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En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Développement durable

Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 17:05

Eh oui le cycle continue, en parlant cette fois-ci des questions de genre, toujours dans le cadre du mainstreaming bien sûr. Il s’agit cette fois-ci d’attirer  votre attention sur un nouvel avatar du développement durable, celui de développement humain durable. Alors pourquoi parler de genre ?  

. Genre
C’est ainsi qu’en anglais, on désigne le genre humain, pour parler de la distinction H/F (homme/femme). Ce que nous traduisons en France par la parité – sous-entendue de la femme par rapport à l’homme. Parler de parité (mot positif) ou de discrimination (mot négatif), n’est pas du tout équivalent à l’emploi de « gender ». On peut aussi parler d’égalité des chances, pour y inclure tous les autres cas de discriminations, en particulier ceux qui visent l’origine et/ou la couleur de peau.  

L’emploi du terme de genre a d’abord pour avantage de ne pas parler de sexe. Entendre à chaque fois ‘le sexe féminin’ pour parler des femmes est un peu réducteur quand même. Le genre fait appel au genre humain composé d’hommes et de femmes. Le raisonnement se fait alors à trois composantes, sans avoir à opposer l’une des deux parties du genre humain à l’autre. Ce mode raisonnement est hyper-important. On est d’accord que ça ne règle pas les problèmes pour autant tout de suite mais c’est cohérent au niveau du raisonnement. C’est au moins un début.  

. Genre / Egalité des chances + Développement durable = ?
Quand vous ajoutez les deux, cela donne une nouvelle notion, le développement humain durable. Certains ajoutent un ‘et’ entre les deux adjectifs : DD humain et durable. En réalité cette expression est très rarement employée, si ce n’est pas ceux qui sont victimes de discrimination et/ou de conditions de vie difficiles. Rappelons que la dimension sociétale est une des trois composantes de ce concept inclus dans le rapport Brundland en 1987. Il y a plus de 30 ans. Ca interpelle.  

. Mainstreaming
Ce mot anglo-saxon n’a pas d’équivalent en français. Il est absolument étonnant de voir qu’un concept aussi important et appliqué journellement par l’Union européenne et donc par nous autres membres de l’UE (rappelons que 70% de notre réglementation est d’origine européenne) n’a pas réussi à trouver sa traduction française en 10 ans et plus. En fait c’est plutôt le contraire. C’est un signe fort d’une très grande difficulté mentale à intégrer des modes culturelles de raisonnement différent.  

Pour comprendre cette approche, il faut décortiquer le terme composite anglais: stream, le courant, streaming, le fait d’établir ou d’activer le courant, main principal.  Si vous assemblez le tout, cela donne l’idée de faire entrer un concept, une valeur, comme par exemple l’égalité des chances, dans un domaine réglementaire, entrepreneurial ou social donné et au sein de la société en général, dans la manière de décider, de mettre en oeuvre et d’évaluer des actions qui sont portées par le mainstrreaming.  

Mainstreaming + Egalité des chances & Développement durable
Après une telle définition, il me faut vous donner un exemple. L’UE estimant que la politique d’égalité des chances est d’une importance telle qu’elle fait l’objet de la démarche du mainstreaming, au même titre que la question du développement durable. Le recours au mainstreaming a plusieurs conséquences :
. le changement de dimension et d’univers de référence (1),
. la fixation d’objectifs quantitatifs et qualitatifs (2),
. selon une méthodologie définie et assortie de dates  (3),
. dans le cadre d’une approche intégrée, transversale et globale (4),
. impulsée par les acteurs politiques et/ou institutionnels disposant d’un pouvoir décisionnel (51)
. ainsi que par les entreprises et les citoyens, dans leur sphère d’action (52) et
. orientée vers les résultats (6).  

Voilà pourquoi l’UE, les Etats membres, le gouvernement français, les régions, les départements mettent en place un Agenda 21. Le mainstreaming est un magnifique exemple d’un mode de raisonnement anglo-saxon qui part d’un constat (l’audit), crée un plan stratégique complété par un programme d’actions tactiques, le tout étant soumis à évaluation, dans un process sans cesse en mouvement pour intégrer le changement.  

