant par ses dimensions que par ses tonalités. Sur un fond gris, qui ressort sur un fond crème, se détachent des sphères ovales en mouvement à grands traits. Jamais pleines, elles bougent, se remplissent, se vident, apparaissent, disparaissent, reviennent, repartent dans des tonalités de brun roux qui rencontrent parfois du noir et du vert, en laissant une fenêtre blanche. C’est apaisant, mystérieux et plein. On a envie d’aller dedans.

 

C’est l’aventure que je vous souhaite en allant à la rencontre des peintures de Charles Joguet. Les Tourangeaux avaient déjà pu apprécier sa précédente exposition à Saint-Cyr-sur-Loire en 2007.

 

Pour suivre le chemin

.Inauguration de l’exposition, en présence évidemment de l’artiste, le samedi 23 mai prochain à 11h, sous la présidence de

-        Jean Germain, Maire de Tours, Président de la Communauté d’Agglomération Tour(s)plus, Ier Vive-Président de la Région Centre,

-        Alain Dayan, Adjoint délégué en charge notamment du Commerce. 

 

. Voyez d’autres œuvres de Charles sur son site

http://www.charlesjoguet-peintre.com/spip.php?article6

 

. Sur ce blog, lisez le précédent billet que j’ai consacré à Charles Joguet, sous le titre

‘Le monde selon Charles Joguet, peintre, sculpteur, Sazilly, France’

www.elisabethpoulain.com/article-11886861.html -

 

. Lisez la très bonne interview de Charles Joguet sur sa vie de vigneron parue dans Glougueule, avec des dessins de Michel Tolmer qui est co-acteur du site, dans la version d’avant-parution dans la Revue des Vins de France :

http://www.glougueule.fr/2008/12/charles-joguet-%e2%80%9cdes-mauvais-vins-il-ny-en-a-plus-mais-des-grands-vins-ca-cest-autre-chose%e2%80%a6%e2%80%9d/comment-page-1/#comment-1237

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Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 15:19

 

C'est certainement une des plus célèbres aquarelles du monde. Elle était déjà diffusée en impression couleur à la fin du XIXè siècle en Suède et tirée à 40 000 exemplaires en Ier tirage en Allemagne en 1909. Il est vrai que la notoriété de ce peintre suédois, Carl Larsson, a grandement participé à l’explosion de la vie et de l’amour de la nature qui eut lieu en Europe du Nord à cette époque de rupture et de renouveau.  

Le cadre

La France  elle aussi, connaissait une appétence forte pour de nouvelles façons d’être et de vivre proche de la nature, loin d’un décorum qui nous coupe des autres. Elle savait accueillir des artistes venus d’ailleurs en quête de douceur de vivre et de renouveau, incarné en particulier par les impressionnistes, avec à leur tête, Jean-Baptiste Corot, un homme du XIXè siècle (1796-1875) et un peintre d’une contemporanéité encore actuellement bouleversante.

 

La Normandie et la Région parisienne avaient la préférence d’une partie des peintres nordiques. Parmi eux, Carl Larsson qui s’installa à Paris en 1877, puis quatre ans après à Grez-sur-Loing, un village où se trouvait une colonie d’artistes suédois. C’est là qu’il se consacra essentiellement à l’aquarelle qui le fit connaître. C’est là aussi qu’il fit connaissance de Karin Bergöö, une artiste suédoise, peintre comme lui. Ils tombèrent amoureux, se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

 

La Suède

L’histoire pourrait en rester là ; ce serait sans compter sans les bonnes fées qui peuplent les contes pour enfants suédois. Les fées et le père de Karin leur firent don d’un chalet en bois, Lilla Hyttnas, à Sundborn. La famille et la maison furent dés lors les principaux thèmes de travail pour Carl, qui réalisa de très nombreuses aquarelles sur leurs enfants, la maison et le jardin. Quant à Karin, elle cessa de peindre pour devenir designer, architecte, créatrice de meubles, tisserande, brodeuse, couturière, au point de devenir un grand nom en matière d’art textile et de design. Carl et Karin se sont rencontrés au moment où la puritaine Suède avait soif de soleil et de plaisir de vivre. Ils ont su, chacun à sa façon et ensemble, être un reflet charmant et valorisant des valeurs suédoises de sérieux et d’amour de la famille et de la nature. L’art de vivre suédois existe, voyez Carl et Karin.  

