En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Mardi 25 décembre 2007 2 25 /12 /Déc /2007 11:44
J’ai fait « Pour débuter », quand j’ai ouvert mon blog quelques heures avant 2007. Ca a été un de mes cadeaux de Noël. J’avais trouvé dans une enveloppe « Bon pour un blog quand j’arriverai à le faire ou plutôt quand j’aurais fait le mien .» Pour débuter est le titre que j’avais péniblement trouvé quand mon ami Over-Blog, Bloggy comme je l’appelle maintenant, m’avait dit sur le ton de la confidence :
-        tu sais, il faudrait que tu dises quelques mots de toi pour que les gens sachent qui tu es.
-        - D’accord, je comprends, c’est nécessaire quand on ouvre un blog. Si j’étais vigneronne, je n’aurais pas besoin de le dire. Les gens sauraient bien que je vais parler du vin.  
   
Vitiblog, Vitog, un copain de Bloggy, m’a classé dans le Vin et +. Ziki, un autre copain, ne classe pas. Tous deux ont raison. Le vin et tout ce qui tourne autour du vin constituent en effet un des fils conducteurs des billets que vous trouvez régulièrement. Mais il n’y a pas que le vin et la Loire.
 
Il y a nos façons de vivre, nos styles de vie et leurs rapports avec la culture. Avec ces thèmes très vagues, en fait, je peux tout aborder, des rapports femme/homme, parent/enfant, des relations aux autres et aux objets, des choix de vie et de la liberté, la petite entreprise face à la grande, la trituration de nos souvenirs, l’apprentissage et la mémoire, les rapports entre la culture transmise et apprise… Et je ne m’en prive pas.
 
C’est un vrai plaisir de prendre un sujet et de voir jusqu’où il me porte sans avoir trop de recherches à faire. Avec un titre souvent en tête, un thème, un mot ou une couleur ou « je ne sais quoi », je démarre et très vite, d’autres images, idées, viennent sous les doigts. J’écris, je laisse reposer un tout petit peu et j’élague. A la hache, la hachette ou au couteau fin, tout dépend.
 
En réalité, plus qu’un sujet précis, ce qui m’intéresse vraiment est de sortir d’un billet avec plus de questions après qu’avant. Je cherche les connexions, les nœuds de convergence, les routes qui s’ouvrent quand rien ou peu ne vous en fait l’annonce préalable. Comme si, le nez au raz de terre, en regardant près de mes pas, parfois je levais la tête pour découvrir avec étonnement que j’étais dans un endroit différent, nouveau, autre, imprévu. Tiens, je suis là, c’est bizarre et ça m’amuse.  
 
C’est ce que j’aime avec le vin. Vous ne savez jamais ce que vous allez découvrir simplement en parlant de vin avec les gens. La nourriture par exemple. Par hasard, actuellement, je suis les traces de l’anguille et du chou, toujours grâce au vin. Je vais en Chine et en Norvège, mentalement j’entends. La Chine parce que je m’y intéresse depuis 10 ans quand on parlait beaucoup du Grand Saut de l’An 2000 et que les importateurs chinois achetaient à qui mieux mieux pour avoir les stocks de vin qu’il fallait pour cet événement dont on attendait tellement. La Norvège grâce à une journaliste norvégienne Merete Anker spécialisée dans le vin et qui m’avait interviewée pour Le Vin aussi est affaire de femmes
 
Grâce au blog, l’écriture a un goût d’aventure. C’est un vrai plaisir que de ne pas savoir sur quoi on va écrire sachant que la liberté est grande. Et puis, il y a toujours cette idée que le mélange des genres est plus riche, plus enrichissant que la spécialisation pure qui m’effraie toujours un peu, comme si on était prisonnier d’un genre, d’un âge, d’un style, d’une nationalité, d’une façon de penser ou d’un domaine de compétences.
 
Mon jeu préféré, quand je me pose une question, est de montrer que nous ne sommes pas liés par une attitude mentale donnée. Nous changeons et c’est bien. A chaque question, il y a toujours 3 réponses, Oui, Non et Autre. Il suffit de changer de culture, de modifier un paramètre ou de se décaler légèrement pour sortir du système binaire dans lequel nous sommes enfermés. C’est curieux de voir comme cela aide et combien cela dérange. Autant l’un que l’autre.
 