C’est alors que vous cherchez à savoir quelles sont les autres grandes questions qui affectent la société, outre le développement durable, l’égalité des chances et le changement lui-même (c’est déjà énorme),  qui concernent l’humanité en cette fin de cette Iè décade du 3è millénaire. A mon sens, il y en a  au moins 3, qui sont toutes connectées entre elles dans le sens de la transversalité et qui relèvent du mainstreaming, la technique transversale par définition :
. l’accès équitable à la nourriture, aux soins, au savoir…
. l’égalité des chances en particulier dans les choix de vie, le travail, la rémunération, la prise de décision, la qualité de vie, la participation politique…
. la protection de l’enfance et des plus faibles, la lutte contre la violence... 

Et c’est à ce moment là que vous comprenez la beauté du raisonnement du développement durable  : chacune de ces grandes questions sociétales est étroitement connectée aux 5 autres. Elles inter-réagissent en outre de facto avec les deux autres grands domaines du DD (économie et écologie) :
. les grandes questions de la création de valeur dans le domaine économique et de la production d’une richesse plus équitablement répartie et
. la sauvegarde de la bio-diversité qui est un gage d’équilibre de notre planète. 
 

Pour suivre le chemin

. Genre et mainstreaming, voir l’article de la Commission Femmes et Développement (CFD) du Ministère belge de la Coopération au Développement : www.dgcd.be.themes/gender  

«  Le développement durable n’est possible que si l’égalité entre hommes et femmes est une réalité non seulement sur le plan juridique, politique, économique et sociétal mais aussi dans les faits. Ainsi chaque programme de développement doit comprendre une stratégie visant à promouvoir l ‘égalité des chances. Aucun programme de développement n’est neutre : chaque programme a des effets différents  sur les hommes et sur les femmes, que l’on se trouve dans une situation de pauvreté ou non, que l’on habite à la ville ou à la campagne ». 

Cette citation montre la force du développement durable. Se préoccuper de la question des femmes et de la pauvreté dans le cadre de la coopération. Mille fois, oui. A condition de ne pas oublier que le développement commence à notre porte, mille fois oui aussi. Merci à nos ami-e-s belges de le rappeler.

 

. Photos EP , le genre humain par l'exemple du végétal et la théorie des 3 cercles du développement durable à voir sur Wikipédia.      

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 18:20

Je sais bien que je le fais exprès. Ce titre est pourtant l’approche la plus précise de ce que je veux dire. Alors c’est simple, je le dis. En plus, je suis plein pot dans mon rôle actif de citoyenne pensante. Bien sûr,  je vais vous traduire ce titre énigmatique : 


. 4
parce que c’est le 4è billet que je consacre au développement durable sous des formes variées touchant à l’estuaire de la Loire. Certains lecteurs de mon blog commencent d’ailleurs à s’inquiéter, surtout ceux qui voudraient n’y trouver que des billets sur le vin. Je le sais. Vous me le dites (que vous voulez des articles sur le vin). Ma réponse est que pour bien parler du vin, il faut aussi parler de ce qu’il y a autour, c’est à dire de notre société puisque le vin en est une des composantes. 
 

 . DD, pour développement durable. On utilise beaucoup ces deux mots sans trop savoir ce qu’il y a dedans. On entend parler de l’effet de serre, du réchauffement climatique, de pollution, de crises…Souvent on assimile la notion à l ‘écologie et on la limite à l’environnement. Ce ne sont là que des approches. Le développement durable est tellement plus vaste que ça mais comme toujours chacun ne projette que ce qui l’intéresse, lui. Une bonne façon est d’essayer de définir l’objectif à atteindre : faire en sorte que notre société d’aujourd’hui et de demain laisse à nos héritiers une société vivable.  


Le DD est par définition un concept global, sociétal et transversal. Il est donc par nature impossible à définir facilement et à réduire à une ou deux idées. Cette incertitude sur les contours du concept, qui gêne des esprits formatés à la culture française qui veut une définition claire pour chaque chose, est normale dans la mesure où on comprend l’idée principale. Il s’agit d’accepter en profondeur le changement et de voir de ce qu’on peut faire de mieux. Au fur et à mesure que nous avançons dans cette grande route du DD, le concept s’affine. C’est un nouvel avatar de l’adage selon lequel:
c’est en forgeant que l‘on devient forgeron ! Changeons donc, en commençant d’abord par :
. limiter les causes de nuisance faites à notre planète, la société, l’écologie et l’économie,
. réparer certains dommages, ce que fait par exemple GIP Estuaire,
. avant qu’ils ne deviennent irréversibles ou trop coûteux/douloureux à entreprendre. 

