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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Norvège (2), Changements culturels et Marché du vin

12 Janvier 2008, 12:45pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’image culturelle d’un pays est étonnante. On a toujours tendance à arrêter le temps et à simplifier les façons de vivre dans un pays, non seulement nous les étrangers mais les nationaux également. Cette impression ne m’a pas quittée lorsque je lisais l’ouvrage d’Eva Joly dont j’ai parlé dans le Ier billet consacré à la Norvège sous le titre Différences culturelles Norvège, France. A aucun moment me semble-t-il l’auteur évoque le changement de civilisation qui révolutionne la vie en Norvège, du à une richesse sans précédent venant des forages pétroliers en mer. La mer qui a toujours été la mère nourricière de la Norvège. Ouvrez un livre de cuisine norvégien ; vous y trouvez 80% de recettes de poisson et 20% de recettes de viande de porc essentiellement.
 
Cette mer est devenue une mer d’abondance qui fait de la Norvège le second pays le plus riche d’Europe, après le Luxembourg il est vrai. Et cette richesse est vécue différemment. Elle est récente et elle survient dans un pays pauvre aux conditions de vie dures et à la morale austère qui ne devait compter que sur ses propres forces pour survivre. Clairement le pays ne pouvait attendre d’autre salut qu’en implorant la grâce de Dieu et en unissant ses forces contre l’adversité, le froid, le vent glacé qui vient du pôle, la tempête et le temps si long, si long que l’aquavit est une façon d’attendre le retour de la douceur. La richesse du pétrole bouleverse les façons de vivre et fait presque des Norvégiens des Européens comme les autres. A une différence près, ils ont refusé d’entrer dans l’Union européenne après un référendum aux résultats très clairs. Pauvres les Norvégiens n’ont demandé ni reçu l’aide de personne, riches, pourquoi fallait-il partager cette manne dont ils ont été si longtemps privée? C’est pourquoi, nous Européens des 27, nous n’avons pas les statistiques de la Norvège. Par contre la Norvège s’ouvre et dans les deux sens.    
 
De jeunes diplômés français partent travailler en Norvège attirés par des salaires impressionnants qui s’expliquent par un coût de la vie très élevé. Vous connaissez le meilleur indicateur, le prix de vente d’un Mc Do de base partout dans le monde : 5,25 E. La peur de ces jeunes en partant : affronter le froid et des modes de vie différents. Le commentaire général après quelques mois : on s’y fait à condition de vraiment bosser. La tchatche n’est pas d’usage, sous peine de s’entendre dire « Ah, ces Français !» Pas bon du tout. Le revenu par habitant atteint 40 000 E.
 
Dans l’autre sens, l’UE vers la Norvège, les modes de vie s’uniformisent, que ce soit au niveau de l’habillement que des façons de manger et de boire. Le vin est de plus en plus apprécié au point que les Missions Economiques françaises conseillent aux vignerons de s’y intéresser. On connaît peu nos produits là-bas, leurs achats en France ne dépassent pas 4%. Les vins ont meilleur cote mais c’est à double sens. La notoriété et la qualité ne sont pas mis en cause, mais comme toujours nous avons la réputation de n’avoir que des vins chers. Ce qui est faux. En plus si cela était le cas, dans un pays cher, vous pourriez penser que la relation serait équilibrée. Un repas moyen (plat + dessert sans boisson) coûte quand même 40 E. Inutile de vous dire qu’à midi, on mange des sandwichs. Notre réputation nous dessert fortement et ce sont nos voisins qui l'emportent, l’Allemagne est en tête pour les vins blancs et l’Italie pour les rouges. Pour la France, ce sont les vins de Chablis, Champagne et du Rhône qui ont la cote. Le Val de Loire est peu présent avec 2 800hl de blanc, 180 hl de mousseux et 6hl pour le rouge. 
 
La bonne nouvelle, c’est que les Norvégiens sont plus sensibles aux douceurs de la table et à la dégustation de vin. Ils acceptent de payer plus cher un vin de qualité mais leur Ier réflexe est quand même de serrer les prix. La hausse de consommation fait rêver en France : elle atteint + 93% en quelques 10 ans, à tempérer tout de suite par le chiffre annuel de consommation qui est de 2,5 litres. "Peut mieux faire" pour les deux parties, vignerons français et amateurs norvégiens!
 
En attendant que le marché se déploie, des voisins suédois se lancent dans une aventure un peu folle et jolie tout autant, créer un vignoble pour faire du vin suédois. Ils sont 3 ou 4 vignerons à conduire des vignobles commerciaux. Les difficultés sont grandes, à commencer par la géographie, le climat, l’Etat qui a un peu de mal à donner les autorisations et comme partout la difficulté à vendre. L’aventure n’est possible que dans le sud et à Gotland. Pour la commercialisation, la seule façon est de ne surtout pas chercher à entrer dans le système du monopole d’Etat (Systembolaget) et d’ouvrir restaurant et chambres d’hôtes sur place. Cette formule rencontre un franc succès touristique. Une aventure à suivre.
 
Pour suivre le chemin :
www.vinmonopolet.no, très intéressant parce que le monopole en charge de la distribution du vin en Norvège vous indique les vins qu’il recherche pour le second semestre 2008 : pour la France, quasiment que des vins du Sud (Cahors, Bergerac, Pécharmant, Pécherenc, Corse, Gascogne, Irouleguy, Fronton…et un seul Anjou 100% chenin avec moins de 6gr de sucre/l, bio de préférence.
www.sweden.se

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