Et vous ? Vous me surprenez toujours et c’est bien de là d’ailleurs que vient le goût d’aventure. Je ne sais jamais comment vous allez accueillir un billet et c’est bien ce qui me plaît. Des fois vous me faites rire, comme le jour où j’ai vu que le billet sur Conques est sorti parce que vous aviez tapé sur Google Marketing Moyen Age. Parfois vous êtes précurseur quand vous recherchez des étiquettes de vin en dentelle. Je me demande aussi pourquoi le pavé de biche sauce Rossini provoque autant d’engouement. Je reçois aussi des remerciements et des précisions.
 
Vous voudriez aussi plus de photos ; moi aussi, ça tombe bien. Je vais essayer pour 2008. Certains enfin voudraient trouver des sujets tout faits, comme des réponses parfaites à des questions à peine formulées, des corrigés d’études de cas pour les étudiants, les marchés du vin à prospecter en Ier et sans risque pour les domaines débutant à l’export. Ou encore comment séduire les femmes pour qu’elles achètent votre vin. Euh, ça, ça me paraît difficile, ce ne serait plus un blog mais un objet volant non identifié.  
 

Alors pour 2008, bonne année.      

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /Déc /2007 17:48

J’ai sous les yeux deux éditos. Apparemment leurs auteurs n’appartiennent pas au même monde même s’ils sont journalistes tous les deux. Le Ier est Patrick Touchais, rédacteur en chef du Vigneron du Val de Loire, VVL pour les initiés, l’autre ne se nomme pas dans le Monde2 (rédac-chef Franck Nouchi).

Le journaliste ligérien intitule son billet : De l’argent ? Circulez, y’a rien à prendre qui commence par ces mots : en faillite ou pas la France ? Heureusement qu’il y a le point d’interrogation. Il se termine par une autre question : et pour 2009, on vend quoi ? Entre les 2 questions, on apprend que le budget de 77 mE de Viniflhor (transféré par l’Etat en baisse de -15%) verra une partie de son montant constitué par la vente d’un immeuble non vendu dont la valeur oscille entre 23 (édito) et 51 mE (p. 13 du journal). Les professionnels du vin se demandent ce qui se passera-t-il en 2009 ? Il n’y aura plus de bijoux de famille à vendre. Vendre un capital immobilier pour des dépenses de fonctionnement, c'est grave en effet.  A chanter sur l’air de Tout va bien Mme La Marquise. Ca, c’est moi qui le dit.
 
Le journaliste parisien crée un nouveau concept à partir de haut de gamme, Hors de gamme, pour définir l’ultra-luxe, objet de l’enquête. A voir soit comme une provocation, l’auteur dit une obscénité, celle de notre époque dont l’opulence… paraît sans précédent dans l’histoire de l’économie moderne. Soit comme une forme du marketing bien que le mot lui-même ne soit jamais prononcé. (Laissons le à ceux « d’en dessous » EP dixit). Mais tous les concepts y sont : consommation, besoin, désir non satisfait.
 
On comprend que l’auteur termine avec l’hypothèse placée en seconde position à cause de l’argument économique toujours évoqué dans ces cas-là -l’argent des hyper-riches circule- plutôt que par la Ière. Dans le cas de l’obscénité, les mots qu’il emploie sont absolument étonnants. Il évoque une nouvelle cour avec les excès de Versailles en les radicalisant . Sa fortune cumulée…prospère sur un tel déséquilibre que tout cela pourrait aussi mal finir que l’Ancien Régime.
 
Toujours Versailles, toujours les miroirs en reflet de notre société, toujours et encore l’or comme au temps de Louis XIV, ce maître en détricotage de la société, dont l’histoire transmise nous vante le raffinement et le rayonnement.   Alors en 2009, ce sera des brioches ou circulez, y a plus rien à vendre!

Pour pousuivre le chemin
VVL n° 271, 02 41 88 60 57
Le Monde2 n° 19562
 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /Nov /2007 10:14
sdrtfkgttPTT.jpg Allez entraînez-vous, allez-y de plus en plus en vite et je doute que vous puissiez arriver à poursuivre longtemps sans bafouiller. C’est un exercice salutaire à deux titres au moins : un, ça vous oblige à bien prononcer et à faire fonctionner vos muscles des joues. J’ai appris récemment qu’on pouvait les rééduquer pour les obliger à être plus toniques. Ce serait peut être bien quand on a des rides ? C’est juste une question. Passons. La 2ème raison est que la difficulté à tenir longtemps illustre de façon imparfaite mais quand même intéressante dans quel état vous êtes au plus profond de vous-même, avec 8/9 injonctions seulement. Un petit début de confusion mentale ! Joli, non ?
 
