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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Fais-ci, fais-ça, fais pas ci, fais pas ça, fais comme ci et comme ça

13 Novembre 2007, 10:14am

Publié par Elisabeth Poulain

sdrtfkgttPTT.jpgAllez entraînez-vous, allez-y de plus en plus en vite et je doute que vous puissiez arriver à poursuivre longtemps sans bafouiller. C’est un exercice salutaire à deux titres au moins : un, ça vous oblige à bien prononcer et à faire fonctionner vos muscles des joues. J’ai appris récemment qu’on pouvait les rééduquer pour les obliger à être plus toniques. Ce serait peut être bien quand on a des rides ? C’est juste une question. Passons. La 2ème raison est que la difficulté à tenir longtemps illustre de façon imparfaite mais quand même intéressante dans quel état vous êtes au plus profond de vous-même, avec 8/9 injonctions seulement. Un petit début de confusion mentale ! Joli, non ?
 
Et pourtant quand on y pense, toute la journée et même la nuit nous recevons des ordres, des contre-ordres, des corrections, des ajouts pour faire, ne pas faire, faire autrement, plus, moins et je ne sais quoi encore. C’est une illustration du comment pour bien faire, vous ne cessez de mal faire, à écouter les autres. Pas seulement votre chef. Encore là, vous avez une excuse du genre : Madame, vous faites ou vous avez le choix de la porte. Ce genre d’argument, la Ière fois, vous interpelle un tantinet. Quoi, il ose me dire ça à moi ? A moi, une autre, un tel, à la rigueur, on peut comprendre. Mais moi, quand même. Passons. Le sujet du jour, l’injonction faite pour notre bien.
 
C’est toujours pour notre bien d’ailleurs, vous avez remarqué. Non ? Ecoutez-vous donc parler à vos enfants. Si l’exercice est trop douloureux pour vous, regardez vos amis ou mieux encore, leurs enfants parler à leurs enfants à eux. Une génération de décalage permet d’affiner le regard. On y va pour les exemples.
 
-        Suzie, tu dois dire bonjour à ta grand-mère et à ton cousin, manger proprement, ne pas boire en faisant des slurps, on ne quitte pas la table sans demander la permission et -froncement de sourcil- d’ailleurs cette permission on ne la demande pas avant que le repas soit fini. Mais comment on sait que le repas est fini ? Eh bien, c’est simple (méfiez-vous dés que le mot simple est prononcé), on attend. Mais justement, moi ce que je veux, c’est ne pas attendre. Suzie (le ton se durcit, c’est la 10è fois en quelques jours), je te le répète, une petite fille bien élevée, ne quitte pas la table quand ça lui chante ; tu ne voudrais pas qu’on pense que tu es mal élevée quand même ? Euh.
-        Olivier, un garçon ne pleure pas, ne tire pas sur ton pull, surtout ne mâchouille pas le bout de ta chemise pour te faire des sensations dans le cou, tiens-toi droit. Ne joue pas avec la nourriture, tu ne dois pas faire de petits tas sur le bord de l’assiette en imaginant un bolide de course slalomer entre les collines vertes (des épinards), les rondelles de carottes (ah s’il y avait des trous dedans, on pourrait y faire passer des voitures, broom…Non, Olivier, tu dois manger tout ce qu’il y a dans ton assiette. Tout ? Mais je n’ai plus faim. Et ta santé, alors. Les autres vont grandir et pas toi. Tu feras comment pour jouer au foot ? Ah.
 
Et pour vous alors, qui vous donne des injonctions ? En dehors de ceux qui vous sont proches évidemment, de vos enfants (c’est leur tour mais vous n’êtes plus une enfant !) ou de vos amis. Quel délice que ces week-ends ou vacances en commun :
-        Quoi, tu ne fais pas comme moi, mais comment est-ce possible. Tu devrais prendre des vitamines ? Déjà fait ; tu as déjà essayé le jus de chou. C’est absolument magique. Ca sert à tout.
 
