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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le raisin, la vigne, le vin de Champagne et la table dans l'Histoire au pluriel

14 Octobre 2007, 09:17am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un de ces achats d’impulsion que l’on fait alors qu’on sait qu’on n’a plus de place dans la valise et auquel on cède malgré tout. Il y a un air de trouvaille autour de ce livre d’Eric Glatre un livre d’un bon format (19,1 x 14), à la présentation contemporaine, beau papier, très belle iconographie. Lourd en main, sobre et avec un titre auquel il est difficile de résister : « Chronique des Vins de Champagne » en blanc métallisé  sur une couverture verte foncée en papier mat, agrémentée d’un envol de quelques bulles en diagonale gauche-droite (Castor et Pollux édition 2001).
 
Et le voyage dans le temps commence par cet avertissement de l’auteur qui nous prévient, nous lecteurs, de repérer pour chaque date une des trois icônes utilisée par l’auteur selon le sujet visé: la fleur de lys pour l’histoire de France, un chevalier à cheval pour l’histoire de la Champagne et une fleur ( ?) pour l’histoire des Vins de Champagne. C’est un livre qui doit être le fruit d’une très grosse et longue recherche et qui est d’une richesse d’information étonnante. Devant une telle abondance, j’ai choisi comme fil de trame une autre histoire, celle de la légitimité du vin par l’art, la sculpture, la tapisserie, la peinture, le dessin, l’affiche…pour chaque chapitre de cette recherche. C’est une idée qui m’est venue à la suite de la découverte de Boire et Manger par la peinture dont je vous ai déjà parlée.  
 
Le Ier chapitre (58 av JC-476), Les Gallo-Romains, la légitimité romaine et la sculpture
Le livre commence par une interrogation sur la date à laquelle la vigne est apparue en Champagne (entre le Ier et le V siècle). Ce qui est sûr c’est qu’elle a été apportée par les Romains maîtres de la Gaule Chevelue (Aquitaine, Belgique et Celtique)n qui en firent une province rattachée à la « Provincia » (Narbonnaise). Les choses n’étaient déjà pas simples, il y a plus de 2 000 ans. Entre 16 et 13 av JC, Reims est devenue capitale de la Belgique seconde et a disposé dés la fin du IIè siècle d’un arc de triomphe, la Porte de Mars, sur lequel figurent des scènes de vendanges pour représenter le mois d’octobre.
 
Chapitre II, le Moyen Age (476-1492), la dimension ecclésiastique et la tapisserie
Celle-ci ressort du Miracle du Vin figurant sur une tapisserie consacrée à Saint Rémi dont le testament fait état très précisément de la situation du vignoble. Rémi était l’évêque de Reims que tous les écoliers de France connaissaient, il y a quelques décades. C’est lui qui a baptisé Clovis avec ses 3 000 guerriers le 25 décembre 496. Dans les siècles suivants, le développement du vignoble s’est poursuivi sous la vigilante attention de l’Eglise : « …en ce lieu abondent les vignes, / avec toutes leurs grappes / dont les gemmes gonflées s’en viennent/ rutiler dans les coupes de vin » (Almann, moine d’Hautvillers, dans Les Miracles de Sainte Hélène, IXè siècle).
 
Chapitre III, Renaissance et Guerres de Religion (1492-1610), la dimension d’usage et le dessin
Les scènes de table commencent à être représentées par les artistes, que ce soit en dessin d’une taverne au XVIè siècle (collection Eric Glatre) ou en carte postale contemporaine où on voit notre « bon roi Henri » (IV) célébrant les vertus du Vin Gris de Champagne avec une poule juchée sur le bras gauche, le droit portant la bouteille. 
 
Chapitre IV, Louis XIV et le Siècle des Lumières (1610-1789), la dimension royale et la peinture
Le Déjeuner d’Huîtres (1735) peint par Jean-François de Troy (1679-1752) est certainement une des œuvres les plus connues du Musée de Chantilly (un peu moins célèbre quand même que Les Riches Heures du Duc de Berry). On y voit comment était bu le vin effervescent de Champagne au cours d’un repas d’hommes. Par terre des coquilles d’huîtres, une bourriche renversée, des bouteilles à rafraîchir devant la table…Beaucoup d’hommes debout autour de la table où seuls quelques gentilshommes sont assis. C’est remarquable de vie, de fraîcheur, de composition, d’information et d’harmonie au point qu’on se dit qu’il faut aller à Chantilly, rien que pour voir cette toile maîtresse, legs du Duc d’Aumale, fils de Louis Philippe à l’Institut de France. En attendant, vous pouvez voir la toile en vous connectant sur le site du Musée.  
Faites la comparaison avec Le Déjeuner au Jambon de Nicolas Lancret (1690-1743). C’est un repas champêtre assez curieux par la dissociation qui existe entre la table à la fin de repas et le décor en extérieur posé comme un décor de théâtre autour. Avec des restes par terre et un relâchement certain des convives. Une femme debout caresse la gorge d’un hommes assis. Les deux œuvres ont été commandées par Louis XV pour la salle à manger des Petits Appartements à Versailles ; c’est ce qui explique l’identité de date et la présence de cette nature idéalisée.
 