 

Le petit déjeuner sous le bouleau 

Que voit-on ? Une scène intimiste qui sent bon le début de l’été. C’est tout juste si on n’entend pas les abeilles butiner les fleurs. Mais il n’y a pas de fleurs. Le jardin a des allures de prairie. La maison en bois peint en rouge , qui se situe à gauche, possède une bordure plantée de feuillages qui retombent doucement. C’est la seule trace de la volonté de jardiner. Dans le fond gauche, une échelle permet d’accéder au grenier. En avant-plan gauche, on voit un gros tronc d’arbre, le fameux bouleau.

 

Dans le fond à droite, une clôture de planches verticales  en bois sépare la maison de celle d’à côté. Elle est importante pour montrer que le cadre de ce petit déjeuner n’a rien d’une scène idéalisée. Le peintre d’ailleurs souvent travaillait ses aquarelles d’après photos, d’où l’extraordinaire sensation de vérité, de vie et de fraîcheur. Cette proximité, déjà conférée par l’aquarelle, est renforcée par la sensibilité toute en finesse du peintre.

 

Devant, au premier plan au sol, court une herbe jaune vert pâle qui n’a jamais porté le nom de pelouse. Ce serait plutôt celle d’un pré déjà jauni par le soleil. Le travail du peintre est rapide ; on sent que l’important est ailleurs.

 

La tablée   

L’important est justement cette tablée. La table elle-même est inclinée vers la droite. Personne n’a  pris le temps de trouver un endroit bien plat. Des bancs de bois grisé figurent de part et d’autre  de la table. Notre regard accroche quatre enfants  vus de dos, deux garçons dont l’un à une fourchette à la bouche et deux petites filles plus jeunes ; seule la plus jeune se tourne vers nous, avec une cuillère à la main droite et une fourchette à la main gauche. On voit son assiette. Elle a un bonnet rouge, du même rouge que la robe rouge de sa sœur à coté d’elle. Elle nous regarde, interrogative, avec des yeux ronds d’enfant.

 

A côté de cette petite fille, présidant la table, une belle dame avec robe longue, manches gigot, parures  contrastés sur le corsage et capelle d’été qui étonne dans une telle simplicité rustique. Assise sur une chaise, on ne voit que son profil. A sa droite, à la place d’honneur, un gros chien assis sur le banc  surveille attentivement ce qui se passe sur la table. Au milieu, une jeune fille,  au chapeau de paille orné d’un nœud  noir, mange. A sa droite, une fillette rieuse à la capeline blanche plus jeune porte sa fourchette à la bouche. Elle est inclinée vers la gauche, comme sa petite sœur d’ailleurs, qui a d’ailleurs posé sa poupée sur ses genoux. Ce sont les seules qui aient une attitude animée et un corps souple, l’une souriante, l’autre interrogative. 

 

Le petit déjeuner

Il est présent par la nappe blanche posée en diagonale sur la table, un grand pichet gris à couvercle  (en étain ?), l’assiette de la plus jeune enfant, trois fourchettes, la cuillère de la petite et le regard attentif du gros chien bien élevé qui surveille attentivement ce qui se passe sur la table. Des fois qu’il y aurait quelque chose pour lui… On ne voit nul verre ou tasse, ni surtout aucun aliment ou plat. On découvre alors dans l’herbe au pied de l’arbre deux bouteilles, comme si le bouleau n’avait pour fonction dans cette scène champêtre que de protéger la tablée du soleil et de bercer des bouteilles, dont on voit l’étiquette rouge de la bouteille ventrue, l’autre étant une bouteille droite. Elles se touchent par le col. 

 

Les cinq mystères

Et c’est à ce moment là que se posent plusieurs questions :

-  Pourquoi des bouteilles (de bière, de liqueur ou de vin ?) jetées dans l’herbe ?

-  Pourquoi une chaise vide un peu éloignée de la table, en face de la dame ?

-  Qu’y a t’il de gravé sur l’arbre ?  

-  Qui a pris ce petit déjeuner ?

-  Pourquoi ce coq ?