Et pourtant quand on y pense, toute la journée et même la nuit nous recevons des ordres, des contre-ordres, des corrections, des ajouts pour faire, ne pas faire, faire autrement, plus, moins et je ne sais quoi encore. C’est une illustration du comment pour bien faire, vous ne cessez de mal faire, à écouter les autres. Pas seulement votre chef. Encore là, vous avez une excuse du genre : Madame, vous faites ou vous avez le choix de la porte. Ce genre d’argument, la Ière fois, vous interpelle un tantinet. Quoi, il ose me dire ça à moi ? A moi, une autre, un tel, à la rigueur, on peut comprendre. Mais moi, quand même. Passons. Le sujet du jour, l’injonction faite pour notre bien.
 
C’est toujours pour notre bien d’ailleurs, vous avez remarqué. Non ? Ecoutez-vous donc parler à vos enfants. Si l’exercice est trop douloureux pour vous, regardez vos amis ou mieux encore, leurs enfants parler à leurs enfants à eux. Une génération de décalage permet d’affiner le regard. On y va pour les exemples.
 
-        Suzie, tu dois dire bonjour à ta grand-mère et à ton cousin, manger proprement, ne pas boire en faisant des slurps, on ne quitte pas la table sans demander la permission et -froncement de sourcil- d’ailleurs cette permission on ne la demande pas avant que le repas soit fini. Mais comment on sait que le repas est fini ? Eh bien, c’est simple (méfiez-vous dés que le mot simple est prononcé), on attend. Mais justement, moi ce que je veux, c’est ne pas attendre. Suzie (le ton se durcit, c’est la 10è fois en quelques jours), je te le répète, une petite fille bien élevée, ne quitte pas la table quand ça lui chante ; tu ne voudrais pas qu’on pense que tu es mal élevée quand même ? Euh.
-        Olivier, un garçon ne pleure pas, ne tire pas sur ton pull, surtout ne mâchouille pas le bout de ta chemise pour te faire des sensations dans le cou, tiens-toi droit. Ne joue pas avec la nourriture, tu ne dois pas faire de petits tas sur le bord de l’assiette en imaginant un bolide de course slalomer entre les collines vertes (des épinards), les rondelles de carottes (ah s’il y avait des trous dedans, on pourrait y faire passer des voitures, broom…Non, Olivier, tu dois manger tout ce qu’il y a dans ton assiette. Tout ? Mais je n’ai plus faim. Et ta santé, alors. Les autres vont grandir et pas toi. Tu feras comment pour jouer au foot ? Ah.
 
Et pour vous alors, qui vous donne des injonctions ? En dehors de ceux qui vous sont proches évidemment, de vos enfants (c’est leur tour mais vous n’êtes plus une enfant !) ou de vos amis. Quel délice que ces week-ends ou vacances en commun :
-        Quoi, tu ne fais pas comme moi, mais comment est-ce possible. Tu devrais prendre des vitamines ? Déjà fait ; tu as déjà essayé le jus de chou. C’est absolument magique. Ca sert à tout.
 
A peine sorti de malstrom de bonnes intentions et conseils amicaux, vous décidez de faire le point à partir de ce que vous lisez, entendez ou voyez :
-        1. mangez 5 fruits et légumes par jour : on fait comment quand on ne prend plus que 1 petit déj et le dîner soit 1,5 repas/jour à la maison et que vous n’aimez pas les fruits le matin?  
-        2. prenez un vrai petit déjeuner, pour éviter le coup de pompe de 11h : plus facile à dire qu’à faire quand tout le monde est pressé et que certains n’ont pas faim le matin ;
-        3. prévoyez des produits laitiers à chaque repas : c’est un diktat de la filière laitière, viande + fromage au repas de midi, c’est de trop ;
-        4. accompagnez votre repas d’un verre de vin à chaque repas, c’est bon pour les artères : pas le midi le plus souvent, l’habitude se perd ;
-        5. buvez un litre et demie d’eau par jour : il est même prévue des bouteilles d’1 litre à emporter au bureau « spécial femme » ; question : que font les hommes ?
-        6. pas trop de café (caféine) ou de thé (théine=caféine) : prenez plutôt du thé vert (sans théine) ou des tisanes de thym…
 
-        7. ne mangez ni trop gras, ni trop sucré, ni trop salé et surtout ne mangez pas de trop : d’accord, et si vous appliquez cela chez des amis quand vous allez chez eux, bonjour l’ambiance ; bonne intention, difficile à faire. Nous mangeons tous et trop gras et trop sucré et trop salé.
-        8. surtout ne grignotez pas entre les repas : oui, sauf que certains ne font plus un seul vrai repas par jour : matin rapide avec un peu de liquide et parfois sans solide, midi sandwich, soir plat minute micro-onde
-        9. ne sautez pas de repas non plus: à Paris, méfiez-vous quand on vous donne des rendez vous de travail à 12h30, vous ne serez pas invité-e à déjeuner et vous travaillez « tellement mieux » ; mangez avant !
 
