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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Différences culturelles, Norvège, France (1)

3 Décembre 2007, 11:38am

Publié par Elisabeth Poulain

femmeyhgPTT.jpgC’est Eva Joly qui nous donne un exemple de ces différences culturelles dans son dernier ouvrage « La Force qui nous manque » (Les arènes 2007). Elle est norvégienne de naissance et d’imprégnation ; elle est devenue française ensuite au degré 4, en y faisant ses études de droit, en se mariant avec un Français, en exerçant le difficile métier de magistrat, plongé au coeur des histoires les plus cachées de corruption et de blanchiment. Maintenant elle est à nouveau norvégienne au sens où elle s’est vu confier par le gouvernement norvégien l’animation d’un réseau de lutte contre ces deux maux de nos sociétés mondialisées actuelles. 
 
A 63 ans, elle peut comme elle le dit regarder tranquillement ceux qui m’ont faite, la Norvège et la France, un peu comme on observe ses parents, la maturité venue : sans ressentiment, ni colère, au courant de leurs obsessions, de leurs histoires, et émue de les voir se battre contre le temps. Je suis le fruit de deux mythes inversés revendiquant tous deux leur exemplarité. » 
 
La Norvège d’abord qui se veut exemplaire, un pays de paysans indépendants, fiers du travail accompli, de l’esprit égalitaire et du respect de la loi quel que soit le statut ou le niveau social. Le roi achète une fois l’an son ticket de tram, comme les autres Norvégiens. Le pays en retire une fierté certaine et une dureté réelle qui se nourrit périodiquement de sacrifices faits au nom de la loi. Malheur à celui ou à celle qui entre dans l’œil du cyclone pour une phrase malheureuse qui serait dans un autre pays une simple maladresse. Un pays capable dans le même temps de s’adapter à l’effort de modernisation exigée en resserrant la solidarité de ses membres entre eux contre l’adversité quitte à assimiler celle-ci à l’étranger. La Norvège est une société égalitaire, où l’on doit se protéger entre soi considérant que les qualités et les défauts des uns et des autres s'équilibrent mutuellement.
 
La France ensuite, qui rêve de grandeur et de social-démocratie, tout en cultivant sa tradition latine du village qui se tient à l’ombre du château. Cette France là, pour Eva Joly, est devenue provinciale. Reste le reste qu’elle aime jusqu’à la déraison la façon d’être au monde des Français. J’aime leur culture qui continue de m’intimider, j’aime leur esprit laïque, leur goût de l’excellence, leur goût du flirt qui laisse jouer homme et femme avec le regard, sans que quiconque n’y voit dommage ou harcèlement…Pour cette France, elle choisit la liberté, l’égalité et la douceur de vivre. Elle raconte comment en Afrique elle a refusé de prendre fruit et sandwich à midi et a exigé un « repas chaud avec un verre de vin, m’asseoir, discuter, partager. C’est une cérémonie très française peut être, mais vitale. »
 
Souvent elle rappelle la fable du Dîner de Babette contée par Karen Blixen (auteur danois 1865-1962) où l’on voit une Française réfugiée après la Commune en Norvège dans une famille de pasteur, austère parmi les austères et qui décide en un geste de remerciement et d’amour de cuisiner pour cette famille qui l’accueille. Et puis le jour venu, sans qu’aucun compliment, jamais, ne soit fait à la nourriture, doucement, le vin, le champagne, la soupe, la volaille grillée enchantent les gosiers, éteignent les frileux serments et unissent.
 

Pour combler ses deux composantes, Eva Joly a deux petites maisons, l’une perdue, seule dans un océan de neige l’hiver et l’autre en Bretagne dans une île proche de la côte. C’est là, qu’elle se ressource en cultivant son jardin, en y plongeant les mains dans la terre, loin du purisme norvégien et à distance de la grandeur française. Entre ces deux rives, elle construit son monde à elle, fait de déplacements, d’échanges et d’amitié la moitié de l’année pour remplir sa mission.          

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