 Le DD est un jeu vital de stratégie entre trois grand acteurs :
-        notre planète terre,  qui est notre partenaire d’intervention et de co-action-co-réaction,
-        nos actions d’hommes et des femmes d’aujourd’hui pour créer un nouvel ensemble sociétal à la mesure humaine,
-        le temps qui nous est compté, en terme de durée de vie des générations et/ou en terme de ressources non renouvelables.  


.
L’estuaire est celui de la Loire. Je suis sûre que vous le savez maintenant. Il est exemplaire au sens où ses problématiques qui lui sont propres, sont aussi caractéristiques de la situation de la planète: pollution, navigation, gestion des risques naturels et industriels, habitation, transport, territoire disponible pour les générations futures, création de richesse, emploi, qualité de vie de tous les acteurs …
 

. L’industrialisation de l’estuaire, c’est la facette économique  qui est certainement une des plus méconnues de la Région des Pays de Loire. On pense histoire -Château/Jules Verne/Lu- à Nantes,  chantiers de Penhoet/culture ouvrière/base des sous-marins  à Saint-Nazaire, soleil/plage/mer sur la Côte. Entre les deux, on voit des autoroutes et quelques vaches pour rejoindre La Baule, la vigne en rive sud et des petites maisons au toit de tuiles. Et pourtant l’industrie est fortement présente en rive nord. Je vous en parlerai plus amplement une autre fois. Le point marquant à garder en mémoire est le sous-équipement de la rive sud de l’estuaire en terme d’industries, alors que c’est là qu’il « reste » de l’espace disponible ! Après avoir décortiqué chacun des termes, cherchons maintenant à les associer, en partant toujours et du DD et de l’Estuaire. 
 

DD + Estuaire
C’est devenu une ardente nécessité que de penser les deux ensemble. Il n’est plus possible de faire ce qu’on a fait au XIXè voir, ce qu’on faisait encore au XXè siècle dans les années 1980, du genre continuer à extraire du sable en grandes quantités parce qu’il est meilleur et moins cher. Cette époque est finie. Donc on fait autrement, c’est alors qu’on se met à penser en terme de DD. On sait les erreurs à éviter, on tâtonne pour savoir ce qu’il faut faire et heureusement, si non on ne pourrait avancer. 

DD + Estuaire + Industrialisation
Je sens déjà que ce sous-titre provoque une inquiétude. Certains, j’en suis sûre, commencent à rétracter leurs orteils dans leurs chaussures. Comment pourrait-on associer l’industrie lourde avec la Loire, le plus grand fleuve sauvage d’Europe, avec le risque industriel ou le risque de pollution de la Loire, comme cela s’est passé récemment du fait de la raffinerie de pétrole de Donges.  C’est pourtant une  nécessité économique indéniable. Aucune région ne peut entièrement se dédier à une civilisation de consommation de loisirs. 
 

Où serait la valeur ajoutée en terme de création, de production et d’emploi? Peut-on imaginer un marché de l’emploi entièrement tourné vers les services (tertiarisation de l’économie par différence avec l’économie où on salit les mains)  ou les seuls services à la personne  (avec un taux de rémunération très bas)? La mixité sociale commence à la mixité économique à voir en tant que production de matières premières, transformations artisanales ou industrielles et  services associés pour produire de la valeur ajoutée, toutes ces activités qui se traduisent par une offre élargie d’emplois. 
              

