Périodiquement les différences interculturelles se rappellent à notre souvenir. Nous ne pensons pas tous de la même façon. Il y a par exemple un mode de
raisonnement que nous pouvons appeler latin et un autre anglo-saxon, qui ont chacun leurs particularités.
Quand Napoléon décide de réformer la France, il raisonne en bon méditerranéen qu’il est. Il décide d’une façon très novatrice de dire ce qu’est le droit. Pour cela, il réunit les meilleurs
juristes de l’époque pour édicter les règles devant gouverner les citoyens : ce sera le Code Civil par exemple qui représente LE droit puis tous les autres codes qui vont le compléter. Pour
savoir ce que doit faire un citoyen, il suffit à celui-ci de se référer à la règle quasi-immuable qui s’impose à lui et le concerne. Si je devais visualiser la relation, je dirais que le citoyen
est en bas d’une flèche commençant par la Loi d’essence quasi-divine, puis le gouvernement qui gère l’application de la loi et la modifie avec
prudence et le citoyen.
Quand on est anglo-saxon, on raisonne autrement. On se base sur les faits, et non plus sur la règle, pour chercher à savoir ce qu’il en est et ce qu’il faut faire. Le citoyen par exemple peut
alors consulter les décisions de justice édictées par les juges qui vont à chaque fois définir ce qu’est le droit à ce moment précis en fonction des
circonstances précises. La justice vient de la précision apportée par les juges. Certes, ce sont des experts mandatés par la puissance publique, réunis en collège mais ce sont avant tout des
personnes qui ont à chaque fois la délicate tâche de dire ce qui est juste à ce moment là. La relation s’inscrit là dans une relation beaucoup plus égalitaire sans avoir besoin de relever la tête
vers une loi sacralisée et plus rigide.
Ce double lien à l’Etat et à la loi induise deux types de raisonnement. Le système latin est basé sur la déduction qui va du général vers le particulier, de la règle vers l’application ; le
système anglo-saxon est lui dit inductif. Il consiste à partir du particulier pour aller vers un général plus souple puisqu’il est la résultante d’un kaléidoscope. Le droit latin est l’œuvre
de juristes au service du pouvoir étatique, le second est issu de la décision de juges qui ont à résoudre une affaire de justice concernant un ou plusieurs citoyens. La relation envers le droit
et l’Etat sont différents.
Arrive alors un troisième critère, celui de la religion et des relations individuelles que chacun entretient avec Dieu. En pays latin, le pouvoir de l’Eglise catholique repose sur une double
essence, la nature divine de la loi religieuse et la nature étatique de cette église romaine qui s’impose naturellement aux habitants d’un pays catholique. En pays protestant, l’individu est seul
face à Dieu : c’est à lui de créer et renforcer cette relation. Il commence d’ailleurs par choisir son église. Il adopte vis à vis de celle-ci une attitude beaucoup plus égalitaire. Il en
attend moins parce qu’il s’engage plus en tant que personne.
Cette dichotomie a des conséquences intéressantes au niveau de la gouvernance d’entreprise. Dans les pays anglo-saxons, l’entreprise est toujours en recherche de la meilleure adaptation à la
mutation. Rien n’est garanti puisque rien n’est stable. La concurrence est naturelle puisqu’il s’agit de trouver la meilleure voie vers le succès qui est béni par Dieu : « God bless
America ». En pays latin traditionnel, l’entreprise aurait plus tendance à se tourner vers l’Etat dans l’attente que celui-ci rétablisse la situation permettant à la règle de
s’appliquer. D’où les démarches qui apparaissent incongrues aux yeux d’Anglo-Saxons attentifs de ce que nous faisons : décider de fixer les situations, demander au gouvernement de protéger
l’entreprise contre la concurrence étrangère, garantir une vie sans changement…Comme le dit l’économiste belge Bruno Colmant : les Européens choisissent les certitudes réglementaires et
l’uniformité tandis que les Anglo-Saxons postulent la flexibilité et l’optimisme.