Chapitre V, De la Révolution à l’Empire (1789-1815), la dimension politique et internationale par le dessin et la littérature
Comme on le sait l’époque est troublée mais pas n’empêche pas la réputation du Champagne de se développer.
-        Un dessin du 5 mai 1789, l’Accord fraternel, représente des représentants des Trois 
      Ordres avec chacun un verre à la main, une coupe de Champagne pour la Noblesse, un  
      verre de Bordeaux pour le Clergé et « un gros verre à vin ordinaire ». Que de
      symboles dans cette histoire de verres.
-        Arthur Young, l’économiste anglais, raconte dans Voyages en France que le 7 juillet 1789 : « l’Hôtel de Rohan est une très bonne auberge, ou je me suis conforté avec une bouteille d’excellent vin mousseux à 40 sous ». 
-        Le vin de Champagne est qualifié de vin d’entremets (entre le rôti et le dessert) ou de vin de dessert pour Joseph Berchoux dans La Gastronomie (1805).
 
Chapitre VI, La transformation du monde moderne (1815-1870), les Grands Noms et la peinture
Alors que se développent ou naissent les grandes maisons de Champagne, apparaissent l’usage de moyens très avancés de communication sur le nom des entreprises ; l’art de l’étiquette est complété par celui de l’affiche. Le vin effervescent continue sa progression dans l’élite. Il est bu par la famille royale en 1840, comme on le voit sur un tableau de la collection d’Eric Glatre. Autour d’une petite table ronde installée devant une fenêtre ouverte sur une terrasse, trois dames sont assises dont la reine à droite. Une bouteille est posée sur la table, mais seuls les hommes ont un verre à la main. Les verres des dames sont posées sur la table. Pour la Ière fois les dames sont l’élément central de la toile. 
 
Chapitre VII, La Révolution industrielle (1870-1914), la réussite sociale et la connaissance par l’affiche publicitaire et le croquis
J’ai choisi une publicité particulièrement remarquable de la filiale anglaise de la maison Bollinger dans les années 1880. On y voit 11 hommes en tenue de soirée assis autour d’une table éclairée par deux luminaires dans un cabinet lambrissé aux couleurs chaudes devant une cheminée. Plusieurs bouteilles figurent sur la table. L’ambiance est sereine et l’on trinque à la gloire du Bollinger’s Champagne, avec là aussi des bouteilles en Ier plan dans de la glace, comme en 1735, et une bouteille vide renversée. C’est un thème que l’on retrouve sous des formes variés à chaque fois.  
On découvre aussi les travaux de la vigne par un dessin qui figure dans une recherche très exhaustive faite par un journaliste anglais en poste à Paris qui s’est passionné pour le Champagne, Henry Vizelly. Il a écrit en 1879 « A History of Champagne with notes and other sparkling wines of France» qui montre toutes les facettes de ces vins, de la culture de la vigne à sa vinification, à la façon de le boire et de rêver :
-       « Partout où l’homme civilisé a mis le pied, il a laissé des traces de sa présence sous la forme de bouteilles vides qui furent un jour remplies de vin effervescent de Champagne » (1879).
-        « Le succès du Champagne, en huilant les rouages de la vie en société est si grand et si universellement reconnu que son éclipse signifierait presque un effondrement de notre système social » (1882). (site Champagne-Sources d’inspiration des Artistes du Monde).
La démarche de Henry Vizelly est d’autant plus intéressante que ce journaliste a ajouté cette dimension culturelle dans un travail avant tout scientifique. Plusieurs dessins extraits de cet ouvrage anglais sont reproduits ici et là par Eric Glabre pour montrer toutes les étapes qui va du plant de vigne au vin dans la bouteille.
 
Chapitre VIII, D’une guerre à l’autre (1914-1945), la réalité par la photo
Ce sont les cartes postales de la Médiathèque d’Epernay qui nous montrent l’importance des femmes lors des vendanges. On peut voir sur l’une d’entre elles, colorisée, « l’épluchage » du raisin selon la légende de l’auteur.
 
Chapitre IX, L’époque contemporaine (1945-2000), l’ivresse du sommet par le dessin humoristique
Ce dessin de Jacques montre un gentleman forcément anglais en knickerbockers, veste serrée à la taille et casquette assortie, au sommet d’un pic, dégustant une coupe de vin de Champagne, le regard fixé sur l’horizon, la bouteille calée dans une anfractuosité à ses pieds, le carton de 12 cols un peu plus bas tenu en laisse par l’alpiniste. Le titre placé en dessous : « The English Gentleman and Pol Roger champagne-the peak of achievment ».
 
Pistes pour poursuivre le chemin:Ernest Lavisse de l’Académie Française, Histoire de France, Cours élémentaire, Classes de 10è et 9è, Librairie Armand Colin, 1932                    http://artistes.maisons-champagne.com 

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