-  Pourquoi un bouleau ?

 

Les bouteilles

La seule explication que je trouve au mystère des bouteilles jetées à terre au petit déjeuner est le signe que c’est au pied de l’arbre que se déguste une ou deux bonnes bouteilles, peut être la veille. Franchement, c’est bizarre. Cela détonne dans une telle recherche de simplicité ‘naturelle’ dont seule est gardée la dimension aimable renforcée par un tel codage vestimentaire de la part des participants :

-  le noir, le gris et le blanc pour la femme et la jeune fille, 

-  le bleu foncé pour le pantalon des garçons, leur chemise rayée bleue et blanc, leur casquette, foncée pour le plus grand, bicolore pour le plus jeune,

-  le rouge-brun rayé pour la petite, le rouge pour la fillette, le rose rayé blanc pour la jeune fille,

- le goût pour les rayures bleues et blanches des tabliers que tous portent (voir aussi les chaussettes), à l’exception de la dame qui en porte un aussi, mais blanc,

            - toutes les têtes sont couvertes, à l’exception de celle du chien de la famille.

 

La chaise vide

C’est celle de celui qui s’est levé pour prendre la photo du petit déjeuner. Quand vous savez que Carl peignait souvent d’après photo, vous vous doutez que c’est lui qui est assis face à sa femme, Karin, à l’autre bout. On se demande si c’est lui qui a bu du vin. 

 

Les entailles sur l’arbre

Le dernier mystère n’en est pas un. Il suffit de lire ce qui est gravé sur l’écorce. On y voit un K et un C, avec une date 1894. Cette année là, leur 6ème enfant, Mats, est mort à 2 mois. Le tableau date de 1896. A cette date là, Karin venait de mettre au monde son 7ème enfant. Leur aînée, Suzanne, au prénom français en souvenir de la rencontre de leurs parents en France,  avait alors 14 ans, Ulf 9 ans, Pontus 8 ans, Lisbeth 5 ans, Brita 3 ans, et Kersti, le bébé de l’année, qui ne figure pas sur la photo.                

 

On peut alors savoir qui a participé au petit déjeuner. De gauche à droite, on aperçoit le dos de Pontus, celui d’Ulf, Lisbeth et Brita. Karin est assise à droite, puis de l’autre coté de la table, il y a le chien, une jeune fille qui vraisemblablement s’occupe des enfants. Elle est au centre de la nichée des ‘grands’. Brita reste près de sa mère. Enfin Suzanne la charmante et le papa au bout de la table.

 

Les entailles disent beaucoup. Elles ont vraisemblablement été dessinées par Karin, avec un K entrelacé d’un C, dont le bout du C a des allures de flèches. Au-dessus figurent deux cœurs percés  d’une flèche pointée vers la gauche. Si vous tracez une ligne entre l’extrémité de la flèche, la partie extérieure du C, le jambage du K et le 4 de 1894, vous arrivez aux deux bouteilles, l’une droite et l’autre ventrue inclinée vers la première. Comme un lien entre l’amour d’un homme, d’une femme, la vie, la mort. Remarquez que la date ne figure que sous l’initiale de Karin.        

 

Le coq

Ce n’est certainement pas par désir de mettre un peu de jaune à un endroit vide du fait de l’absence de

Carl assis sur la chaise ou pour faire de l’humour comme pour le chien. Ce coq signe le retour du soleil, qui chasse les sombres humeurs de la nuit. Il est symbole du jour qui renaît. Dans la symbolique grecque et germanique, il accompagne celui qui vient de partir dans l’autre monde. Il est aussi le gardien de la vie dans les pays nordiques.

 

On comprend que cette scène familiale est aussi un hommage à ce petit garçon, Mats, qui aurait eu deux ans cet été là et qui aurait grandi au coté de Kersti, le nouveau petit frère. C’est aussi une déclaration d’amour à celle qui donne la vie à leurs enfants, les élève et travaille avec lui. 

 

Le bouleau

Ce n’est pas seulement parce que le bouleau est très fréquent en Suède. Le bouleau est résistant et s’adapte à tout. Carl aurait pu certainement trouver un autre arbre dans son jardin.. En pays nordiques, cet arbre est aussi bien associé au soleil, comme le coq, mais aussi à la lune. Avec cette double essence, masculine et féminine, il est le transmetteur de l’unité qui lie l’homme au ciel et au cosmos.