Mais les choses changent et vite. Les entreprises françaises bougent beaucoup, les entreprises européennes aussi. La question de la nationalité des entreprises et de leur management est
d’ailleurs posée. On vient ainsi de ‘découvrir’ que les gens travaillent mieux quand ils parlent leur langue de naissance. Commencent à se dégager des situations qui sont des ‘ni-ni-ni’, ni latine, ni anglo-saxonne, ni… mais un ‘déjà et +’, déjà mondialisée et adaptées à la concurrence, sans que l’on sache exactement où nous
conduit ce pluralisme. En tout cas vers un ailleurs que nous ne connaissons pas, comme nous le montre l’exemple de la Chine qui a adopté la nouvelle attitude faite à la fois d’une
modernité pragmatique étonnante et d’un attachement très fort à ce qui est le paradigme de l’Empire du Milieu : œuvrer au développement de la Chine. Le lien qui unit le citoyen à son
gouvernement est plus centré sur la fierté d'être chinois que sur la demarche individuelle. Quant à la réglementation, elle est adoptée par les pouvoirs publics chinois dans sa
version américaine très réactive par rapport au marché, avec l'intention de l'appliquer d'abord aux co-entreprises occidentales implantées en Chine. Le droit contemporain est alors une
preuve de la modernité de la Chine. Cependant les pouvoirs publics partagent avec la France en particulier la vision d'un Etat centralisé. Les relations entre l'Etat, le droit et le citoyen
sont à voir dans cette optique novatrice par rapport à ce que nous connaissons.
Dans le domaine du vin, la situation est très variée au plan mondial. Dans l’UE, on y trouve une logique étatique et institutionnelle d’une part et une logique de marché d’autre part. Cette
fois-ci la frontière se situe à l’intérieur même de l’Europe, avec d’un coté une France toujours très latine très attachée à la réglementation des AOC, de l’autre ses deux voisines l’Italie et
l’Espagne qui ont intégré les deux démarches et les nouveaux Etats membres qui sont déjà aussi dans une logique de marché tout en essayant de se protéger grâce à la réglementation
européenne. Quant à la Chine, elle emprunte là aussi une voie nouvelle, reposant sur trois étapes: en 1, attirer il y a près de 30 ans les
investisseurs étrangers sur son sol pour produire du vin au ratio qualité/prix imbattable exportable dans le monde entier, en 2 apprendre le métier du vin et constituer un embryon de filière
et en 3, constituer un vignoble chinois aux mains des Chinois. C'est ce qui se passe maintenant. D'abord basé sur les marchés étrangers, cette phase est ciblée sur la
montée en qualité technique et réglementaire, afin de rassurer sur la démarche et de prouver la compétence. Exactement, comme les vignerons
français.
Pour suivre le chemin
- lire l’article sur la
différence économique anglo-saxonne de Bruno Colmant, président d’Euronext, professeur à HEC-BE, dans Trends-Tendances
16.08.2007,
- voir sur www.udi.hec.ulg.ac.be/cours/seminaires, le séminaire de Gabrielle Gérard sur le management interculturel
- et relire Geert Hofstede et Edward T.
Hall.
- La photo représente une salamandre qui, comme chacun sait, résiste au feu et se régénère à chaque fois. Cette oeuvre figure sur la façade de la Maison Gréber, au 63 rue de Calais à Beauvais
(Oise). Chales Gréber orna la maison en preuve de son savoir-faire. Sculpteur et céramiste, il était originaire du Tyrol autrichien et sut avec sa famille développer
la fabrique de céramique et assurer une production de qualité représentative de l'art de la céramique dans le Beauvaisis.
C’est une drôle d’idée que de
penser que la broderie est un art et non pas un moyen simple d’occuper les mains des dames pour éviter qu’elles se mettent à penser par exemple. Il fut un temps aussi où la broderie était une
obligation sociale. Avant de se marier, la jeune fille devait monter son trousseau et marquer le linge à ses initiales, comme preuve de son savoir-faire et de sa capacité à maîtriser le temps et
les choses de la maison.
Oui, je sais, je sais. Un billet
est beaucoup plus beau et attirant quand il se présente avec une belle photo ou un dessin ou « un je ne sais quoi qui fait la différence», un clin d’œil par exemple. Mais là,
il faut que je confesse mes limites, temporaires, je l’espère. Je ne suis pas une championne de l’art d’insérer des photos dans le blog. Il faut dire que mes difficultés commencent quand je dois
décharger mon appareil photo. J’avais trouvé un système un peu lent Et qui fonctionnait. Après un changement d’ordi décidé par ma fille France, - le tien est trop vieux-il va te lâcher-mieux
vaut anticiper-vrai- et me voilà un peu nigaude face à tant de technologie. Il faut que je me lance et après on verra.
Des chiffres, on en a plein la tête. On se définit de plus en plus par les chiffres. Certains se voient en chiffre. Pourquoi cette appétence ? A quel
besoin répondent-ils ? C’est ce que nous allons voir en partant d’exemples dans le domaine de la vie de l’entreprise, dans l’attachement de certaines cultures et dans le ressort de la
communication individuelle. Dans tous les cas, le chiffre est une langue commune.