. Le mainstreaming et nous dans notre estuaire de la Loire ?
Le  mainstreaming n’a pas de traduction en français. C’est extra-ordinaire quand on y réfléchit. Voici  un concept anglo-saxon mis en œuvre quotidiennement par l’Union européenne et par les instances politiques dans tous les Etats-membres pour les grandes questions sociétales. La réglementation seule n’y suffirait pas, en raison du caractère transversal du DD. Il serait impossible, même à la Commission Européenne qui peut pourtant beaucoup, de prévoir tous les secteurs touchés par le DD. Il faut alors savoir raisonner autrement et utiliser par exemple la technique du mainstreaming (stream=le courant, main=principal, ing= action de faire) qui est l’ action de placer une thématique dans le courant principal, au cœur du dispositif que tous doivent prendre en compte. Citoyens y compris, pas seulement les politiques et les entreprises.  Maintenant, vous comprenez mieux mon titre transversal. 

Le Développement durable étant partout, toute question, toute réflexion, toute action sont par définition touchés. C’est donc un nouveau mode de raisonnement à acquérir. La question du BVT (= Bon Vieux Temps) ne s’y oppose pas. C’était seulement une autre époque, à voir comme lorsque vous avez découvert la Renaissance dans vos livres d’histoire. Bien sûr j’exagère un peu, mais un peu seulement. Moi qui aime travailler sur le changement et l’innovation, je suis gâtée. 


Pour suivre le chemin
. Ce billet s’inscrit dans le prolongement du travail collectif de réflexion commencée dans le Groupe Estuaire appartenant aux Panels Citoyens des Assises de la Région des Pays de Loire (Agenda 21). 

. A lire sur ce blog, les trois billets précédents :
-        DD1 L’Estuaire de la Loire, entre problématiques et prospectives
-        DD2 Des auteurs et un dessinateur face à la Loire
-        DD3 L’Estuaire, le Démographe et l’Estuarienne

. Photo 1-EP, Collection personnelle, "Exercice de créativité" d’étudiants Bac + 5  International Business à x mains
. Photo 2-EP prise directement sur écran lors des interventions à l'Hôtel de Région des Pays de Loire.       

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 18:03

L’estuaire est forcément celui de la Loire, le démographe est Hervé le Bras et l’estuarienne  Martine Staebler. Leurs périples se croisent et forment une tresse avec La Loire, chacun suivant sa route, les deux derniers toujours à courir avec le grand fleuve dans son aventure de rencontre avec la mer. Ils sont donc plusieurs dans le lit de ce fleuve pluriel qui en plus n’en finit pas de se chercher d’autres lits. 

Cela fait beaucoup pour une rencontre. Surtout si on ajoute que le démographe court d’une ville à l’autre le long du sillon de Bretagne, le Ier contrefort en arrière du fleuve le long des la rive droite qui va de Nantes à Saint-Nazaire et revient par la rive sud, après avoir survolé la côte littorale. L’estuarienne, quant à elle, se tient sur les bords du fleuve sous tous ses formes et avatars. Elle descend même sous le niveau très changeant  des basses eaux aux hautes eaux, qui suit le cycle des marées. Elle  plonge dans le lit profond du fleuve pour mieux en comprendre sa typicité qui n’a rien de naturel puisqu’elle est le fruit du travail de l’homme.  

Ma question alors est de savoir ce qui différencie le géographe de l’estuarienne. Qu’est-ce qui les réunit, qu’est-ce qui les distingue dans leur connaissance de l’estuaire. C’est au moins un Ier point de rencontre. Tous deux travaillent sur l’estuaire, l’un sur la terre et l’autre sur l’eau. En fait ce n’est pas sur l’eau que le mystère de l’estuaire réside. Ce serait plutôt sur ses bords et surtout sur son lit profond, c’es-à-dire la terre ou plus justement la vase.  

Commençons par Hervé le Bras, le démographe pour savoir qui vit et comment on vit sur les rives de l’estuaire. C’est un homme qui sait faire parler ses cartes de lissage. Entendez par là, qu’il met en valeur visuellement les évolutions de la population au cours du temps après des traitements statistiques tout autant que cartographiques et informatiques. Que nous disent ces cartes ? L’Ouest, l’estuaire de la Loire et la côte littorale de part et d’autre forment une des régions les plus attractives de France, avec le Midi bien sûr et surtout la région Languedoc-Roussillon.  
 

. « De 1975 à 1999, le développement de la population se fait en diagonale Est-Ouest en France. L’Ouest attire, l’Est surtout en partie nord se dépeuple.   