 

Pour suivre le chemin

. La maison est certainement la résidence d’artiste la plus visitée au monde. Elle est toujours restée dans la famille. On peut la visiter. Les informations que j’ai utilisées viennent en grande partie du site consacrée à Carl Larsson, Karin Larsson et Lilla Hyttnäs. Le site est géré par l’Association de la famille de Carl et Karin Larsson :       http://www.clg.se/enstart.aspx

. Voir aussi   http://fr.wikipedia.org/wiki/Carl_Larsson   et fr.wikipedia.org/wiki/Grez-sur-Loing 

. Photos en provenance du site 

. Toute l'interprétation en dernière partie est purement personnelle.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 12:05

Cette photo est si troublante, que je l’ai mise en fond d’écran et à chaque fois que j’ouvre et que je ferme l’ordi, elle me saute aux yeux.  

 

Camion vers Fargo, Red River     

   

Le camion, c’est la vitesse et la puissance, deux emblèmes de notre société qui déifie encore l’automobile. Là, il s’agit d’un attelage qui doit bien faire dans les 25 mètres de long avec la remorque.
L’eau est toujours figurée sous l’aspect d’un liquide fluide transparent en mouvement
.

La glace est blanche, d’un blanc d’autant plus glacé qu’il joue en contraste avec le noir. La glace est une matière troublante, elle peut être si solide qu’elle supporte l’hiver le passage des chars, si fine qu’on si noie lorsqu’elle se rompt.

 

- Au départ, j’ai surtout vu les couleurs, des gris, des noirs et des blancs, avec une seule note de couleur, du bleu tendre, sur le toit du tracteur du camion.

 

- Ensuite j’ai reconstitué les espaces ; il y en a trois différents, avec à gauche des grandes dalles de glace, à gauche de la glace plus fine et des dalles plus éclatées et au milieu de l’eau libre au dessus de la route.

 

- J’ai remarqué alors le mouvement provoqué par l’avancée du camion dans l’eau, marquée par des lignes qui partent du camion en s’éloignant en oblique, comme la pointe d’une flèche, en créant des ondes irrégulières. Plus il y a de glace figée à droite du camion, moins il y a de vagues et vice et versa.

 

- Arrivent alors les fractures causées par le passage du camion et qui structurent les morceaux de glace. Les lignes de fractures sont placées dans le sens des ondes qui partent du camion et se sous-divisent ensuite en éclats de moindre envergure.

 

- On remarque alors que le camion roule sur la partie droite de la route ; on discerne très bien les deux lignes blanches qui marquent les bords de la chaussée et la ligne en pointillé au milieu. Il doit y avoir très peu d’eau au moment de la prise de la photo. Ces lignes fines  structurent toute la composition ; elles sont si essentielles qu’elles s’imposent au camion qui pourtant au départ est l’élément dominant.

 

Camion vers Fargo, Red River

  

- C’est alors qu’on se met à penser que ce camion seul n’a pu causer autant de fractures, à commencer par celles qui sont devant. Une hypothèse vient à l’esprit : il y a un autre ou d’autres camions devant qui voyagent en convoi ou qui sont passés avant, ce qui permettrait d’expliquer les ondes nombreuses devant le camion que nous voyons.

 

- Cette photo construite sur le mouvement légèrement en biais par rapport au camion situé au milieu de la photo a une telle force, qu’elle nous fait oublier de regarder le seul champ que voit le chauffeur. Nous avons vu tout le reste, le camion, l’eau noire, la glace blanche, les ondes de vitesse, les diverses formes des fractures sur les cotés, les lignes blanches. Le seul endroit dont je n’ai pas parlé jusqu’ici, c’est devant le camion. Que voit le chauffeur ?  La route bien sûr, en se guidant sur les lignes blanches …un autre camion ou l’inondation de la Red River le menant à Fargo ?  

 

Pour suivre le chemin

Photo de Eric HyldenAP/Sipa, figurant dans la sélection du Figaro, 24 heures photo

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/04/06/01006-20090406DIMWWW00503-24-heures-photo.php 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Art
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