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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Exercice de style avec Christophe Willem, pour son Ier concert, à Forges les Eaux

16 Novembre 2007, 12:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

WILLEM.jpgJeudi 15 novembre, Christophe Willem donne ouvre sa tournée avec son Ier concert, à Forges Les Eaux à l’Espace Jean Bauchet. Diable, diable, où est-ce donc ? Ma géographie est en défaut. Un vague souvenir s’éveille dans ma mémoire, avec une association avec des cures thermales. Mais c’est du flou très lointain. Quelle est la ville qui dispose d’une salle de concert   adaptée à tel événement ? C’est le Ier paradoxe de cette soirée étonnante, le différentiel de notoriété entre la ville, Jean Bauchet qui ne me dit rien de rien et Christophe que tout le monde connaît en France. Même moi, c’est vous dire. D’ailleurs, il suffit de dire son prénom.
 
Quelques infos d’abord pour planter le décor. 1 200 personnes pour le public, avec des voitures partout mais pas rangées n’importe comment. Nous sommes au pays des soirs calmes, en Normandie (il faut que je vérifie quand même) pour paraphraser ce qu’on dit du Japon, le pays des matins calmes. Ce qui signifie que les choses se font sans débordement. Pour trouver le lieu, il vous suffit de faire comme la voiture qui nous précède à l’arrivée au village. Petite voiture rouge, immatriculée 78, avec une jeune femme au volant. Ma chauffeure dit, c’est bon, je la suis, je suis sûre qu’elle y va. Et comme elle-même est jeune et souriante, la voiture qui nous suit, fait demi-tour au même endroit pour tourner à gauche un peu plus loin. Pour traverser une ni-campagne, ni-zone industrielle, ni-lotissement et arriver à Jean Bauchet. Pas une station de métro, non la salle polyvalente de Forges Les Eaux. Cette fois-ci encore il suffit de suivre les autres, à pied. Il fait froid, on retrouvera de la gelée blanche sur la voiture quelques heures plus tard. Des hommes en noir à l’arrivée pour le contrôle et la sécurité avec palpation des sacs pour sentir s’il y a des appareils photos ou des bouteilles. L’un d’eux me répond, comme je lui demande étonnée : des bouteilles ? Non, d’eau. Ah bon, moi non. Passons.
 
La salle, à vue d’œil, les 2/3 debout et le 1/3 assis ; une différence d’âge entre les D (= Debout) et les A (= Assis), une génération environ, avec des exceptions dans les 2 sens, heureusement. Puis la découverte de 2 autres catégories de personne, la sécurité habillée en noir et les gens du métier qui se reconnaissent, se font la bise comme le dimanche après la messe, là c’est jeudi soir, c’est la différence. Les points communs les plus fréquents entre les deux catégories: ils sont hommes, bronzés, habillés de noir pour les quadra et moins, rasés pour accentuer leur virilité. Ils cherchent du regard ceux qui pourraient les connaître. Ils ont des places réservées pour les « costumes mais sans cravate » avec ma voisine qui me glisse à l’oreille : c’est Jean Claude Camus / C’est qui? / Mais voyons, l’impresario de Johnny./ Ah.
 
Et tout se déroule comme du papier à musique. Le rideau s’ouvre à 20h, avec un jeune chanteur Fabien qui a un peu de mal a démarré à froid avec une salle bienveillante et calme ; peut être le thème de la chanson ? A la fin des chansons, il remercie les gars et Christophe de lui donner sa chance. La salle attend, avec clairement en faisant monter la pression.
 
