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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Recettes improbables de camping

25 Novembre 2007, 10:35am

Publié par Elisabeth Poulain

 Recettes, certainement, Camping oui, car elles s’inspirent de « Cuisine de Camping » d’un très grand campeur-voyageur. J’ai nommé Jean Loiseau, l’inventeur des CV, des Compagnons Voyageurs. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’un lecteur d’un de nos ouvrages, à France et à moi, L’Esprit du Camping, vous envoie pour vous remercier son exemplaire personnel de la 3ème édition de Cuisine de Camping (Editions Susse).
 
Caravane, dessin de France Poulain 
Improbables parce que j’imagine mal quelqu’un s’amuser à les faire, au moins celles que j’ai sélectionnées. Pour en renforcer ce caractère improbable, j’ai cherché ce qu’il y a de plus étonnant, bizarre, exotique ou à consonance étrangère, en restant dans l’esprit de l’époque : 1942. Imaginez un peu. Rien qu’à lire ces recettes, on devait saliver à s’en vider les glandes salivaires. D’ailleurs, j’ai toujours eu plus de plaisir à lire les recettes qu’à les manger.
 
Remettez-vous dans l’état d’esprit du moment. Jean Loiseau est un de ceux qui ont introduit le sandwich en France : le sandwich bien préparé est l’alimentation la plus rationnelle de la cuisine sans feu. Dans les pays scandinaves, on en fait grand usage et certains repas ne sont composés que de sandwichs. Bien vu, maintenant c’est vrai aussi en pays anglo-saxons et en France au moins à midi.
 
Si vous n’avez pas de beurre, pas de souci. Faites du faux-beurre. Evidemment il faut prévoir de ne pas en avoir et en faire à l’avance. La recette du faux-beurre : 1. délayez 2 cuillerées de farine dans un ½ verre d’eau froide ; 2. faites épaissir sur le feu en n’arrêtant pas de tourner la cuillère ; 3. verser un jaune d’oeuf cru dedans et tournez ; 4. ça épaissit et c’est bon étalé sur une tartine de pain. Comme ça. Evidemment si vous mettez des rillettes du Mans avec, ça aura peut être meilleur goût. Peut être aussi qu’en ajoutant du basilic (dans le sud) ou des graines de carvi (en Alsace) ou des algues séchées récoltées lors de vos dernières ballades en Bretagne), ça serait déjà plus appétissant. Dans le Nord, je ne sais pas ; un peu de houblon peut être ?. Mais dans la vie, il faut oser.
 
Pour continuer, vous pourrez vous attaquer à l’anguille à la broche.
. 1. On découpe la bébête en morceau de 15cm et on pique de lard.
. 2. Le tout marine 3 heures dans de l’huile salée. 
. 3. On pique sur une broche en alternant avec des croûtons de pain, on grille 
.  4. et on sert avec une sauce poivrade. Et hop dans le gosier.
  
Quelque chose me titille là dedans, l’anguille a une chair qui est tellement grasse, que je ne vois pas l’intérêt de mettre du lard (le goût du fumé ?) et de plonger le tout dans de l’huile. Passons. Pour la sauce poivrade, n’oubliez pas que nous sommes en camping itinérant, que nous avons du construire notre feu, chercher du bois sec (ou emporté avec soi, pour être sûr d’en avoir, du bois, pas de la sauce. Naturellement vous avez pêché l’anguille avant et prévu le temps de la marinade. Prévoir de faire ça la veille ne paraît pas non plus une mauvaise idée : un jour on pêche, le lendemain on mange. J’y vais pour la sauce. Vous avez évidemment tout ce qu’il faut comme matériel avec vous. Oubliez l’élégance oui, la bectance, non jamais. Nous sommes en France, non ? Si.  
 
La sauce poivrade, c’est la recette la plus longue de toutes à faire. C’est bien pour ça que je vous la recommande pour le camping. Camper, c’est faire à fond toute chose, sans penser à 10 000 trucs en même temps. Donc vous vous avez un seul objectif à part l’anguille que vous avez « pêché » je ne sais où ni si c’était bien permis. En 1942, on raisonnait autrement.    
. Donc en 1. vous faîtes frire deux minutes des oignons et des carottes coupés en tout petit morceau dans du beurre et du lard (encore), puis vous ajoutez un peu de farine et vous tournez vivement pour lier le tout. Là vous reprenez votre respiration. 
. Ensuite seulement,  en 2 vous mouillez avec du vin, du vinaigre (est-ce bien utile, on peut peut-être mettre plus de vin ?) et du bouillon (qui vient d’où, je n’en sais rien).                    
. 3. Vous ajoutez un peu de tomate concentrée (en 1942, oui ça existait déjà en boite) et une gousse d’ail écrasé.
. 4. 15 minutes après à feu léger, c’est bon avec un peu de sel et de poivre. Et oui, sinon comment voulez vous justifier le nom de la sauce. La recette prévoit un tamisage avant de servir. Pour moi, c’est tout net. Le malheureux grumeau de farine qui resterait encore ne mérite pas que j’emporte un tamis (en camping, sur mon dos) pour l’écraser. Et le premier qui moufte, du genre, « y a un grumeau » avec un petit air pincé s’entend dire que la prochaine fois, « c’est toi qui la feras, la poivrade. »
 