-        10. ne mangez pas plus de 500 grammes de viande rouge par semaine : ça encrasse les artères, oui et le soir la viande est difficile à digérer;
-        11. n’ingérez pas de fruits non pelés : because les pesticides et autres cides qui pénètrent jusqu’à 1 cm sous la peau. Question, combien reste-t-il de chair à pomme une fois le trognon et la peau enlevés ;
-        12. n’achetez pas de surgelé ou des produits non frais, qui viennent de loin : ça commence à devenir dur, dur au regard des modes de vie actuels ;
-        13. ne prenez pas plus de 3 verres de vin par jour, si vous êtes un homme, mais attention pas d’un coup et surtout pas non plus en reportant tous vos « bons » (5 jours x 3) pour le week end : ce serait un très mauvais calcul et ça commencerait à ressembler à ce qu’on appelait la cuite du week-end ;
 
-        14. choisissez des produits sans compléments, additifs, colorants, substances allergisantes, substituts & co: ça commence à devenir impossible à gérer, à moins de tout faire à la maison façon « Quaker » et encore ;
-        15. mangez du bio (voir ce qui se passe dans les cantines où les parents demandent du bio alors qu’ils n’en achètent pas chez eux, trop chers), du quinoa, du fromage de chèvre (pas de vache, son lait est difficile à digérer), avec des légumes (quoi, vous habitez à la campagne ou vous avez un jardin et vous ne faites pas pousser vos légumes ; ils sont tellement meilleurs),
-        16. allez toutes les semaines chercher vos légumes cultivés par des demandeurs d’emploi : mais pas forcément avec un bon usage de produits chimiques, en plus il faut y aller, une fois toutes les semaines, et le coût de l’essence et le temps? 
-        17. prenez du chocolat de République Dominicaine : pour favoriser le commerce équitable mais quid du développement durable ?
 
Et ça continue comme ça toute la journée et le soir quand vous rentrez chez vous. La nuit, vous dormez mal, malgré le tilleul que vous avez pris au coucher et vous vous demandez pourquoi. C’est bizarre, ça. Bizarre ? Faites pas-ci, faites pas ça, faites comme-ci et comme-ça. Et si, on essayait de se rééduquer dans l’autre sens, vers un peu moins d’injonctions, en utilisant seulement quelques règles d’équilibre alimentaire, pour aller vers une libération à petits pas ?    

P.S. J’ai failli oublier de vous raconter une histoire extra-ordinaire, tout autant étonnante de perversion que terrible sur le fond. Elle s’est déroulée en Roumanie au temps du dictateur Ceausescu (1918-1989) qui prit le pouvoir en 1974. Il avait instauré une tel appareil d’Etat répressif à son propre profit qu’il fit de son pays un désert alimentaire. Pour régler le problème de la pénurie, il prit un décret selon lequel il détaillait, repas par repas, en fonction du genre de la personne et de son activité physique, ce que tout Roumain DEVAIT manger : viande rouge, féculents en abondance, produits laitiers, fruits et légumes frais, alors que c’était la disette, la vraie. Peut être pas comme en Corée du Nord mais quand même. Un exemple d’une réalité virtuelle créée sur le papier par une seule personne plus forte que la réalité de la faim de millions d’autres.              

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 16:29

Surtout ne dites pas que c’est un petit jardin. Peuh, ce serait d’un facile, indigne de vous d’ailleurs. Ne dites pas non plus que c’est un jardin parce que là, je crie, je hurle, je trépigne…J’arrête sinon, je ne peux plus écrire. Et ça, ça m’embêterait bien. Je ferais comment pour communiquer avec vous ? Hein ! Procédons par étape.  


Le repérage
1.
Pour repérer les endroits à mini-jardins, je vais vous donner des indices. Le mini-jardin de rue s’épanouit à l’air libre, comme un jardin. Il est fait d’un sol de terre, plutôt mauvaise, voire très mauvaise, avec souvent des pierres, quasiment toujours aussi de l’asphalte qui est bien une pierre calcaire enrobée de bitume ; vous savez ce liquide que les agents départementaux des routes (ex-DDE en bleu et orange) épandent sur la chaussée. La terre donc, avec l’air au dessus, et des plantes, comme dans un jardin. Au départ d’ailleurs, le mini-jardin se signale à votre vue par la présence de mauvaises herbes détectables à l’œil nu, oui vraiment, pas besoin de prendre sa loupe comme dans la Hulotte, quoi vous ne connaissez pas ? Je vous donnerai l’adresse tout à l’heure. La présence donc de « mauvaises » herbes ; je mets mauvaises entre guillemets parce que la désignation de mauvaise est vraiment relative. La seule que j’arrache toujours s’appelle l’ambroisie (elle est grande, 50-70cm, allure d’un fuseau étoilée, pousse sur les remblais et au bord des routes…, son pouvoir de colonisation est telle qu’elle a conquis la France sud en quelques années. Même appétit de conquête que les algues vertes de la Méditerranée qui étouffent tout. C’est pour vous dire).
Ier indice d’importance : l’endroit à mini-jardin se détecte facilement par la présence d’herbes.
 