Et le concert commence. Un plongeon dans
-        un univers de sons, avec beaucoup de basses, comme des coups de poings assénés de façon binaire, droite-gauche, 1-2, oui, on continue. A chaque chanson, on se dit : mais comment vont-ils pouvoir aller plus loin, plus haut, plus fort s’ils commencent comme ça. Rassurez-vous, ils y arrivent ;  
-        un univers de lumières, qui bougent, s’arrêtent, se croisent, s’accompagnent, s’harmonisent, se choquent, se démultiplient entre les fixes, les mobiles, les ponctuelles, les générales, qui s’affichent sur 5 écrans, avec des panneaux de lumières scintillantes ou fixes
-        un univers de couleurs qui caractérisent chaque séquence de chacune des chansons qui elles-mêmes forment un univers, avec par exemple
. du violet + blanc sur fond gris métal pour « Quelle Chance » qui ouvre la soirée et fermera la soirée, c’est d’ailleurs comme ça qu’on a su que la soirée allait se terminer ;  
. du jaune + rouge pour « La Tortue »
. du bleu + violet froid pour « Tu t’en fous »
. du blanc troué de flashs vert/jaune/rouge pour « Je me sens si fragile »
  Et là dedans, dans ces univers créés et voulus par lui, Christophe se donne à fond avec générosité, sans en faire de trop -c’était le risque dans une telle surenchère de bruit et de fureur- utilisant sa voix comme un instrument en plus des autres instruments ou plus rarement comme le pivot central, comme le plat principal d’un repas de roi, qui en constitue la structure et donne le rythme. Sans en faire de trop mais en faisant tout pour harmoniser sans écraser la partition de chaque composante et assembler l’ensemble.

   Un homme étonnant de présence et de naturel, de force profonde et de fragilité revendiquée, sans âge et proche de tous les groupes d’âge de la salle et d’appartenance sociale, hommes et femmes, intelligent et exigeant, avec beaucoup de générosité, ouvert et secret ; capable de transmettre sans chercher à plaire, en poursuivant une route qui a du commencer bien avant qu’il ne se révèle. Avec un vrai sens du mouvement, de grands bras, de longues jambes, qui bougent ou s’immobilisent, qui sillonnent la scène qui est son espace, qui parle et chante tout autant que sa voix ou les textes de ses chansons qu’on ne comprend pas quand on ne les connaît pas. 

   Et les gens dans tout ça ? . Ce qui m’a frappé avant tout, c’était leur attente. Pour savoir s’ils sont entrés dans le jeu, dans les univers de Christophe, je les ai regardés. J’ai vu
-        3 adolescentes A en fou rire constant avant le début du spectacle et qui se sont calmées ensuite ;
-        une dame avec son mari - des sexagénaires- qui a rythmé avec son corps, ses mains et son regard tout le spectacle, lui était là pour lui faire plaisir ; il était content ;
-        quelques couples amoureux D qui vibraient ensemble surtout au début, après chacun d’eux est entré seul dans la musique ;
-        un rugbyman venu en famille qui connaissait tout le monde, une gueule à la Bernard Tapie, le beau bonhomme, la petite cinquantaine, venu en famille (femme 40 ans, fille, amis de la fille =18 ans) et c’est lui qui très vite s’est levé et a rejoint les D. Venu pour accompagner les filles avec sa femme, il a eu un retour formidable. Il a commencé à bouger un peu le corps, puis les jambes, le cou, les bras, au fil des chansons. Il a délié son corps puissant. Sa femme la rejoint pour 2 chansons à la fin et s’est rassise. Les filles D au départ sont revenues en A, ça ne les intéressait plus, l’une prenait des photos et les regardait ensuite ;
-        deux femmes, quadras, dont l’une ne tenait pas assise, -elles étaient au Ier rang des A- et qui s’est mise à danser seule pour son plaisir, en tournant sur elle-même. Cela nous a fait rire, mon voisin venu avec un copain (22 ans à peu près) et moi. C’est le seul moment de connivence que nous avons échangé
-        et ma fille cadette, A avec moi, devenue une D debout pour toute la dernière partie, chantant avec Christophe et bougeant sur place. Vous l’avez deviné, c’est elle qui m’a invitée à l’accompagner à Forges Les Eaux.      
 

Je me suis demandée pendant le retour à la voiture, ce qu’un plongeon musical et humain de ce style donnerait en Amérique latine : les gens seraient tous debout à bouger, vibrer, se lancer, se lâcher, seul, à 2, ensemble...                   

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