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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Quand Nicky rencontre Angie,

17 Septembre 2007, 15:51pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il lui fait la bise et ça devient une affaire d’Etat. Pourquoi parce que c’en est une (d’affaire d’Etat) d’abord, parce lui est français et elle allemande, parce qu’on ne sait pas de trop, si ça se fait ou pas d’un chef d’Etat à un autre et parce que surtout c’est toujours à l’initiative du Ier. Et ça, entendez la bise, relève des rapports homme-femme. Un sujet toujours d’actualité et qui à mon avis va le rester pendant encore un certain temps, voir un temps certain.  

Quelques éléments à verser au dossier. Au départ, c’est plutôt sympa. C’est un petit geste d’affection sans façon. Quelqu’un qui vous fait la bise ne peut pas être entièrement mauvais.  Les chats que j’ai vus mettent beaucoup l’accent sur le coté sympa de l’affaire et sur la différence culturelle entre les 2 pays.  

En Allemagne, on aime bien garder une certaine distance, plus grande qu’en France. Là franchement le respect de la distance à préserver impérativement dans les rapports sociaux, le travail et la politique en font partie, n’est pas sauvegarder. Chacun avance dans la vie entouré d’une petite bulle, comme un cocoon protecteur. La gêne commence quand l’autre franchit la frontière invisible, sauf pour des raisons amoureuses par exemple. Clairement on n’est plus dans le travail. Cette frontière varie avec les situations et les cultures*. Sans aller loin dans l’analyse, chacun sait et sauf exception que les Anglo-Saxons aiment garder une distance plus grande qu’en pays latins. En France on se serre très souvent la main, plus qu’en Angleterre  ou en Allemagne où on préfère limiter les contacts corporels.   

Et quand à la fameuse bise, de nombreux étrangers sont surpris de ce goût des Français à vous faire la bise, voir à vous serrer dans leurs bras, nous les femmes françaises ou pas. A tout bout de champ, sans s’arrêter, 1 fois, 2 fois, paraît-il que c’est 2 en Alsace (ah bon ??), en commençant par la joue droite. Plus paraît-il que cela devient populaire. 4 fois étant réellement un maximum. En Anjou, parfois, vous ne savez pas si ça va durer longtemps encore. Vous vous surprenez à compter et parfois vous arrêtez avant, sans faire attention. Et là suspense, est-ce que ça va recommencer ? Non, bon.   

Mais pourquoi les Français hommes veulent-ils absolument nous faire la bise ? Les exemples que j’ai trouvés sur le net citent la bise faite à un enfant, à une femme ! Ah ! Déjà, je n’aime pas beaucoup l’assimilation, comme la Documentation française qui a une rubrique « Femme,  enfant » dans son catalogue de nouveautés. Ca ne choque apparemment que moi. On pourrait peut être faire deux entrées. Quand même, on est en 2007. Passons, on revient au travail. Là on n’a pas besoin d’affection, mais d’efficacité et de politesse.  

Pour Angie et Nicky, que vous avez bien sûr reconnus, la critique en Allemagne, ne se situe pas sur ce terrain mais sur celui de la familiarité. Ca fait trop copain-copain. Evidemment le Grand Jacques faisait un baisemain, ce qui a des façons Grand Siècle, en forme d’hommage dit le petit Larousse, à une femme ou à un souverain. Cette fois-ci, ça pourrait passer pour le souverain, de souverain à souverain. Remarquons que le coté désuet du baisemain était déjà une bizarrerie; on pardonnait. Ah, ces Français toujours à se faire remarquer.  

Pour finir, je vous livre en cadeau, certaines de mes sources « Histoire de la Politesse de 1789 à nos jours » de Frédéric Rouvillois (Flammarion) que j’ai achetée pour ma recherche sur Les Habits du Vin. L’auteur, un juriste distingué comme je les aime, décrit en p. 204 :

-        la vieille poignée de main française, noble et digne, au bout du bras tendu droit,

-        le secouement britannique brusque et cordial (= le shake hand). Il date la naissance du baisemain du début du 20è, fort répandu avant la Grande Guerre : le geste d’un homme, d’un jeune garçon inclinés sur la main d’une femme est d’une  grâce et d’une délicatesse exquise. Il est bien plus déférent que le shake-hand cavalier. Un détail, l’homme ne soulève pas la main de la dame et doit se courber ; on peut le pratiquer dans la rue, tout dépend de la rue, contrairement à ce que me disait ma mère qui me disait: jamais dans la rue !

-        Pour la bise, il faut se rendre à la page 400 ou l’auteur parle alors de promiscuité plébéienne !  Une seule exception admise, celle de l’âge avec les jeunes qui se font la bise, sans même se connaître, en signe de reconnaissance. 
Et c’est Gilles Marin-Chauffier dans son dernier roman « Une vraie Parisienne » (Bernard Grasset) qui nous donne peut être une autre piste en nous parlant des bises qu’on se fait entre people : « on s’embrassait tous, on s’aimait, la journée s’achevait… ». mais ce n’est plus le temps du travail.  

* Sur le sujet voir tous les ouvrages de Edward T. Hall publié au Seul dans la collection  "Points" et tout particulièrement "Le langage silencieux", chapitre 10 "L'espace parle".

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