2. Mais contrairement à un jardin, l’endroit à mj n’est pas clos. Ce n’est ni un parc sans grille, ni une propriété privée. Vous n’êtes pas à la campagne. Je le répète : vous n’êtes pas à la campagne. Là je vous aide vraiment beaucoup. Donc, admirez la puissance du raisonnement, vous pouvez le voir quand vous marchez de-ci de-là, en faisant vos courses ou en vous baladant en ville.
Top, 2è indice: le mini-jardin est urbain.
 
3. On en arrive à la question cruciale. Où peut-on voir des mauvaises herbes en ville ? Dans deux sortes d’endroits, parfois dans les parterres entretenus avec beaucoup de soin et compétence par les jardiniers municipaux et par terre, sur le trottoir, au ras des maisons par exemple. Le Ier cas de figure ne vous concerne pas, sauf si votre amour de la netteté vous oblige à enlever ce qui fait désordre. Mais ce n’est pas à recommander, sauf rarissime exception. Il y en a « « dés qui » seraient capables de se tromper et d’arracher des bonnes herbes, comprenez des plantes plantées exprès pour la beauté de leurs fleurs, de leurs feuilles ou pour leur forme ou… Restent donc les trottoirs et autres surfaces non plantées.
Top, indice n° 3: le mini-jardin aime le bitume des trottoirs ou les endroits oubliés par le bitume. Ils devienne si rares qu’il faut en prendre soin. Comme les mares à la campagne.
 
4. A partir de là, il faut que vous éduquiez votre oeil à repérer les petits endroits où il reste un petit peu de terre, signalée par les herbes dont je viens de vous parler. Mon expérience montre que plus on s’éloigne du centre des villes et plus il y en a. Votre œil une fois formaté à ce repérage va en découvrir, comme disent les enfants, plein-beaucoup.
            Top 4 : ça y est, vous y êtes. Vous l’avez devant vous, « votre » mini-jardin.
 
Entendons-nous bien, d’abord il n’existe pas encore parce que vous ne l’avez pas fait et ensuite parce qu’il n’est pas à vous. Ce n’est pas un souci. Vous pouvez bien remplacer une herbe quelconque, sans grâce disons, par un petit plant de myosotis en en plantant suffisamment pour que 1, on puisse les voir, 2, il en reste suffisamment au cas où ces fameux « dés qui » se tromperaient entre une plante plantée et une plante sauvage arracheraient vos myosotis et 3 ça se ressème tout seul. A l’endroit où il faut. Arrêtez de vous désoler que le mini-jardin ne soit pas à vous; j’ai une solution de rechange. Attendez d’arriver à la fin.  
 
Aménager le mini-jardin de rue
Souvent il vous faut apporter un peu de terre avant de planter. Le mieux est de faire toutes les opérations en même temps : arrachage des (vrais) mauvaises herbes, plantage avec de la terre que vous apportez avec vous, en laissant sur place les herbes d’origine qui peuvent être chouettes, type sedum par exemple. Vous pouvez en profiter aussi pour commencer un petit paillis pour faire du compost et pour garder un côté un peu sauvage à vos opérations. Il est en effet prudent de travailler de façon un peu subtile. Le résultat ne doit être ni trop beau, ni trop léché pour avoir quelque chance de durer, face aux passants de tout style. Ne pas craindre non plus les chiens que l’on promène et pour cela mettre en avant des plantes résistantes, en plaçant les plus fragiles au fond. Eviter les plantes à fleur qui ne poussent que dans les jardins en recherchant ce qui est le plus proche de la plante « naturelle ». Le plus grand ennemi du mini-jardin s’appelle le sécateur à fleurs à couper, pour « faire un bouquet », comme on vous le dit avec innocence.   
 
