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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Boire et Manger par la peinture

24 Août 2007, 08:25am

Publié par Elisabeth Poulain

DSF02680fg.jpgQuand vous découvrez l'évolution de nos styles de vie par les peintures des plus grands musées d'Europe, 

Eh bien, ça vous fait un choc, parce que vous recevez  l'art comme un message que des artistes d'il y a plusieurs siècles vous envoient personnellement, un message très claire et très direct que vous lisez sans vous soucier ni du style, ni de l'école, ni de culture savante. C'est ce qui s'est passé pour moi avec un Guide des Arts dédié aux "Traditions et Symboles" du "Boire et Manger" au cours des siècles en Europe. 
C'est encore une des façons de constater que les tableaux voyagent tout autant que les vins. 

Trois axes constituent le fil de trame de la recherche en texte et tableau, en 1 les lieux et les rites, en 2 les aliments et les boissons et en 3 la table et le décor. Rien que ce plan en 3 parties est lumineux. Il est complet parce que chacune des parties est tout autant nécessaire à la cohérence du système qu'indispensable en soi.   
Impossible de tout citer avec 400 pages, donc 800 tableaux. 

En 1, je choisis le café, le pique-nique et les règles de la table. En 2 le raisin, le vin et le champagne. En 3, vous avez déjà deviné que c'est le récipient à boire, la coupe de cérémonie et les récipients à eau et à vin. 

11. Le café au XIX siècle est essentiellement un lieu de rencontre où on échange beaucoup d'idées. On y boit du café certes mais aussi du vin déjà vendu en bouteilles depuis la fin du XVIIIè siècle. On les voit sur le tableau de Ludwig Passini, Café Greco (1850) à Rome qui existe toujours (Kunsthalle à Hamburg). 
12. Le pique-nique est plus un divertissement qui rapproche les participants au sein de la nature qu'un véritable repas. D'origine française, il devient fréquent en peinture au 18è, sous sa forme aristocratique. C'est le Pique-Nique au cours d'une chasse (1858) de Gustave Courbet  qui a été choisi  (Wallraf-Richardz Museum à Cologne).   
13. Pour les règles de table, j'ai appris  que nos amis raffinés qu'étaient les Romains de l'Antiquité avaient  trouvé un système un peu curieux à nos yeux:  nul ne devait toucher à la nourriture tombée de la table sur le sol  pendant les banquets ou de les balayer. Il fallait attendre sous peine d'offenser les Dieux. Toujours dans le but de les apaiser, des représentations des fruits et légumes surtout étaient peintes sur les murs. En signe d'abondance et de richesse aussi. Pour les déchets, c'est une mosaïque de la Cité du Vatican qui est représenté. On y voit os, pince de crable, noyau de cerise et d'olive, arête de poisson...(Cité du Vatican)

21. Le raisin forcément, quasiment toujours présent dans les natures mortes  du 16è jusqu'au 19è. Symbole de passion du Christ, il représente aussi l'automne à cause des vendanges. Il faut dire qu'il était présent sur les tables sous forme de raisin sec, comme amuse-gueule, entre les plats. Ici, l'auteur a choisi une Nature morte avec des fruits dans une niche (1620) de Frans Snyders qui associe grappe de raisin blanc et noir avec des figues et des grenaches. Une véritable merveille du National Museum de Stockholm.   
22. Pour le vin, je ne résiste pas à vous retranscrire la citation d'Aristophane, Les Cavaliers, qui figure dans l'ouvrage: "quand ils boivent, c'est alors que les hommes sont riches, réussissent dans leurs affaires, gagnent leurs procès, sont heureux, aident leurs amis". Plusieurs tableaux figurent  à cette rubrique, dont le Bacchus adolescent par Le Caravage de 1597. Parce qu'on le voit très souvent sur des étiquettes de vin , trop souvent peut être parce que la reproduction du tableau est libre de droits. Ne me demandez pas pourquoi. Ce Bacchus là est bizarre, asexué; par contre le décor est très riche et la coupe en verre de Venise remplie d'un vin pourpre. (Galleria delli Uffizi à Florence). 
23. Le Champagne, c'est Edouard Manet , avec Un bar aux Folies Bergère (1882) du Courtauld Institude of Art Gallery à Londres qui émeut.  

31. Le récipient à boire est très présent dans les peintures flamandes. J'ai choisi une toile dans lequel on voit un verre de l'amitié, un verre haut et fuselé utilisé pour partager l'amitié, celui que tient un homme assis et dans lequel une servante verse du vin avec un pichet en étain. Le peintre est Frans van Mieris le Vieux, le tableau Scène de bordel , la date 1658 et le musée , Mauritshuis à La Haye. Ca vaut le coup d'aller aux Pays Bas rien que pour voir -en vrai- ce tableau. 
32. La coupe de cérémonie avait un double usage, boire du vin au cours de cérémonies officielles et attester de son rang dans un cabinet de curiosité.  Vous prenez une corne que vous enchassez d'or  et à qui vous mettez un pied. Je suis tout à fait iconoclaste et ignorante. En fait l'ouvrage me dit que le vase de Jacobs More Ier a la forme d'un rhyton (oui??) porté par un aigle (ouah) qui est détenu au Musée du Kremlin (oh) à Moscou.  
33. Les récipients à eau et à vin forment un groupe composite dans lequel je choisis le tonneau qui figure à gauche d'une toile de Simon Marmion, Le Miracle de Saint Bertin (1459), un moine bénédictin du VIè siècle qui fonda l'abbaye française de Sithui, Saint-Omer en français. Le Saint qui soutire du vin avec son grand pichet d'étain, était d'autant plus célèbre qu'il était réputé à avoir accompli le miracle de remplir  de vin un tonneau vide. (Gemäldegalerie à Berlin). 

L'auteur, vous avez oublié de citer l'auteur. Oui, j'ai failli. C'est Silvia Malaguzzi chez Hazan éditeur et son travail, cette merveille à déguster avec modération ne coûte que 27 E. D'un coté, c'est formidable et de l'autre, on se demande comment on peut avoir une telle qualité pour ce prix là. C'est vraiment le travail d'une vie.     

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