. Depuis 1999 et jusqu’en 2006, le développement des grandes villes Nantes, Angers Laval se poursuit et la Côte attire encore plus de la Vendée à Mesquer. L’attirance vers la Côte devient un phénomène national.   

. Le cycle de vie territorial découle du cycle de vie des ménages. Les jeunes couples avec des enfants s’éloignent de la ville pour bénéficier d’un foncier moins cher. Les seniors reviennent en centre ville surtout vers 75 ans pour bénéficier des services dont ils sont très demandeurs.

. Le nombre de personnes par foyer diminue.
. La fécondité est exceptionnellement forte dans les pays de Loire : 2,12% en Mayenne pour 1,57% à Limoges.
. Le vieillissement de la population est un phénomène urbain, particulièrement marqué en centre ville.
. Les retraités ont un pouvoir économique plus élevé que les jeunes couples : un retraité gagne plus qu’un actif en France.  

= Et le célèbre chercheur se refuse à faire des prospectives puisqu’elles sont basées sur des faits de maintenant. L’avenir est par nature incertain.  

C’est bien cette incertitude qui lie l’estuarienne au démographe. Martine Staebler rappelle que l’estuaire est un endroit bien particulier. Cette rencontre du fleuve et de l’océan est le plus grand estuaire de France ; le bassin versant de la Loire couvre 1/5 de la France. Le fleuve charrie 27 milliards de m3/an d’eau douce, avec des débits d’une très forte amplitude, qui font face à 150 milliards d’eau salée… 

Cet endroit si particulier est aussi le fruit d’un certain nombre d’aménagements entrepris depuis deux siècles pour chenaliser la Loire. Les bateaux peuvent ainsi remonter le fleuve jusqu’à Nantes. Pour amender les terres pour l’agriculture, on a extrait de très grandes quantités de sable en particulier pour le maraîchage, encore à la fin du siècle précédent. Que ce soit sur les rives restructurées, le chenal principal fixé, les chenaux secondaires bouchés, le lit profond creusé en profondeur, les résultats vont tous dans le même sens : ils sont terribles. Le courant est violent, l’onde de marée (la remontée de l’eau salée) atteint l’amont de Nantes, le dragage de la vase est incessant, les vasières sont obstruées, les prairies grillées … 


Les équilibres profonds du fleuve sont atteints. Un scénario de restauration est maintenant en application. En Ier lieu, l’effort porte sur le vivant en reconstituant les vasières qui sont des lieux d’une extrême  richesse (800 individus au m2) nécessaires à l’alimentation des oiseaux et des poissons. En seconde position, les monstrueuses fosses creusés par l’homme sous le lit du fleuve vont être comblées au moins en partie pour lisser les effets de l’onde de marée. Ces deux mesures sont au cœur du dispositif permettant à la Loire ‘d’apaiser’ son estuaire au moment où les pressions à venir vont toutes dans le même sens.
 

= Car l’estuaire va à nouveau subir un choc d’une amplitude sans égal du fait des effets du réchauffement climatique. Ce n’est plus un risque aléatoire, c’est maintenant une certitude. Toutes les mesures touchant à l’estuaire vont devoir intégrer cet événement sans précédent dans l’histoire. 


Que partagent en commun ces deux chercheurs ?
. La recherche sur l’assise de leurs études, la démographie pour l’un, l’estuaire pour l’autre.
. La passion de transmettre et une grande chaleur humaine.
. L’interaction entre trois acteurs que sont un espace bien particulier, l’estuaire, la prise en compte du temps qui passe et qui est à venir et l’action de l’homme.
. L’intégration du changement dans le schéma global de raisonnement.

. Avec des perceptions différentes: l'un parce qu'il est dans le changement perpétuel, l'autre aussi avec une obligation thérapeutique, qui est d'essayer de réparer autant que faire se peut,  quelques dégats du passé, pour mieux envisager l'avenir. 
 
