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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le monde selon Gérard et Catherine Bossé, restaurateurs, Béhuard, Savennières, France

1 Octobre 2007, 17:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce billet fait suite à celui dédié à Patrick Baudouin (2)

Gérard Bossé est devenu cuisinier en second choix de vie. Il a beaucoup lu, beaucoup réfléchi et est revenu en Anjou après avoir vécu et travaillé dans la région parisienne. Autant de points communs avec le vigneron. Par des amis, Gérard Bossé a entendu dire que Les Tonnelles étaient à vendre. Il connaissait. C’est là qu’il venait manger une tartine de rillettes avec un verre de Savennières avec ses copains le dimanche après-midi. Avec Catherine, ils se sont décidés très vite et se sont lancés à une ré-interprétation de la cuisine angevine. Le chef n’a jamais été très docile pour travailler sous les ordres de quelqu’un. Il se définit comme un artisan, un metteur en goût. S’il avait un secret, il tiendrait en peu de mots : des produits frais de qualité, avec un approvisionnement local, travaillés dans le respect de leur identité. « Manger une carotte rapée, c’est bon, une crêpe fait par le jeune voisin dans la crêperie d’à coté aussi. » En jouant les saisons avec une carte des vins de vignerons comme Gérard et Catherine les aiment et la possibilité de boire les vins au verre. La carte est tout à fait exceptionnelle, avec des vins de Patrick Baudouin bien sûr et aussi de Jo Pithon, de René et Agnès Mosse en Anjou, des Foucault en Saumurois …  

Ce goût pour le vin, Catherine l’a développé à l’instinct comme une ardente nécessité. Et pour acquérir cette dimension nouvelle pour elle qui travaillait aussi, comme son mari, dans l’animation sociale lui avec des jeunes et elle avec des femmes, elle a appris chez Patrick Baudouin et Jo Pithon le travail de la vigne puis du raisin pour faire du vin.  Cette approche douce, traduisez humaine, des lieux, des produits, des hommes et des femmes leur  a permis à tous deux de comprendre et de façonner « leur » Loire, celle qu’ils donnent à goûter à leurs clients.  

Des vins de Patrick, Gérard dit qu’il aime beaucoup ses moelleux. « Les belles années, il a fait vraiment des choses extraordinaires. Il y a dans ses vins un coté franc, droit. Ce sont des vins de bonhomme, avec les qualités et les faiblesses du bonhomme. Que ce soit pour Baudouin, Pithon et Mosse, Foucault bien sûr, à chaque fois, il y a correspondance avec ce qu’ils sontNous on goûte une bouteille. Si à la fin, on est toujours content, on sait que ça vient d’un vigneron comme on les aime. Les étiquettes ou les grands crus, on s’en fiche. » Ils connaissent tous les vignerons dont ils présentent les vins à leur carte. Ils sont allés à leur rencontre, chez eux. Pour aller plus loin, Gérard et Catherine ont franchi une autre barrière en devenant eux-même propriétaire de deux parcelles, Saint Germain des Près en Anjou blanc que vinifie Patrick Baudouin et une à Savennières  que vinifie Jo Pithon pour eux. Et cette fois-ci les deux propriétaires ont confié la création de leur étiquettes à Tolmer, un artiste ami, qui a noué des liens étroits et chaleureux avec les vignerons de Loire dans leur style.  Et c’est Lucie Lom dont  un des deux animateurs habite Savennières qui a fait leur protège-carte et leur carte de visite en partant d’une photo très graphique de la Loire en crue. Le résultat  est tout autant étrange, onirique que réussi.  

 

Le monde vu par un couple d’Américains, New York, EUAN, Béhuard, France  (3)

Le restaurant et la crêperie située à coté constituent les seules activités encore en exercice à Béhuard, que l’on connaît surtout par sa petite église et le pèlerinage qui continue à être pratiqué. Il y règne une certaine atmosphère de lieu hors du temps. C’est pourtant aussi à certains moments et pendant un temps très court le centre du monde. Cela a été le cas  pour ce couple de New Yorkais aux cheveux blancs, des seventies, qui ne parlent pas le français et dont nous comprenions tous l’américain. Ils étaient venus là absolument pas par hasard. Leur voyage avait été préparé. La dame avait un calepin et un crayon à portée de sa main et notait les accords mets-vins, les cuvées et les millésimes, avec un plaisir presque aussi fort que celui qu’elle avait à goûter, en compagnie de son mari. Tous deux font partie d’un « wine-group » à New York et se concentraient sur la rencontre qu’ils faisaient avec ce qu’il y avait dans leur verre et dans leur assiette, en échangeant avec gourmandise leurs impressions. Notre plaisir, à nous qui les regardions finir leur repas, a été de voir leur plaisir. Il est si rare en France de voir des gens dire leur bonheur de vivre, de manger, de boire, de parler et de remercier.  Ils avaient pris le grand menu : foie gras grillé, homard, turbot… Sur leur table restait une bouteille des Foucault « Le Clos ». En partant, ils ont demandé au Chef de venir signer le menu qu’ils ont emporté avec eux.  « It’s a very nice souvenir » a ajouté pour sa part le monsieur qui a signé la note et ça l’a fait rire. J’ai fait des photos des quatre héros ensemble, tous en train de rire. Au chef, ils ont dit de Catherine qui parlait en anglais avec eux :  « She is as good as you » et ils ont ajouté qu’on ne s’était pas occupé d’eux comme ça chez Taillevent.  

Le lendemain, ces New Yorkais avaient rendez-vous au Domaine du Closel et au Domaine aux Moines pour goûter des Savennières in situ. Catherine Bossé leur a trouvé une chambre dans le moulin proche du Domaine aux Moines sur la colline. La tonnelle s’est vidée, il faisait doux, il devait être 15 heures et plus, par un jour de semaine de septembre. Devant nous sont alors passés une quarantaine d’étudiantes et d’étudiants majoritairement en provenance  de Chine, en visite dans l’île ; des jeunes qui viennent de l’autre bout du monde pour comprendre notre monde, encadrés par un prof de l’Ecole supérieure d’Agriculture d’Angers. Et nous nous connaissions tous, le vigneron, les restaurateurs, le prof et moi, avec assis à nos côtés un couple charmant d’Américains et des jeunes Chinois dans la ruelle. A Béhuard, au Restaurant des Tonnelles.  C’est quand même étonnant.     

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