Entretenir le mini-jardin
Un mini-jardin réussi réunit plusieurs conditions :
-        d’abord il existe au point que personne ne se souvient de ce qu’il y avait avant ;
-        il garde son aspect naturel en s’intégrant totalement au paysage ; pour cela, il faut un vrai travail d’entretien, de surveillance et d’observation; vous allez pouvoir faire avancer la science en voyant les plantes qui tiennent le coup et les autres ;
-        il fait le lien entre le dedans et le dehors, entre le jardin de la maison et le trottoir ; déjà vous êtes obligé de par la loi à balayer devant votre porte, pourquoi ne pas aller à mettre quelques plantes, vous sortirez et rentrerez avec plus de plaisir ;
-        vous contribuerez à attirer nos amies les abeilles si vous mettez des petites fleurs ;
-        vous pourrez demander à vos voisines et voisins toutes les plantes qui se multiplient dans leur jardin. Avec les vôtres, vous aurez amplement de quoi satisfaire votre passion du jardinage et d’un arrosage restreint;
-        à votre tour vous pourrez donner des boutures et des plants aux passants qui le demandent ;
-        et c’est ainsi que le mini-jardin devient l’affaire de tous dans le quartier.   
 
Voir ce qui se fait ailleurs
Avoir l’œil mini-jardin crée des obligations. Quand vous êtes à Bruxelles par exemple ou à Amsterdam, vous repérez très vite les endroits à jardinier. Pour cause de développement durable (et de restrictions budgétaires), les rues des quartiers résidentiels ne sont pas autant entretenues que les nôtres. Je généralise mais il y a vraiment une autre façon de penser l’argent public.  
Il reste une solution quand on n’a ni jardin, ni balcon : s’occuper des carrés protégés autour des arbres qui scandent à espace régulier les place de stationnement. C’est ainsi que certains habitants plantent ces carrés, en faisant preuve de beaucoup d’originalité. C’est soit chacun « son » carré devant la porte de l’immeuble, soit ceux du coté pair ou impair, en jouant l’uniformité des composants ou la différence, en plaçant des petites bordures… Certains replantent par exemple des graminées, avec des volubilis qui s’accrochent au tronc. C’est charmant et on rêverait d’en garder la trace. Aux Etats Unis, une tradition vent que les voisins se réunissent le samedi matin pour nettoyer et aménager les abords des propriétés et pas question d'envoyer un salarié pour vous remplacer. Cela fait partie de vos devoirs face à la communauté.    
Et quand vous ne voyiez aucune possibilité d'aménagement d'un mini-jardin, que reste-t-il à faire ? Simple, mettez des pots de fleur devant chez vous sur le trottoir, sur votre balcon et glissez quelques graines de roses trémières dans la fissure d’1 centimètre de bitume devant chez vous. Comme à l’Ile de Ré. Ca pousse et c’est magique. 
 
Pistes pour poursuivre le chemin
- La Hulotte, le journal le plus lu dans les terriers, avec des dessins d’une finesse incomparable de son fondateur et unique rédacteur, crée en 1972, par Pierre Déom, un jeune instituteur des Ardennes ; le journal à parution irrégulière compte 160 000 abonnés dans les 5 continents. L’abonnement pour 6 n°s est de 18,50E.   www.lahulotte.fr          
- Suggestions de plantes: des sedums, des plantains, des achillées, tous les couvre-sols qui résistent sans arrosage, les genêts qui vous font la grâce de rester petits quand ils n'ont pas d'eau, les paquerettes, primevères, violettes, soucis, les thyms...  
. Photos EP à Angers
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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Jeudi 23 août 2007 4 23 /08 /Août /2007 12:27
DSC02302.JPG Le marketing face au changement :
Consommer moins, mieux ou faire autrement ?
 
Vous avez remarqué que je n’ai pas dit consommer autrement mais faire autrement, parce qu’actuellement les choses changent tellement vite qu’on ne peut plus dire que le marketing et donc la consommation en sont restés à leurs débuts. Eux aussi sont affectés par la courbe de vie d’un produit ou d’une idée. Ce concept est un des piliers du marketing. Et le marketing et la consommation en sont à une certaine phase de maturité. En clair, cela veut dire que nous n’en sommes plus ni en 1960 début du marketing en France et de la consommation de masse, ni en 1980 plein essor du « toujours plus », en consommant mieux, plus qualitativement. Nous en sommes à la 3ème génération élevée dans l’ère-air marketing au lait de la publicité.
 

Faire autrement
Des voix s’élèvent dans le monde anglo-saxon et aussi en Europe essentiellement en faveur d’un changement d’attitude face à l’appétit de consommation. Le « toujours plus » est-il toujours politiquement correct ou plutôt, l’est-il encore ?
That is the question. Il existe même aux EUAN des associations en vue de ré-apprendre à moins consommer. Et pas seulement quand on est jeune. Seul moment de l’existence où il est encore possible de dire en souriant qu’on n’a pas beaucoup d’argent. Après cela devient plus dur, comme si on n’était plus dans la norme.