 

Pour suivre l’estuaire
. Les rencontres avec Hervé Le Bras et Martine Staebler se sont faites dans le cadre des Assises 2008 « Panel Citoyens »  organisées par la Région pour le Groupe de travail Estuaire de la Loire le 18.10.2008.
. Hervé Le Bras est un universitaire très connu, directeur d’études à l’INED  et enseignant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
. Martine Staebler vient de quitter le GIP estuaire dont elle a été la directrice pendant 10 ans.
. Voir les travaux du GIP sur www.loire-estuaire.org/detail.html 

. Lire aussi sur ce blog le Ier et le 2è billets sur l’estuaire :
-        L’estuaire de la Loire entre problématiques et prospectives
-        Des auteurs et un dessinateur face à la Loire et à l’Océan

C’est pourquoi, le titre devient maintenant DD3, parce que c’est le 3è billet sur le développement durable de l’estuaire.
 
Remarque importante: le réchauffement climatique ne fait pas directement partie de nos travaux pour l'instant. Il est pour moi continuellemen sous-jacent.
 

. Photo EP Portrait de Martine Staebler à la fin de son intervention à l’Hôtel de Région. 

 

            

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 11:35

Quand ils se rencontrent, cela donne un joli livre, Loire & Océan - préfacé par Jacques Auxiette, Président du Conseil régional des Pays de Loire - d’autant plus intéressant que la moitié des auteurs sont originaires d’Argentine, d’Italie et d’Ecosse.

 

Maria Fasce est la romancière argentine. C’est elle qui nous parle de Nantes en qui elle retrouve certains traits de Buenos Aires. « Les deux villes ont le même penchant pour la littérature du fantastique et pour les rêves, ce qui revient au même… Il y a deux mille cinq cent ans, les Celtes naviguaient déjà sur la Loire.  En 600 avant Jésus-Christ, Nantes était tout juste un  comptoir de troc de métaux, un lieu de transit vers les terres de l’étain…Le fleuve trahi, caché, détourné, affleure sous la forme la plus imprévisible et au moment où on s’y attend le moins : inondations, transformations, cauchemars. Selon Jung, qui peut être connaissait Nantes, l’inconscient qui est féminin, lorsqu’il est confronté à une Histoire essentiellement masculine, prend sa revanche. Le mot rivière est aussi féminin en français comme la mer et la peur ».   

 

Patrick Deville est l’auteur nantais. Il connaît tous des différences entre les deux rives : « l’ardoise et la tuile sur leurs toits, la politique depuis la Révolution, depuis toujours les eaux tourmentées du grand fleuve dont les mouvements contraires écumaient à chaque marée, frontière naturelle aussi considérable que le Bosphore à Istambul entre l’Europe et l’Asie, manière de fleuve Congo entre Brazaville et Kinshaha ». Des deux rives, il choisit les yeux grands ouverts la rive gauche et plus particulièrement l’embouchure du grand fleuve. L’ancien port de Paimboeuf l’émeut profondément, surtout à un endroit bien précis où, placé sur le goëmon,  il peut placer son pied gauche dans l’Océan et le droit dans le fleuve. C’est aussi un endroit bien particulier qui est maintenant réuni à l’autre rive grâce à un pont haubanné de plus de 60 mètres de haut et de près de quatre kilomètres de haut. Pour lui, ce pont est une fiction. Une invention de l’un des deux Jules, Verne ou Grandjouan…son héritier farfelu… qui rêvait déjà d’un Nantes-Naz, une seule ville ! un seul port de la bouche océane au premier gué ». 

 

Jean-Claude Crosson est le dessinateur et l’aquarelliste de tout l’ouvrage. Tout comme l’eau quelle soit de Loire ou d’Océan, ses croquis et ses aquarelles forment l’unité profonde de l’ouvrage. Sans lui, le livre ne pourrait se concevoir. Il s’est posé successivement à Fontevraud qui abrite le CCO (Centre culturel de l’Ouest), à Saumur, au Thoureil, à la Bohalle, aux Ponts de Cé, à Angers qui domine La Maine, un affluent de la Loire, à Ancenis. Il a été très inspiré ensuite par Nantes et l’embouchure. Il a terminé son périple par le Croisic et Noirmoutier.    

