Lundi 11 février 2008
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17:49
C’est la grave question qu’ Hélène Piot et moi avons juste abordée au Salon des Vins de Loire à Angers. S’il faut traduire l’équation en questions, cela donne:
- Faut-il créer des jurys de femmes pour des vins de femmes ?
- Doit-on participer à des jurys féminins, quand on est femme évidemment ?
- Si oui, que risque-t-on ?
En fait pour la journaliste de Challenges, qui chaque semaine présente sa bouteille, la réponse n’a rien d’une évidence. J’ai rappelé la démarche de Marie-Luce Métaireau qui a créé un jury de
professionnelles du vin pour choisir la cuvée d’O’féminin. Ce faisant, cette femme du vin permet à des femmes, ambassadeures des vins de domaine et qui le recommandent à leurs clients,
d’accéder à une fonction naturelle de leur métier et d’étendre leur champ de compétence professionnelle. Attendre toujours qu’on vienne vous chercher pour faire partie de jurys existants
n’est pas forcément très productif. Il faut bouger là aussi.
Au salon, nous n’avons pas eu réellement le temps de faire le tour de la question qui est en fait exemplaire de problématiques beaucoup plus larges. L’autobus par exemple. Le rapport avec le
vin ? Les autorités de Mexico ont mis en place un autobus accessible uniquement aux femmes. Il rencontre un franc succès de la part des usagères qui apprécient de pouvoir s’asseoir et
ne se soucient plus des attouchements. Par contre une défenseure des droits des femmes craint une forme de marginalisation, parce qu’évidemment il y a moins d’autobus femmes que d’unités
généralistes. L’argument pour conserver ces autobus qui agacent certains hommes exclus de facto, c’est que les femmes souvent voyagent avec des enfants. Une autre crainte est de voir un
certain pourcentage d’usagers se retourner contre la présence de femmes dans les bus mixtes avec le risque d’exclusion.
Pour le vin, le risque de marginalisation existe, surtout si ces jurys ne se réunissent que pour des vins typés femmes. On en revient à la question centrale de savoir ce qu’est un vin de femme.
Une autre façon d’aborder la question est de voir si cette appellation est positive à l’égard du vin. Impossible de répondre tel quel. Tout dépend de chaque cas de figure et la seule façon de
faire est donc de laisser aux femmes le pouvoir de choisir entre participer ou pas. Ce sont elles qui savent ce qu’elles font et les vins qu’elles veulent défendre.
Cela pose aussi en ricochet la délicate question de savoir qui nomme le vin comme étant de femme. Ce serait intéressant de savoir par exemple si Iris Rutz-Rudel du Domaine de Lisson se voit
comme femme ou comme vigneronne. A mon avis, ça m’étonnerait qu’elle parle de ses vins comme étant de femme. Je la connais par son blog. Il faut le lui demander. Selon Olif, elle fait partie
de son trio de choix. Moi personnellement, je préfère qu’on parle d’un vin de qualité, d’un vin intéressant, d’un vin qui interpelle… que d’un vin de femme. Ce qui m’intéresse, c’est le vin.
Quant aux femmes, elles existent, dans le vin, comme ailleurs. Laissons les chanter le vin à leur façon, propre à chacune, en participant aussi aux (autres) jurys (à ne surtout pas nommer jurys
d’hommes) !
Pour suivre le chemin
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Hélène Piot, auteur également de «
Bien connaître et apprécier le vin » (Solar
2004), «
Guide des vins du monde » (Marabout 2005) ; dernière parution «
Sept filles en colère »,
http://septfillesencolère.blogspot.com
- Les Vins de Femmes sur le blog d'Olif