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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La Chine et le Vin: la rencontre (1)

25 Novembre 2007, 17:36pm

Publié par Elisabeth Poulain

sdrtfknhPETIGT.jpgCe sont deux mondes qui se regardent, se tournent autour, se sourient, s’attirent et s’apprécient de plus en plus.

La Chine d’abord. Il ne pourrait en être autrement, même pour nous Français qui nous disons toujours le centre du monde du vin. Le Grand Pei (en écriture phonétique) ne peut être que devant, le Ier en tête. Historiquement d’ailleurs, la Chine se définit comme le centre du monde. C’est l’Empire du Milieu. Quiconque l’oublie ne pourra s’étonner un jour de recevoir un coup de bâton en retour. Parce que le Chinois a la mémoire longue. Il compte en millénaire et en centaine d’années. Il ne pardonnera jamais la colonisation de la Chine par les puissances européennes ou la présences des missionnaires américains, au cours du XIX pour les Ières et du XX siècle pour les seconds. Par contre, il sait attendre d’être fort pour le faire savoir : malheur à celui qui ne verrait que la modernité de l’attitude actuelle. Il y a le Grand Pei et le reste du monde. C’est ainsi que la Ministre en charge de la Normalisation en République de Chine lors d’une conférence en français devant des élèves ingénieurs à Angers a décrit son pays : un grand pays, doublé d’une énergie sans commune mesure avec ce que nous pouvons imaginer, qui a une vision à très long terme et qui est capable d’accepter de traiter avec les Occidentaux, tant qu’il en a besoin. Pour arriver à tenir ses objectifs, il se donnera les moyens d’y parvenir en un temps record, quitte à forcer la marche et à laisser ceux qui ne peuvent suivre sur le bord de la route, qu’ils soient chinois ou d'autre nationalité. Les jeunes diplômés français travaillant pour des entreprises chinoises l’apprennent vite. 
 
Pour nous Occidentaux, il y a quatre Chine, celle que nous avons encore en tête avec Tintin et Peyrefitte (Quand la Chine s’éveillera…), celle que nous voyons et dont nous lisons les exploits, celle qui nous intéresse parce qu’elle est riche, plus riche que nous et l’autre que nous ne voulons pas voir. La Chine riche regroupe plus de 300 000 millions d’habitants qui sont situés sur la côte littorale. Ces Chinois là n’appartiennent pas tous à la classe supérieure. Une classe moyenne émerge qui dispose d’un pouvoir d’achat supérieur à ce dont nous disposons, nous, en France, d’appartement neuf dans des quartiers nouveaux, surgis de terre, comme on le disait de Parly 2 dans les années 60. Mais chez eux, ce n’est pas comme chez nous. Les dimensions changent, la vitalité explose, la consommation est devenue une évidence à un point que nous ne pouvons ni comprendre ni suivre. Nous qui sommes encore nostalgiques d’une tradition que nous situons avant 1960. En Chine, tout va plus vite, plus loin, plus tout, quitte à avoir 2 jobs pour permettre aux enfants de faire des études supérieures et avoir une meilleure vie dans cette vie là. Pour pouvoir répondre à cette demande d’un nouveau type, il faut aux entreprises occidentales une carrure exceptionnelle.
 
Un exemple qui se situe dans le domaine de la beauté. L’Oréal, n° 1 mondial, s’est implantée en Chine il y a quelques décades, tablant sur le boom de la consommation des produits cosmétiques en Chine et partant de là en Asie et dans le monde. Dès le début de sa présence sur place, la stratégie a été d’être chinoise en Chine et de recruter sur place les jeunes diplômés. Des grands shows ont été organisés, «  à l’américaine » pour recruter les meilleurs sur la base d’un discours très « carré, dirigé sur l’action : we are the best et we want the best of you ». Des tests de toutes sortes ont permis de sélectionner les plus rapides, les plus adaptables et les plus performants. Une semaine de stage de découverte du Monde selon l’Oréal permet de transformer un-e jeune Chinois-e en un cadre envoyé-e d’abord aux EUAN pour peaufiner son adaptabilité et s’imprégner de la culture américaine. Avec deux arguments très forts : la rémunération à l’identique, que vous soyez en Chine, à New York ou à Paris et la transformation physique de la personne en une star, en une semaine. Il fallait voir le désarroi de parents assistant à la transformation de leur fille ou garçon en un jeune mutant, portant des vêtements de mode, un maquillage sophistiqué, ayant appris une nouvelle façon de se mouvoir et une nouvelle façon de s’exprimer.   
 
