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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le monde selon Jean Baumard, vigneron, Rochefort sur Loire, Angers, France

3 Décembre 2007, 17:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce n’est pas facile d’être Jean Baumard du Domaine des Baumard à Rochefort sur Loire. Il en a eu la charge pendant 37 ans. C’est lui qui l’a véritablement constitué. Depuis 1987, Florent, son fils, l’a rejoint avant de lui succéder. Jean a vinifié jusqu’en 1994. Maintenant, quand on prononce Baumard, il est deux noms qui viennent à l’esprit, Florent aux commandes et Jean en retrait mais toujours présent aux côtés de son fils. Par les hasards de la vie et par tempérament, il poursuit une des missions qui ont guidé sa vie de vigneron.

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Le temps est tout autant son ami qu’une dimension de la vie à ne jamais oublier. La lignée vigneronne des Baumard remonte en 1634 par la branche maternelle. Elle compte plus de millésimes que de jours dans l’année : 369. J’ai passé ma vie, dit-il, à acheter de la terre, depuis le jour où j’ai repris le domaine. Et depuis lors, Jean n’a cessé de le défendre au nom des valeurs qui sont les siennes. Parce qu’il y a le temps, il y a la terre tout autant que le domaine et il y a les valeurs. Ce sont les trois composantes constitutives de l’engagement de vie de Jean Baumard.
 
C'est cet attachement au travail en profondeur du vigneron qui a conduit très vite Jean Baumard à prendre des responsabilités dans la représentation des vignerons d’Anjou. Selon lui, il appartient à chacun d’assumer tant ses responsabilités individuelles au niveau d’un domaine que ses responsabilités collectives face à une administration dévoreuse du peu de liberté qui reste au vigneron. Celui-ci  est quand même celui qui connaît le mieux la vigne et le vin. Président de la Fédération viticole d’Anjou pendant deux mandats consécutifs, il a assumé toutes les responsabilités collectives au plus haut niveau qui pèsent sur le vigneron.
 
Pour tenter de savoir ce qui est important à ses yeux, les valeurs qui comptent pour lui, il faut se plonger dans son livre, Un grand vin du monde, Le Quarts de Chaume, publié en avril 2007 pour laisser trace dans l’optique de la transmission et éviter le phénomène du chaînon manquant dans la longue trame de l’histoire. Le lecteur y trouve les 10 valeurs de Jean Baumard traduites en action et reflétées par ses mots.
 
-        1. Travailler la vigne tout en sachant innover, sans la figer ni l’abîmer. Utiliser par exemple les nouvelles pratiques culturales découvertes à Bordeaux en expérimentant en Loire un nouveau mode de conduite en VHL (Vigne Haute et Large) avec un écartement de 3 mètres entre 2 rangs et créer ce faisant un « nouveau vignoble…qui est un système global, une véritable philosophie écologique, avant l’heure, de la culture de la vigne. »
 
-         2. Enseigner à l’Ecole supérieure d’Agriculture et de Viticulture d’Angers jusqu’en 1971 quand l’Ecole a perdu sa spécialisation en viticulture. A 25 ans, il a commencé à y donner des cours de viticulture et d’œnologie à des jeunes dont certains étaient plus âgés que lui. Il a un vrai sourire quand il évoque cette période : je n’avais peur de rien, je faisais mon cours à fond, avec passion et ça marchait bien. J’ai eu M. Honoré comme étudiant. Vous le connaissez, il est devenu directeur de l’Ecole.
 
-        3. Rencontrer, lire, réfléchir et être à l’affût des innovations dans le monde du vin : il a été un des premiers par exemple à utiliser l’acier inoxydable pour le matériel vinaire en 1960 (pompe, filtre, raccord) ou à sélectionner en 1966 un pressoir pneumatique (licence Wilmes) employé à cette époque à Angers par Cointreau, comme Florent est le Ier à utiliser la capsule à vis.     
 
-        4. Aller au bout de ce qu’on peut faire dans une démarche à long terme, en pratiquant la carte de la liberté de faire et d’entreprendre : le professionnel engagé physiquement et financièrement sur le terroir a toutes les chances d’être le mieux placé pour faire progresser la valorisation de son espace par une innovation.
 
-        5. Protéger la terre et la vigne qui sont fragiles par nature. La terre ne se renouvelle pas et n’est ni remplaçable ni déplaçable. Certes la fumure permet de l’enrichir, comme l’enherbement, s’il est bien conçu, évite le ruissellement des eaux de pluie qui emporte tout. Parfois aussi, il faut savoir donner du temps à la terre. C’est ce que Jean Baumard a fait pour la parcelle de Quarts de Chaume qu’il a mise en jachère pendant 15 ans pour lui permettre de retrouver sa respiration. Quant à la vigne, elle fait l’objet depuis plusieurs années déjà d’une attaque de ce qu’on appelle « les maladies du bois » si forte qu’elle constitue une menace d’une foudroyance assimilable au phylloxéra qui provoqua en son temps une diminution de 300 000 à 500 000 hectares de vigne. 
 