 
Le mouvement actuel parle seulement de MOINS consommer. Un exemple est particulièrement vif cet été. Il s’agit de moins utiliser l’avion pour ses loisirs pour ne pas nuire à l’environnement. Avec ce très bel exemple du village de tentes monté à grand frais à Heathrow (UK) pour protester contre le projet de doubler la surface de l’aéroport. La question qui se pose alors est de savoir qui et comment va être résolue la question du qui va avoir le droit de prendre l’avion et à quelles conditions ? Pour son travail ou pour le loisir ? D’abord qu’est-ce qu’un loisir ? Le loisir des uns étant le travail des autres. Avec cette question : le militant canadien venu défendre la planète à Londres est-il venu en bateau ou en avion ? A votre avis ?
 
Consommer moins
On parle toujours aussi de consommer mieux, c’est à dire actuellement, plus intelligemment, plus moralement. On évoque alors l’éthique et le développement durable. Quelques exemples des tendances qui existent actuellement. 
-        Consommer devient presque un devoir social envers certaines catégories de population dans certains pays du monde. Buvez du café de chez M.. H…   pour favoriser l’apprentissage de la lecture par exemple par le cultivateur, la cultivatrice et leurs enfants au Guatemala ou en République dominicaine. La démarche est intéressante mais suscite toujours des questions de savoir si le surcoût de 10% ne passe pas dans les frais de mise en place du mobilier design propre à la marque chez les distributeurs ou dans les frais du packaging branché propre à la marque.
-        Nous connaissons aussi une autre variante de ce type de consommation sur notre territoire cette fois-ci. Manger de la viande par exemple après une des dernières crises alimentaires pour aider la filière bovine à redresser la tête. Etre végétarien dans ce cas devient problématique et pose la question essentielle de la liberté de choix du consommateur. Avons nous encore le droit ou la possibilité de choisir notre façon de manger ?
-     On peut aussi faire autrement. Comme ce jeune ménage vu à la télévision qui se positionne sur le delta entre le niveau de vie atteint et celui effectivement payé. Ils continuent à consommer mais en jouant « malin » en faisant payer par d’autres (les parents, les amis…), en achetant à prix réduit (promotions + Emmaüs + braderies + troc… ) et en faisant de la récup directement. Il existe ainsi dans certaines villes suisses quelques dates dans l’année où mettre ses « encombrants » sur le trottoir et qui permettent aux « étudiants » de s’équiper à peu de frais. 
 
Remarquons tout de suite que nous n’avons pas de mot pour décrire cette nouvelle attitude qui consisterait à acheter autrement. Consommer vient de l’américain to consume et ne peut en aucun cas se réduire à acheter. Consommer n’a pas de réelle traduction puisqu’il s’agit d’une attitude globale face à notre capacité à nous procurer ce dont nous avons besoin et/ou ce que nous désirons. Consommer se situe tout autant dans le monde de l’imaginaire et du symbolique en application du principe d’incorporation –je suis ce que j’achète et/ou mange- que dans le monde du réel alors que l’achat se situe dans un cadre juridique et commercial.
 
Constats
Trois générations après l’avènement du marketing, quel est le constat ?
1.      Le marketing n’est plus contestable. C’est un moyen qui permet à l’entreprise de se positionner face à la concurrence en développant l’innovation et les mille et uns procédés propres à faciliter notre vie et à conforter notre ego. Petites, moyennes ou grandes entreprise ont toutes un marketing adapté à leur taille, quelque soit le secteur économique de production ou de distribution, le produit ou service, quelque soit le pays, quelque soit la culture, quelque soit l’âge du consommateur.
2.      La Grande Distribution est devenue mondiale, en se superposant sans transition sur toutes les modalités de distribution dans le monde. L’explosion de la Grande Distri en Chine est un véritable cas d’école.
3.      La publicité continue à fasciner et à attirer. Les mondes du rêve ainsi créés deviennent plus vivants et plus fascinants que le monde réel. Il faut dire aussi que la publicité se situe au carrefour de la connaissance de la psychologie, de la sociologie, de la création et de l’art. La publicité change la vie non seulement de l’individu, de la collectivité et de la société toute entière. Il n’est que de comparer la grisaille de certaines villes de l’époque pré-marketing en Europe de l’Est avec les nôtres pour s’en convaincre. Dépêchez vous d’aller les voir. Cela change à une vitesse folle.
 