 

Pour suivre le chemin

. Impressions d’une Argentine à Nantes, Maria Fasce, Françoise Garnier pour la traduction de l’espagnol (Argentine) en français, Marina Harrs pour la traduction de l’espagnol (Argentine) en anglais

. Nantes-Naz, Patrick Deville, Delia Morris pour la traduction du français en anglais

 

L’ouvrage réunit quatre autres textes, deux pour la partie qui précède l’estuaire :

. De Saumur à Angers,  Giuseppe Conte, traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para et de l’italien en anglais par Elisabeth Petillot

. La troisième rive, Michel Chaillou, Delia Morris pour la traduction du français en anglais

et deux pour la partie océane :

.  Le Croisic, John Burnside, Françoise Abrial pour la traduction de l’anglais en français

. L’appel de Noirmoutier, Jean Rolin, Delia Morris pour la traduction du français en anglais

 

Jean-Claude Crosson est aussi l’auteur de « La route des Zincs ».

 

meet, la maison d’éditions, est basée à Saint-Nazaire. Elle a ceci de particulier qu’elle est la maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire.

Photo EP de la couverture de l’ouvrage.  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /Oct /2008 09:34

Les problématiques de l’estuaire sont celles d’aujourd’hui, en suivant la Loire d’amont vers l’aval, d’Est en Ouest : 

 - la terre en rive droite

. la très forte urbanisation de l’estuaire, avec la formation d’une métropolisation de Nantes à Saint-Nazaire,

. l’implantation de zones d’activités industrielles en ruban entre les deux axes portuaires,

. l’existence d’un nombre important installations industrielles lourdes en terme d’impact sur le territoire et en terme de risques (Seveso) ;

 

- l’eau salée

. la remontée d’eau de mer dans le lit de la Loire à la suite du dragage pour permettre à Nantes de rester un port accessible à des navires de gros tonnage,

. la production de vase de plus en plus entre l’embouchure et Nantes, avec comme conséquence le dragage incessant de la vase, puisqu’elle se reforme à peine enlevée en raison du phénomène du bouchon vaseux ;

 

- l’eau douce

. des besoins en eau toujours plus élevés (habitat, usages agricoles, usages industriels),

. des traitements de l’eau toujours plus coûteux en terme de traitement et de réseaux ;

 

- la rencontre entre la mer et la terre

. avec un port aux deux extrémités de cet estuaire, celui de Saint-Nazaire, qui a en particulier une vocation agro-alimentaire, céréalière (Cargill), pétrolière (raffinerie de Donges)… et Nantes qui garde une compétence Bois…La dénomination de ce port : Nantes-Saint-Nazaire pour montrer la complémentarité des deux parties d’un tout ;  

 

A ces problématiques fonctionnelles s’ajoutent des données géographiques, économiques et historiques fortement impactantes :

 

. un fleuve, dans une multitude de lits, qui changent, bougent dans un espace large et non constructible,

. des zones inondables qui sont de véritables poches de nature de part et d’autre du fleuve, qui marquent les frontières les plus larges,

. des petits affluents en grand nombre;

  

. deux marais parmi les plus importants de France, situés en diagonale est-ouest. Le plus proche de Nantes est situé sur la rive gauche (Lac de Grandlieu), le plus éloigné sur la rive droite (La Brière). Le Lac est relié à l’estuaire par une multitude de rivières ; le marais a été coupé de l’estuaire pour éviter la remontée d’eau salée. Ces deux marais sont d’ailleurs insérés dans des frontières d’un parc naturel qui ne touchent pas la Loire ;

 

. des rives bien différenciées en terme climatiques, plus chaud et plus rural au sud, avec une métropolisation moins accentuée, une relation naturelle avec la Vendée alors que la rive nord est en lien avec la Bretagne. La poly-agriculture domine au sud, alors que le nord est placé sous le signe de la grande industrie, la ville étant le cœur des services. Un bon marqueur climatologique est la vigne qui est présente rive nord jusqu’au Cellier inclus et jusqu’à la mer rive sud, dans une zone littorale maritime qui va du Lac de Grandlieu jusqu’à la mer ;  

 

. le fleuve qui est toujours une frontière entre les deux rives. Il crée de facto une concurrence entre les deux rives, l’une étant toujours dominante par rapport à l’autre puisqu’elles sont différentes. La création du pont de Saint-Nazaire a eu pour première conséquence la vitalisation de la rive gauche de l’estuaire en terme d’habitat et d’implantations d’activités économiques ;

 

. un pont entraîne pour la rive la moins forte un  accroissement de la mobilité, une pression foncière de plus en plus accentuée et un renforcement du maillage économique ; d’où les projets de deux nouveaux ponts. Les deux derniers sont déjà saturés, que ce soit le Pont de Saint-Nazaire et celui beaucoup plus récent de Cheviré.