Collection Emmaüs-Bol-et-poisson 
 
Evidemment, vous auriez plus vite fait des maquereaux au beurre. A mon avis vous prévoyez une petite balance en plus pour avoir quasiment autant de beurre que de poisson. Je vous rappelle que le maquereau a une chaire très grasse. Mais quand aime on ne compte pas et pendant la guerre ça devait faire très plaisir de s’imaginer prendre des petits maquereaux, les transporter dans son sac à dos,
. 1. les sauter à feu vif dans du beurre ;
. 2. les servir avec du beurre frais mélangé d’échalotes et de persil frais haché.
. Sur une plage, à l’abri du vent, avec un petit verre de Muscadet bien frais. Non, pas ça, Jean Loiseau, s’arrête à la recette. 
  Pissenlit, dessin
 
Pour un peu de nature, vous pouvez aussi transformer votre sortie du week-end, en cueillette de plantes sauvages à faire sauter au beurre (encore) ou cuites à l’eau (bien) servis avec de la béchamelle (ouilh, encore du beurre + farine). A vous de choisir entre ortie cuite comme des épinards, crosses de fougère, jeunes feuilles de primevères ou chicorée sauvage et finir avec une belle salade de mâche ou de pissenlit.
 
Pour le dessert, il vous recommande de préparer un Bischof « week end. » Pour ça, il faut du matériel,
1. un thermos à remplir de glace, avant de partir, bien sûr.
. Ensuite en 2, prévoir 8 décilitres de sirop de sucre, le jus de 2 oranges et de 2 citrons, avec 1 bâton de cannelle et 4 clous de girofle.
. Ajouter par moitié eau et vin mousseux pour remplir le fameux thermos.
. 3 et demi, surtout, surtout, n’oubliez pas les pailles pour boire ce Bischof que vous avez bien sûr préparé la veille.
 
Evidemment, tout cela prend beaucoup de temps, alors pour caler le tout, je vous propose la recette la plus roborative qui se puisse imaginer, surtout pour des gens qui ont un trou dans l’estomac : la recette des nouilles au lait et au chocolat.                                                      
. 1.Vous commencez  par faire cuire vos nouilles dans du lait et pas de l’eau, malheureux.
. 2. Vous servez (encore vous) avec du chocolat fondu dessus très sucré. Ca suffit, c'est bon. C’est Jean Loiseau qui vous le dit.
 
Vous pouvez le croire en toute confiance. Il a quand même été l’inventeur de cette fameuse pâte à tartiner, composée de poudre de cacao et d’huile dont plusieurs générations de jeunes ne peuvent plus se passer le matin. Ca commence par un N . . . . . et se finit par un A.   Pour ceux qui sont un peu assommé par la marche, le portage, l’effort en un mot, je vous donne des clés. Dans le nom de la marque, il y a 1 e, 1 u, 1 t et 2 l. Si vous n’avez pas trouvé, je renonce. Jean Loiseau, lui, avait une recette perso qu’il réalisait avec du beurre, du chocolat en poudre, des amandes ou des noix pilées et sucrée avec du miel ou de la confiture de lait. Le maximum de calories pour la marche en camping.  Sans oublier quelques fruits prêts à manger!
Corbeille de fruits, dessin
 
 
Pour poursuivre le chemin
-        L’Esprit du Camping, France Poulain, Elisabeth Poulain(Cheminements éditions)
-        le blog de France Poulain dédié au camping :   http://francepoulain.over-blog.com

        -           sur mon blog "Anguille, Alligator & co"

      -         Photos E. Poulain, Dessins de France Poulain 

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woimant 17/07/2010 13:35



jean loiseau a toujours ete fin gourmet , il me disait que manger du frmoage avec un blanc moelleux etait delicieux et il avait et a toujours raison


j ai tres bien connu jean loiseau et les CV (compagnons voyageurs ) dont mon pere faisait parti


jean est un oncle lointain de mon pere mais nous avons souvent ete ensembre ne cerait ce que pâr le travers des amis de la vezere


j ai encore de nombreux ecris de sa part, reflexions sur la guerre de 14 avec ses croquis (il etait architecte) et tout son manuscrit sur la foret de compiegne ( flore, histoire, ect) car il
voulait ecrire un genre d encyclopedie sur la foret de compiegne


voila qq mots qui me viennent a l esprit quand on parle de mon grand oncle jean loiseau grand hmaniste et grand erudit


jacques



Elisabeth Poulain 17/07/2010 16:28



On peut dire de Jean Loiseau qu'il a été un précurseur, dans beaucoup de domaines, celui du retour à la nature, au camping ... mais aussi de vivre ensemble. Il a été aussi un innovateur en
matière d'alimentation et d'édition. Ses dessins sont magnifiques.