Le mécanisme semble parfait : des consommateurs libres de consommer en choisissant parmi une offre surabondante dans un monde de douceurs, de conforts et de plaisirs. Sauf que nous savons bien que les choses ne sont pas aussi simples. L’emploi du mot simple n’est pas un hasard. Vous avez un problème, il vous suffit d’acheter tel produit ou de recourir à tel spécialiste. C’est simple, il suffit d’acheter. Vous vous sentez un peu seul-e, simple, il suffit de consommer plus. Avec un impératif, il faut que ce soit tout de suite, comme un enfant qui veut tout tout de suite. Et ce n’est pas un hasard si les acteurs économiques jouent sur nos pulsions enfantines pour vendre et plus et plus cher.
 
L’argument : vous le valez bien. Vous vous êtes d’accord bien sûr, surtout si c’est affiché en gros par exemple par le Ier producteur au monde de produits de beauté dont une des récentes campagnes mondiales disait « parce que je le vaux bien ». En plus la marque vous donne la parole, c’est dire que l’information se transmet de consommateur à consommateur, en créant un lien direct avec la marque.              
 
Déséquilibres
A raisonner seulement au niveau des acteurs économiques que sont le producteur, le distributeur et le consomm-acteur, on s’aperçoit que cette trilogie est fondée sur une inégalité de fait. Des entreprises font face à un individu dont l’individualité se perd dans un marché global. Il manque le lien de travail qui existe au sein des entreprises et des administrations et le lien social et culturel qui relie les citoyens entre eux. Remplacer ces liens –travail, culturel et social- par l’appartenance à un club d’usagers de marques montre le profond déséquilibre de notre société découpée en tranche de consommation. D’autant plus profond que la consomm-attitude équivaut à un formatage de facto des consommateurs appartenant à des clubs de marques et/ou des réseaux.
 
C’est vrai que le devoir d’une entreprise est de se développer. Elle est condamnée à s’adapter et ne peut pas rester à un niveau de développement « n » figé à un instant « t ». La concurrence change la donne tout le temps. Mes interventions commencent toujours par ces mots « Tout change, tout le temps, à tout moment, pour tous, mais pas de la même façon ». Le marketing et la publicité sont une donne acquise. La société ne reviendra pas en arrière. La question est alors de savoir ce qui peut changer au niveau des personnes.  
 
Pistes de réflexions
Comment pouvons-nous nous réconcilier avec nous mêmes en réduisant la taille du grand écart que nous faisons constamment entre ce que nous vivons, ce que nous faisons et ce que nous disons ? C’est un de nos objectifs essentiels pour les 20 ans et + qui viennent. Peut être une des pistes serait-elle de revoir la hiérarchie des besoins qui est un autre grand pilier de la théorie de base marketing. Celle-ci plus couramment appelée « la pyramide de Maslow » du nom du psychologue américain est encore enseignée sur les bancs des écoles ; elle montre un consommateur occidental très rationnel. Il segmente ses besoins d’une façon prioritaire selon qu’il s’agit d’assouvir des besoins vitaux physiologiques en 1, sécuritaires en 2, d’appartenance sociale en 3, d’estime de soi en 4 et de réalisation en 5. Cette théorie, qui date de 1940, le monde d’avant guerre, ne correspond plus à ce que nous pouvons voir chez nous et plus loin. 
 
Actuellement des instituts de sondage travaillent sur un nouveau concept qui permet d’affiner le concept du pouvoir d’achat, le vouloir d’achat. Ils expliquent grâce à ce concept notre perception de la hausse du coût de la vie lors du passage de l’euro. Les produits que nous désirons ont certes augmentés ; par contre ceux que nous achetons sans les désirer ont gardé un prix relativement stable. Et comme le coût de la vie est basée sur des éléments appartenant plutôt à la 2è catégorie… 

Ce nouveau concept va peut être permettre de travailler sur le concept de MANQUE et non plus de besoin qui est beaucoup trop général. Un manque généré par une société d’abondance pour certains pays, qui n’a rien à voir avec celui de 1940, dans un monde global caractérisé par un choc frontal entre ce manque/abondance et le manque/pénurie tellement énorme que nous ne le voyons pas.  Comment une société qui n’a jamais connu une telle richesse, comment des personnes qui peuvent pour 80% d’entre nous choisir leur vie, pour la Ière fois dans l’histoire de l’humanité, se sentent- elles aussi, autant en manque ? C’est vraiment une des questions fondamentales à laquelle il convient de réfléchir en ce début de 3ème millénaire.   
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Société
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