 

A ces données de base, il convient de rappeler deux autres dimensions :

. le poids de l’histoire, qui a marqué très distinctement les deux territoires et dont il n’est pas possible de ne pas tenir compte en terme de mentalités et de réactions sociales,

 

. le littoral, un concept du XIXè siècle, inventé à l’usage des riches bourgeois qui ont posé les jalons de la société des loisirs et découvert la mer en suivant  le modèle de l'aristocratie anglaise. La Baule en est très bon symbole. La métropolisation ici se traduit en terme de bétonnisation du bord de la mer de chaque coté de l’estuaire, surtout en rive nord avec l’ensemble La Baule-Pornichet. L’axe d’urbanisation Est-Ouest, Nantes- Saint Nazaire se traduit dans les faits par la création d’une métropole en T horizontal.

 

Les conséquences pour la zone sud

. la rive sud sert à éponger le trop plein de la zone nord,

. le mitage se renforce,

. le manque de terre, déjà très fort au sud-sud de Nantes, du fait de la géographie (bassin de la Sèvre et de la Maine) et de la vigne , se déplace vers l’ouest,

. l’urbanisation augmente, non seulement du fait de la métropole de Nantes, mais aussi du littoral (Saint-Brévin, Pornic …) et de chacune des communes petites et moyennes entre les deux, qui sont plus accessibles en terme de coûts premiers de logement,

. la création de pont renforce les flux entre les lieux de logement, les lieux de travail et les lieux de services en lien avec la ville et les modes de vie urbain, même quand on vit à la campagne.

 

Arrive maintenant un nouvel élément, le réchauffement climatique et ses conséquences en terme d’élévation du niveau de l’eau. La surface de la terre disponible pour les activités humaines baisse encore. La surface prise par les logements (travail + loisir), le travail dans l’agriculture, l’industrie et les services, le déplacement pour le travail, le déplacement pour les loisirs explose en terme de demande. Un département disparaît tous les 10 ans du fait de l’asphalte et du béton en France.

 

La question est : que fait-on dans le cadre du développement durable ?

C’est la question que la Région pose à des habitants sélectionnés par Ipsos pour réfléchir à différentes problématiques. Outre le Groupe-Estuaire qui planche sur l'industrialisation, il y a trois autres groupes qui travaillent sur l’industrialisation de l’est de la région, la santé et les contrats territoriaux. Chaque groupe de 15 citoyens - c’est la terminologie utilisée - est identifié par sa couleur. Le bleu pour l’estuaire.

 

Pour suivre le chemin

Ce billet est le Ier d’une série que je vais consacrer à la Région. Vous avez bien sûr compris que je fais partie du Groupe Estuaire/Industrie et que je  suis ravie de cet exercice, en temps réel serré, de fortes cogitations neuronales et  de rencontres humaines chaleureuses dans un cadre de prospective appliquée à un territoire qui nous concerne tous, pas seulement les Ligériens, la Loire. 

 

J’ai commencé cette synthèse avant la première réunion citoyenne, complétée par des informations reçues pendant et collectées depuis.  Ce n’est donc  pas un compte-rendu des interventions des experts que nous avons pu questionner ni des prises de positions de chacun des sous-groupes du groupe.  Il y a en outre des thématiques qui n’ont pas été évoquées (et que je cite)  puisque ce premier mini week-end de rencontres a été consacré à l’estuaire proprement dit. Le prochain est dédié au thème de l’industrie dans l’estuaire.  

.www.paysdelaloire.com

. Photos EP à partir d'étiquettes auto-collantes qui sont des outils de communication de la région. J'ai choisi la crevette et le vélo en Ier et le poisson et la grappe de raisin en 2. En guise de clin d'oeil pour ne pas oublier les vins de Loire, rive droite, rive gauche et littoral! 
. www.diversivie.com

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Développement durable
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