A peine sorti de malstrom de bonnes intentions et conseils amicaux, vous décidez de faire le point à partir de ce que vous lisez, entendez ou voyez :
-        1. mangez 5 fruits et légumes par jour : on fait comment quand on ne prend plus que 1 petit déj et le dîner soit 1,5 repas/jour à la maison et que vous n’aimez pas les fruits le matin?  
-        2. prenez un vrai petit déjeuner, pour éviter le coup de pompe de 11h : plus facile à dire qu’à faire quand tout le monde est pressé et que certains n’ont pas faim le matin ;
-        3. prévoyez des produits laitiers à chaque repas : c’est un diktat de la filière laitière, viande + fromage au repas de midi, c’est de trop ;
-        4. accompagnez votre repas d’un verre de vin à chaque repas, c’est bon pour les artères : pas le midi le plus souvent, l’habitude se perd ;
-        5. buvez un litre et demie d’eau par jour : il est même prévue des bouteilles d’1 litre à emporter au bureau « spécial femme » ; question : que font les hommes ?
-        6. pas trop de café (caféine) ou de thé (théine=caféine) : prenez plutôt du thé vert (sans théine) ou des tisanes de thym…
 
-        7. ne mangez ni trop gras, ni trop sucré, ni trop salé et surtout ne mangez pas de trop : d’accord, et si vous appliquez cela chez des amis quand vous allez chez eux, bonjour l’ambiance ; bonne intention, difficile à faire. Nous mangeons tous et trop gras et trop sucré et trop salé.
-        8. surtout ne grignotez pas entre les repas : oui, sauf que certains ne font plus un seul vrai repas par jour : matin rapide avec un peu de liquide et parfois sans solide, midi sandwich, soir plat minute micro-onde
-        9. ne sautez pas de repas non plus: à Paris, méfiez-vous quand on vous donne des rendez vous de travail à 12h30, vous ne serez pas invité-e à déjeuner et vous travaillez « tellement mieux » ; mangez avant !
 
-        10. ne mangez pas plus de 500 grammes de viande rouge par semaine : ça encrasse les artères, oui et le soir la viande est difficile à digérer;
-        11. n’ingérez pas de fruits non pelés : because les pesticides et autres cides qui pénètrent jusqu’à 1 cm sous la peau. Question, combien reste-t-il de chair à pomme une fois le trognon et la peau enlevés ;
-        12. n’achetez pas de surgelé ou des produits non frais, qui viennent de loin : ça commence à devenir dur, dur au regard des modes de vie actuels ;
-        13. ne prenez pas plus de 3 verres de vin par jour, si vous êtes un homme, mais attention pas d’un coup et surtout pas non plus en reportant tous vos « bons » (5 jours x 3) pour le week end : ce serait un très mauvais calcul et ça commencerait à ressembler à ce qu’on appelait la cuite du week-end ;
 
-        14. choisissez des produits sans compléments, additifs, colorants, substances allergisantes, substituts & co: ça commence à devenir impossible à gérer, à moins de tout faire à la maison façon « Quaker » et encore ;
-        15. mangez du bio (voir ce qui se passe dans les cantines où les parents demandent du bio alors qu’ils n’en achètent pas chez eux, trop chers), du quinoa, du fromage de chèvre (pas de vache, son lait est difficile à digérer), avec des légumes (quoi, vous habitez à la campagne ou vous avez un jardin et vous ne faites pas pousser vos légumes ; ils sont tellement meilleurs),
-        16. allez toutes les semaines chercher vos légumes cultivés par des demandeurs d’emploi : mais pas forcément avec un bon usage de produits chimiques, en plus il faut y aller, une fois toutes les semaines, et le coût de l’essence et le temps? 
-        17. prenez du chocolat de République Dominicaine : pour favoriser le commerce équitable mais quid du développement durable ?
 
Et ça continue comme ça toute la journée et le soir quand vous rentrez chez vous. La nuit, vous dormez mal, malgré le tilleul que vous avez pris au coucher et vous vous demandez pourquoi. C’est bizarre, ça. Bizarre ? Faites pas-ci, faites pas ça, faites comme-ci et comme-ça. Et si, on essayait de se rééduquer dans l’autre sens, vers un peu moins d’injonctions, en utilisant seulement quelques règles d’équilibre alimentaire, pour aller vers une libération à petits pas ?    

P.S. J’ai failli oublier de vous raconter une histoire extra-ordinaire, tout autant étonnante de perversion que terrible sur le fond. Elle s’est déroulée en Roumanie au temps du dictateur Ceausescu (1918-1989) qui prit le pouvoir en 1974. Il avait instauré une tel appareil d’Etat répressif à son propre profit qu’il fit de son pays un désert alimentaire. Pour régler le problème de la pénurie, il prit un décret selon lequel il détaillait, repas par repas, en fonction du genre de la personne et de son activité physique, ce que tout Roumain DEVAIT manger : viande rouge, féculents en abondance, produits laitiers, fruits et légumes frais, alors que c’était la disette, la vraie. Peut être pas comme en Corée du Nord mais quand même. Un exemple d’une réalité virtuelle créée sur le papier par une seule personne plus forte que la réalité de la faim de millions d’autres.              

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