Le monde du vin. Dans ce pays qui nous dépasse, le vin jouit d’un prestige sans pareil. Le bien vivre ne peut se concevoir sans le raffinement et le plaisir que donne le vin, le bien manger aussi surtout en Chine parce que le Grand Pei dit avoir la meilleure cuisine du monde, ex-aequo avec la France mais avec un le handicap de ne pas avoir de culture du vin. La France dispose de deux atouts maîtres dans le domaine du vin, des crus parmi les plus prestigieux au monde et un savoir-faire d’une richesse sans pareil, que ce soit dans le domaine variétal, la conduite de la culture de la vigne, la maîtrise de la technologie et les différentes vinifications. Il existe une raison supplémentaire qui conforte les deux autres, à savoir une légitimité séculaire assise sur une culture reconnue pour son raffinement et sa complexité dans le monde entier. Cette raison là est à elle seule une motivation qui explique la volonté de la Chine de devenir un grand acteur du vin dans le monde. Elle a des atouts indéniables dans ce domaine comme dans d’autres, à commencer par l’existence d’une volonté politique au Ier bout de la chaîne et d’une diaspora spécialisée dans la distribution dans le monde entier. Mais il n’y a pas que ça.
             
Mais pourquoi le vin ? Et pas plutôt le cognac, comme cela est encore le cas lors des grands banquets prestigieux qui marquent l’ascension sociale des hommes. Ces banquets qui créent une communauté de fait pendant plusieurs heures rythmées par l’abondance des plats, le choc des saveurs, l’ingestion de cognac pour faire passer le tout en une version chinoise du trou normand, périodiquement du début jusqu’à la fin du repas. Avec des pauses aussi le temps de fumer une cigarette. Le vin intrigue la Chine par l’importance que nous lui attachons, comme symbole de haute culture, de réussite et d’argent. Le cognac est toujours une valeur sûre en Chine comme aux Etats Unis parmi les rappeurs et les boxeurs. Mais le vin apporte quelque chose en plus, le raffinement. La satisfaction de ce besoin là ne peut être accomplie que par le vin. Il y a un objectif à atteindre, 2008, l’année des Jeux olympiques, l’année de la consécration de l’avènement de la Chine au plan mondial. Cette Chine qui n’arrête pas de monter les marches du podium parce qu’elle a la compétition dans le sang.
 
Alors tout en commençant à planter de la vigne il y a plus de 30 ans, elle a aussi regardé chez elle sur son immense territoire, si par hasard il n’y avait pas de vigne. Et oui, gagné. C’est le vin de Duan en région autonome de Zhuang, province de Guanzi en Chine du Sud dans les montagnes, produit avec le raisin de vignes sauvages. Le cépage est du Mao (qui signifie poil), comme les nombreux poils noirs et drus qui poussent sur les tiges. Le vin est un liquoreux, qui titre entre 9 et 12° après avoir été élevé 3 ans en cuve. Sa production est confidentielle (1 500 ha en 2001) et son prix est inaccessible pour la population locale. L’argument de vente est double ; bon pour la beauté et la santé, il ne fait « aucun mal, ni au crâne, ni ailleurs. »  François Boucher termine son article (le n° 19 de la série Un été dans les vignes, La Tribune, 24.08.01) sur cet élixir de beauté, qui est aussi le titre, par ces mots : «  le vin de Duan ne s’exporte presque pas : un peu à Taiwan, un peu à Hong Kong. C’est tout. A l’heure de la mondialisation, il est malgré tout réconfortant de trouver un produit qui, la nature refusant de se soumettre, résiste à une diffusion planétaire. » 

 

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