-        6. Respecter l’ancrage dans le temps d’un lieu, de l’histoire et de la légitimité de la transmission par la propriété et par le travail. Le terroir du Quarts de Chaume a plus de 1 000 ans : durant tout ce temps, il a du se présenter sous différents styles et de multiples robes. Il a du s’adapter à son temps. A cause de cela, par la permanence du plaisir et de l’intérêt qu’il a procuré, il est encore présent aujourd’hui.  
 
-        7. Garder aux mots le sens qu’ils ont. Jean Baumard connaît parfaitement la valeur par exemple du terme de ténement* associé à Chaumes. Il consacre une bonne part de son livre à démontrer que le Quarts de Chaume dont l’aire d’appellation constitue le tènement de Chaume ne peut reconnaître que le nom de Chaume seul sera attribué à un terroir différent. 
 
-        8. Défendre ses idées. Pour ce faire, Jean Baumard n’hésite pas à traduire l’INAO devant le Conseil d’Etat, une Ire fois en 2003 après la parution au JO d’une nouvelle AOC Chaume Ier cru des Coteaux du Layon. Puis une seconde fois en 2007 après la publication au JO d’un nouveau décret avalisant une nouvelle AOC Chaume cette fois-ci qui renforce encore le risque de confusion et de perte d’identité du Quarts de Chaume. Entre-temps, le Ier décret avait été annulé par le CE en 2005 sur la base de l’argumentation de Jean Baumard et du syndicat des producteurs de Quarts de Chaume. 
 
-        9. Assumer les risques. Comme on l’imagine, la chose est plus facile à lire qu’à vivre, surtout quand on a été un grand responsable syndical. Ecrire permet de faire la part des choses. 
 
-        10. Goûter, toujours et encore, en conservant le plaisir de découvrir l’évolution d’un vin depuis son plus jeune âge jusque dans sa plénitude. Au cours de notre rencontre, Jean Baumard m’a fait découvrir un Quarts de Chaume 1990. Fermant les yeux pour mieux savourer en gardant le vin en bouche, après avoir admiré la belle couleur dorée, il m’a décrit, avec ses mots, la richesse ondoyante de ce velours très épais en bouche et dont la douceur n’est pas massive.

     Ce vin a obtenu une notation de 96 sur 100 dans le magazine américain Wine Spectator. Nous l’avons goûté dans un grand verre selon l’axiome en vertu duquel les petits verres sont faits pour les petits vins, avec un buvant très fin et non coupant, dans un verre en verre ou en cristal etsurtout  pas coloré. Pouvoir admirer la robe et la couleur du vin fait partie de la dégustation. On boit aussi avec ses yeux. 
 
Ses conseils pour terminer l’entretien :
-        Prenez le temps de goûter lentement. Trente minutes de conversation avec un bon vin de Quarts de Chaume suffisent habituellement, si le vin n’est pas muet et vos convives participent au dialogue. 
-        Apprenez à compter les caudalies, ces unités de temps fondées sur la seconde qui représentent le temps pendant lequel vous pouvez percevoir les saveurs du vin en bouche sans l’avaler. Entre 13 et 20 caudalies, vous êtes un bon dégustateur capable d’apprécier ce qu’on appelle le degré de rémanence du vin. 
-        Buvez le vin quand vous en avez envie et n’écoutez pas trop les autres. C’est ce que vous sentez, vous, qui est important.
 
* Précisions
-        L’Observatoire mis en place en 2003 indique, pour le chenin d’Anjou, que les parcelles témoin sont atteintes à 100% et connaissent une progression de 7% des ceps touchés, en lien avec l’âge des vignes, le compactage des sols et la vigueur du porte-greffe. (Vigneron du Val de Loire n° 269) 
 
-        Selon Jean Baumard, un tènement recouvre 2 réalités car il a deux dimensions :
. la Ire est géographique : réunion de propriétés contigües pour le Robert et ensemble
de propriétés qui se touchent pour le CNRS ;
. la seconde est historique : terre qu’on tient d’un fief pour le Robert et terre tenue d’un seigneur moyennant le paiement d’une redevance pour le CNRS.     
 
Pour suivre le chemin qui mène à Rochefort sur Loire
-        Le site du domaine www.baumard.fr
-        L’ouvrage de Jean Baumard, Un grand vin du Monde, le Quarts de Chaume, en vente au domaine et sur le site 
Le Vigneron du Val de Loire, bi-mensuel des Fédérations viticoles de l'Anjou et de la Touraine, 73 rue Plantagenêt, 49024 Angers cedex, 02 41 88 60 57         vigneronduvaldeloire@wanadoo.fr
-        Rochefort en Loire http://fr.wikipedia.org/wiki/Rochefort-sur-Loire
 

 

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