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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La philosophie de vie selon Giorgio Armani

27 Janvier 2008, 19:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

A la fin de son interview par Diane Wulweck pour Le Monde2 (19.01.2008) parue dans le Grand Portrait, la journaliste lui demande quels sont ses trois vœux. Il répond :  
-        une santé de fer
-        une mauvaise mémoire pour oublier les offenses
-        mourir en souriant
 
Le souhaitn° 1 est amusant. C’est ce que j’ai perçu en premier. Il lui faut non seulement que sa santé soit bonne mais qu’elle soit de fer. C’est à dire sans faiblesse, ni rupture de rythme, ni hiatus d’aucune sorte. Le n° 3 ne fait que confirmer le n° 1. On s’attendrait à ce qu’il demande l’immortalité, ce qui serait logique quand on voit son parcours vraiment étonnant. Mais alors on comprend pourquoi il a, entre les deux souhaits, parlé de sa mémoire à offenses. Offense vient d’offendere (du latin, blesser). On gage que sa mémoire est plus qu’excellente, mais aussi celle qui a trait à ceux qui l’ont blessé et qui continuent ; sinon il n’en parlerait pas. Car cet homme préfère aimer qu’être aimé, donner que recevoir, travailler et non se reposer, avancer, surtout pas s’immobiliser, continuer et créer. Faire en sorte que ces blessures jamais ne le dévient de sa route de créateur d’un style et d’un art de vivre. Il décide de tout, veille à tout, déteste les fashion victims et n’attend rien des autres.
 
Dans une autre interview de Marie-Laure Guilleret, donnée à L’Express cette fois-ci quelques jours avant (08.01. 2008), le couturier explique ses intentions depuis ses débuts: 
-        créer une image différente, liée à des façons de vivre et de bouger en mutation
-        pour les femmes…leur donner la possibilité de gagner l’aisance des hommes
-        être élégant de tellement de façons différentes
  
Le style Armani se traduit en quelques mots : sobriété des lignes, simplicité = sans chichis inutiles, élégance minimaliste (la seule, la vraie, l’indémodable), rigueur (des structures) avec souplesse, portabilité (par toutes et tous, pas seulement les mannequins), adaptabilité (à toutes circonstances), assortabilité (entre les pièces de l’habillement), assurance d’être bien, dans le ton partout dans le monde… Prenez n’importe quel roman américain portant sur la bourgeoisie de la Côte Est ou Ouest, dés qu’un homme est bien habillé, il est en Armani, tout comme sa femme demande du Champagne dés qu’il y a quelque chose à fêter. Richard Gerre en 1981 portait un costume A dans American Gigolo. Il y a certainement un lien entre les deux.
 
L’art de vivre Armani concerne la personne et englobe vêtements de haute couture, cosmétiques, bijoux, parfums, lunettes, mais aussi des lieux de vie tels qu’hôtels, complexes touristiques et des meubles partout dans le monde. En projet, des bateaux. Il revendique entièrement son origine italienne. On ne naît pas créateur sans racines. L’Italie a toujours gardé une approche humaine de la mode.   Mais jamais il ne cherche à s’adapter au pays dans lequel il distribue ses créations. Ce serait inutile :
-        avec l’évolution des moyens de communication, le rapport au temps et à l’espace s’est transformé.   
 
Auparavant on a appris que ce très grand créateur a 73 ans, se lève à 7h, fait 1h30 de gym tous les matins, consacre son énergie, son intelligence, son sens de l’organisation, de l’entreprise et sa connaissance du marché à la poursuite de la création et au développement de ses idées. Il porte à lui seul le groupe Armani dont il est le seul actionnaire. Sa responsabilité en est encore accrue :     
      - Sur mes épaules, il y a un empire     
- Je suis le premier employé de ma maison
 
A ce titre, il se doit de garder un lien fort avec la vraie vie en ne cherchant pas à privilégier l’image théâtrale aux dépens de la consolidation de la structure financière de l’ensemble. Se faire plaisir en créant est une chose, être en phase avec les acheteurs aussi, assurer la consolidation du groupe tout autant.
 
Il passe de l’enveloppe des hommes et des femmes aux lieux de vie, hôtels qui sont un prolongement naturel. On le découvre géniteur d’un œuf dont il est également le centre, développant d’abord des vêtements qui constituent le jaune, puis les cosmétiques puis le blanc proche avec tous les accessoires, ensuite les meubles, les hôtels, les bateaux, les complexes touristiques… Giorgio Armani possède plusieurs maisons, toutes au bord de la mer, en particulier dans le sud de la France. A ce sujet, il parle de sa mère originaire de l’Emilie-Romagne, ou le ‘r’ se prononce dit-il à ‘la française’. C’est ce qui a facilité son approche de la langue française et il ajoute à propos de la France:   
-        J’aime l’esprit des femmes et surtout l’inventivité de celles qui n’ont pas d’argent
-        J’aime aussi le Paris plus populaire 
 
Un homme compliqué, qui assume et qui continue à prendre des risques et à innover. Il a ouvert son propre club à Milan près de chez lui cette fois-ci, Privé, (en français) pour y recevoir la nuit. Conçu au départ pour y retrouver ses amis, il continue en réalité à y travailler. Certes il a des amis mais ils  n’osent pas le déranger. Alors il travaille : 
-        J’y trouve des raisons de vivre
-        J’ai la chance d’être dans le questionnement
-        Je trouve plus valorisant de prendre des risques
-        Le succès isole
 
C’est la philosophie de vie selon Giorgio Armani: créer un monde Armani.   
 
Pour suivre le chemin
www.lemonde.fr           Diane Wulweck
www.lexpress.fr/mag/ Anne-Laure Guilleret
 
Commentaire
L’Express nous fait la gentillesse de mettre l’article en ligne. Cela permet de comparer l’impression ressentie entre l’image qui se dégage du créateur à partir des deux rencontres à quelques jours d’écart, la 1ère de l’Express citant sans commentaire les réponses du créateur et celle du Monde qui fait un article à partir de l’interview. La palme revient incontestablement à Anne-Laure qui a réussi à faire un papier riche, précis et chaleureux pour l’homme. Elle fait ressortir l’intelligence et la profonde humanité de GA. Diane a plus travaillé sur l’ambiance, la volonté du créateur de cadrer l’information et l’absence de repreneur pour cet empire. D’où sa question sur ses souhaits (de sa fin de vie ; c’est d’un délicat !) qu’elle a évidemment placée à la fin de son article de 5 pages avec les photos. Je dis évidemment parce que c’est ce qu’on apprend dans les écoles de journalisme : la Ière chose à faire est de réussir son accroche (pour intéresser le lecteur) et la seconde est de terminer en beauté par quelque chose de fort.   
 
 

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